CECI N’EST PAS UN FAIT DIVERS de Philippe Besson

Ce livre n’a l’air de rien.

Une jolie couverture élégante, un titre à la Magritte, une épaisseur modeste.

Ça fleure bon la lecture accessible et sereine.

Les apparences sont trompeuses. C’est tout sauf serein. Accessible, oui. Facile à lire, non. Vous allez y laisser des plumes.

Mais ce livre est indispensable. Il devrait être obligatoire, déjà pour tous les adultes avérés et ceux en devenir : les adolescents. Tous.

Il parle de violences faites aux femmes. Oui, je sais. Un énième livre sur le sujet. Sujet qu’on voit partout d’ailleurs, aux infos, dans les magazines de société… et les faits divers. Ça prend une minute au 20H ou une heure de reportage. C’est devenu tellement récurrent qu’on finit par s’y habituer passé la première émotion. C’est un prénom, un âge, une histoire plus ou moins sordide qui viennent s’ajouter aux autres. On est scandalisé et on passe à autre chose. On peut pas porter toute la misère du monde sur ses épaules, n’est-ce pas ? Comme le disait Romain Gary : « Quelque part entre s’en foutre et en crever ».

Et pourtant…. La rage !

Ben là, c’est « en crever ».

Ce livre ne m’a pas mise en colère, il m’a mis en rage. Une rage froide, mauvaise, violente. Un bouillonnement à l’intérieur qui monte et menace de déborder.

Envie de hurler : « MAINTENANT, ÇA SUFFIT ! ». Maintenant, plus de pédagogie, plus de patience, plus de pardon. Maintenant on va faire avec NOS règles et vous allez les suivre que vous le vouliez ou non. On vous laisse pas le choix. MAINTENANT.

Pourquoi ce livre plus qu’un autre sur le sujet ? Pourquoi cette réaction à fleur de peau ? Qu’est-ce qu’il dit de plus qu’on ne sait déjà ?

Il part du point de vue des enfants du couple. Ceux qu’on appelle les victimes collatérales. Pas les directes hein ?! Ils sont vivants, pas blessés. À l’extérieur, peut-être. À l’intérieur, c’est une mort lente, qui obscurcit tout et qui menace de les engouffrer.

Philippe Besson se met à hauteur de ces deux enfants, 19 et 13 ans, de cette tranche d’âge qu’on appelle des ados, comme si ça pouvait atténuer la portée du drame et leurs souffrances.

Le narrateur est le grand frère. Il a quitté la maison à 14 ans pour intégrer l’école de de l’Opéra de Paris. Seule Léa, la cadette, vit avec ses parents du côté de Bordeaux. Jusqu’au jour où elle appelle son frère : « Papa vient de tuer maman ».

Passée la sidération, commence alors la survie et le besoin de comprendre. Et la culpabilité, forcément. Bien sûr que ça devait arriver, comment n’ont-ils rien vu ou pourquoi ?

On suit ce grand frère, perdu, qui essaie de sauver sa petite sœur de son lent dépérissement et de se sauver lui-même.

C’est ça, la force du livre. Vivre par procuration cette horreur à travers leurs yeux. Faire presque partie de leur famille, de leur fratrie. Ressentir le blast, la douleur, les efforts pour ne pas sombrer. Et suivre l’enquête du frère qui va reconstituer l’histoire de la victime, sa maman.

On touche au plus près la souffrance continuelle de cette femme qui lutte sur tous les fronts. Contenir son mari, l’apaiser, protéger ses enfants, ne pas les inquiéter alors qu’elle sombre, faire semblant pour maintenir l’image du couple auprès des proches, des voisins. Mais cette lutte permanente a un prix. Elle s’oublie, elle s’efface, elle meurt.

Je découvre le style de Philippe Besson

Le style est au service de l’histoire. Un style simple, direct, sans artifices ni superflu. Une narration épurée qui va à l’essentiel et qui vous atteint, nue et puissante. Vous ne pouvez rien faire que subir. C’est cruel et sensible. C’est bouleversant.

L’auteur arrive à dresser des portraits psychologiques qui semblent d’une banalité rare mais il trouve toujours la faille et le point de bascule. Ceux qui vous séparent d’une personne toxique, d’un meurtrier ou d’un assassin.

Je n’avais jamais lu de livres de Philippe Besson. C’est le premier.

Cinq jours que je l’ai terminé et je suis encore hébétée, comme une conne, au milieu de la cuisine. Pas la mienne, la leur.

