C’EST ARRIVÉ LA NUIT de Marc Levy

J’SUIS SNOB, J’SUIS SNOB

Lire du Levy ? Jamais d’la vie !

Moi, c’qui m’fait grimper à la tenture,

c’est la grande littérature.

Et même si Elle et Pocket me supplient,

hors de question que je change d’avis.

En même temps, avoir sa bobine

dans l’plus féminin des magazines,

ça fait sacrément envie.

Oh puis zut, direction la librairie

pour C’est arrivé la nuit.

Et là, wouahhhh !

Bienvenue au cinéma !

Suspense, action, en veux-tu en voilà.

C’est d’la lecture sur grand écran,

tout, sauf un voyage d’agrément.

J’passe la soirée à m’ronger les sangs.

Ils sont 9 sur la planète

à faire justice sur Internet.

Des Arsène Lupin 2.0

qui mettent les salauds au cachot

d’un clic sur leur réseau.

Ça semble facile, mais ça l’est pas.

Toujours clandestin, même chez soi.

Toujours planqué et en mouvement

pour éviter les guet-apens

Marc est un p’tit malin

avec ses hackers au grand cœur,

on le lit jusqu’au p’tit matin

pour notre plus grand bonheur.

On se prend même à rêver :

Et si c’était vrai ?

JE M’ÉTAIS PERDU de Francis Cabrel

Je m’étais perdu
Je recherchais des yeux
Quelque chose qui bouge
En bas, dans la rue
Des gens très malheureux
Criaient des slogans rouges
Quand je suis descendu
On m’a pris par le bras
Poussé dans le manège
Qu’est-ce que je fous là
À crier comme ça
En tête du cortège?
J’aurai ma photo
Avec mon nom en gros
En tête de la liste
Je vais être arrêté
Ils vont me tabasser
Me ficher communiste
Chaque jour quelqu’un
Veut me prendre la main
Ma donner une image
Un masque à porter
Pour mieux pouvoir après
L’enfermer dans sa cage
Moi je veux vivre plus loin
Reprenez vos papiers, vos titres et vos bulletins
Moi je veux vivre plus loin
Mais chaque jour quelqu’un
Veut me prendre la main
Me donner une image
Un masque à porter
Pour mieux pouvoir après
L’enfermer dans sa cage
Moi je garde ma voix
Pour celui qui criera
« La vie est une fête »
On va brûler tout notre temps
Et non plus seulement
N’en vivre que les miettes

https://youtu.be/iOUz1Yd3l4o

Photo Benni Valsson

LE PETIT JARDIN de Jacques Dutronc

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C’était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin
Avec deux arbres, un pommier et un sapin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
De grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C’était un petit jardin
Avec un rouge-gorge dans son sapin
Avec un homme qui faisait son jardin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
De grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
À la place du joli petit jardin
Il y a l’entrée d’un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain
C’était un petit jardin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

C’était un petit jardin
Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

UN PETIT POISSON, UN PETIT OISEAU de Juliette Gréco

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau
Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut

Quand on est là-haut
Perdu aux creux des nuages
On regarde en bas pour voir
Son amour qui nage
Et on voudrait bien changer
Au cours du voyage
Ses ailes en nageoires
Les arbres en plongeoir
Le ciel en baignoire

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut
Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

Quand on est dans l’eau
On veut que vienne l’orage
Qui apporterait du ciel
Bien plus qu’un message
Et pourrait changer d’un coup
Au cours du voyage
Des plumes en écailles
Des ailes en chandail
Des algues en paille

Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau
Un petit poisson, un petit oiseau
S’aimaient d’amour tendre
Mais comment s’y prendre
Quand on est là-haut

Mais comment s’y prendre
Quand on est dans l’eau

LA DAME BRUNE de Barbara et Georges Moustaki

Pour une longue dame brune, j’ai inventé 
Une chanson au clair de la lune, quelques couplets. 
Si jamais elle l’entend un jour, elle saura 
Que c’est une chanson d’amour pour elle et moi. 

Je suis la longue dame brune que tu attends. 
Je suis la longue dame brune et je t’entends. 
Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi. 
Ta guitare, orgue de fortune, guide mes pas. 

Pierrot m’avait prêté sa plume ce matin-là. 
A ma guitare de fortune j’ai pris le la. 
Je me suis pris pour un poète en écrivant 
Les mots qui passaient par ma tête comme le vent. 

Pierrot t’avait prêté sa plume cette nuit-là. 
A ta guitare de fortune, tu pris le la, 
Et je t’ai pris pour un poète en écoutant 
Les mots qui passaient par ta tête comme le vent. 

J’ai habillé la dame brune dans mes pensées 
D’un morceau de voile de brume et de rosée. 
J’ai fait son lit contre ma peau pour qu’elle soit bien, 
Bien à l’abri et bien au chaud contre mes mains. 

Habillée de voile de brume et de rosée 
Je suis la longue dame brune de ta pensée. 
Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi. 
A travers les monts et les dunes, j’entends ta voix. 

Pour une longue dame brune, j’ai inventé 
Une chanson au clair de la lune, quelques couplets. 
Je sais qu’elle l’entendra un jour, qui sait demain, 
Pour que cette chanson d’amour finisse bien. 

