IL N’Y A PAS DE AJAR de Delphine Horvilleur

Commençons par les présentations

Qui est Delphine ?

C’est une journaliste, écrivaine, philosophe et femme rabbin française.

WoW ! Niveau intellectuel, ça se pose bien là ! Elle est très médiatisée. Normal, elle est très médiatique. Déjà, une femme rabbin, on n’en croise pas tous les jours. Mais surtout, sa parole est raisonnée, argumentée, claire, posée et lumineuse. Dans une époque troublée, c’est précieux. Et puis elle est belle (oui, on a dit pas le physique, mais bon sang qu’elle est belle).

Elle a écrit plusieurs livres que je n’ai jamais lus. Mais celui-ci, en folle raide dingue de Romain Gary, je ne pouvais pas m’y soustraire.

Ça commençait mal entre Delphine et moi

Je vous avoue que quand j’ai vu le sous-titre, Monologue contre l’identité, j’ai eu trois réactions :

  • encore l’identité !
  • Mon dieu, que ça va être chiant ! Identité et monologue, le combo pourri et soporifique.
  • Dans quelle galère va-t-elle me mettre MON Romain ?

En plus, c’est mensonger. Ce livre est en deux parties.

Pourquoi Ajar ?

Dans ce qui pourrait s’apparenter à une préface, Delphine commence par dire son lien particulier et son amour pour Gary. S’ensuit une réflexion qui aurait pu être une conversation entre elle et lui. Lui, qui a choisi de disparaître pour mieux se réinventer sous le pseudonyme d’Ajar. Elle, qui raconte une vieille légende du Talmud, l’histoire d’un homme qui, lui aussi, a choisi de renaître selon ses propres choix, par sa seule volonté. Deux récits différents pour un même sujet : l’identité. Celle qu’on nous assigne mais également, toutes celles qui nous attendent. Elle y questionne la religion juive, la littérature. Tout ce dont elle s’est saisie pour se construire.

Puis vient le monologue d’Abraham Ajar, fils d’Émile Ajar. Et oui, Ajar a eu un fils (si, si !). Ça vous en bouche un coin ?!

Et, croyez-moi, ce monologue est tout sauf barbant. Ça fuse, ça virevolte, c’est drôle, c’est mélancolique et c’est intelligent.

Arrêtez tout ! Ce petit livre est un trésor.

Il ne ressemble à rien mais il contient un monde, le monde.

Chacune de ses 88 pages est précieuse, vous illumine. Enfin ! Enfin une parole qui vous élève, qui dévoile une évidence devant vous, évidence ternie et occultée par tous les discours et injonctions délétères de notre société.

C’est comme une renaissance. Vous êtes au monde. Vous savez ? Avant qu’on vous enferme dans une origine, une religion, une couleur, une éducation, des traditions. Soudain, vous êtes riche de tout ce que vous avez été mais surtout de tout ce que vous serez. Tout est possible, rien ne nous limite, surtout pas notre identité.

C’est vertigineux ! Comme si les poids qui nous lestaient se détachaient (on va frôler le développement personnel 😂). On est enfin incomplet et toutes les possibilités qui s’offrent à nous sont grisantes (oui, j’ai vu la Vierge 🤪).

Après la lecture, on se sent riche de tout ce qu’on n’est pas. On se sent joyeux, libre, reconnaissant, un peu triste aussi parce que bon, y’a Gary, y’a Ajar, y’a Madame Rosa, parce que parfois, une révélation ça fait souffrir. Il faut lutter pour conquérir sa liberté.

Il devrait être obligatoire

C’est un plaidoyer contre les revendications, le renfermement, les certitudes… Un plaidoyer pour la liberté.

Et en plus, Delphine est drôle ! Elle s’amuse de tout, y compris de la religion. Yallah, enfin !

Et elle raconte si bien les histoires. On est transporté dans un monde de contes et légendes.

J’ai mis 1h30 à le lire. 1h30 de pur bonheur, ça n’a pas de prix.

CEUX QUI RESTENT de Jean Michelin

Qui est Jean Michelin ?

Un militaire et écrivain français. Ça claque non ?

Comment je l’ai connu ? Diantre, sur Twitter !

Il y raconte des trucs… à tendance militaire vu qu’il en est. Mais pas que. Il alterne les tweets drôles, intéressants, érudits et empreints d’humanité (et parfois les 4 à la fois).