LA PISCINE À ROUBAIX – Musée d’art et d’industrie André Diligent

Nos enfants nous servent à quelque chose. Enfin !

Fifille number 3 fait ses études à Lille. Après avoir vendu un rein pour l’installer en septembre (comment ça tu veux un presse agrumes ? Les oranges à croquer c’est délicieux. Un matelas ? Pourquoi faire ? Et j’en passe), nous sommes allés lui pourrir la vie pendant 3 jours avant Noël.

Bilan du séjour :

  • Lille est une ville magnifique
  • J’aime pas le welsh
  • J’aime pas la carbonade
  • J’aime la bière
  • J’adore leurs gaufres

Mais surtout, le saviez-vous ? Roubaix est à 15 minutes de Lille. À première vue, je m’en fous royalement, j’ai pas une passion dévorante pour cette ville. Ma seule référence, c’est le fameux « La Redoute à Roubaix » de mon enfance. J’ai été biberonnée aux catalogues de vente par correspondance et La Redoute était mon préféré et La Redoute était à Roubaix. Tout ce que je demandais, c’est qu’ils aient mon jouet favori dans leurs entrepôts.

Ça, c’était avant « Meurtre à Roubaix » sur France 3. Oui, je regarde les téléfilms policiers de France 3, ménagère de plus de 50 ans oblige. Bref, un corps est découvert dans un musée à Roubaix.

Wow ! Le musée ! Rarement vu aussi beau ! Un bijou d’art déco. Une ancienne piscine des années 30, transformée. C’est sublime et ça devient ma deuxième référence de la ville.

Go pour LA PISCINE !

L’histoire de LA PISCINE, du sport à l’art.

La piscine de Roubaix (la vraie piscine hein ?! celle où on nage dedans) est inaugurée en 1932. Sa construction a duré dix ans avec, pour cahier des charges, un seul mot d’ordre : qu’elle soit la plus belle piscine de France.

L’équipe municipale de l’époque, de sensibilité de gauche, souhaitait un lieu beau, efficace et accessible à tous, notables et ouvriers. En effet, berceau du textile, la ville compte une énorme population ouvrière qui vit dans des conditions déplorables (grande pauvreté, logements insalubres).

Le projet de la piscine de Roubaix répond donc à un objectif hygiéniste au service des classes populaires. Et le cahier des charges sera rempli. Elle est superbe et est considérée, à son inauguration, comme la piscine la plus moderne d’Europe.

Elle est dotée d’un bassin olympique, de bains publics, d’un réfectoire, d’un salon de coiffure, de manucure et de pédicure. Ce lieu va permettre une mixité sociale pendant 50 ans, jusqu’à sa fermeture en 1985, la voûte menaçant de s’effondrer.

Entretemps, la ville s’est pris de plein fouet la crise industrielle, économique et sociale. Hors de question d’entamer une rénovation coûteuse alors qu’on peut construire pour moins cher.

En parallèle, la question se pose de doter Roubaix d’un musée. Je vous passe toutes les péripéties politiques, culturelles et autres. Toujours est-il qu’en 1990, il est décidé de transformer la piscine abandonnée en un musée solidaire afin de respecter l’âme du site.

En 2001, TADAAAAAM, inauguration du musée LA PISCINE.

Une dinguerie

D’abord, le lieu. C’est superbe, vraiment. On est dans un cadre majestueux, une cathédrale dédiée à l’art. On arrive sous une nef fermée de part et d’autre par deux immenses vitraux. Et en son centre, un plan d’eau. Sur les côtés, des allées et au premier étage des coursives bordées de cabines.

Passé l’émerveillement pour le bâti, on s’intéresse aux œuvres.

Et là, vous allez continuer à en prendre plein les mirettes. Sculptures, peintures, arts décoratifs, textiles. Je suis un lapin pris dans les phares d’un 38 tonnes.

Y’en a partout ! Du classique, du moderne, du connu (Camille Claudel, Félix Vallotton, Léonard Foujita, Raoul Dufy, Jean-Baptiste Carpeaux, François Pompon, Vivienne Westwood), du moins connu (Paul Hémery, Jean-Robert Debock, Rémy Cogne, Maurice Asselin), des expositions permanentes, temporaires (William Morris).

Du beau PARTOUT !

J’ai juste 2 critiques à faire (râler, ma passion) :

  • C’est tellement abondant que j’ai eu du mal à m’y retrouver. Il m’a manqué un petit circuit explicatif (ou alors c’est moi qui ai zappé le petit livret conducteur à l’entrée).
  • L’éclairage est parfois mal adapté pour certains tableaux (lumière trop crue laissant certaines zones trop sombres).

