JE M’ÉTAIS PERDU de Francis Cabrel

Je m’étais perdu
Je recherchais des yeux
Quelque chose qui bouge
En bas, dans la rue
Des gens très malheureux
Criaient des slogans rouges
Quand je suis descendu
On m’a pris par le bras
Poussé dans le manège
Qu’est-ce que je fous là
À crier comme ça
En tête du cortège?
J’aurai ma photo
Avec mon nom en gros
En tête de la liste
Je vais être arrêté
Ils vont me tabasser
Me ficher communiste
Chaque jour quelqu’un
Veut me prendre la main
Ma donner une image
Un masque à porter
Pour mieux pouvoir après
L’enfermer dans sa cage
Moi je veux vivre plus loin
Reprenez vos papiers, vos titres et vos bulletins
Moi je veux vivre plus loin
Mais chaque jour quelqu’un
Veut me prendre la main
Me donner une image
Un masque à porter
Pour mieux pouvoir après
L’enfermer dans sa cage
Moi je garde ma voix
Pour celui qui criera
« La vie est une fête »
On va brûler tout notre temps
Et non plus seulement
N’en vivre que les miettes

https://youtu.be/iOUz1Yd3l4o

Photo Benni Valsson

LE PETIT JARDIN de Jacques Dutronc

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C’était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin
Avec deux arbres, un pommier et un sapin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
De grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C’était un petit jardin
Avec un rouge-gorge dans son sapin
Avec un homme qui faisait son jardin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
De grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
À la place du joli petit jardin
Il y a l’entrée d’un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain
C’était un petit jardin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

C’était un petit jardin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

UN PETIT POISSON, UN PETIT OISEAU de Juliette Gréco

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau
Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut

Quand on est là-haut
Perdu aux creux des nuages
On regarde en bas pour voir
Son amour qui nage
Et on voudrait bien changer
Au cours du voyage
Ses ailes en nageoires
Les arbres en plongeoir
Le ciel en baignoire

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut
Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

Quand on est dans l’eau
On veut que vienne l’orage
Qui apporterait du ciel
Bien plus qu’un message
Et pourrait changer d’un coup
Au cours du voyage
Des plumes en écailles
Des ailes en chandail
Des algues en paille

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau
Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut

Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

LA DAME BRUNE de Barbara et Georges Moustaki

Pour une longue dame brune, j’ai inventé 
Une chanson au clair de la lune, quelques couplets. 
Si jamais elle l’entend un jour, elle saura 
Que c’est une chanson d’amour pour elle et moi. 

Je suis la longue dame brune que tu attends. 
Je suis la longue dame brune et je t’entends. 
Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi. 
Ta guitare, orgue de fortune, guide mes pas. 

Pierrot m’avait prêté sa plume ce matin-là. 
A ma guitare de fortune j’ai pris le la. 
Je me suis pris pour un poète en écrivant 
Les mots qui passaient par ma tête comme le vent. 

Pierrot t’avait prêté sa plume cette nuit-là. 
A ta guitare de fortune, tu pris le la, 
Et je t’ai pris pour un poète en écoutant 
Les mots qui passaient par ta tête comme le vent. 

J’ai habillé la dame brune dans mes pensées 
D’un morceau de voile de brume et de rosée. 
J’ai fait son lit contre ma peau pour qu’elle soit bien, 
Bien à l’abri et bien au chaud contre mes mains. 

Habillée de voile de brume et de rosée 
Je suis la longue dame brune de ta pensée. 
Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi. 
A travers les monts et les dunes, j’entends ta voix. 

Pour une longue dame brune, j’ai inventé 
Une chanson au clair de la lune, quelques couplets. 
Je sais qu’elle l’entendra un jour, qui sait demain, 
Pour que cette chanson d’amour finisse bien. 

Bonjour, je suis la dame brune, j’ai tant marché. 
Bonjour, je suis la dame brune, je t’ai trouvé. 
Fais-moi place au creux de ton lit, je serai bien, 
Bien au chaud et bien à l’abri contre tes reins.

LA JAVA DU DIABLE de Charles Trenet

Un jour le Diable fit une java
Qu’avait tout l’air d’une mazurka
Valse à trois temps, il n’savait pas
Ce qu’il venait d’composer là
Aussitôt la terre entière
Par cet air fut enchantée
Des dancings aux cimetières
Tout l’monde la chantait
On la dansait à petit pas
Et bien souvent aux heures des r’pas
Le Diable venait sur sa java
Frapper du pied dans les estomacs.

Des p’tits malheurs vite commencèrent
Car ce refrain de Lucifer
Planait partout, tout d’suite appris
Circonvenant bien les esprits
Vers la fin du mois d’décembre
Un député pris de court
À la tribune de la Chambre

Dit dans son discours :
« Un, deux, trois, quatre,
Un, deux trois, quatre,
C’est mon programme est-ce qu’il vous plaît ? »
À coups d’fusil on dut l’abattre
Il expira au deuxième couplet.

La salle Pleyel n’écoutait plus
Des grands concerts un seul lui plut
Celui où l’chef d’orchestre mêla
Sébastien Bach et la java
Ronde folle, ronde folle,
Brusquement un grand acteur
Au beau milieu de son rôle
Trahit son auteur…
« Un, deux, trois, quatre,
Un, deux, trois, quatre »,
Ah quelle pagaille dans le théâtre
Les spectateurs montèrent sur scène
L’oeil en fureur et le geste obscène.