Je suis comme beaucoup, pas particulièrement passionnée par l’armée mais reconnaissante quand elle intervient dans des zones-où-personne-n’a-envie-d’être-mais-faut-bien-que-quelqu’un-s’y-colle. Et puis la vie a fait que je fréquente régulièrement l’hopital militaire Percy. Forcément vous croisez des soldats, certains fringuants, certains abimés, et alors, le temps d’un instant, ça devient concret et ça vous saute à la gueule.

Je savais qu’il avait écrit un premier livre sur l’une de ses missions en Afghanistan. « Jonquille », du nom de sa compagnie. J’apprends qu’il sort son premier roman : « Ceux qui restent ».

Il écrit bien. En tous cas ses tweets. Ça peut paraître anecdotique, mais c’est un exercice difficile : réussir à intéresser et à créer du lien en 280 caractères.

Et puis, le mec sur la couverture du livre est beau comme un camion.

Zou ! C’est parti !

Ceux qui restent

Le caporal Lucien Guyader, alias Lulu, a disparu. Pas sur le front, non. Il est parti de chez lui. il s’est évaporé. Tout pointe une disparition volontaire. L’histoire devrait se terminer au bout de deux pages. S’il ne réapparaît pas, il sera déclaré déserteur et basta. Mais c’est sans compter sur ses camarades. Stéphane, son ex-chef qui a quitté l’armée pensant trouver enfin la paix de l’âme après une mission à l’issue tragique. Charlier, le tout nouveau qui le remplace et qu’a pas les codes. Marouane, le gars solide, un peu trop, qui alerte tout le monde. Et Romain qui ne sait pas trop ce qu’il fait là et à qui on donne des habits trop grands pour lui.

Ces quatre hommes vont partir à la recherche de Lulu.

Un thriller

C’est une véritable enquête qui commence. Une enquête qu’ils mènent seuls, au risque de tout perdre, leur famille, leur métier.

Pourquoi retrouver Lulu est-il si important ? C’est un frère d’armes ? Ok, mais y’en a un qui le connaissait même pas. Et les trois autres, qui pensaient si bien le connaître, à grand renfort de souvenirs et d’anecdotes. Parce que qu’est-ce qui peut être plus authentique que l’épreuve du feu ? Hein ? On se met à nu au service du groupe. Et bien, ils n’en finissent pas de le découvrir.

Alors pourquoi courir après un indice, même minime qui les mènera nulle part ? Pourquoi sauver Lulu ?

Peut-être pour se sauver eux-mêmes. Peut-être parce que Lulu, c’est eux. Parce qu’eux aussi un jour ça peut craquer et ils peuvent partir. Et inconsciemment je crois qu’ils aimeraient que quelqu’un les cherche. Pour que ce soit pas complètement fini, complètement foutu. Que quelqu’un s’obstine et patiemment les ramène à la vie. C’est peut-être aussi ce que leur apporte cette quête.

Plus on avance dans le récit, plus la narration devient intense. Entre fantômes et fêlures, les personnalités s’affinent, se délitent ou s’affirment.

Il écrit bien Jean, surtout les sentiments, les émotions. C’est un maelström qui vous aspire.

Je les envie en lisant le livre. J’envie leur silence, leur complicité, leurs engueulades, leur amitié sans effusion. J’envie l’intensité de leur vie.  

Et puis, il m’aura appris l’orthographe de l’expression « par acquit de conscience ». C’est pas rien ça 🤪.

Et les femmes dans tout ça ?

Elles sont là, à chaque page. Il nous livre un magnifique portrait de femmes de militaires. Sans apitoiement. Sans glorification. Avec justesse. Elles aussi elles combattent, tous les jours. Autant, si ce n’est plus qu’eux.

Et je repense à ce jeune militaire à Percy, qui, au hasard d’une pause clope, m’avait parlé de sa copine, parce que ça va pas être simple, elle va peut-être pas tenir, je sais pas ce que l’avenir nous réserve. Et moi, qui avais essayé de lui remonter le moral en mode « civil », en bonne mère de famille. Mais faut pas désespérer. Bien sûr que c’est pas simple. Mais y’a pas de raison si vous vous aimez. Quelle conne.

Jean est désormais dans ma bibliothèque et j’attends avec impatience le livre suivant.

