ANEANTIR de Michel Houellebecq

Quel drôle de livre que celui-là.

C’est mon deuxième livre de Houellebecq donc je suis loin d’être une spécialiste.

Mais : un premier tirage de 300 000 exemplaires + un joli objet (relié, à la couverture cartonnée, au format atypique avec un marque page rouge) + un des livres les plus attendus en France ET en Europe + une seule interview accordée + un plan de lancement digne du dernier iPhone + une fuite sur le net façon Panama Papers = je m’attends à du lourd.

C’est parti !

Ça se passe en France en 2027 en pleine campagne présidentielle. Ça commence comme un thriller. De mystérieuses vidéos essaiment sur le net. Hétérogènes, étranges, inquiétantes. Les Renseignements sont sur le coup. Ça pourrait empirer. Spoiler : ça va empirer. Comme il faut bien personnifier l’action côté « pouvoir », c’est sur Paul Raison que ça tombe, un conseiller de l’ombre comme il en pullule dans les arcanes du gouvernement. Pas n’importe lequel non plus, c’est un proche confident du ministre de l’économie Bruno Juge. Paul Raison a une certaine épaisseur ou du moins Michel va lui en donner en nous immiscant dans sa vie.

C’est un livre parallèle.

Il y en a plusieurs.

Dans le récit d’abord. Un parallèle entre des évènements terroristes mondiaux et une histoire intime, humaine, l’histoire d’une vie. Le chaos du monde et le chaos d’une vie.

Dans le rythme ensuite. Un parallèle entre réalité et rêves assez déroutant. J’ai absolument rien capté aux rêves 🤪. Heureusement pour moi, il y a plus de réalité que de rêves.

Tout cela est juxtaposé sans vraie rencontre, avec des liens un peu surfaits, artificiels.

Et donc ?

C’est un roman qui accroche. On le commence, on le finit. On veut savoir comment la grande et la petite histoire vont se terminer. On veut savoir si le monde et Paul vont être sauvés.

Le style est addictif, un mélange efficace de réalisme, de cynisme détaché et d’humour mais pas que. Il y a de la tendresse, beaucoup même, de la mélancolie et une recherche d’apaisement.

L’idée c’est qu’à force de se perdre dans le monde, on en a oublié l’essentiel, la sphère intime, source de rédemption et de salut. Michel vieillit, Michel s’assagit, Michel devient comme tout le monde.

C’est mystérieux l’alchimie d’un livre. Dans celui-ci, il y a plein d’ingrédients et le chef pour avoir un plat 3 étoiles. Au final, on se retrouve dans une bonne brasserie. C’est bon, de qualité, mais classique.

Je n’ai pas perdu mon temps quand même !

Tout d’abord, à tous ceux qui voient Michel comme un être éthéré et hors sol, sachez :

  • qu’il connaît parfaitement le métro parisien (soit il le pratique soit il a fait d’énormes recherches sur le sujet 🤪).
  • qu’il ferait un redoutable agent immobilier (à 2 doigts de m’installer à Bercy après avoir lu son livre).

Et j’ai gardé le meilleur pour la fin !

Saviez-vous qu’on pouvait faire des choses avec urbanité ? Je répète : avec ur-ba-ni-té ???

« Paul sourit avec urbanité », « … il fut d’ailleurs traité avec une urbanité parfaite » 😵‍💫.

Je me suis d’abord dit que Michel en avait tellement plus rien à foutre de rien qu’il se mettait à inventer des expressions. Puis j’ai vérifié. Bon sang, ça existe 😱!

J’ai vécu tout ce temps sans le savoir.

Je vous souhaite une bonne lecture, avec urbanité !

LA PORTEUSE DE PAIN de Xavier de Montépin

Chronique pour les gens d’un certain âge.

Eh oui. Quand on est obligé de faire des recherches sur le site de l’INA, c’est qu’on n’a pas été élevé avec les Pokémon. Forcément.

Pourquoi La Porteuse de pain ? C’est un des programmes télé qui a marqué mon enfance (avec Chéri Bibi, Vidocq ou encore Les Saintes Chéries).

Je me souviens le regarder le midi, chez mes grand-parents, avant le journal de 13H sur Antenne 2.

Si j’en crois mes recherches sur internet, j’ai la mémoire qui flanche, vu qu’à priori, La Porteuse de pain n’a JAMAIS été diffusée ni sur Antenne 2, ni à cet horaire. C’est vous dire si cette chronique est sujette à caution.