Lille est à une heure de Paris en train. Roubaix est à quinze minutes de Lille (accessible en transport). Je ne peux que vous conseiller d’y aller, vous ne serez pas déçus, foi de bibliothécaire !

#LeNordestBeau

#ViveLesTéléfilmsdeFrance3

L’INCONDUITE de Emma Becker

Cette chronique va partir en cacahuète…

… tellement je ne sais pas par où commencer. Par le commencement, peut-être.

Je connais Emma depuis son passage à la Grande Librairie où elle parlait de son livre « La Maison ». Elle y racontait ses presque deux ans dans une maison close en Allemagne devant un François Busnel médusé et des invités qui se tortillaient entre gêne et shocking.

Moi, j’étais en totale admiration devant une femme aussi jeune parlant librement et naturellement de son expérience de relations tarifées comme elle vous raconterait son dernier après-midi shopping.

J’ai donc lu « La Maison » et j’ai adoré.

Lire « L’Inconduite » était une évidence et je n’ai pas été déçue !

Ce livre est tellement foisonnant et puissant. C’est un choc !

Il s’agit toujours d’une autofiction, mais plus cérébrale. On est dans la tête d’Emma. Elle nous livre crûment ses états d’âme, les envies qui l’assaillent, qu’elle subit, qu’elle essaie d’assouvir (souvent), de comprendre (toujours) et d’intégrer à sa vie, quitte à en changer (je vous avais prévenus que je naviguais à vue 🤪).

Elle vient d’avoir un enfant, vit en couple. Sur le papier, elle est rangée des voitures. Sur le papier seulement. Elle aime trop les hommes, leur corps, leurs désirs, elle aime trop tomber amoureuse, s’imaginer des histoires parfaites.

Emma s’autorise tout

  • À parler de sexe crûment.

C’est rare, une femme qui parle de sexe. Le sexe, c’est l’apanage des hommes depuis la nuit des temps. Les femmes parlent de sentiments. Il y en a eu, bien sûr, quelques-unes qui s’y sont risquées (Régine Desforges, Catherine Millet…) mais ce sont des exceptions qui confirment la règle. Quand elles parlent sexe, elles sont vite cataloguées nymphomanes ou putains.

Et quand, en plus, elles sont sont mères, alors là, c’est un strike, on touche au sacrilège ! Mère ou putain, il faut choisir.

  • À se livrer sans aucun filtre.

J’ai rarement vu une franchise aussi déroutante. Elle dit tout ce qu’on cache habituellement : son aliénation pour le désir des hommes, ses faiblesses, ses renoncements, ses maladresses, ses humiliations. Elle n’occulte rien, comme si le plaisir continuait dans l’analyse de tout ce qui a foiré. S’y complaire parce qu’inconsciemment c’est ce qu’on voulait, ce qu’on attendait.

  • À s’arroger le statut d’écrivaine, de femme libre et de mère

Elle ne renonce à rien et n’attend la permission ou l’adoubement de personne.

Ce livre est grand

Certains n’y verront qu’un livre de cul. Quel dommage !

La portée de son récit est multiple et s’attaque à plusieurs tabous :

  • en libérant la parole autour du sexe, du corps des hommes, Emma est féministe.
  • en s’emparant du statut de mère, Emma est féministe.
  • en s’arrogeant le titre d’écrivaine, Emma est féministe.
  • en exigeant du temps et un lieu pour elle, Emma est féministe.
  • en acceptant ce qu’elle est et d’où elle vient, Emma est féministe.

Ce n’est pas tant ce qu’elle dit (enfin un chouïa quand même 🤪) mais qu’elle s’autorise à le dire qui rend Emma féministe et libre.

Seul bémol, parfois, le récit est un peu foutraque ou avec quelques longueurs. Rien de grave, je suivrais Emma n’importe où 🤪.

Et puis, elle est drôle, mais drôle !

Alors, un livre qui parle des femmes, qui parle aux femmes, qui fait avancer leur cause et qui en plus fait rire… Quoi de mieux pour démarrer 2023 ? Un nouveau livre d’Emma, pardi !

