TARENTELLE de Yves Duteil

Photo de Tatsuya TANAKA – mini MONDES

Vous avez appris la danse, danse.

Vous avez appris les pas.

Redonnez-moi la cadence, dence

Et venez danser avec moi.

Ne me laissez pas la danse, danse,

Pas la danser comme ça.

Venez m’apprendre la danse, danse

Et la danser avec moi.

Vous savez la tarentelle, telle

Qu’on la dansait autrefois.

Moi je vous montrerai celle, celle

Que, demain, l’on dansera.

Si vous donnez la cadence, dence,

Moi je vous donne le « la ».

Je vous l’apprendrai là dans ce, dans ce,

Dans ce joli petit bois.

Et si vous aimez ma danse, danse,

Et si vous aimez mon pas,

On pourra danser, je pense, pense

Aussi longtemps qu’on voudra

Mais ne me laissez pas là dans ce, dans ce

Pas là dans cet état-là.

Ne pensez-vous qu’à la danse, danse

Dans ce joli petit bois ?

Quand le feuillage est si dense, dense,

Quand le soleil est si bas,

Que voulez-vous que l’on danse, danse

Dans les jolis petits bois ?

Quand votre robe s’élance, lance

Moi j’ai le cœur en éclats.

Si vous perdez la cadence, dence

Serrez-vous bien dans mes bras.

Et s’il arrive que même, même

Tout doucement, dans le bois,

J’aille vous dire, je t’aime, t’aime,

Et si le bonheur était là

Pour nous donner la cadence, dence,

Pour nous donner le « la »

Et pour que tout recommence, mence

À tout petits tout petits pas ?

Vous avez appris la danse, danse.

Vous avez appris les pas

Pour qu’on vous aime et je pense, pense

Que je vous aime déjà.

C’est là que finit la danse, danse

Là dans l’ombre des bois

Mais notre amour qui commence, mence

Jamais ne s’arrêtera.

C’est là que finit la danse, danse

Là dans l’ombre des bois

Mais notre amour qui commence, immense

Jamais ne s’arrêtera

OPEN BAR de Fabcaro

Team Fabrice Caro ou Team Fabcaro ?

Je vous rassure, il s’agit de la même personne. Fabcaro c’est le diminutif qu’il utilise pour signer ses BD, réservant son nom d’état civil pour ses romans.

Je l’ai découvert il y a deux ans grâce au roman Le Discours. Un livre hilarant qui m’a valu une honte mémorable lors d’un voyage en train. Imaginez un livre où vous ne pouvez vous empêcher de rire sans discontinuer, du début jusqu’à la fin. Ça fait un bien fou ! Ça devrait être remboursé par la sécurité sociale.

Je me renseigne donc sur ce monsieur et j’apprends qu’il est surtout connu pour ses bandes dessinées, notamment une qui a eu un grand succès : Zaï, Zaï, Zaï, Zaï.

Ne voulant pas perdre une occasion de rire, je fonce chez mon libraire pour acheter l’ouvrage. Énorme déception ! Non pas sur le sujet – une critique de notre société –, mais sur le traitement, l’humour totalement absurde. Je ne peux pas nier qu’il vise juste, il appuie là où ça fait mal. Non seulement sa vision est fulgurante mais son style aussi ; en trois dessins il vous campe une situation et son ridicule. Diablement intelligent et brillant… Mais trop absurde pour moi. Je suis restée à distance, esquissant juste des sourires gênés, comme quand on veut faire partie d’un groupe, qu’on se force à rire de tout, qu’on veut faire genre « Oui, oui, moi aussi je trouve ça désopilant, quel génie ce mec !!! ».

Je sais très bien le faire : étudiante, j’ai fait croire à des tas de gens que j’adoooorais Raymond Devos, parce que tout le monde encense Raymond Devos. Alors que je HAIS Raymond Devos, ses jeux de mots pourris sur lesquels il insiste bien lourdement au cas où vous n’auriez pas compris. C’est chiant, pas drôle… mais ça ne se dit pas !!!