Toujours est-il qu’il m’a fortement marquée. J’adorais. Je me souviens avoir frémi de peur, pleuré pour cette pauvre Jeanne Fortier qui avait vraiment un karma de merde. En y repensant, avoir la scoumoune à ce point, ça tient du projet de vie ! Une scène, en particulier, m’a terrorisée. La brave porteuse de pain marche dans la rue, un échafaudage s’écroule, l’engloutit et manque de la tuer. C’était presque un plaisir sadique de regarder ce feuilleton. Qu’est-ce qui va encore lui arriver à cette malheureuse ? Mais avec la certitude apaisante que le bien finirait par triompher. Quelle belle époque, binaire et simple !

En creusant, j’apprends qu’à l’origine était un livre. D’un certain Xavier de Montépin. Banco pour le bouquin !

La Porteuse de pain de Xavier.

C’est un roman-feuilleton qui est paru dans le Petit Journal à partir de 1884.

La petite histoire, c’est qu’il a connu un succès populaire immédiat et a fait l’objet de plusieurs adaptations au théâtre, puis plus tard au cinéma (dans les années 30 avec Fernandel et en 1963 avec Suzanne Flon, Philippe Noiret et Jean Rochefort, excusez du peu !)… et enfin à la télé avec ma fameuse série, qui a également une distribution assez whaouuu à faire briller les mirettes, en tous cas les miennes (Carole Laure, Bernard Giraudeau, Philippe Léotard, Sim et Jacques Monod, bon sang JACQUES MONOD ! Si vous ne connaissez pas son nom, vous connaissez forcément son visage).

L’histoire tout court c’est Jeanne Fortier, jeune veuve avec 2 enfants (🎻🎻🎻) qui va être injustement accusée de meurtre. Evidément qu’elle est innocente, Jeanne ! C’est une machination du vrai coupable, le méchant Jacques Garaud. Jeanne est condamnée aux travaux forcés pendant que Garaud change de nom et fait fortune aux USA. 20 ans plus tard, Garaud revient en France et Jeanne s’évade (comme par hasard 🧐). Elle change d’identité, devient porteuse de pain et va tout faire pour retrouver ses enfants et se venger. Tadaaaaaam.

Parfois, il faut rester sur ses souvenirs

Le roman-feuilleton, ça doit dépoter et faire revenir le lecteur le lendemain : écriture simple, installation quasi immédiate des personnages et du contexte, rythme rapide, action et suspense.

Ça tombe bien, j’adore la simplicité, le suspense et l’action. En voiture Jeanne, fais lui bouffer son dentier à Garaud !

Alors, comment dire ? En feuilleton quotidien dans un journal, ça pouvait peut-être le faire. Mais tous les épisodes mis bout à bout, honnêtement, Xavier, c’est pas bon. Mal écrit, répétitif, un scénario totalement improbable. Rendez-moi ma série !!!!

Je vais très vite oublier le livre et ne garder que les souvenirs de mon enfance, mon p’tit plaisir régressif à moi.

SOS idées cadeaux à 4 jours de Noël

On est enfin (presque) venu à bout de 2021 !

Mais avant de faire sa fête à 2022, c’est la dernière ligne droite pour terminer tous les cadeaux.

Forcément, je vais vous conseiller des livres. Forcément 🤷.

Voici 3 livres originaux et intelligents (yaka cliquer sur le titre pour en savoir plus).

Poussière d’étincelles & verres fumés de Mehdi Masud

2 ans que je ne me remets pas de ce bouquin 🤣, autant vous dire que je recommande chaudement.

Feu de Maria Pourchet

Ça brûle, ça glace, ça rebrûle, ça reglace.

Le voyant d’Étampes d’Abel Quentin

Non, ce n’est pas la dernière attraction essonnienne, croyez-moi, c’est beaucoup, beaucoup mieux.

Sinon, en valeur sûre et classique, y’a Gustave.

À l’occasion du bicentenaire de sa naissance, Flaubert est partout.

Tout le monde l’a lu mais personne s’en souvient. L’occasion d’une jolie redécouverte.

Voilà ! Très belles fêtes de fin d’année à tous et à l’année prochaine 🎉🎊🥳

LA NEIGE de Marina Tsvétaïéva / Le ciel brûle Extrait

Poème écrit en français en 1923

Neige, neige
Plus blanche que linge,
Femme lige
Du sort : blanche neige.
Sortilège !
Que suis-je et où vais-je ?
Sortirai-je
Vif de cette terre

Neuve ? Neige,
Plus blanche que page
Neuve neige
Plus blanche que rage
Slave…

Rafale, rafale
Aux mille pétales,
Aux mille coupoles,
Rafale-la-Folle !