NOËL de Paul Verlaine

Poème issu du recueil « Liturgies intimes »

Petit Jésus qu’il nous faut être,
Si nous voulons voir Dieu le Père,
Accordez-nous d’alors renaître

En purs bébés, nus, sans repaire
Qu’une étable, et sans compagnie
Qu’une âne et qu’un bœuf, humble paire ;

D’avoir l’ignorance infinie
Et l’immense toute-faiblesse
Par quoi l’humble enfance est bénie ;

De n’agir sans qu’un rien ne blesse
Notre chair pourtant innocente
Encor même d’une caresse,

Sans que notre œil chétif ne sente
Douloureusement l’éclat même
De l’aube à peine pâlissante,

Du soir venant, lueur suprême,
Sans éprouver aucune envie
Que d’un long sommeil tiède et blême…

En purs bébés que l’âpre vie
Destine, — pour quel but sévère
Ou bienheureux ? — foule asservie

Ou troupe libre, à quel calvaire ?

ON VA DÉGUSTER PARIS de François-Régis Gaudry et ses amis

M’en vais vous expliquer pourquoi ce livre est le cadeau parfait !

Mais d’abord, qui est François-Régis ?

Journaliste, critique gastronomique, animateur radio et télévision, c’est un peu le Giroud de la cuisine (oui, je regarde le match 🤪). Son émission radio « On va déguster » est connue et reconnue et, depuis 2015, il la décline en livres. Après la France, l’Italie (un jour je vous causerai de l’Italie, Mamma Mia), c’est au tour de Paris d’être à l’honneur.

C’est un beau livre

Que dis-je ? Magnifique !

La couverture est sublime. Ça vire à l’objet de décoration d’intérieur. Même si on ne l’ouvre pas, il envoie du bois (enfin, ce serait vraiment très très con de ne pas l’ouvrir).

L’intérieur tient toutes les promesses faites par la couverture. La mise en page, le graphisme, les illustrations, les photos. C’est bien simple : tout est appétissant.

Seul bémol : les photos, trop petites (vive les verres progressifs).

C’est un gros livre bien lourd, le cadeau parfait

Par manque d’idées ou de moyens, on se rabat la plupart du temps sur les gadgets qui sont certes amusants mais qui finissent souvent au fond d’un tiroir. En plus, comme un gadget, c’est trop peu, on en achète plusieurs et finalement ça nous coûte un rein et ça ne servira pas.

Avec ce livre, qui pèse (oui, tout à fait, je l’ai pesé, je suis une psychopate 🤪) 1.883 kilos, qui est bien épais et d’une taille estimable, vous faites votre petit effet niveau cadeau.

Alors, bien sûr, il a un prix, 42.90 euros. Mais, imaginez : entre Odette qui veut de l’authentique, Bernard qui cache à peine sa déception en ouvrant le présent, leurs ados qui n’aiment que le fourbi qui se branche et ça, c’est que d’un côté de la famille !

Je vais donc vous dire ce qu’il va se passer : vous avez autant d’idées qu’un lendemain de cuite, vous allez partir dans une expédition digne d’Indiana Jones à essayer de fendre une foule au mieux hébétée, au pire excédée et enragée, à vous réjouir d’avoir mis la main sur la dernière clé USB pourrie, en forme de mammouth (ne me demandez pas pourquoi le mammouth), au prix de votre intégrité physique et mentale.

Eh bien ce cadeau vaut pour toute la famille ! Au pire, Bernard fera un bœuf mironton sauvant ainsi son couple et les mioches apprendront où déguster le meilleur kébab de la capitale.

Bref, vous vous en sortez à bon compte et faites plaisir à tout le monde avec un cadeau qui en jette.

C’est un livre multiple

  • Livre de cuisine. Avec des recettes emblématiques de Paris et y’en a pour tous les goûts. Vous connaissez, vous, les petits pois à la française ? La talmouse de Saint-Denis ? Les huit potages de Paris ? Et le vrai œuf mayo, la chouquette, on en prend plein les mirettes et on salive.
  • Livre d’histoire. Entre l’origine des us et coutumes culinaires, des plats emblématiques, du p’tit noir, des préférences de nos présidents, des chefs qui ont fait date… C’est toute l’histoire de Paris qui défile.
  • Livre de géographie. N’en déplaise aux provinciaux qui traitent le parisien de tête de veau, ce sont eux qui ont fait la renommée culinaire de la capitale. Entre les savoyards, les bougnats, les bretons, les alsaciens et j’en passe. C’est toute la France qu’on retrouve à Paris et même le monde !
  • Livre people. Vous découvrirez les secrets et les addictions des plus grands, Gainsbourg, Colette, Sagan, etc. Les établissements les plus hypes avec leurs stars, leur prix littéraire ou leur mur de célébrités.
  • Livre sociologique, d’architecture, culturel.

