LE VILLAGE DE MADELEINE de Julie Bertuccelli

Mais qui est Madeleine ???

Il est 23h30, les invités viennent de partir. Je range vaguement. Soyons lucides, il faut que j’arrête de cuisiner. Le plat a dépassé toutes mes attentes, j’avais rarement fait aussi raté. Heureusement qu’on ne vient pas me voir pour ma cuisine.

J’ai besoin d’un sas de décompression avant d’aller dormir et je connais la recette parfaite :

  • s’avachir sur le canapé,
  • se saisir de la télécommande,
  • zapper.

Je tombe en plein milieu d’un documentaire. Des gens. Dans une campagne française. Aujourd’hui. Ils parlent tous de Madeleine en regardant de vieilles photographies. « Ça, c’est une des premières photos que Madeleine a prise », « Madeleine a beaucoup fait pour les familles démunies », « Aller chez Madeleine, c’était quelque chose. Pour les enfants, c’était monts et merveilles ! ».

Bon sang, c’est qui Madeleine ? Et c’est quoi toutes ces photos ? Elles sont magnifiques mais surtout elles me rappellent mon enfance, quand on allait voir ma grand-mère à la campagne ou des grands oncles et tantes à la ferme. Les mêmes habits, les mêmes visages burinés par le travail au grand air. La même casquette vissée sur des cranes dégarnis. Les mêmes femmes à la silhouette lourde, en blouse à fleurs, à s’occuper de tout, tout le temps. Dans la maison, dans la cuisine, auprès des enfants, des poules. Tous les jours, recommencer.

Et tout y passe ! Des photos dans les champs, à la ferme, les marchés aux bestiaux, l’école du village, les bals, les mariages. Sous nos yeux défile le quotidien de la campagne des années 70.

ARRÊTEZ TOUT ! Je vais chialer !

En attendant, je ne sais toujours pas qui est Madeleine. Je ne sais pas où ça se passe exactement , mais ce documentaire me rend dingue.

Je le reprends au début.

C’est un trésor, Madeleine.

On la découvre grâce aux témoignages de tout un village et ses alentours. 50 après, son souvenir reste vivant. Elle a marqué chaque femme, chaque homme, chaque enfant. Ceux qui restent en parlent avec des étoiles dans les yeux et des trémolos dans la voix.

Elle a tenu un journal également, Madeleine. Des cahiers débordant de dessins, de textes, d’observations, de pensées.

Madeleine savait tout faire. Elle aurait pu être peintre, écrivaine, poétesse mais c’est la photo qu’elle a choisie. Un jour de retour de vacances, elle prend un chemin de traverse pour éviter les bouchons. Elle se perd et atterrit dans un petit village, Poilley, au nord de Rennes. Elle y restera 8 ans. 8 ans où elle tombera en amour de ces gens. 8 ans à les photographier dans leur quotidien, sans pose ni artifice.

Le résultat ? Plus de 50 000 photos qui racontent la France rurale des années 70. C’est vertigineux, c’est tendre, c’est émouvant. À travers son objectif, elle leur donne la place qu’ils méritent, une fierté, une dignité, une visibilité au monde.

C’est un peu de notre histoire qui défile, simplement, naturellement. Plus le documentaire passe, plus j’aurais aimé la connaître.

Que Madeleine ne meure jamais.

Clap de fin. En surimpression :

« Madeleine de Sinéty est morte en 2011 à 77 ans, un peu plus de 30 ans après son départ de Poilley. Peu exposée de son vivant, son œuvre fait l’objet d’une grande rétrospective au Jeu de Paume en 2026 ».

J’ai bien lu ? En 2026 ? Je me précipite sur le site du Jeu de Paume et, bonheur, joie et paillettes, l’exposition a ouvert la veille.

Dès le lendemain après-midi, j’y étais. Madeleine a photographié plein de choses : les cheminots et les dernières locomotives à vapeur, le quartier Montparnasse en pleine transformation avec la nouvelle gare et la tour, New-York et ses halles.