LE PINGOUIN d’Andreï Kourkov

Ce livre est une surprise

Je dirais même une belle surprise made in Airbnb. Cet été, j’ai eu la chance de profiter d’une maison normande avec une bibliothèque incroyable, des livres partout jusque dans la cuisine ! Un mélange de classiques, de romans contemporains français et étrangers qui témoignaient d’une grande curiosité et de goûts très éclectiques avec une légère prédilection pour la littérature russe (ou en tout cas des pays de l’Est). Le plus dur était de faire un choix et de réussir à lire ma sélection en une semaine.

Je parcourais l’ensemble et éprouvais l’axiome « trop de choix tue le choix ». Bon sang, ma fille, concentre-toi ! Je m’arrêtais sur une tranche, enfin plutôt le titre d’une tranche : « Le Pingouin », livre publié en 1996. Et là, j’ai découvert le pitch le plus what the fuck jamais lu. Je m’en vais vous le narrer.

Le pitch

Ça se passe à Kiev, dans l’Ukraine post-soviétique. Victor, écrivain, journaliste, fauché et solitaire, a adopté un pingouin, histoire de combler sa solitude. Pas facile d’adopter un pingouin, ni commun. Mais le zoo de Kiev, n’ayant plus les moyens de nourir ses pensionnaires, a proposé à l’adoption les plus inoffensifs. Victor a choisi Micha, le pingouin.

Sauf que Micha ne vit pas d’amour et d’eau fraîche. Il bouffe du hareng à longueur de journée et le hareng, ça coûte cher. C’est alors que Victor tombe sur une petite annonce des plus étranges. Un grand journal cherche quelqu’un capable d’écrire des nécrologies originales.

Victor a besoin de harengs donc, zou ! Il postule sans grand espoir. Et il est pris !

Au début, il choisit lui-même les personnalités sur lesquelles il souhaite écrire : grands noms du spectacle, des médias, de la politique et des affaires. Puis petit à petit, le rédacteur en chef qui l’a pris sous son aile, lui distille quelques noms.

Tout se passe bien, ses chroniques répondent en tous points aux exigences de ses employeurs. Problème : personne ne meurt. Victor désespère d’être publié un jour.

Ça ne va pas durer longtemps. Les élus de ses nécrologies se mettent à tomber comme des mouches et parfois, il faut bien le dire, dans des accidents bêtes, mais bêtes (un peu comme en ce moment chez les oligarques russes, voyez).

Féroce et tendre

Le sujet est original, le livre se lit facilement. On s’immisce dans le quotidien des quidams dans les pays de l’est.

Victor est semblable à l’image que je me fais de ces peuples qui subissent soit la dictature soit la corruption (ou les deux). Ces hommes qui vivent dans l’absence de l’État, des lois et où l’ordre est régi par les plus forts. On ne se rebelle pas, on courbe juste l’échine pour passer sous les radars et vivre le plus en paix possible même si c’est chichement, même s’il y a des injustices. Et Victor y excelle. Il prend ce qu’il y a à prendre et, s’il se pose beaucoup de questions dont il devine aisément les réponses, il semble s’en accommoder. Mais attention à l’eau qui dort.

C’est un livre masculin avec beaucoup d’hommes. Les femmes sont soit des souvenirs soit des présences éthérées, pourvoyeuses de douceur à laquelle les hommes s’accrochent désespérément.

C’est surprenant de partir d’un sujet aussi incongru et de décrire aussi finement la société. C’est parfois drôle (certains enterrements valent le détour), parfois émouvant, parfois mélancolique, toujours pittoresque. Et beaucoup plus profond que le laisse penser le résumé.

Une phrase décrit très bien la sensation étrange éprouvée : « Tout semblait familier mais ce n’était qu’une impression ».

Et Micha dans tout ça ? Il est omniprésent, double de Victor et témoin silencieux.

Laissez-vous séduire par « Le Pingouin ». J’espère que vous aimerez autant que moi.

L’INCONNU DE LA POSTE de Florence Aubenas

Un fait divers

L’inconnu de la poste, ce n’est pas une fiction, un roman, une histoire vraie romancée. C’est un fait divers, réel, sordide, qui s’est déroulé le 19 décembre 2008 à Montréal-la-Cluze, un patelin coincé entre Bourg-en-Bresse et Genève.

