THÉRÈSE DESQUEYROUX de François Mauriac

Ça va pas fort Thérèse…

Et on la comprend. Sa vie est terne, étriquée, sans perspectives. En plus, elle est dans une mauvaise posture. Elle a tenté d’empoisonner son mari.

On est au début du XXème siècle. Le livre débute à la fin de son procès, après le verdict. Non-lieu. Tout ça grâce à Bernard, son mari, qui, effrayé du scandale et des retombées que cela pourrait avoir sur le nom et la famille, préfère témoigner en sa faveur.

Diantre ! Le nom, pensez ! Desqueyroux, un nom de région, bien implanté, bien respectable, synonyme de places réservées à l’église mais surtout de terres et de domaines.

Bernard n’a pas pris cette décision seul. Sa mère est toujours dans les parages. À l’époque, vous ne prenez pas seulement un mari, vous prenez les beaux-parents qui vont bien bien vous surveiller.

Comment Thérèse en est arrivée là ?

Son père vient la chercher à la fin du procès pour la ramener auprès de son mari (ben oui, toujours vivant, essai non transformé). Tout le temps du voyage, elle essaie de comprendre son geste et de structurer une défense, tout du moins un semblant d’explication pour son époux.

Elle se remémore sa vie.

Région bordelaise. Thérèse est orpheline de mère et son père a d’autres préoccupations que sa fille (faut pas déconner). Il l’envoie en pension. C’est une enfant exaltée. Elle lit beaucoup, réfléchit beaucoup, a des aspirations, des envies. Elle veut vivre grand alors qu’autour d’elle tout est petit. Elle est différente.

Elle revient dans le hameau familial à chaque vacances. Elle y retrouve son amie Anne, plus jeune qu’elle, plus ignorante mais d’une nature plus simple et enjouée. Et l’alchimie fonctionne. Thérèse adore Anne. Elles sont différentes, mais complices. Comme si Anne lui transmettait un peu de son insouciance, ou du moins lui permettait d’oublier les passions qui l’animent.

Thérèse grandit ainsi et finit par se dire que le mariage est peut-être la solution. Elle sortira de cet état d’insatisfaction permanente et vivra un amour épanouissant.

C’est sans compter sur Bernard.

Bernard Desqueyroux est le frère d’Anne. Le mariage est arrangé depuis belle lurette. Pas d’amour, d’ailleurs Bernard n’est pas pressé de se ranger, heureux qu’il est entre la chasse et ses affaires. Que ferait-il d’une femme ? Mais bon, faut bien penser à perpétuer la lignée.

Le mariage est tranquille du côté de Bernard et malheureux pour Thérèse.

C’est alors qu’Anne, sa chère amie, s’éprend d’un jeune homme qui n’est pas du tout (mais alors pas du tout) envisagé par la famille.

Bernard compte sur Thérèse pour faire entendre raison à sa sœur. Le lecteur pense de prime abord que c’est la bien mauvaise personne pour faire entendre raison à qui que ce soit. Mais, partant du principe qu’il ne suffit pas d’être malheureux, encore faut-il que les autres le soient, Thérèse va s’acquitter de sa mission.

Et oui, Thérèse est une femme complexe.

Et puis, soudain, une opportunité

On voit progressivement Thérèse s’enfoncer dans une sorte de léthargie, elle se réfugie dans une vie imaginaire, celle qu’elle devrait vivre, plutôt que d’être engoncée dans les convenances, embarassée, entre son mari, son enfant et sa belle-mère. Elle n’est ni fille, ni épouse, ni mère. Elle est femme.

Malgré cela, jamais elle n’a pensé à se débarrasser de son mari. Mais la vie est ainsi faite qu’il y a des opportunités qui prennent l’aspect éblouissant de solutions.

Bien évidemment, elle va se rater et son retour ne sera pas simple.

Mauriac nous livre un portrait romanesque

On pense à Emma Bovary, bien sûr. La province, ses mœurs, son hypocrisie et son ennui. Mais à la différence d’Emma, Thérèse n’est pas dans l’excès. Elle est réfléchie, intérieure (comme en témoigne le monologue de début du livre). Elle ne cherche pas à s’enivrer dans un tourbillon d’amants ou de belles toilettes. Elle veut sa liberté et elle l’obtiendra de façon presque « passive ».