A chaque fois, elle se fait le témoin de ce qui va disparaître. Elle montre ceux qui vivent en-dehors, à la marge. Ceux qu’on ne voit pas, ou plutôt qu’on regarde sans voir. Elle les montre naturellement, sans filtre, droit dans les yeux, à l’image de cette petite fille qui nous fixe et qui semble nous dire « j’existe » (oui, je pars un peu loin mais Madeleine m’enchante 🤪).

Son travail est non seulement beau mais profondément émouvant. Il vous touche, vous connecte à l’humanité.

Regardez en replay sur France 5 le documentaire « Le village de Madeleine ».
Allez voir la rétrospective Madeleine de Sinéty (oui, je vais répéter son nom le plus possible 🤩) au Jeu de Paume. Ce n’est pas tous les jours qu’on fait d’aussi belles découvertes. C’est précieux. Vous pourrez même en profiter pour découvrir la collection de photos d’Elton John et David Furnish exposée également au Jeu de Paume sous le titre « Fragile Beauté ». Il s’agit d’une des plus belles collections privées de photographies… et l’occasion de voir ou revoir le meilleur photographe de fleurs (et pas que 🤪), j’ai nommé Robert Mapplethorpe !

LES RAYONS ET LES OMBRES de Xavier Giannoli

Ce n’est pas un film que vous allez voir par hasard.

Ah non ! Franchement, si vous êtes dans la salle, c’est a minima de votre plein gré. Vous ne pouvez pas dire que vous ne saviez pas.

Dans mon cas, c’est le résultat d’une motivation hors-norme.

  • Je suis sourde et c’est un film français. Aucun rapport me direz-vous. Eh bien si ! Allez trouver une séance sous-titrée pour un film français. Elles sont toutes en semaine, en pleine matinée ou en début d’après-midi. Hé oui, c’est bien connu, les sourds ne bossent pas. Résultat, j’ai posé une demi-journée pour aller le voir (je vous ai dit que j’étais motivée).
  • J’ai vu plusieurs films de Giannoli, j’aime bien mais je ne m’en suis jamais relevée la nuit. Le genre de films que je regarde à la télé, je passe un bon moment, les histoires sont originales et voilà.
  • Le sujet, la collaboration pendant la seconde guerre mondiale, est hyper fun, à s’en taper sur les cuisses de rire. C’est exactement ce dont on a besoin en cette période pas du tout anxiogène.
  • En plus il fait beau ! Quelle idée à la con d’aller s’enfermer 3h20 dans une salle obscure alors que c’est plein soleil dehors.
  • Oui, vous avez bien lu. 3H20. Trois heure vingt. Deux cents minutes. Vous rentrez dans la salle c’est le printemps, vous sortez, on est à la veille de Noël.
  • Toutes les critiques sont quasi unanimes sur l’excellence du film. C’est louche et quand on me survend quelque chose, je suis en général déçue. Seul Libération descend le film, en disant (en substance) que c’est le portrait trop indulgent d’un français qui glisse vers la collaboration, et on le trouverait presque sympathique le p’tit chou. Damned, trouver des excuses à un collabo ne fait pas partie de mes projets de vie.

Bref, tout ça pour vous dire que, malgré tout ce passif, ranafout, je VOULAIS aller le voir. Pourquoi ? Aucune idée ! Une envie irrépressible qui ne s’explique pas.

Ça parle de quoi ?

C’est une histoire vraie.

On suit le parcours collaborationniste de Jean Luchaire, patron de presse français. Il va passer de pacifiste convaincu entre les 2 guerres à soutien de Pétain lors de la défaite et enfin à collabo quasi décomplexé. Tout ça en entraînant avec lui sa fille, Corinne Luchaire, actrice débutante et promise à une grande carrière.

Le casting est international, tout du moins européen. Il est impeccable. Les acteurs jouent tous au cordeau. La tête d’affiche c’est Jean Dujardin, excellent, sa fille est jouée par Nastya Golubeva qui est une révélation. Elle tient le film autant que Dujardin.