Ça doit être joli par là-bas. Y’a un grand lac à côté, les montagnes, la nature. On s’imagine un paysage gai et vivifiant genre Heidi. Florence va vite nous remettre les idées en place. C’est une ambiance sombre, brumeuse, pesante où le chômage a dévasté la vallée. Il y a bien eu un miracle : l’arrivée d’usines de plastique mais honnêtement ça ne suffit pas à rendre le tableau idyllique.

Les protagonistes : Gérald et Catherine

D’un côté, Gérald Thomassin, un jeune de la Dass, qui a eu une enfance malheureuse comme les pierres et qui pratique la seule loi qu’il connait, celle de la jungle. Ça tombe bien Doillon cherche un authentique orphelin pour son prochain film « Le petit criminel ». On est en 90, Thomassin crève l’écran au casting et dans le film. « Il ressemblait à un poney sauvage qu’on vient d’attraper au licol ». Bim ! César du meilleur espoir masculin ! Le cinéma se l’arrache, il faut dire qu’il a une gueule d’ange. Tout le monde veut y voir un conte de fée. « Sauvé de sa condition et de ses démons par le 7ème art ». Et c’est vrai qu’il a tout pour devenir une star. Sauf que c’est pas si simple. Il est ingérable, entre chaque tournage il retourne à ses errances, alcool et drogues. Il vit du RSA. Ses cachets, il les distribue, les dépense avec ses potes ou même des inconnus. Il n’a pas les codes de la société, il n’est à l’aise qu’avec les marginaux. Pas méchant, le coeur sur la main mais incontrôlable. Et pourtant, le cinéma ne l’oublie pas, il a toujours des propositions. Il a décidé de se mettre au vert. Il va se refaire une santé à Montréal-la-Cluze, d’abord au camping puis dans un squat en face de la poste.

De l’autre, Catherine Burgod. Elle est née dans la vallée. Pas la plus mal lotie, elle vient d’une famille aisée, elle est belle, elle est gaie. Elle n’a pas tout mais elle a pas mal. Mariée, 2 enfants, elle travaille à la petite poste du village. Et pourtant, elle en est à 2 tentatives de suicide. Mais là, c’est bon, elle a quitté son mari, rencontré quelqu’un et, surprise, elle est enceinte. Un nouveau départ.

Elle est découverte assassinée de 28 coups de couteaux le 19 décembre 2008 dans le bureau de poste.

La narration magistrale de Florence

Je connaissais vaguement l’histoire, je connaissais la fin dans les grandes lignes.

Et pourtant. Ce livre m’a cueillie.

C’est pas un gros livre, il se lit vite, il vous hante, vous avez du mal à en sortir, d’ailleurs je n’avais aucune envie d’en sortir. Comme si y rester longtemps, encore et encore, pouvait changer l’histoire.

Il se dévore comme une enquête policière, rigoureuse, documentée, méticuleuse. Mais pas que. Florence raconte aussi la vallée, les gens. On est dans cette vallée, on connaît Gérald et Catherine, ils nous deviennent proches. On a envie de rentrer dans le livre, les prévenir, les sauver.

Florence Aubenas est journaliste, grand reporter. Elle a couvert de nombreux conflits à l’étranger, des procès en France. Elle a écrit plusieurs livres, dont « Le quai de Ouistreham » adapté récemment au cinéma par  Emmanuel Carrère.

ANEANTIR de Michel Houellebecq

Quel drôle de livre que celui-là.

C’est mon deuxième livre de Houellebecq donc je suis loin d’être une spécialiste.

Mais : un premier tirage de 300 000 exemplaires + un joli objet (relié, à la couverture cartonnée, au format atypique avec un marque page rouge) + un des livres les plus attendus en France ET en Europe + une seule interview accordée + un plan de lancement digne du dernier iPhone + une fuite sur le net façon Panama Papers = je m’attends à du lourd.

C’est parti !

Ça se passe en France en 2027 en pleine campagne présidentielle. Ça commence comme un thriller. De mystérieuses vidéos essaiment sur le net. Hétérogènes, étranges, inquiétantes. Les Renseignements sont sur le coup. Ça pourrait empirer. Spoiler : ça va empirer. Comme il faut bien personnifier l’action côté « pouvoir », c’est sur Paul Raison que ça tombe, un conseiller de l’ombre comme il en pullule dans les arcanes du gouvernement. Pas n’importe lequel non plus, c’est un proche confident du ministre de l’économie Bruno Juge. Paul Raison a une certaine épaisseur ou du moins Michel va lui en donner en nous immiscant dans sa vie.