Toi une, toi foule,
Toi mille, toi râle,
Rafale-la-Saoule
Rafale-la-Pâle
Débride, dételle,
À grands coups de pelle,
À grands coups de balle.

Cavale de flamme,
Fatale Mongole,
Rafale-la-Femme,
Rafale : raffole.

LE VOYANT D’ÉTAMPES d’Abel Quentin

C’est quoi ce titre ?

Je déambule dans le rayon livres de la Fnac en regardant les différents ouvrages, le tout avec l’air dubitatif et soupçonneux d’un contrôleur des impôts.

Il y a forcément une pépite dans toute cette abondance, mais où et comment la repérer ? Nom d’un chien, pourquoi je ne me suis pas renseignée un peu avant ? Ça va encore se jouer au feeling, sur des critères à la con du genre « Tiens, une tranche rose, c’est original ça, une tranche rose ». Va faire une chronique du bouquin après ça 😩.

Ça n’a pas loupé ! Je vois une photo en plan serré d’une route nationale à la tombée de la nuit. On dirait une route beauceronne, le genre de route bien utilitaire pour traverser des champs de betteraves. On n’est pas sur du bucolique, du champêtre, on est sur du « appuie sur le champignon, qu’on se magne d’arriver ». La couverture est mate. Ben oui, tu penses, le brillant ça risquerait de faire plus joli. Manquerait plus qu’on attire le client. Et pourtant, j’avoue qu’elle envoie, cette photo, elle est même hypnotique.

Je regarde le titre, « Le Voyant d’Étampes ». À quel moment tu décides d’appeler ton livre « Le Voyant d’Étampes » ? Un soir de beuverie ? De détresse ? Vous connaissez Étampes ? Vous le situez ? Parce que moi oui. Fin de la blague !

Et puis « voyant » au sens de clignotant ? Non, parce qu’OK y’a une route, mais ça pourrait aussi être un mage ou un diseur de bonne aventure (eh oui, tout ça au rayon livres de la Fnac 😂).

J’achète donc le livre 🤪.

Le pitch

Jean Roscoff, professeur universitaire fraîchement retraité, alcoolique de surcroît, est un incompris. En tous cas, il n’arrive pas à se faire comprendre, ni de sa fille, encore moins de la compagne de celle-ci, ni de son ex-femme, ni de son meilleur ami. Il ne les comprend pas non plus, eux, et globalement la société qui n’évolue pas comme il l’avait souhaité dans sa jeunesse militante. Peut-on dire que Jean Roscoff est un vieux con ? Ce serait idéologiquement trop facile et factuellement faux.

Jean Roscoff, donc, décide de reprendre les travaux entamés dans sa jeunesse sur un poète américain, aussi méconnu que talentueux, qui s’exila en France et mourut accidentellement sur une obscure route de l’Essonne dans les années 60.

Après plusieurs échecs, il tient enfin l’occasion de sortir un livre fouillé qui en remontrera au petit milieu intellectuel qui l’a toujours regardé de haut. Et ça, ça le ravigote, Jean (cherchez pas, y’a aucun jeu de mots).

Sauf que… parce qu’évidemment il va y avoir un os… cet écrivain était noir, fait que Jean survole. Et là, ça va partir en sucette mes amis 😱. Entre les woke, les néocolonialistes, les pro « cancel culture », les progressistes, les réacs, on se rend compte qu’il y a toujours une constante, quelles que soient les générations : la connerie et la lâcheté.

Ce livre est une cathédrale 

Ce n’est pas une claque qui fuse par surprise et qui vous agresse ou vous secoue, c’est une cathédrale qui se construit sous vos yeux. Patiemment, sans esbroufe, presque artisanalement.

Au départ, ça commence gentiment. Jean est une sorte de Caliméro 🤪 qui radote pas mal. Faut l’écouter raconter les injustices qu’il a subies, sa jeunesse et ses illusions perdues, son combat à SOS racisme, la marche des beurs. Encore un type qui a cru changer le monde… comme tout le monde, et qui se retrouve à ne plus rien capter… comme tout le monde.