Pourquoi ce titre, les rayons et les ombres ? C’est vrai ça ! Pourquoi ? Ce n’est pas un titre facile, il interroge, d’où sort-il ? J’apprends que c’est le titre d’un recueil de poèmes de Victor Hugo. Les rayons c’est la face solaire de la vie et des hommes. Les ombres, c’est l’ignorance, la tristesse et la mort.

Voilà, voilà… et finalement, il est comment ce film ?

Il est génial ! Il est génial ! Il est génial !

Mon côté Drama Queen a même envie de vous dire que c’est un putain de chef-d’œuvre !

D’abord, il y a très peu de films sur la collaboration française. Il y en a beaucoup plus sur la résistance. J’ai appris plein de choses.

Le film est long mais je n’ai pas vu le temps passer et surtout ce temps est absolument nécessaire à la compréhension de son parcours. On voit toutes les étapes de son engagement dans la collaboration.

Parce que le résumé « de la lente descente aux enfers d’un homme ordinaire », ça ne tient pas. Calmons-nous. Au début, OK, il croit bien faire mais au bout d’un moment la descente, elle est un peu raide. On est plus sur du toboggan d’Aquaboulevard que sur de la coulée verte à Paris. Ça glisse very very quickly. Faut assumer.

Et, ouf, je ne partage pas l’avis de Libération. Je n’éprouve ni compréhension ni complaisance pour lui. Certes, cet homme n’est pas antipathique. On peut choisir le mal en étant très sympa (tout le monde n’est pas Gérard Jugnot dans Le Père Noël est une ordure). Certes, il ne tue personne. Mais il choisit de participer au mal, en conscience. Et pire, il choisit d’y entraîner sa fille.

Alors, bien sûr, il se trouve des excuses, des raisons, c’est un moindre mal, pas d’autres choix. Ils sont peut-être sympas finalement ces nazis. On n’a jamais essayé (oui, je caricature un peu mais ça fait penser à certaines choses actuelles). Laissons-leur une chance. Ils aiment la France et il faut la sauver. Mais bon, à un moment il ne convainc plus personne et surtout pas lui-même.

Et je terminerai sur la relation avec sa fille qui est très particulière, quasi fusionnelle. Il l’aime sa fille, ça ne fait aucun doute mais il l’utilise, il ne la protège pas.

Tout ça pour quoi ? Par conviction ? Idéologie ? Non. C’est beaucoup plus terre à terre et c’est le procureur qui va lui balancer en pleine face lors de son procès.

Et, je pense à ceux qui ont dit non, dès le début. Qui n’ont pas tergiversé. Tout en eux s’est révolté. Et surtout à ces jeunes, parfois des adolescents qui étaient censés être joyeux et inconséquents comme Corinne Luchaire. Et pourtant, ils sont morts pour la France. Car ce n’est rien d’avoir des valeurs, c’est à la portée du premier venu. Mais les défendre dans l’adversité, ce n’est pas donné à tout le monde. Et le courage des uns éclaire encore plus la lâcheté des autres.

Il y a bien d’autres choses dans ce film, je ne vous ai pas tout dit. C’est le printemps du cinéma jusqu’à mardi. Allez-y !

Pourquoi ?

Parce que C’EST UN PUTAIN DE CHEF-D’ŒUVRE  🤩

L’ÉCHARPE de Maurice Fanon

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce souvenir de soie
Qui se souvient de nous
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux
C’est qu’encore une fois 
J’ai voulu comme un fou
Me souvenir de toi
De tes doigts sur mon cou
Me souvenir de nous
Quand on se disait vous

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce sourire de soie
Qui sourit comme nous
Sourions autrefois
Quand on se disait vous
En regardant le soir
Tomber sur nos genoux
C’est qu’encore une fois
J’ai voulu revoir
Comment tombe le soir
Quand on s’aime à genoux