C’est un livre parallèle.

Il y en a plusieurs.

Dans le récit d’abord. Un parallèle entre des évènements terroristes mondiaux et une histoire intime, humaine, l’histoire d’une vie. Le chaos du monde et le chaos d’une vie.

Dans le rythme ensuite. Un parallèle entre réalité et rêves assez déroutant. J’ai absolument rien capté aux rêves 🤪. Heureusement pour moi, il y a plus de réalité que de rêves.

Tout cela est juxtaposé sans vraie rencontre, avec des liens un peu surfaits, artificiels.

Et donc ?

C’est un roman qui accroche. On le commence, on le finit. On veut savoir comment la grande et la petite histoire vont se terminer. On veut savoir si le monde et Paul vont être sauvés.

Le style est addictif, un mélange efficace de réalisme, de cynisme détaché et d’humour mais pas que. Il y a de la tendresse, beaucoup même, de la mélancolie et une recherche d’apaisement.

L’idée c’est qu’à force de se perdre dans le monde, on en a oublié l’essentiel, la sphère intime, source de rédemption et de salut. Michel vieillit, Michel s’assagit, Michel devient comme tout le monde.

C’est mystérieux l’alchimie d’un livre. Dans celui-ci, il y a plein d’ingrédients et le chef pour avoir un plat 3 étoiles. Au final, on se retrouve dans une bonne brasserie. C’est bon, de qualité, mais classique.

Je n’ai pas perdu mon temps quand même !

Tout d’abord, à tous ceux qui voient Michel comme un être éthéré et hors sol, sachez :

  • qu’il connaît parfaitement le métro parisien (soit il le pratique soit il a fait d’énormes recherches sur le sujet 🤪).
  • qu’il ferait un redoutable agent immobilier (à 2 doigts de m’installer à Bercy après avoir lu son livre).

Et j’ai gardé le meilleur pour la fin !

Saviez-vous qu’on pouvait faire des choses avec urbanité ? Je répète : avec ur-ba-ni-té ???

« Paul sourit avec urbanité », « … il fut d’ailleurs traité avec une urbanité parfaite » 😵‍💫.

Je me suis d’abord dit que Michel en avait tellement plus rien à foutre de rien qu’il se mettait à inventer des expressions. Puis j’ai vérifié. Bon sang, ça existe 😱!

J’ai vécu tout ce temps sans le savoir.

Je vous souhaite une bonne lecture, avec urbanité !

BROADWAY de Fabrice Caro

Ladies and gentlemen, Mister Fabrice Caro 🥳

J’ai découvert Fabrice Caro il y a deux ans à l’occasion de la sortie de son deuxième roman, « Le Discours ». J’ai rarement autant ri à la lecture d’un livre. Attention, je ne parle pas d’un rire discret, élégant, qu’on réussit à maîtriser, à doser, qui signifie « Oh oh oh, Dieu que ce livre est gai ». Non. Je parle d’un rire qui fuse, exubérant, incontrôlable, rabelaisien, qui signifie « Bordel, faut que je réussisse à reprendre mon souffle ». Vous l’aurez compris, avec Fabrice, on ne sourit pas, on se dilate la rate, on se fend la poire, on s’en paye une bonne tranche. Ça a été un tel coup de foudre que j’ai voulu en savoir plus. Je le croyais romancier, c’est avant tout un auteur de bande dessinée. J’ai découvert son univers, son style et surtout son acuité et son talent pour nous croquer mieux que personne. Il sort un nouveau roman : « Broadway ».

Si ça s’appelle Broadway, c’est qu’il y a une raison

Il y a des titres d’ouvrages qui n’apportent pas grand chose. Celui-ci donne toute la mesure du livre. 

C’est la vie quotidienne transposée à Broadway. Nos angoisses, nos ennuis, nos renoncements deviennent le centre d’une comédie musicale pleine de paillettes, de rythme et de légèreté. Ça danse, ça fuse, ça jaillit. Quoiqu’il arrive, the show must go on !

Le pitch ? On va faire sobre. Un homme marié, père de famille, reçoit un courrier pour le dépistage du cancer colorectal. Chose normale à partir de 50 ans… sauf qu’il en a 46. C’est à partir de là que tout déraille.