Au-d’là des mers ce fut bien pire
Le mal gagna c’est trop affreux
Il lui fallait pour son empire
Jusqu’au pôle Nord et la Terre de Feu
Mais le plus terrible ravage
Fut dans l’monde des banquiers
Où la grande java sauvage
Fit des victimes par milliers.
« Un, deux, trois, quatre,
Un, deux, trois, quatre »,
Hurlaient New York et Chicago.
L’or se vendit au prix du plâtre
Et le cigare au prix du mégot.

Puis un jour tout d’vint tranquille
On n’entendit plus d’java
Dans les champs et dans les villes
Savez-vous pourquoi ?

Parce que le Diable s’aperçut
Qu’il n’touchait pas de droits d’auteur
Tout ça c’était d’l’argent d’foutu
Puisqu’il n’était même pas éditeur
Tout ça c’était d’l’argent d’foutu
Puisqu’il n’était même pas éditeur.

Allez, remportons notre musique
Et retournons en enfer.

JE VOUDRAIS DORMIR de Jeanne Cherhal

Je suis debout dans la cuisine et je ne pense à rien.
Enfin à rien, c’est difficile, même impossible.
Y a toujours un petit quelque chose qui vient on ne sait
d’où,
un détail sur le mur le papier peint, une parole pas
digérée.
Quand on voudrait avoir la tête vide ça nous vient comme
ça.
Je voudrais dormir.

LA CORRIDA de Francis Cabrel

Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire
J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante
Au bout du couloir
Quelqu’un a touché le verrou
Et j’ai plongé vers le grand jour
J’ai vu les fanfares, les barrières
Et les gens autour

Dans les premiers moments j’ai cru
Qu’il fallait seulement se défendre
Mais cette place est sans issue
Je commence à comprendre
Ils ont refermé derrière moi
Ils ont eu peur que je recule
Je vais bien finir par l’avoir
Cette danseuse ridicule

Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Andalousie je me souviens
Les prairies bordées de cactus
Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus !
Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil

Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
J’en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m’incline

Ils sortent d’où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier ?
J’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées
Sentir le sable sous ma tête
C’est fou comme ça peut faire du bien
J’ai prié pour que tout s’arrête
Andalousie je me souviens

Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?


Si, si hombre, hombre
Baila, baila

Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otras vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar
Y mataremos otros

https://youtu.be/m1ET6SEtwbc

PROFONDEMENT SUPERFICIEL de Alex Beaupain

Plus le temps va plus je me creuse
Une mine à ciel ouvert
Une vraie Vallée de Chevreuse
Un chantier, une carrière
Mais de ces fouilles
Rien ne ressort
Ni fer ni rouille
Ni pierre ni or
Or

C’est peut-être moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel

Plus le temps va plus je me creuse
Des sillons sur le visage
Et dans le cœur comme une perceuse
Un derrick en plein forage
Mais ça ne donne rien de probant
Ni noir carbone, ni blanc diamant
Non

C’est peut-être moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel

C’est tellement rien à l’intérieur
Ça résonne comme une cathédrale
Cet écho naturel d’ailleurs
Pour mes chansons ça sonne pas mal

Et si c’était moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel

JE N’AI PAS DIT de Anne Sylvestre

Photo Philomène Petit Jean

Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour
Il était là, posé en filigrane
Dans son désert, il attendrait toujours
Si vous n’aviez croisé ma caravane
Au point du jour

Je n’ai pas fait ma dernière folie
Dernière danse au bord du précipice
Le grand écart juste avant l’embolie
Mille soleils attendant le solstice
Et l’embellie

Je n’ai pas dit cet éblouissement
Colin-maillard à saveur enfantine
Ni ce coup de foudre à retardement
Si chamboulée que j’en oublie mes rimes
Éperdument

Je n’ai pas fait ma dernière marelle
Ni sur un pied remonté votre enfer
Un bout de ciel collé à mes semelles
M’a bientôt laissé la tête à l’envers
Et sans cervelle

Je n’ai pas dit toutes les litanies
Qui, comme l’eau, ruissellent de mes lèvres
Vous n’y verriez que des fleurs d’insomnie
Vous pourriez à raison les trouver mièvres
Monotonie

Je n’ai pas fait mon tout dernier faux-pas
Petit vertige annonçant la cassure
Ce léger bruit vous ne l’entendrez pas
Coquille d’escargot sous la chaussure
Petit coma

Je n’ai pas dit les mots qu’on attendait
Ni testament ni dernier inventaire
Pas divulgué mon ultime regret
Ni dévoilé mes blessures de guerre
Je les tairai

Je n’ai pas fait ma dernière lessive
Pas savonné les vieux restes de peur
Pas recousu cette morsure vive
Que l’on me fit à la place du cœur
Pas si naïve

Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour
Quand il viendra, l’aurez-vous reconnu ?
S’il échouait dans votre arrière-cour
Tâchez au moins qu’il ne soit pas perdu
Pas confondu

Tâchez au moins qu’il ne soit pas perdu

QUAND ON N’A RIEN À DIRE de Bernard Dimey

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler… pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.

Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats, des curés, d’la musique militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’île de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécillité.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