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce soupir de soie
Qui soupire après nous
Ce n’est pas pour que tu voies
Comme je m’ennuie sans toi
C’est qu’il y a toujours
L’empreinte sur mon cou
L’empreinte de tes doigts
De tes doigts qui se nouent
L’empreinte de ce jour
Où les doigts se dénouent

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Cette écharpe de soie
Que tu portais chez nous
Ce n’est pas pour que tu voies
Comme je m’ennuie sans toi
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux

TRUE TRIPS de MICHAEL BAUMGARTEN

Michael voit des choses que nous ne voyons pas. Heureusement, lors de ses voyages, il les a photographiées.

Il nous livre TRUE TRIPS, une odyssée composée de photos et vidéos aussi énigmatiques que puissantes.

Oubliez la soirée diapos au retour de vacances. Il ne s’agit pas, ici, de fixer des souvenirs mais de rentrer dans un monde. Son monde.

Incongru, fantasque, mystérieux, drôle ou inquiétant.

Et ça picote !

IL FAUT Y CROIRE POUR LE VOIR.

Mais surtout, ça questionne. Sur la réalité. Celle qu’on perçoit. Et sur la vérité que nous lui accordons.

À l’heure de l’intelligence artificielle et de son flot de fake news, Michael ébranle nos certitudes et nous confronte à nos propres convictions. C’est quoi la vérité ? Si ce n’est ce que nous voyons au travers de nos filtres et biais personnels.

Alors ? Réalités ou illusions ? À vous de voir !

C’EST TOUT ? BEN NON, ÇA COMMENCE. VIVEZ UNE EXPERIENCE TOTALE !

Vous pensez que True Trips se feuillette tranquillement avec une tasse de thé ? Que nenni !

Passé les premières réactions (surprise, incrédulité, méfiance, adhésion), l’auteur vous invite à une véritable immersion dans son univers. A chaque photo correspond une vidéo. Embarquez pour l’Australie, découvrez Paris by night comme vous ne l’avez jamais vu, foulez le sol rouge de la Cordillère des Andes…

À VOUS DE JOUER !

Chaque photo se transforme en carte postale. Envoyez-les à votre tour. À vos proches, vos amis, aux gens que vous aimez.

Vous kiffez une, plusieurs vidéos ? Vous vous les repassez en boucle ? Be a real collector 🤘 et faites-les voyager, partagez-les.

Et pourquoi ne pas en faire part à Michael ?Cela lui inspirera peut-être un True Trips 2 toujours plus dingue.

QUI EST MICHAEL BAUMGARTEN ?

Natif d’Allemagne, Michael commence par y créer un festival de photos puis rejoint Paris en 1993. Autodidacte et curieux, son talent et son regard exigeant lui ouvre très vite des portes.D’abord séduit par l’aspect éphémère des magazines, il collabore avec VOGUE, World of Interiors, New-York Times et bien d’autres. Parallèlement, il élargit son travail au luxe (Hermès, Armani…).

Depuis 15 ans, avide de nouvelles expériences et de partage, il s’investit dans l’animation et la création numérique d’images qu’il déploie dans les galeries, le métaverse ou encore l’espace public.

Le regard n’est rien sans l’intelligence. Son travail personnel est un miroir à ses questionnements quasi philosophiques. Et en se questionnant, il nous élève.

INTRIGUÉS ? INTÉRESSÉS ? READY ?

Contact : MICHAEL BAUMGARTEN

Cellular : 06 85 10 91 37

Mail : michael@michaelbaumgarten

Site : michaelbaumgarten.com

SUM’UP VERY SUM’UP

Quoi : un recueil de 35 photos et vidéos associées. Chaque photo a son QR Code qui renvoie vers une vidéo. Chaque photo peut se transformer en carte postale.

Concept : réalité ou illusion ? Il faut y croire pour le voir !

Pourquoi ? : pour vous ébranler. Après tout, l’art, ça sert à ça, non ?