Mais je m’égare. J’ai donc rendu mon verdict : je suis fan des romans de Fabrice Caro… beaucoup moins des BD de Fabcaro.

Y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

Mon verdict a été confirmé par la lecture de son tout premier roman Figurec. Un livre drôle, fantasque et qui, une fois encore, sous une forme légère, est bien plus profond qu’il n’y parait. J’ai adoré.

Je n’avais donc aucune raison de me replonger dans une de ses BD, j’avais tranché, il n’y avait pas à y revenir. C’était sans compter sur ma voisine, qui, un jour, m’offre Open Bar. Je te le donne en mille, Émile, une BD de Fabcaro 😫. On l’applaudit bien fort !!!

Je la remercie « Comment t’as deviné ? J’adoooore Fabcaro ! ». Je rentre chez moi en maugréant, « bordel, je vais être obligée de la lire 😤 ».

C’est génial, j’ai adoré ! Pourtant, c’est toujours une critique de la société, c’est toujours de l’humour absurde. Je ne sais pas ce qui a changé… Peut-être moi ? Mais ça m’a déclenché de vrais éclats de rire, spontanés et irrépressibles. Et c’est bon !

C’est un recueil de situations quotidiennes qui balaie plein de sujets de société, de l’écologie à la politique en passant par l’éducation ou le tourisme, et j’en passe. Tout le monde en prend pour son grade, surtout moi 🥶. Oui, je dois avouer que je me suis bien reconnue, et plusieurs fois, même ! Entre les grandes tirades sur l’éducation des mioches ou encore les restaurants tellement snobs que leur carte est incompréhensible (mais je ne dis rien, surtout. Je reste imperturbable, des fois que je sois la seule conne à ne rien comprendre), j’avais un chouïa l’impression que cette BD parlait de ma vie.

Car c’est un éventail de nos tares, de nos contradictions et de notre bêtise aussi. Il fait mouche à chaque fois. C’est drôle, jouissif, percutant, corrosif. Ça m’a même donné envie de relire Zaï, Zaï, Zaï, Zaï, c’est vous dire !

Y’a pas à dire, qu’il s’appelle Fabrice Caro ou Fabcaro, ce mec est brillant !

L’ÉTRANGER de Albert Camus

Les plus belles rencontres commencent parfois par des rendez-vous manqués.

La première fois que je l’ai lu, j’ai détesté. Comme si on m’avait volée sur la marchandise. J’en attendais tellement. Trop ? J’imaginais déjà ce que j’allais lire. L’histoire, l’ambiance, les messages cachés. Avec le recul, je ne pouvais être que déçue. Forcément.

Je voulais tellement aimer Camus que je suis passée totalement à côté.

Trop simple, trop basique, trop facile, trop écrasé de chaleur. Et ce titre ? Mais c’est qui l’étranger ? Et pourquoi ?

Comme quand vous attendez trop de quelque chose ou quelqu’un. Vous imaginez la rencontre, prévoyez tout, anticipez. Vous savez exactement ce qui va être dit, fait, tout ce qui va se passer. Et rien ne se passe comme prévu. Alors, vous ne raisonnez plus, c’est la déception, telle une vague violente, qui emporte tout sur son passage.

Vous restez là, comme une imbécile qui a voulu trop forcer, imposer son histoire sans laisser de place à l’histoire de l’autre. 

J’ai détesté Camus, lui en ai voulu, comme une promesse secrète qu’il m’avait faite et qu’il n’a pas tenue. Je l’ai maudit, banni, évité, relégué dans les oubliettes de mon panthéon alors même que je lui destinais la première place.

Puis, au bout de quelques années, la curiosité et l’envie sont revenues, doucement. Je me suis décidée à relire L’Étranger.