Bref, vous l’aurez compris, c’est un livre coup de cœur, une déclaration d’amour à Paris, une ode à la gastronomie, à la bouffe, à la tambouille, à l’ordinaire, à la popote.

Bon appétit et bonnes fêtes à tous !

PEAU D’HOMME de Hubert et Zanzim

Mais quelle est donc la différence entre une BD et un roman graphique ?

Le roman graphique semble se vouloir plus respectable. Plus long, il raconte une histoire entière sans avoir besoin de plusieurs tomes et surtout une histoire plus ambitieuse. 🧐 Mouais. Franchement ça me semble un peu subjectif tout ça.

Art Spiegelman aurait dit : « Un roman graphique est une bande dessinée qui nécessite un marque-page”.

Je vais faire ma vieille réac mais ça me semble du snobisme.

Bref, je vais vous parler d’une bande dessinée, une BD, comme quand j’étais petite.

Mais pas n’importe quelle BD !

J’en avais entendu parler il y a longtemps déjà. Des critiques dithyrambiques, des prix à foison, un bel objet à la couverture magnifique. Mais j’ai passé mon chemin en pensant à ma pile de livres.

Hé bien, mieux vaut tard que jamais ! Je suis tellement heureuse de ne pas être passée à côté.

Dans l’Italie de la renaissance, Bianca, jeune fille d’une famille honorable, est promise à Giovanni, un jeune marchand aisé, respecté et très bien fait de sa personne.

Il s’agit bien évidemment d’un mariage arrangé. Bianca ne connaît pas son futur époux. Elle est belle, mais la beauté n’a jamais constitué une dot. Tout au plus une convoitise ou un trophée. Les négociations sont âpres entre les familles.

Beaucoup de jeunes filles seraient ravies, toutes n’ont pas la chance de se voir destiner un mari de leur âge et agréable à regarder. En témoignent ses meilleures amies.

Pourtant, quelque chose chiffonne Bianca. Elle voudrait connaître son promis avant de l’épouser. Quelle idée farfelue ! Réjouis-toi, pauvre sotte et arrête d’avoir des pensées extravagantes !

Seule sa marraine semble lui accorder crédit. Elle propose aux parents de Bianca d’héberger quelques jours sa filleule avant le mariage. Elle va alors lui révéler l’existence d’un secret de famille. Il s’agit d’un trésor qui a traversé les générations de femmes et connu d’elles seules : une peau d’homme.

Dans sa nouvelle peau, Bianca va découvrir le monde des hommes.

Tout le monde devrait avoir une peau de l’autre sexe.

Je trouve que tout le monde devrait vivre cette expérience.

Les femmes expérimenteraient la liberté absolue (enfin presque, n’exagérons rien). La liberté de se promener sans se faire interpeller, sans avoir peur, sans être la cible de reproches quant à leur tenue. La liberté de pouvoir parler impunément sans craindre les sous-entendus. La liberté de faire le premier pas aussi, de penser d’abord à leur plaisir sans passer pour des nymphomanes de la pire espèce. Mais également connaître les injonctions faites aux hommes, celles d’être des mâles, des vrais.

Quant aux hommes, passer une journée dans la peau d’une femme devrait être obligatoire (oui, j’ai un fond dictatorial 😈). À la fin de la journée, je pense que le problème serait réglé. Après s’être fait apostropher et avoir subi quelques mains au cul plus deux ou trois frottements dans le métro, je pense qu’ils comprendraient tous. L’éducation par la mise en pratique !

Mais revenons-en à Peau d’homme. Cette BD est un bijou de beauté et d’intelligence. Elle parle de genre, de tolérance, de liberté, du poids des convenances et de la religion, d’égalité des sexes, d’homosexualité.

Fourre-tout et dans l’air du temps me direz-vous ? Que nenni !

Cet ouvrage magnifique évite tous les pièges et clichés. Il ne se prend pas au sérieux pour aborder des thèmes qui le sont. Mais il le fait consciencieusement. C’est intelligent, léger, drôle, pétillant comme une coupe de champagne et d’une beauté incroyable. Une sorte de conte immersif qui vous fait réfléchir bien longtemps après l’avoir terminé.

Le traité graphique est à couper le souffle. On se croirait dans un théâtre. Une fois les décors intégrés, la priorité est donnée aux personnages qui semblent s’animer sous nos yeux. Le dessin est simple, presque épuré et les couleurs sont superbes de justesse.