C’est un beau portrait de femme, complexe. Écrit par un homme. Je suis toujours aussi surprise quand des hommes parlent aussi bien des femmes. Comme Kessel dans « Belle de jour » (chronique à lire ICI) et tant d’autres.

Je n’avais jamais lu François Mauriac. C’est surprenant et séduisant.

Surprenant, car les individus communiquent très peu entre eux, et pourtant les situations et personnalités sont précises, dans une économie de descriptions ou d’effets.

Séduisant, car ce petit livre est tellement riche. La société de l’époque, la religion, les femmes à la fois victimes et bourreaux, la psychologie. Il y a tellement de choses. Et la nature aussi. Qu’elle soit accueillante ou menaçante, on sent un amour profond pour la nature et surtout pour cette région bordelaise. La région de Mauriac.

ENOLA HOLMES 1 & 2 réalisés par Harry Bradbeer

La magie de Noël a de l’avance.

Vous vous souvenez du week-end dernier ?

Chez vous, je ne sais pas mais à Paris, c’était grisaille, froid, pluie. Seule solution pour survivre : faire le sapin. S’avachir sur le canapé. Se recouvrir d’un plaid. Boire un chocolat chaud. Mater un truc divertissant mais alors TRÈS TRÈS TRÈS divertissant.

Où trouve-t-on le plus grand choix de choses divertissantes à mater ? Ben sur une plateforme et chez nous, c’est Netflix.

On laisse faire les filles vu que ce sont des professionnelles dans la recherche de trucs très très très divertissants.

Après quelques tâtonnements (plus elles grandissent, plus elles perdent la main 😤), elles s’arrêtent sur « Enola Holmes ». Encéphalogramme plat de ma part, je ne fais même pas le lien avec Sherlock. Je soupire intérieurement (suffisamment fort pour que ça se voit à l’extérieur). Génial. Encore une histoire d’ado, alors que je sors tout juste de cette période (pas moi, mes filles 🤪).

Vu qu’elles ne bougent pas de leur choix, autant que je m’y fasse, on va regarder ça. Donc je zieute de plus près.

ENOLA HOLMES ???? La petite sœur de Sherlock Holmes ? Ah non mais ça change tout !

On s’oriente vers un tiercé gagnant !

En troisième position, on applaudit la persévérance du canasson « Kostum ».

Eh oui, j’ai une vraie appétence pour les films d’époque. Attention, pas toutes les époques. Un film sur le moyen-âge, la préhistoire ou la bataille d’Alésia par exemple, faudrait vraiment que j’ai une grosse envie de toucher le fond. Mais le XIXème 😍, que l’histoire soit du côté des riches ou des miséreux, je prends tout : livres, films, documentaires.

En deuxième position, on retrouve une valeur sûre, j’ai nommé « Liberty« .

Car mon dada, c’est l’Angleterre période Victorienne. Je pourrais faire une indigestion de services à thé, scones, petits sandwichs au concombre, humour British, et autres Devon, tellement ça me rend dingue.

Enfin, on fait un triomphe à « Sherlock » qui a fait une superbe course.

J’ai été biberonnée à Agatha Christie et Arsène Lupin. Autant vous dire que j’en ai mangés des romans policiers, des enquêtes et énigmes de tous poils.

« Enola Holmes » rassemble donc ces trois ingrédients. Oh dear ! I’m so exciting 🤩 !

Des livres, deux films et un procès qui n’aura pas lieu.

Enola est donc la petite sœur de Sherlock et de Mycroft. Élevée par sa mère, elle reçoit une éducation aux antipodes des normes de l’époque, en tous cas pour une fille. Elle apprend à réfléchir, à se défendre, s’intéresse aux sciences et à la nature. Mais le jour de son 16ème anniversaire, sa mère disparaît. Mineure, elle va devoir composer avec ses deux frères et mener l’enquête.