Bonjour, je suis la dame brune, j’ai tant marché. 
Bonjour, je suis la dame brune, je t’ai trouvé. 
Fais-moi place au creux de ton lit, je serai bien, 
Bien au chaud et bien à l’abri contre tes reins.

VIEILLE CHANSON DU JEUNE TEMPS de Victor Hugo

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son oeil semblait dire:  » Après ? « 

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans et l’air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu,
Son petit pied dans l’eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
 » Soit ; n’y pensons plus !  » dit-elle.
Depuis, j’y pense toujours.

LE TEMPS DES CERISES de Jean-Baptiste Clément et Antoine Renard

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Mais il est bien court le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles
Cerises d’amour aux robes vermeilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d’amour

J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et Dame Fortune, en m’étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur

Mouloudji et Nana Mouskouri – 1977

LA PRIÈRE de Georges Brassens

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s’amusent au parterre
Et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s’ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue, Marie

Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre
Par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l’humiliation de l’innocent châtié
Par la vierge vendue qu’on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Marie

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S’écrie « mon Dieu ! » Par le malheureux dont les bras
Ne purent s’appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu’il traîne
Je vous salue, Marie

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l’on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue, Marie

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid
Par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée
Par le baiser perdu par l’amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue, Marie

J’VOUDRAIS QUE QUELQU’UN ME CHOISISSE de Dani

J’voudrais que quelqu’un me choisisse 
Que quelqu’un m’aime avant qu’j’moisisse 
Un garçon vaillant accomplisse 
Ce p’tit exploit, vouloir de moi

Le premier pas, je l’ferai pas 
J’laisse le prince charmant faire un peu d’exercice 
Moi j’attends mais faut dire pour l’insant 
Personne vient proposer ses services, proposer ses services

J’voudrais que quelqu’un me choisisse 
Que quelqu’un m’aime avant qu’j’moisisse 
J’crirai pas « Allo police » 
Si un rôdeur chaparde mon coeur

Je vaux de l’or, j’suis un trésor 
Mais la vie me traite comme un tas d’immondices 
Y’a des filles qui traînent une escadrille d’amoureux au sourire dentifrice 
Au sourire dentifrice

J’voudrais que quelqu’un me choisisse 
Que quelqu’un m’aime avant qu’j’moisisse 
J’guette en vain l’entré en lice 
Du chevalier sur son destrier

Faut qu’y s’dépêche, j’suis encore fraîche 
Mais à poireauter je crois que j’dépérisse 
Est-c’que dieu pourra du haut des cieux 
Tolérer longtemps cette injustice 
Longtemps cette injustice 
Longtemps

https://youtu.be/aUIAcImT0ls

LA JAVA DU DIABLE de Charles Trenet

Un jour le Diable fit une java
Qu’avait tout l’air d’une mazurka
Valse à trois temps, il n’savait pas
Ce qu’il venait d’composer là
Aussitôt la terre entière
Par cet air fut enchantée
Des dancings aux cimetières
Tout l’monde la chantait
On la dansait à petit pas
Et bien souvent aux heures des r’pas
Le Diable venait sur sa java
Frapper du pied dans les estomacs.

Des p’tits malheurs vite commencèrent
Car ce refrain de Lucifer
Planait partout, tout d’suite appris
Circonvenant bien les esprits
Vers la fin du mois d’décembre
Un député pris de court
À la tribune de la Chambre

Dit dans son discours :
« Un, deux, trois, quatre,
Un, deux trois, quatre,
C’est mon programme est-ce qu’il vous plaît ? »
À coups d’fusil on dut l’abattre
Il expira au deuxième couplet.

La salle Pleyel n’écoutait plus
Des grands concerts un seul lui plut
Celui où l’chef d’orchestre mêla
Sébastien Bach et la java
Ronde folle, ronde folle,
Brusquement un grand acteur
Au beau milieu de son rôle
Trahit son auteur…
« Un, deux, trois, quatre,
Un, deux, trois, quatre »,
Ah quelle pagaille dans le théâtre
Les spectateurs montèrent sur scène
L’oeil en fureur et le geste obscène.

Au-d’là des mers ce fut bien pire
Le mal gagna c’est trop affreux
Il lui fallait pour son empire
Jusqu’au pôle Nord et la Terre de Feu
Mais le plus terrible ravage
Fut dans l’monde des banquiers
Où la grande java sauvage
Fit des victimes par milliers.
« Un, deux, trois, quatre,
Un, deux, trois, quatre »,
Hurlaient New York et Chicago.
L’or se vendit au prix du plâtre
Et le cigare au prix du mégot.

Puis un jour tout d’vint tranquille
On n’entendit plus d’java
Dans les champs et dans les villes
Savez-vous pourquoi ?

Parce que le Diable s’aperçut
Qu’il n’touchait pas de droits d’auteur
Tout ça c’était d’l’argent d’foutu
Puisqu’il n’était même pas éditeur
Tout ça c’était d’l’argent d’foutu
Puisqu’il n’était même pas éditeur.

Allez, remportons notre musique
Et retournons en enfer.

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