Bon, vous l’aurez compris, j’ai kiffé cette BD. Noël approche et c’est une excellente idée cadeau pour TOUT LE MONDE, adultes, adolescent·e·s, c’est un vrai livre d’utilité publique. Zou !

Bonne semaine à tous !

ENOLA HOLMES 1 & 2 réalisés par Harry Bradbeer

La magie de Noël a de l’avance.

Vous vous souvenez du week-end dernier ?

Chez vous, je ne sais pas mais à Paris, c’était grisaille, froid, pluie. Seule solution pour survivre : faire le sapin. S’avachir sur le canapé. Se recouvrir d’un plaid. Boire un chocolat chaud. Mater un truc divertissant mais alors TRÈS TRÈS TRÈS divertissant.

Où trouve-t-on le plus grand choix de choses divertissantes à mater ? Ben sur une plateforme et chez nous, c’est Netflix.

On laisse faire les filles vu que ce sont des professionnelles dans la recherche de trucs très très très divertissants.

Après quelques tâtonnements (plus elles grandissent, plus elles perdent la main 😤), elles s’arrêtent sur « Enola Holmes ». Encéphalogramme plat de ma part, je ne fais même pas le lien avec Sherlock. Je soupire intérieurement (suffisamment fort pour que ça se voit à l’extérieur). Génial. Encore une histoire d’ado, alors que je sors tout juste de cette période (pas moi, mes filles 🤪).

Vu qu’elles ne bougent pas de leur choix, autant que je m’y fasse, on va regarder ça. Donc je zieute de plus près.

ENOLA HOLMES ???? La petite sœur de Sherlock Holmes ? Ah non mais ça change tout !

On s’oriente vers un tiercé gagnant !

En troisième position, on applaudit la persévérance du canasson « Kostum ».

Eh oui, j’ai une vraie appétence pour les films d’époque. Attention, pas toutes les époques. Un film sur le moyen-âge, la préhistoire ou la bataille d’Alésia par exemple, faudrait vraiment que j’ai une grosse envie de toucher le fond. Mais le XIXème 😍, que l’histoire soit du côté des riches ou des miséreux, je prends tout : livres, films, documentaires.

En deuxième position, on retrouve une valeur sûre, j’ai nommé « Liberty« .

Car mon dada, c’est l’Angleterre période Victorienne. Je pourrais faire une indigestion de services à thé, scones, petits sandwichs au concombre, humour British, et autres Devon, tellement ça me rend dingue.

Enfin, on fait un triomphe à « Sherlock » qui a fait une superbe course.

J’ai été biberonnée à Agatha Christie et Arsène Lupin. Autant vous dire que j’en ai mangés des romans policiers, des enquêtes et énigmes de tous poils.

« Enola Holmes » rassemble donc ces trois ingrédients. Oh dear ! I’m so exciting 🤩 !

Des livres, deux films et un procès qui n’aura pas lieu.

Enola est donc la petite sœur de Sherlock et de Mycroft. Élevée par sa mère, elle reçoit une éducation aux antipodes des normes de l’époque, en tous cas pour une fille. Elle apprend à réfléchir, à se défendre, s’intéresse aux sciences et à la nature. Mais le jour de son 16ème anniversaire, sa mère disparaît. Mineure, elle va devoir composer avec ses deux frères et mener l’enquête.

C’est divertissant, rythmé, intelligent et pittoresque à souhait. Elona est une jeune fille sagace (mon dieu qu’elle est sagace), malicieuse, gaie, un chouïa rebelle, bref très attachiante comme le déclament beaucoup (trop) de tee-shirts.

Saupoudrez le tout d’une bonne dose de féminisme, de luttes sociales, d’humour et d’un style cinématographique pop et actuel (mise en scène et effets dynamiques, cuts, 4ème mur) et vous obtenez deux films diablement chouettes. Et quel casting ! Que du beau monde !