Et puis, sans qu’on s’en rende compte, ça commence à sortir de terre. On se rend compte qu’Abel vient de terminer de sacrées fondations. C’est imposant, structuré, ambitieux. Pendant qu’on le lisait, Abel avait un putain de plan en tête et nous guidait. On commence alors à pressentir la grandeur de l’édifice. Ça monte au fur et à mesure que le récit s’étoffe, ça prend de la hauteur, on voit du bel ouvrage, des prouesses de style, une exigence des détails… et bordel, c’est presque Notre-Dame !

Et la fin 😱 ! La cathédrale est terminée, vous avez une vue d’ensemble. Vous tournez autour, c’est vertigineux.

C’est un grand OUI !

Je vous recommande chaudement ce livre. Il vous questionne, vous rend plus intelligent (enfin moi, en tous cas). Le style est impressionnant, d’une grande maîtrise, c’est un bonheur à lire, « le petit Jésus en culotte de velours ». Et surtout, C’EST DRÔLE, MAIS DRÔLE ! Merci Abel de m’avoir fourni ma nouvelle insulte de référence : « Quelle ébouriffante salope ! » 🤣

FIN

ENFANT DE SALAUD de Sorj Chalandon

Ce livre m’a cueillie, à plusieurs reprises. Il m’a émue, m’a irritée, m’a appris aussi.

Tout vient de l’enfance.

Sorj est un homme de presque 70 ans. Sa page Wikipedia annonce sobrement qu’il est un journaliste et écrivain français. Si vous creusez, c’est peu de dire qu’il a une vie bien remplie. Remplie de reportages, d’articles, de livres, de scénarios, de prix, de reconnaissances unanimes du public et de ses pairs. Alors quoi ?

Alors, son père ! Ce père qu’il se traîne comme un boulet depuis toujours. Cette figure tutélaire, censée encadrer, protèger, éclairer. Lui, c’est le noir total, à essayer de trouver un interrupteur, une fenêtre, n’importe quoi comme source de lumière… et rien.

De qui est-il le fils ? Qu’a fait son père pendant la 2ème guerre mondiale ?

C’est quoi un salaud ?

Son père coche beaucoup de cases. Lâche, menteur, égoïste, violent. Collabo aussi ? Comment savoir ? Avec lui c’est une fanfaronnade permanente. Du bruit et de la fureur. Le genre qui fait peur à tout le monde. Le genre qui raconte l’histoire à sa sauce et gare à ceux qui ne le croient pas. Bravache, il écrase les autres pour pouvoir se hisser au niveau auquel il prétend. La guerre, il l’a faite mais à sa manière. Ah Ah, il fallait voir, qu’est-ce qu’il leur a mis ! Mais à qui ?

Pourtant, difficile de le haïr, ce père aux frontières de la folie. Il faut reconnaître qu’entre ses mensonges, ses ruades, ses crises, il a du panache. Il ne se laisse jamais démonter. La meilleure défense c’est l’attaque. Il réussit à faire taire tout le monde, à instiller le doute ; et si, cette fois, il disait vrai ?

Et Sorj, là-dedans, qui encaisse tous les coups, souffre et s’enlise.

Les faits, toujours les faits, rien que les faits.

Est-ce pour ça que le fils est devenu journaliste ? Pour s’accrocher aux faits, débusquer la vérité ?

La vérité, c’est l’histoire du livre. Un livre qui enquête, explique, retrace, recoupe.

Il va se confronter à son père alors même que son journal l’envoie couvrir le procès Barbie. La grande et la petite histoire se télescopent. Le premier procès pour crime contre l’humanité à se tenir en France et la première fois que Sorj va trouver le courage d’affronter son père.

On côtoie les victimes de Barbie, celles qui ont survécu et celles qui sont mortes, les enfants d’Izieu aussi. On déteste ce père qui ne connaît pas la honte alors qu’il devrait faire silence et on s’énerve sur ce fils qui s’obstine à l’aimer. On a envie de lui hurler « Arrête les frais, libère-toi de lui, il te détruit ! ».

Et puis, l’horreur qui prend parfois des détours, que vous ne voyez pas arriver et qui vous submerge : « À hauteur d’homme, il n’y avait plus d’écorce aux arbres, tout avait été mangé ».

Je ne sais toujours pas si son père est un salaud, je ne sais pas si la vérité apaise. Je sais juste, qu’à l’heure où certains veulent réécrire l’histoire, la Vérité ne se négocie pas, les faits ne se falsifient pas.