Ne rien attendre, c’est peut-être le secret.

Ça n’a pas été une révélation, un éblouissement, un choc. Non, juste une évidence. Quelque chose de doux, de limpide, comme le soleil qui vous enveloppe de sa chaleur. Enfin, ça me parlait ! Enfin, je comprenais Meursault ! Cet homme que j’abhorrais lors de ma première lecture, que je trouvais lâche, indifférent, d’un détachement à la limite du demeuré, je l’ai enfin atteint.

C’est lui l’étranger, étranger au monde, à sa propre vie. Certains disent qu’il refuse de faire semblant. Refuser c’est déjà agir, se révolter. Non, il ne refuse pas, il ne sait pas faire semblant, il n’en éprouve ni besoin, ni envie, ça ne l’effleure même pas. Il est. Et ce qu’il est nous est incompréhensible car trop singulier, trop absolu, trop dérangeant. Alors, il faut détruire cet être impie qui menace notre vérité. La sienne risque de nous consumer.

Une femme lui propose le mariage, il ne l’aime pas. À la question évidente que tout le monde poserait, « pourquoi ? », il oppose la question « pourquoi pas ? ».

Le style est dépouillé, le récit minimaliste. Meursault est le narrateur. Il raconte son histoire, sans affect, sans fioritures, sans envie de vous convaincre. Vous la lirez… ou pas.

Je me suis trompée de bout en bout. Ce livre n’est pas simple, ce livre n’est pas vide.

Ce livre contient le monde.

LE TEMPS DES CERISES de Jean-Baptiste Clément et Antoine Renard

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Mais il est bien court le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles
Cerises d’amour aux robes vermeilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d’amour

J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et Dame Fortune, en m’étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur

Mouloudji et Nana Mouskouri – 1977

MISERY de Stephen King

Après « Toujours faire confiance à ses préjugés », je lance « Ne jamais lire un livre dont la tête de l’auteur ne vous revient pas » !

Ben oui, la tête de Stephen King m’a toujours perturbée.

Hyper flippante ! A croire que le physique conditionne le genre littéraire. J’ai du mal à regarder une interview de lui. Je n’arrive pas à me concentrer sur ce qu’il dit, hypnotisée que je suis par son visage. Un visage trop symétrique, de trop petits yeux, une mâchoire d’ogre trop carrée, tout est trop ! Et sa bouche 😱, on en parle de sa bouche ? Immense, fine, cruelle. qui laisse entrevoir une dentition digne d’un cannibale sadique 🥶.

Pourtant il semble sympathique, le bougre ! Drôle, accessible, charmant. Forcément ! C’est un piège ! Tous les psychopathes sont adorables, c’est comme ça qu’ils attirent leurs victimes.

En plus, il est partout !

C’est le Barbara Cartland de l’horreur, j’ai l’impression qu’il sort un livre tous les 3 mois. Comme si ça ne suffisait pas, il écrit également sous un pseudonyme. Et quand il fait une pause, c’est le cinéma qui prend le relais. Bref, impossible de l’éviter sauf à se confiner chez soi, sans sortir, mais QUI FERAIT ÇA, HEIN ???!!!! (désolée, mes nerfs lâchent 😫).

Partant des principes éculés suivants :

  • si on en parle, ça doit être bien
  • j’ai énormément de temps devant moi
  • le confinement me donne la capacité de concentration d’une huître, donc simplicité et suspense, c’est tout indiqué
  • je veux pas mourir idiote

Zou ! Maintenant, il ne me reste plus qu’à choisir un titre.

Misery

Pourquoi ? Parce que.

  • C’est d’actualité : un confinement forcé avec une folle furieuse.
  • C’est réaliste, pas de doigt de fantastique ni de lichette de surnaturel. Parfait pour une cartésienne comme moi.
  • Je me souviens avoir voulu voir le film à sa sortie pour la grande Kathy Bates.