J’apprends que ces deux films sont tirés d’une série de romans policiers à succès de Nancy Springer, regroupés sous le titre « Les enquêtes d’Enola Holmes ». Jusqu’ici tout va bien. Enfin, tout va bien, jusqu’à ce que Netflix s’empare de ce phénomène littéraire jeunesse. Là, on passe dans une autre dimension, les choses deviennent sérieuses, on parle de Netflix, sacrebleu. Les ayants droit de Sir Arthur Conan Doyle veulent leur part du gâteau. Souci, le personnage cocaïnomane et sociopathe de Sherlock Holmes est dans le domaine public. Comment faire ? Ben au calme, on va argumenter que grand-tonton Arthur, sur la fin de sa vie, a doté Sherlock de traits de caractère plus gentils, plus empathiques, plus sensibles. Que ce qu’il a écrit en fin de vie n’est pas encore dans le domaine public donc zou, que la version bonnasse de Sherlock n’est pas encore dans le domaine public. Et qu’attendu que Nancy Springer et Netflix exploitent un Sherlock sympathique, ils vont devoir payer. CQFD. L’argumentation semble un peu perchée du point de vue du droit. Quoi qu’il en soit, les enjeux sont trop grands et pour être tranquille, Netflix préfère un arrangement avec les héritiers.

Ce qui nous permet de profiter de deux films « Enola Holmes » en toute décontraction et avec un chocolat chaud.

Ah ! J’oubliais ! Si vous aimez bien l’époque victorienne et le XIXème siècle, je vous conseille le blog de Lise Antunes Simoes. Je viens de le découvrir et il y a des pépites : https://www.liseantunessimoes.com

ENJOY !

UNE CHAROGNE de Charles Baudelaire

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

LE LIVRE DES SŒURS d’Amélie Nothomb

Qu’y-a-t-il sous le chapeau d’Amélie ?

Certaines choses rythment nos vies, elles reviennent à intervalles réguliers, semblent immuables, comme les saisons. C’est le cas des livres d’Amélie. À chaque rentrée, qu’il pleuve, qu’il vente, peu importe que le monde soit au bord du précipice, elle est là, présence rassurante, repère connu. Aucun manquement depuis 30 ans, réglée comme du papier à musique. À se demander si elle est humaine ou, si, sous son chapeau, se cache un mécanisme horloger, délicat et aux rouages complexes. Bref, c’est l’automne, c’est Amélie !

Ça commence par un malentendu

Je vois qu’elle est l’invitée de La Grande Librairie en compagnie de sa sœur. Sans regarder l’émission, j’en déduis que son livre va être autobiographique, rempli d’anecdotes singulières sur leur enfance, leur complicité et je lui fais confiance pour nous narrer la relation hors-norme qu’elle entretient avec sa frangine.

Que nenni ! Peut-être s’est-elle inspirée de sa propre histoire, mais ce livre est bel et bien un roman.

Le livre des sœurs

Tristane est une enfant esseulée. Ses parents s’aiment trop, exclusivement. Ils se regardent dans le blanc des yeux toute la journée, ne s’émerveillent que d’eux et ne savent que faire de ce petit être qui les dérange plus qu’autre chose.

Il n’y a pas de place pour elle, elle ne compte que pour elle-même et ne peut compter que sur elle-même. Face à ce constat, elle va faire preuve d’une incroyable maturité. Si elle ne peut se nourrir de l’amour de ses parents, elle se nourrira du monde extérieur. Sa curiosité est insatiable, sa solitude aussi. Jusqu’à sa cinquième année, jusqu’à la naissance de sa sœur. Elle va enfin pouvoir éprouver l’amour inconditionnel.

Amélie me perturbe

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu de livres d’elle. Son style me déconcerte toujours autant.

Amélie ne s’embarrasse pas d’effets ampoulés, de figures de style, elle va à l’essentiel : l’histoire. C’est peut-être pour ça que ses livres sont courts et se lisent vite.

C’est un mélange de froideur clinique et de vocabulaire raffiné, une sobriété de style mais avec toujours le mot juste et intense (ça existe un mot intense ? On va dire que oui 🤪).

Sa narration distanciée embrasse les drames et les joies de manière égale et pourtant on sent une violence contenue qui affleure tout au long des récits.

Et son humour ? Parce qu’elle est drôle, cette petite effrontée ! J’ai ri, mais ri en lisant le nom du groupe de rock… et regretté de ne pas avoir eu cette brillante idée (j’ai pas de groupe de rock 😭). L’humour est la politesse du désespoir : cette phrase lui va bien, je trouve.

Ce livre a touché la fille unique que je suis (que j’aurais aimé avoir une petite sœur, une grande sœur, une sœur jumelle, un chien, qu’importe mais ne pas être seule). J’ai passé un excellent moment en compagnie d’Amélie… jusqu’à l’automne prochain 😉

Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. À vous de voir quel pouvoir vous donnez à ceux d’Amélie.

CEUX QUI RESTENT de Jean Michelin

Qui est Jean Michelin ?

Un militaire et écrivain français. Ça claque non ?

Comment je l’ai connu ? Diantre, sur Twitter !