Qui ? : MICHAEL BAUMGARTEN. Visual artist.

Et maintenant, à vous de voir !

COULEUR MENTHE A L’EAU d’Eddy Mitchell et Pierre Papadiamandis

Elle était maquillée 
Comme une star de ciné 
Accoudée au juke-box, oh
Elle rêvait qu’elle posait 
Juste pour un bout d’essai 
À la Century Fox, oh oh

Elle semblait bien dans sa peau 
Ses yeux couleur menthe à l’eau 
Cherchaient du regard un spot 
Le dieu projecteur

Et moi, je n’en pouvais plus 
Bien sûr, elle ne m’a pas vu 
Perdue dans sa mégalo 
Moi, j’étais de trop

Elle marchait comme un chat 
Qui méprise sa proie 
En frôlant le flipper, ah
La chanson qui couvrait 
Tous les mots qu’elle mimait 
Semblait briser son cœur, oh oh

Elle en faisait un peu trop 
La fille aux yeux menthe à l’eau 
Hollywood est dans sa tête 
Toute seule, elle répète

Son entrée dans un studio 
Décor couleur menthe à l’eau 
Perdue dans sa mégalo 
Moi, je suis de trop

Mais un type est entré 
Et le charme est tombé 
Arrêtant le flipper, oh
Ses yeux noirs ont lancé 
De l’agressivité 
Sur le pauvre juke-box, oh no

La fille aux yeux menthe à l’eau 
A rangé sa mégalo 
Et s’est soumise aux yeux noirs 
Couleur de trottoir

Et moi, je n’en pouvais plus 
Elle n’en a jamais rien su 
Ma plus jolie des mythos 
Couleur menthe à l’eau

BARBIE de Greta Gerwig

Un peu que je vais parler de Barbie !

Je l’ai vu deux fois. Deux fois. Twice. Zweimal (désolée, j’ai pas fait espagnol deuxième langue).

J’ai joué aux Barbies quand j’étais petite. Beaucoup. Elle était canon, avait une multitude de fringues magnifiques que je n’aurais pas osé porter dans la vraie vie et, dans mes jeux, elle n’était jamais ni ridicule, ni apeurée, ni complexée (tu m’étonnes 🤪). Au contraire, elle essayait tout, découvrait tout et notamment le sexe. Barbie a été mon premier support d’éducation sexuelle à une époque où il n’y en avait pas. Je l’ai faite embrasser et coucher avec Ken, avec une autre Barbie et puis tout ça en même temps. Pour une poupée sans vagin, pas si mal que ça 😉

J’avais le salon Barbie désormais estampillé vintage. Elle avait des verres à cocktail planqués dans la table basse et la télévision couleur 🤩 (et ça pour moi, c’était le graal). Bref, une poupée parfaite à la vie parfaite.

Mes filles y ont joué mais beaucoup moins puis, lentement mais sûrement, Barbie a disparu des radars de ma vie passant de poupée fétiche à poupée ringarde et totalement hors-sol.

Le film Barbie

Il était annoncé depuis de nombreux mois et les premières photos du tournage m’ont confortée dans cette opinion. Barbie et Ken, total fluo, en train de faire du roller en Californie. Ça sera sans moi.

Et pourtant. WOW !!!

Bon sang que ce film est malin et à plus d’un titre. Du féminisme en veux-tu en voilà et à tous les niveaux. Attention, spoiler !

Tout d’abord, ce qui m’a le plus marquée, c’est l’auto-dérision dont fait preuve Mattel. Ou plutôt la critique que l’entreprise a accepté de la part de la réalisatrice Greta Gerwig. WOW ! Ils ont laissé passer ça ? Chapeau ! Au travers Mattel, Greta dénonce la capitalisme patriarcal (pléonasme) : une entreprise créée par des hommes, dirigée par des hommes avec pour seul objectif, une course effrénée au profit. J’ai toujours pensé que l’humour et plus particulièrement l’auto-dérision, bien maniés, sont les armes parmi les plus puissantes. Et là, c’est peu de dire que c’est bien manié. Le problème vous saute aux yeux, vous fait rire et finalement, qu’est-ce qu’on les trouve faibles, ces hommes tout puissants. Entre l’équipe dirigeante (Will Ferrell 🤩), exclusivement masculine, complètement décérébrée et obnubilée par les ventes ou encore les salariés (que des hommes), asservis et consciencieux, travaillant dans un cadre orwellien. C’est tout notre système qui est dénoncé et moqué. 