Un écrivain à succès est victime d’un accident de la route. Il est recueilli par une psychopathe qui le retient prisonnier dans une maison isolée. Psychopathe mais fan de ses livres, elle va l’obliger à écrire contre son gré… Contre ? Vraiment ?

Voilà, c’est un peu court comme Pitch… contrairement au livre. Qu’il est long 😱, j’ai cru ne jamais en venir à bout.

Il y a les bonnes nouvelles.

L’intrigue est séduisante : un huis-clos entre la victime et son bourreau, ça se mange sans faim. Une liberté narrative surprenante (en tous cas, qui m’a surprise). Je m’attendais à quelque chose de plus linéaire, classique, policé. Les différences de styles permettent de rythmer et de nourrir l’histoire. Ils mettent en exergue les états que traversent le héros, qu’ils soient psychologiques ou physiques. Tout y passe, ses souffrances, ses peurs, ses frustrations, sa rage, son dégoût, ses espoirs. Le héros va suivre à la lettre cette citation « Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu. » pour se livrer à une introspection sans compromis de lui, de son talent d’écrivain, de ses faiblesses, de ses addictions. Se connaître n’est pas suffisant. Cloué au lit, à la merci de cette tarée de compétition, l’écrivain se sert de son imagination pour la cerner, l’analyser, la comprendre.

Mais il y a aussi des mauvaises nouvelles…

Si j’étais l’éditeur de Stephen, permettez-moi de vous dire que je l’aurai obligé à sabrer violemment. Bon sang, c’est trop long ! J’avais envie de hurler « Stop ! C’est bon, on a compris l’idée ».

Enfin et surtout, ça ne fait pas peur. Une fois passé les premiers chapitres, je voulais m’assurer de la fin mais je la pressentais. Du coup, exit les notions de suspense et de terreur.

C’est bien dommage, car en ce moment, je suis une excellente cliente.

Bref, j’ai lu du Stephen King… et je vais passer à autre chose.

LA PRIÈRE de Georges Brassens

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s’amusent au parterre
Et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s’ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue, Marie

Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre
Par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l’humiliation de l’innocent châtié
Par la vierge vendue qu’on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Marie

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S’écrie « mon Dieu ! » Par le malheureux dont les bras
Ne purent s’appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu’il traîne
Je vous salue, Marie

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l’on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue, Marie

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid
Par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée
Par le baiser perdu par l’amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue, Marie

SACRÉES SORCIÈRES de Pénélope Bagieu

Le miracle va-t-il avoir lieu ?

J’adore Pénélope et ses BD. En quelques cases, elle réussit, tour à tour, à installer une ambiance, vous attacher aux personnages, vous faire rire et vous apprendre des choses. C’est émouvant, ça vous fait réfléchir, mais sans en avoir l’air. Ça pétille, ça virevolte. Bref, c’est génial, mieux que le cheval ! J’attendais donc sa nouvelle BD avec impatience, quand j’apprends qu’elle va revisiter un livre de Roald Dahl. Je ravale un sanglot de désespoir (oui, je suis très émotive 🥳). Je suis totalement hermétique à ce type, depuis toujours. Je n’ai jamais réussi à lire un ses livres en entier. Mon maximum c’est cinq pages. Encore moins à écrire son nom correctement (bon, ok, j’écris très rarement son nom 😩). Je ne suis vraiment pas fan du film Charlie et la chocolaterie qui me file un sentiment de malaise assez colossal. Personnellement, j’interdirais direct à mes mômes d’adresser la parole à un type comme Willy Wonka. Roald développe de multiples univers pleins de bizarreries, étranges et déroutants qui me font hyper ventiler. Pénélope va-t-elle réussir l’impossible ? Me le faire aimer ? Elle représente mon dernier espoir.

Ouiiiiiiiiiii !