FEU de Maria Pourchet

Quelle claque !

2 ans ! Ma dernière claque littéraire a 2 ans et c’était POUSSIÈRE D’ÉTINCELLES & VERRES FUMÉS de Mehdi Masud.

2 ans à tendre l’autre joue et attendre.  

BIM, n’en jetez plus, c’est bon, 1 partout la balle au centre ! Je viens de me prendre une baffe, mes amis 😱.

Mon dieu, que j’adore ça !

J’ai acheté FEU presque par hasard. Ce livre truste plein de sélection de prix littéraires dont le Goncourt. Je veux bien qu’on se plante sur un prix mais sur cinq ?! Une critique dit, je cite : « Le livre le plus renversant de la rentrée ». Mais renverse-moi, Maria, renverse-moi !

J’estime donc que je prends peu de risques et puis j’aime beaucoup la couverture.

J’ai quand même un doute avant d’attaquer. Le sujet d’abord. L’adultère. C’est un peu vu et revu, va falloir nous vendre du rêve Maria. Les critiques ensuite. Toutes ces louanges, ça en deviendrait presque suspect. Après tout, j’ai jamais entendu parler d’elle 🤔. Trop tard, il est dans mon sac. C’est donc parti pour FEU.

Wow ! Attachez vos ceintures !

Ça commence dès la première page. Pas d’introduction, de montée progressive, de message de prévention du genre « Attention, les mots vont tous te sauter à la gueule, prends tes précautions ». Non, rien de tout ça. c’est plutôt « Démerde-toi avec un style que t’as jamais vu, des mots secoués dans un shaker et toi avec et on espère que tu te feras pas mal en retombant ».

Je suis complètement happée. C’est déroutant, vif, acéré, fébrile. Pas toujours sûre que ce soit un français académique mais je comprends. Maria aiguise tous vos sens, elle sonde l’âme avec une précision chirurgicale.

C’est drôle aussi et caustique. Comme quand on sait qu’on va dans le mur mais qu’on a son petit orgueil alors on fait genre.

L’histoire ?

C’est l’histoire de la nuit des temps. Laure rencontre Clément. Ils vont devenir amants.

Laure est mariée mais fatiguée. A se cogner contre les murs d’une vie étriquée, à pas trouver d’issue. Ecrasée par des générations de femmes qui la regardent du haut de leurs injonctions contradictoires. Des mortes (sa grand-mère et sa mère) et des vivantes (sa fille aînée).

Clément est célibataire. Fatigué aussi, mais lui c’est de naissance. Alors, il se retrouve à parler à son chien.

Laure et Clément vont penser pouvoir se sauver mutuellement.

Bordel, que je les aime ces 2 là ! J’ai envie de les prendre dans mes bras, de les consoler, de les rassurer, de les libérer d’eux-mêmes.

Je veux que ce livre ne se termine jamais, c’est pathétique et c’est drôle. Ça me conforte dans l’idée que la vie est une farce ou une fête… selon les moments.

Et pourtant il se termine. Maria tient le rythme jusqu’à la fin et nous en offre une incroyable, presque grand-guignolesque de fin.

Ne passez pas à côté de FEU !

C’EST ARRIVÉ LA NUIT de Marc Levy

J’SUIS SNOB, J’SUIS SNOB

Lire du Levy ? Jamais d’la vie !

Moi, c’qui m’fait grimper à la tenture,

c’est la grande littérature.

Et même si Elle et Pocket me supplient,

hors de question que je change d’avis.

En même temps, avoir sa bobine

dans l’plus féminin des magazines,

ça fait sacrément envie.

Oh puis zut, direction la librairie

pour C’est arrivé la nuit.

Et là, wouahhhh !

Bienvenue au cinéma !

Suspense, action, en veux-tu en voilà.

C’est d’la lecture sur grand écran,

tout, sauf un voyage d’agrément.

J’passe la soirée à m’ronger les sangs.

Ils sont 9 sur la planète

à faire justice sur Internet.

Des Arsène Lupin 2.0

qui mettent les salauds au cachot

d’un clic sur leur réseau.

Ça semble facile, mais ça l’est pas.

Toujours clandestin, même chez soi.

Toujours planqué et en mouvement

pour éviter les guet-apens

Marc est un p’tit malin

avec ses hackers au grand cœur,

on le lit jusqu’au p’tit matin

pour notre plus grand bonheur.

On se prend même à rêver :

Et si c’était vrai ?

