MON PAUVRE LAPIN de César Morgiewicz

L’auteur ? Inconnu au bataillon !

Et pour cause : c’est son premier roman. J’espère que ce n’est pas le dernier.

J’ai ri, mais ri ! Et seule, dans des lieux publics, par-dessus le marché. À ne pas pouvoir me retenir. La dernière fois que ça m’a fait ça, c’était pour un roman de Fabrice Caro. Pas moyen de faire semblant de parler à quelqu’un, histoire de ne pas passer pour une folle. Et inutile d’essayer de se contrôler. C’est pire. C’est un rire qui jaillit, impérieux, irrépressible. Le problème c’est que le mien n’est pas du tout communicatif. Ce sont des soubresauts un peu bizarres, comme si j’avais le hoquet. S’ensuivent des regards gênants et gênés. Mais que c’est bon (de rire, pas de passer pour une folle) !

Je ne sais absolument pas si c’est une autobiographie ou un roman. J’espère secrètement que c’est vraiment son histoire, tellement c’est réconfortant de voir qu’il y a plus inadapté que soi. Toujours est-il que le héros (ou plutôt le anti-héros) s’appelle César.

Le récit démarre dans un amphithéâtre. César est en prépa en vue de repasser le concours de l’ENA qu’il vient de rater. Le professeur assène des conseils qui résonnent plutôt comme des menaces : « Seuls les candidats les plus solides… Il faut se démarquer… Vous devez être capable de mener une réunion ministérielle. » C’en est trop pour César qui n’est ni solide, ni à même de survivre dans un environnement concurrentiel, encore moins de mener quoi que ce soit. En bon hypocondriaque, il commence alors sa première crise cardiaque et stoppe tout net une prometteuse carrière de haut-fonctionnaire.

Ce n’est pas la première fois qu’il abandonne une brillante destinée. Que va-t-il pouvoir bien faire de sa vie ? Il a des tonnes d’idées plus hilarantes les unes que les autres mais décide déjà de rendre visite à sa grand-mère à Key West où elle hiberne quelques mois par an. C’est un strike total puisqu’il se retrouve bloqué là-bas suite au premier confinement.

Il va donc commencer à nous raconter sa vie. Depuis le début. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un looser de naissance.

Mon dieu, que j’aime les loosers !

Je ne m’en lasse pas.

Attention ! Pas n’importe lesquels.

Le looser doit réunir trois conditions :

  • en être conscient,
  • faire preuve d’auto-dérision
  • et être drôle.

Avec César, c’est le jackpot ! Et plus il se moque de lui-même, mettant en avant ses fragilités, ses défauts, ses gaffes, ses tocs, plus il distance les autres, ceux qui ont les codes, ceux qui semblent parfaits et qui paraissent bien fades.

Et c’est drôle, tellement, qu’on en oublie qu’il nous parle de la société d’aujourd’hui, cruelle pour ceux qui ne rentrent pas dans la « norme », qui ne sont pas « performants ». Ça commence dès l’école ; il faut avoir plein d’amis, faire du foot pour les garçons, sortir, être invité, avoir son premier rapport sexuel avant tel âge, savoir quoi faire de sa vie.

« Je m’efforce d’être moi-même le moins possible et de lui ressembler le plus possible ce qui est en général ma stratégie quand je rencontre quelqu´un ».

Son livre est une ode aux inadaptés, à ceux qui sont à côté de leurs pompes, aux gens qui doutent d’Anne Sylvestre, à César qui fait croire qu’il passe le jour de l’an chez des amis mais qui le passe en scooter à un feu rouge.

Que j’aime ces gens-là. Ils m’émeuvent, me rassurent et me font rire.

Un premier roman prometteur

L’écriture de César est simple, familière, spontanée et impertinente. Il écrit comme il parle. C’est une conversation avec nous. D’ailleurs, il s’adresse directement à nous. Surtout, il a un don pour le comique de situation. On est comme au cinéma, on voit les gestes, les expressions, les regards, les bourdes.

Alors bon, c’est son premier roman, tout n’est pas parfait non plus, on s’emballe, on s’emballe, on est foufou. Hola, calmons-nous ! Le début est un peu brouillon, ça a tendance à partir dans tous les sens. Mais, passé les vingt-cinq premières pages, il tient son rythme et tout s’enchaîne.

Alors ? Qu’est-ce qu’on dit ? On dit merci à Émilie qui m’a fait découvrir César.

Je vous conseille ce livre, c’est un vrai éclat de rire de 228 pages !

BROADWAY de Fabrice Caro

Ladies and gentlemen, Mister Fabrice Caro 🥳

J’ai découvert Fabrice Caro il y a deux ans à l’occasion de la sortie de son deuxième roman, « Le Discours ». J’ai rarement autant ri à la lecture d’un livre. Attention, je ne parle pas d’un rire discret, élégant, qu’on réussit à maîtriser, à doser, qui signifie « Oh oh oh, Dieu que ce livre est gai ». Non. Je parle d’un rire qui fuse, exubérant, incontrôlable, rabelaisien, qui signifie « Bordel, faut que je réussisse à reprendre mon souffle ». Vous l’aurez compris, avec Fabrice, on ne sourit pas, on se dilate la rate, on se fend la poire, on s’en paye une bonne tranche. Ça a été un tel coup de foudre que j’ai voulu en savoir plus. Je le croyais romancier, c’est avant tout un auteur de bande dessinée. J’ai découvert son univers, son style et surtout son acuité et son talent pour nous croquer mieux que personne. Il sort un nouveau roman : « Broadway ».

Si ça s’appelle Broadway, c’est qu’il y a une raison

Il y a des titres d’ouvrages qui n’apportent pas grand chose. Celui-ci donne toute la mesure du livre. 

C’est la vie quotidienne transposée à Broadway. Nos angoisses, nos ennuis, nos renoncements deviennent le centre d’une comédie musicale pleine de paillettes, de rythme et de légèreté. Ça danse, ça fuse, ça jaillit. Quoiqu’il arrive, the show must go on !

Le pitch ? On va faire sobre. Un homme marié, père de famille, reçoit un courrier pour le dépistage du cancer colorectal. Chose normale à partir de 50 ans… sauf qu’il en a 46. C’est à partir de là que tout déraille.

Son sens du rythme et ses portraits de losers prennent le relais. Ses perdants sont tellement magnifiques qu’on en viendrait à les envier. Si seulement la vie pouvait être un livre de Fabrice Caro, les derniers seraient les premiers et moi, la reine du monde ! Les coaches en lose fleuriraient, on voudrait tous être maladroits, ridicules et un peu lâches.

J’adore sa façon de saisir les travers de notre époque entre humour et absurdité, entre tendresse et causticité.

Dans sa construction, ce livre s’apparente plus à une BD qu’à un roman. Je l’ai trouvé moins mélodieux que « Le Discours », qui était plus resserré autour d’une intrigue.

Mais Fabrice reste une sacrée valeur sûre, je vous le conseille. La période est suffisamment sinistre pour ne pas se priver de se taper le cul par terre !

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