Mais la critique du patriarcat ne s’arrête pas là.

Le film montre ce que les femmes subissent tous les jours : les agressions verbales (oh ça va hein ?! Si on peut plus draguer), les agressions physiques (oh ça va hein ?! C’est qu’une main au cul), les regards bien lourds des mecs en meute (oh faut se détendre hein ?! Si on n’a plus de doit de regarder).

Ce patriarcat qui tire sa puissance de l’oppression mais n’est rien sans l’opprimée. La femme doit rester à sa place, celle qu’il lui a assignée, sinon tout l’équilibre est rompu et il y a danger. Et comme tout organisme vivant, le patriarcat se défend plus ou moins violemment.

Oulala, comme elle y va la bibliothécaire ! Not all men hein ?! (oui, je fais les dialogues 🤪).

Not all men (HA HA HA). Mais bien sûr que si ! C’est le dogme dominant que nous respirons tous, hommes et femmes. Car même les femmes le nourrissent, ce système, tellement elles baignent dedans depuis des millénaires. Laisser filer certaines attitudes ou réflexions, ne pas s’habiller trop court et j’en passe. Se fondre, ne pas TROP attirer les regards, ne pas provoquer, ne pas réagir TROP agressivement. Heureusement, les lignes bougent et ce film en est la preuve.

Il est si génial que ça ?

Il est jubilatoire 🤩, bourré de références et le casting est impressionnant.

Il parle de nous. Des femmes bien sûr mais aussi des hommes. Et la phrase de fin 😍 ! Mais love sur Greta !

Bien sûr, c’est sucré. C’est Barbie. Mais ne vous y fiez pas, ça picote.

Oui, y’a quelques discours qui auraient pu être mieux amenés. Mais ils ont le mérite d’exister et de formaliser clairement les choses.

Non, il n’apporte pas de solution, c’est un film, juste un film, pas un Grenelle sur la condition des femmes. Mais il file une pêche incroyable.

Alors, si vous faites partie des rares à ne pas l’avoir vu, je ne peux que vous conseiller de vous ruer sur le DVD ou le streaming.

CHATTERTON de George Sand (ou Alfred de Musset, mais il me plaît de mettre en avant George Sand)

La pièce de théâtre Chatterton d’Alfred de Vigny, s’étant faite descendre en bonne et due forme par les critiques, George Sand prit sa plume pour la défendre.

En réalité, ce poème serait d’Alfred de Musset qui l’aurait dicté à George Sand.

Tant pis pour Musset, cette semaine, j’ai envie de mettre George à l’honneur !

Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme,
Que Chatterton eut tort de mourir ignoré,
Qu’au Théâtre-Français on l’a défiguré,
Quand vous aurez crié sept fois à l’athéisme,

Sept fois au contresens et sept fois au sophisme,
Vous n’aurez pas prouvé que je n’ai pas pleuré.
Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme,
Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ?

Je vous dirai :  « Sachez que les larmes humaines
Ressemblent en grandeur aux flots de l’Océan ;
On n’en fait rien de bon en les analysant ;

Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n’en aurez demain
Qu’un méchant grain de sel dans le creux de la main ».

MOISSONS SANGLANTES : 1933, la famine en Ukraine / La Case du siècle sur France 5

Gareth Jones, ce héros inconnu

Alors non, ce n’est ni un talonneur au rugby (je fais genre mais j’ai regardé sur Wikipédia), ni le leader d’un groupe de rock.