L’histoire ? Un orphelin est recueilli par sa grand-mère. Elle lui révèle l’existence de sorcières tueuses d’enfants. Et, malheureusement pour lui, il va les rencontrer. La lutte est engagée.

Pénélope a dit « dans tous les bons bouquins pour enfants, le môme est orphelin dès la cinquième page ». On peut donc considérer qu’on a dans les mains un très bon bouquin.

Et c’est vrai ! C’est top ! L’histoire est soutenue, il y a du suspense, de vrais méchantes, c’est drôle, touchant, palpitant. Vous vous évadez et passez un merveilleux moment. C’est à la fois désuet et moderne, atypique et universel. Et la grand-mère 😍, mais la grand-mère 🤩🤩🤩, on en parle de la grand-mère ? On ne peut que l’aimer tellement elle est trash et fantasque.

Mais…

Je ne vais pas vous mentir, il y a quand même deux petits trucs qui m’ont gratouillée dans cette histoire. Tout d’abord, les sorcières sont (encore) affreuses. Pourquoi ? Ce sont des femmes qui n’aiment pas les enfants. 🧐🧐🧐. Vous la sentez la stigmatisation sous-jacente ? Autrefois, les sorcières étaient des femmes désobéissantes, différentes ou gênantes. De là à être différentes car elles ne veulent pas d’enfants… Pas vraiment de progrès. Mais bon, je ne m’attarde pas, je reste calme.
Enfin, la fin 😱. OK, Roald ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des demeurés, il ne leur sert pas un discours bêtifiant, les considère comme des êtres doués de raison et capables de tout lire. Tant mieux pour eux ! Mais moi je ne suis pas comme ça. Je veux une fin câlinou, que tout rentre dans l’ordre, et hop, on n’en parle plus. Or, la fin gratouille un peu quand même.

Conclusion, c’est tout de même un sacré bon livre… que je vous conseille vivement !

JE SAIS POURQUOI L’OISEAU EN CAGE CHANTE de Maya Angelou

L’oiseau libre sautille
Sur le dos du vent
Et flotte en aval
Jusqu’à ce que s’achève cet élan
Et plonge ses ailes
Dans les rayons orange du soleil
Et ose défier le ciel.

Mais un oiseau qui piétine
dans sa cage étroite
peut rarement voir à travers
ses barreaux de rage
ses ailes sont entravées et
ses pattes sont liées
alors il ouvre sa gorge pour chanter.

L’oiseau en cage chante
avec un trémolo de peur
des choses inconnues
mais espérées encore
et sa mélodie se fait entendre
sur la colline lointaine
parce que l’oiseau en cage
chante la liberté.

L’oiseau libre pense à une autre brise
et aux alizés doux à travers les arbres soupirants
et aux vers tout gras l’attendant sur une pelouse luisante à l’aube
et il désigne le ciel comme sien.

Mais un oiseau en cage s’assoit sur la tombe de ses rêves
son ombre piaille d’un cri de cauchemar
ses ailes sont coupées, ses pattes liées
alors il ouvre sa gorge pour chanter.

L’oiseau en cage chante
avec un trémolo de peur
des choses inconnues mais désirées encore
et sa mélodie se fait entendre
sur la colline lointaine parce que l’oiseau en cage
chante la liberté.

LA FEMME GELÉE de Annie Ernaux

Annie Ernaux, la discrète.

Je ne suis attentive à son nom que depuis quelques mois 😱. Au début, son évocation glissait sur moi comme l’eau sur les plumes d’un canard. De la même façon que je suis capable de juger sur les apparences, je peux juger un prénom et un nom, de façon totalement subjective. Et la sentence était tombée, comme une condamnation, sans défense possible : je l’avais remisée dans la catégorie « Intérêt limité ». Je la lirai un jour, plutôt à ce moment-là.

À partir de cet instant et comme pour me signifier mon erreur, je n’arrêtais pas de la croiser : tel article la mentionnait, tel écrivain la citait, tel philosophe l’invoquait.