MIROIR de Sylvia Plath

Je suis d’argent et exact. Je n’ai pas de préjugés.
Tout ce que je vois je l’avale immédiatement,
Tel quel, jamais voilé par l’amour ou l’aversion.
Je ne suis pas cruel, sincère seulement —
L’œil d’un petit dieu, à quatre coins.
Le plus souvent je médite sur le mur d’en face.
Il est rose, moucheté. Je l’ai regardé si longtemps
Qu’il semble faire partie de mon cœur. Mais il frémit.
Visages, obscurité nous séparent encore et encore.

Maintenant je suis un lac. Une femme se penche au-dessus de moi,
Sondant mon étendue pour y trouver ce qu’elle est vraiment.
Puis elle se tourne vers ces menteuses, les chandelles ou la lune.
Je vois son dos, et le réfléchis fidèlement.
Elle me récompense avec des larmes et une agitation de mains.
Je compte beaucoup pour elle. Elle va et vient.
Chaque matin c’est son visage qui remplace l’obscurité.
En moi elle a noyé une jeune fille, et en moi une vieille femme
Se jette sur elle jour après jour, comme un horrible poisson.

PERPÈTE de Thierry GIRANDON

La belle surprise

C’est un livre que je n’avais pas spécialement calculé. Je l’ai reçu, mis sur ma pile à lire. Il ne paie pas de mine, au milieu de plus beaux, plus colorés. Couverture sobre ; encore un livre d’auteur, genre confidentiel, genre désespéré, genre chiant. Et puis, à la faveur d’un extrait sur Facebook, l’envie est là, l’envie furieuse de le découvrir. C’est dur de donner envie avec un extrait ; trop court pour appâter, suffisamment long pour se planter. Sauf que là, ça démarre fort. Pourtant le vocable est simple. Le dictionnaire est le même pour tous, mais faut croire qu’on n’est pas égaux devant. Certains apprivoisent les mots, les sélectionnent, les manient avec dextérité pour vous livrer la phrase parfaite. Vous avez beau chercher, il n’y en a pas d’autres, c’est celle-ci.

Perpète

Il paraît que c’est un recueil de nouvelles avec toujours un « Jean » dedans. Mais il paraît que ce n’est jamais le même. Il paraît que c’est bien de lire le premier recueil de l’auteur avant : « Amuse-Bec ». Il paraît. Sauf que moi j’écoute rien, je fonce et j’évalue les dégâts après. Je l’ai lu comme un roman. La vie de « Jean ». Une vie qui se répète à l’infini. A la fois différente et semblable. « Perpète ». Une vie sans fin et sans remise de peines.

« Jean » a le malheur triste ou joyeux. Rien ne lui est épargné ou il n’épargne personne, c’est selon. « Jean » n’en finit pas de vivre. Une vie où il n’y a aucune chance à saisir, où les personnages sont écrasés par l’atavisme des laissés pour compte.

On pourrait regarder tous ces « Jean » se débattre avec distance, une froideur presque clinique. Se dire qu’ils ne sont pas comme nous. Pourtant, au détour d’une phrase, on reconnaît nos faiblesses, nos lâchetés, nos cruautés quotidiennes. Comme nous, les « Jean » font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, sauf qu’eux ils n’ont rien.

Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

Quand je lis un livre que j’aime, les décors et les personnages se mettent en place dans ma tête. Je vois tout : les rues, les immeubles, les intérieurs, les attitudes, les habits, les bibelots. Certains livres sont réfractaires à cet exercice, tout vous file entre les doigts. Pas avec « Perpète ». Non seulement Thierry Girandon écrit bien, mais il a ce supplément d’âme (ou de style ou de je ne sais quoi) qui vous plonge immédiatement dans une atmosphère. Ici elle est sombre, poisseuse mais avec des personnages hauts en couleur. Ça m’a fait penser au cinéma naturaliste en noir et blanc, à la gouaille d’Arletty. Tout est visuel, tout est palpable ; ça ferait un excellent roman graphique (merde, j’oubliais, c’est des nouvelles 🤪).

Il y a aussi des envolées absurdes, tentatives dérisoires de tout raser, de créer un nouveau terrain vierge où on pourrait recommencer… à moins qu’on ne sombre aussi dans cette grande braderie où tout doit disparaître.

Il est vraiment bien ce livre.

Pour le trouver, c’est simple, soit chez votre libraire, soit par ici : www.crispation-editions.fr

Thierry Girandon

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