Il est né en 1905 au pays de Galles. Il sort diplômé de l’université de Cambridge avec mention en 1929. Il parle couramment français, allemand et russe. Il enchaîne en devenant, en 1930, le conseiller en politique étrangère de l’ancien premier ministre britannique Lloyd George. Bref, à 25 ans, Gareth a déjà ce qu’on appelle un parcours de compète.

En 1933, il devient journaliste. Intrigué par des rumeurs de famine en Ukraine, il souhaite s’y rendre. Sauf que Staline interdit l’accès au pays (cruel, mais pas con). Il en faut plus pour décourager Gareth.

Commence alors un voyage de plus de 10 000 kilomètres à travers l’Europe, je le cite : « déchirée par les passions nationalistes, les haines de classes et la crise économique mondiale » (ça vous rappelle rien ? 🥶).

Il se rend d’abord à Berlin. Il y décroche son premier scoop : une interview du tout jeune chancelier allemand. Il est, en effet, le premier journaliste étranger à être autorisé à voyager avec Hitler dans son avion privé.

De Berlin, il se rend à Moscou. Il feinte, fait croire qu’il travaille toujours pour Lloyd George et souhaite rendre compte des miracles du communisme. Ça marche ! Il obtient un visa. La situation à Moscou est catastrophique : Gareth y croise des queues interminables aux rares distributions alimentaires, rencontre des paysans qui affluent dans la capitale à la recherche de nourriture. Et toujours « Ici, c’est dramatique, mais en Ukraine c’est pire ».

Il va réussir à s’infiltrer, traverser des villages avec toujours le même spectacle, des cadavres qui jonchent les routes, des enfants au ventre gonflé, des survivants qui attendent la mort et partout l’absence totale de nourriture.

Pourquoi cette famine dans un pays aussi riche en céréales ?

Staline souhaite transformer l’URSS en nation moderne. Pour mener son industrialisation à marche forcée, il a besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Et l’argent vient d’où ? Des exportations de céréales.

Il va donc méthodiquement planifier la collecte de céréales partout mais surtout en Ukraine, riche en blé. Les paysans qui résistent sont déportés, ceux qui essaient de cacher une partie de leur récolte sont torturés ou tués. À la famine s’ajoute la terreur. Staline veut broyer et spolier l’Ukraine. Que ce soit une hécatombe, que les survivants mangent de l’herbe, des racines, des charognes ou des cadavres, le petit père du peuple s’en fout… comme de son peuple.

Gareth Jones va alerter le monde

Il fait une conférence de presse à Berlin le 29 mars 1933. D’abord horrifié par ses révélations, l’Occident ne va pas y croire longtemps. En effet, Gareth va être l’objet d’une campagne de diffamation par nombre de journalistes, dont un des plus prestigieux, Walter Duranty, le correspondant du New-York Times à Moscou et détenteur du prestigieux prix Pulitzer. Pour Walter, « Tout est admirable en URSS ». « Oui, les gens ont faim, mais ils n’en meurent pas ». Ben c’est sûr mon gars, si tu passes ton temps à répéter ce que te disent les officiels et à faire la bamboche avec eux tous les soirs à l’hôtel Métropole à Moscou, tout va bien !

Même le ministre français Édouard Herriot, soucieux de voir par lui-même l’état du pays, va se faire balader par les soviétiques dans un village ukrainien débarrassé de ses cadavres et remplis de figurants dodus, habillés de neuf. La visite se passe à merveille, à tel point qu’il dira, de retour en France : « L’Ukraine dont on me parle, c’est la Beauce ». Bon sang, mais que foutaient les renseignements ?!

Suite et fin de Gareth Jones

Ecœuré par ces attaques et devenu indésirable en Russie, Gareth part en Mongolie intérieure pour y couvrir les tensions entre Russes et Japonais. Il y sera assassiné la veille de son trentième anniversaire. Sur demande de Staline ? On ne le sait pas.