Nom d’un petit pois ! En pestant contre moi-même, je lui accordais une ascension fulgurante et la plaçais dans la catégorie « À lire d’urgence ». J’achetais deux livres : « La femme gelée » et « La place ».

C’est quoi, une femme gelée ?

C’est une petite fille qui grandit en province dans les années 50. Milieu modeste mais heureux. Pas de grandes théories d’éducation, juste des valeurs et de la liberté. Pas de différence « filles-garçons », pas encore. La petite fille pousse comme un herbe folle, encouragée à lire et à étudier par sa mère. Son père fait la cuisine, sa mère fait les comptes, et elle-même est un garçon manqué. Et alors ? Elle imagine sa vie d’être humain : un futur de découvertes et de voyages, avec pour seules limites celles qu’elle se fixera. L’adolescence va se charger de lui faire comprendre qu’avant d’être un être humain, elle est d’abord une femme en devenir. Les filles ne doivent pas se mélanger aux garçons, chacun ses rôles, chacun ses codes. Mais qu’importe, elle n’est pas genre à se décourager. Les études seront son salut !

Sauf qu’il est plus facile de s’extraire de sa condition sociale que de sa condition de femme. Elle va l’apprendre à ses dépens. Le déterminisme, c’est pas fait pour les chiens !

Le triomphe du quotidien.

C’est ce qui me semble définir le mieux, à la fois l’histoire et le style d’Annie Ernaux.

L’écriture d’Annie est simple, visuelle, pulsée. Des petits riens, ténus, tendres, délicats, bruts, drôles, cruels. Et ces petits riens mis bout à bout, ça fait une vie, une condition, un statut. Sans emphase, avec dépouillement, banal. C’est comme les comptines qu’on chante quand on est enfant, c’est simple, rassurant, joyeux… on en oublie presque qu’elles sont toutes cruelles.

Ses parents m’ont rappelé les miens, son adolescence m’a rappelé la mienne. C’est la force de l’auteure : au travers une histoire unique, la sienne, raconter une histoire universelle.

C’est une impression bizarre que vous laisse ce livre, ou plutôt une multitude d’impressions : douce nostalgie, joie simple, espoir, et amertume de voir cette femme si vivante s’étioler dans les conventions, l’air de rien, tout doucement, imperceptiblement.

J’ai beaucoup aimé ce livre. J’aimerais que mes filles le lisent, il est tellement beau et plus efficace que bien des grands discours et de belles phrases sur le féminisme.

J’VOUDRAIS QUE QUELQU’UN ME CHOISISSE de Dani

J’voudrais que quelqu’un me choisisse 
Que quelqu’un m’aime avant qu’j’moisisse 
Un garçon vaillant accomplisse 
Ce p’tit exploit, vouloir de moi

Le premier pas, je l’ferai pas 
J’laisse le prince charmant faire un peu d’exercice 
Moi j’attends mais faut dire pour l’insant 
Personne vient proposer ses services, proposer ses services

J’voudrais que quelqu’un me choisisse 
Que quelqu’un m’aime avant qu’j’moisisse 
J’crirai pas « Allo police » 
Si un rôdeur chaparde mon coeur

Je vaux de l’or, j’suis un trésor 
Mais la vie me traite comme un tas d’immondices 
Y’a des filles qui traînent une escadrille d’amoureux au sourire dentifrice 
Au sourire dentifrice

J’voudrais que quelqu’un me choisisse 
Que quelqu’un m’aime avant qu’j’moisisse 
J’guette en vain l’entré en lice 
Du chevalier sur son destrier

Faut qu’y s’dépêche, j’suis encore fraîche 
Mais à poireauter je crois que j’dépérisse 
Est-c’que dieu pourra du haut des cieux 
Tolérer longtemps cette injustice 
Longtemps cette injustice 
Longtemps

https://youtu.be/aUIAcImT0ls

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