Il y raconte des trucs… à tendance militaire vu qu’il en est. Mais pas que. Il alterne les tweets drôles, intéressants, érudits et empreints d’humanité (et parfois les 4 à la fois).

Je suis comme beaucoup, pas particulièrement passionnée par l’armée mais reconnaissante quand elle intervient dans des zones-où-personne-n’a-envie-d’être-mais-faut-bien-que-quelqu’un-s’y-colle. Et puis la vie a fait que je fréquente régulièrement l’hopital militaire Percy. Forcément vous croisez des soldats, certains fringuants, certains abimés, et alors, le temps d’un instant, ça devient concret et ça vous saute à la gueule.

Je savais qu’il avait écrit un premier livre sur l’une de ses missions en Afghanistan. « Jonquille », du nom de sa compagnie. J’apprends qu’il sort son premier roman : « Ceux qui restent ».

Il écrit bien. En tous cas ses tweets. Ça peut paraître anecdotique, mais c’est un exercice difficile : réussir à intéresser et à créer du lien en 280 caractères.

Et puis, le mec sur la couverture du livre est beau comme un camion.

Zou ! C’est parti !

Ceux qui restent

Le caporal Lucien Guyader, alias Lulu, a disparu. Pas sur le front, non. Il est parti de chez lui. il s’est évaporé. Tout pointe une disparition volontaire. L’histoire devrait se terminer au bout de deux pages. S’il ne réapparaît pas, il sera déclaré déserteur et basta. Mais c’est sans compter sur ses camarades. Stéphane, son ex-chef qui a quitté l’armée pensant trouver enfin la paix de l’âme après une mission à l’issue tragique. Charlier, le tout nouveau qui le remplace et qu’a pas les codes. Marouane, le gars solide, un peu trop, qui alerte tout le monde. Et Romain qui ne sait pas trop ce qu’il fait là et à qui on donne des habits trop grands pour lui.

Ces quatre hommes vont partir à la recherche de Lulu.

Un thriller

C’est une véritable enquête qui commence. Une enquête qu’ils mènent seuls, au risque de tout perdre, leur famille, leur métier.

Pourquoi retrouver Lulu est-il si important ? C’est un frère d’armes ? Ok, mais y’en a un qui le connaissait même pas. Et les trois autres, qui pensaient si bien le connaître, à grand renfort de souvenirs et d’anecdotes. Parce que qu’est-ce qui peut être plus authentique que l’épreuve du feu ? Hein ? On se met à nu au service du groupe. Et bien, ils n’en finissent pas de le découvrir.

Alors pourquoi courir après un indice, même minime qui les mènera nulle part ? Pourquoi sauver Lulu ?

Peut-être pour se sauver eux-mêmes. Peut-être parce que Lulu, c’est eux. Parce qu’eux aussi un jour ça peut craquer et ils peuvent partir. Et inconsciemment je crois qu’ils aimeraient que quelqu’un les cherche. Pour que ce soit pas complètement fini, complètement foutu. Que quelqu’un s’obstine et patiemment les ramène à la vie. C’est peut-être aussi ce que leur apporte cette quête.

Plus on avance dans le récit, plus la narration devient intense. Entre fantômes et fêlures, les personnalités s’affinent, se délitent ou s’affirment.

Il écrit bien Jean, surtout les sentiments, les émotions. C’est un maelström qui vous aspire.

Je les envie en lisant le livre. J’envie leur silence, leur complicité, leurs engueulades, leur amitié sans effusion. J’envie l’intensité de leur vie.  

Et puis, il m’aura appris l’orthographe de l’expression « par acquit de conscience ». C’est pas rien ça 🤪.

Et les femmes dans tout ça ?

Elles sont là, à chaque page. Il nous livre un magnifique portrait de femmes de militaires. Sans apitoiement. Sans glorification. Avec justesse. Elles aussi elles combattent, tous les jours. Autant, si ce n’est plus qu’eux.

Et je repense à ce jeune militaire à Percy, qui, au hasard d’une pause clope, m’avait parlé de sa copine, parce que ça va pas être simple, elle va peut-être pas tenir, je sais pas ce que l’avenir nous réserve. Et moi, qui avais essayé de lui remonter le moral en mode « civil », en bonne mère de famille. Mais faut pas désespérer. Bien sûr que c’est pas simple. Mais y’a pas de raison si vous vous aimez. Quelle conne.

Jean est désormais dans ma bibliothèque et j’attends avec impatience le livre suivant.

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