C’est le premier (et l’un des rares) journalistes occidentaux à avoir documenté et alerté sur l’Holodomor.

En deux ans, 7 millions de soviétiques dont 4 millions d’ukrainiens mourront de faim, 1,5 millions de Kazhaks et 1,5 millions de Russes. Cette famine est reconnue officiellement comme un génocide par l’Union européenne en 2022.

Le 28 mars prochain, la France se prononcera à son tour. Cette décision semble faire consensus à l’Assemblée nationale…. sauf pour le RN et LFI.

Documentaire disponible ICI jusqu’au 27 juin 2023

IL FAUT SAVOIR de Charles Aznavour

Il faut savoir encore sourire
Quand le meilleur s’est retiré
Et qu’il ne reste que le pire
Dans une vie bête à pleurer

Il faut savoir, coûte que coûte
Garder toute sa dignité
Et malgré ce qu’il nous en coûte
S’en aller sans se retourner

Face au destin qui nous désarme
Et devant le bonheur perdu
Il faut savoir cacher ses larmes
Mais moi, mon cœur, je n’ai pas su

Il faut savoir quitter la table
Lorsque l’amour est desservi
Sans s’accrocher l’air pitoyable
Mais partir sans faire de bruit

Il faut savoir cacher sa peine
Sous le masque de tous les jours
Et retenir les cris de haine
Qui sont les derniers mots d’amour

Il faut savoir rester de glace
Et taire un cœur qui meurt déjà
Il faut savoir garder la face
Mais moi, je t’aime trop

Mais moi, je ne peux pas
Il faut savoir mais moi
Je ne sais pas

J’ai découvert un blog qui file la pêche !

Qui est Justin ?

Pour une fois, je ne vais pas vous parler de moi ni de mon blog mais vous inviter à aller voir la concurrence.

Justin est américain, il vit en Californie et est linguiste et informaticien.

Ça, c’est pour le CV.

Justin aime la France (à ce niveau-là, ce n’est plus de l’amour mais de la rage 😂). Il a profité du confinement pour apprendre notre langue et WOW ! Il parle (en tout cas il écrit) couramment.

On peut donc en déduire que Justin est doué mais ce n’est pas là sa seule qualité.

Justin vous fait découvrir et aimer la France.

En plus d’être doué, il a au moins deux autres qualités et non des moindres : il est incroyablement curieux et joyeux.

Il s’intéresse à tout ce qui est estampillé « français » ; nos régions, notre gastronomie, notre patrimoine, nos musées, nos films (bon sang, il connaît Ludovic et Josepha, si ça c’est pas un signe de curiosité). Il peut nous en remontrer un rayon sur le pays !

Il en a même fait un blog « Un coup de foudre« , car c’est bien un coup de foudre qu’il a eu pour la France. Et il est prolixe, Justin, newsletter, articles, podcasts (dont je me peux malheureusement pas profiter car je suis sourde, mais je suis sûre qu’ils sont passionnants), tout est bon pour nous communiquer ses trouvailles et ses conseils.

Son blog est une pépite de choses à ne pas manquer, de bonnes adresses, de bons plans, d’anecdotes… et d’humour, car il est drôle !

Voir la France à travers les yeux d’un étranger, c’est la redécouvrir, c’est s’émerveiller de choses auxquelles on ne prête quasiment plus attention, c’est se dire « mais oui, bordel, on a de la chance » !

Justin est un antidote à la morosité.

Ça a l’air de rien comme ça, mais la joie et l’enthousiasme deviennent des denrées de plus en plus rares.

L’époque est inquiétante, les catastrophes arrivent en escadrilles, on a tous nos soucis quotidiens. Alors quand quelqu’un comme Justin arrive avec sa bienveillance, sa légèreté, sa gaieté et ses découvertes, c’est un vrai shot de vitamines qui vous requinque pour la journée.

Allez sur son blog ! https://justinbusch.fr

Je vous jure, il devrait être remboursé par la sécurité sociale !

Bonne fin de semaine à tous !

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