Son sens du rythme et ses portraits de losers prennent le relais. Ses perdants sont tellement magnifiques qu’on en viendrait à les envier. Si seulement la vie pouvait être un livre de Fabrice Caro, les derniers seraient les premiers et moi, la reine du monde ! Les coaches en lose fleuriraient, on voudrait tous être maladroits, ridicules et un peu lâches.

J’adore sa façon de saisir les travers de notre époque entre humour et absurdité, entre tendresse et causticité.

Dans sa construction, ce livre s’apparente plus à une BD qu’à un roman. Je l’ai trouvé moins mélodieux que « Le Discours », qui était plus resserré autour d’une intrigue.

Mais Fabrice reste une sacrée valeur sûre, je vous le conseille. La période est suffisamment sinistre pour ne pas se priver de se taper le cul par terre !

🤣 de Frédéric Beigbeder

L’éternel noceur…

Un dandy déjanté traversant la vie, une coupe de champagne à la main : voilà l’image que je me fais de Frédéric. Son fond de commerce est un parfait mélange de flegme, d’excès, d’arrogance et de talent. Beigbeder, c’est une valeur sûre : on sait qu’on va passer un bon moment, ça se lit facilement et vite, sans prise de tête. Le temps passe mais sa plume reste toujours aussi talentueuse et acérée. Il est divinement cynique, délicieusement cruel, il traverse les époques en en extrayant la substantifique moelle et pas dans ce qu’elles ont de meilleur. Il le sait, il les a vécues. Comme si, pour se livrer à une critique de notre société, l’observer ne lui suffisait pas : il doit s’y plonger, en expérimenter les excès, qu’il finit par condamner. J’en suis, j’en profite, j’en abuse… mais je ne suis pas dupe. En bon publicitaire qu’il a été, il vise toujours juste tant dans le fond que dans la forme. Percutant et efficace. Preuve en est le titre de son dernier livre : un emoji.

Comme en pub, l’important c’est d’y avoir pensé en premier…

Et, c’est Beigbeder qui l’a fait ! Pour la première fois, le titre d’un roman n’est pas constitué de mots mais d’une unique émoticône. « Les ennemis de l’intelligence auront gagné quand les romans auront pour titre ces petits visages à la symétrie stupide« . Comme pour signifier l’issue inexorable, c’est lui qui ouvre le bal. Tant qu’à aller dans le mur, autant y aller avec panache ! Les médias ne s’y trompent pas. Il squatte TV, radio et presse pour la promotion de son livre. C’est un excellent client, spirituel, acerbe et surtout malin comme un singe. Il anticipe parfaitement les critiques… en leur coupant l’herbe sous le pied. Il est méchant tout d’abord envers lui-même. Cela fait partie des avantages de l’auto-dérision : on s’en envoie d’abord plein la gueule, ne laissant que quelques miettes aux détracteurs et ensuite, on a une autoroute pour distribuer les bourre-pifs. Je le sais, je fonctionne comme ça. 

Haro sur les médias !

Après la pub, la mode… TADAM… Frédéric s’attaque donc aux médias, mètre étalon par excellence de la société. Et Dieu sait s’ils s’en prennent plein la figure en ce moment. Le timing est donc parfait. Ces médias, qui, à l’image de la société, tourneraient tout en dérision, à la recherche de la vanne ultime qui tue le game et si possible l’adversaire. Tout ne serait plus qu’humour et l’on vivrait tous dans un immense cirque, au milieu de battles de sarcasmes. Plus de réflexion, de profondeur ni d’humanité, seule subsisterait la tyrannie du rire.

Ça ne vous rappelle pas un film ? Une autre époque ? Ridicule, où une vie pouvait se retrouver brisée sur l’autel d’un bon mot.

Frédéric (ou Octave ?) raconte donc sa chute. Il retrace la soirée et la nuit précédant son éviction de France Inter.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Il est brillant. Même si, plus la nuit avance, plus la narration devient foutraque, répétitive, jusqu’à cette fin qui fleure un peu trop la rédemption « bon teint ». J’aurais aimé qu’Octave (ou Frédéric ?) assume jusqu’au bout ce qu’il a été.

Je vous conseille de lire ce livre, il fait rire (sans tyrannie) et réfléchir… c’est déjà énorme.

LA BOHÈME de Charles Aznavour

Je pourrais écouter cette chanson en boucle… et partir faire du macramé dans le Larzac 😂

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Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux
Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie
Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps
Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts
La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

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