C’est divertissant, rythmé, intelligent et pittoresque à souhait. Elona est une jeune fille sagace (mon dieu qu’elle est sagace), malicieuse, gaie, un chouïa rebelle, bref très attachiante comme le déclament beaucoup (trop) de tee-shirts.

Saupoudrez le tout d’une bonne dose de féminisme, de luttes sociales, d’humour et d’un style cinématographique pop et actuel (mise en scène et effets dynamiques, cuts, 4ème mur) et vous obtenez deux films diablement chouettes. Et quel casting ! Que du beau monde !

J’apprends que ces deux films sont tirés d’une série de romans policiers à succès de Nancy Springer, regroupés sous le titre « Les enquêtes d’Enola Holmes ». Jusqu’ici tout va bien. Enfin, tout va bien, jusqu’à ce que Netflix s’empare de ce phénomène littéraire jeunesse. Là, on passe dans une autre dimension, les choses deviennent sérieuses, on parle de Netflix, sacrebleu. Les ayants droit de Sir Arthur Conan Doyle veulent leur part du gâteau. Souci, le personnage cocaïnomane et sociopathe de Sherlock Holmes est dans le domaine public. Comment faire ? Ben au calme, on va argumenter que grand-tonton Arthur, sur la fin de sa vie, a doté Sherlock de traits de caractère plus gentils, plus empathiques, plus sensibles. Que ce qu’il a écrit en fin de vie n’est pas encore dans le domaine public donc zou, que la version bonnasse de Sherlock n’est pas encore dans le domaine public. Et qu’attendu que Nancy Springer et Netflix exploitent un Sherlock sympathique, ils vont devoir payer. CQFD. L’argumentation semble un peu perchée du point de vue du droit. Quoi qu’il en soit, les enjeux sont trop grands et pour être tranquille, Netflix préfère un arrangement avec les héritiers.

Ce qui nous permet de profiter de deux films « Enola Holmes » en toute décontraction et avec un chocolat chaud.

Ah ! J’oubliais ! Si vous aimez bien l’époque victorienne et le XIXème siècle, je vous conseille le blog de Lise Antunes Simoes. Je viens de le découvrir et il y a des pépites : https://www.liseantunessimoes.com

ENJOY !

BLONDE de Joyce Carol Oates

Qui est Joyce Carol Oates ?

Une géante de la littérature américaine.

Le premier livre que j’ai lu d’elle c’était « La fille du fossoyeur ». Il y a 15 ans. D’où en avais-je entendu parler ? Mystère et boule de gomme !

Ça raconte une famille juive allemande qui fuit le nazisme et échoue à côté de New-York. Le père, professeur en Allemagne, n’obtient qu’un poste de gardien de cimetière. Il va sombrer, entraînant sa famille avec lui. Trop de déclassement, d’affronts, de frustrations et de ressentiments. Sa fille réussira-t-elle à s’extirper de ce qui tourne à l’atavisme ?

Je suis entrée dans un monde et une écriture. L’Amérique des oubliés qui côtoient le rêve américain sans jamais le toucher ou alors trop peu. Ces travailleurs de première ligne qui permettent à l’Amérique de briller mais eux restent dans le noir, dans le sale. La noirceur des âmes aussi. Cette violence qu’il y a en chacun de nous et qui peut prendre des formes inattendues.

Car, quel que soit le sujet abordé, le point commun de ses livres c’est la violence : la violence intérieure, subie, reproduite, canalisée ou dépassée.

Lire Joyce, c’est entrer dans un shaker. Chaque phrase prise séparément est « normale », précise, réaliste, juste, mais « normale ». Mises bout à bout, cela donne un ouragan qui dévaste tout et vous conduit au chaos. Vous sortez de là rincé, épuisé mais envoûté.

BLONDE, le livre

Ce livre n’échappe pas à cette violence.

Pour éviter tout malentendu, il s’agit d’une autobiographie fictive de Marylin.

Bien sûr, elle part de sa vraie vie : son enfance, ses films, ses maris, son statut de sex symbol. Mais elle l’imagine sous l’angle de sa psyché. Elle imagine ses luttes intérieures. Lutte sociale pour s’extirper de son milieu et atteindre ses rêves, lutte affective pour étancher sa soif d’amour et enfin lutte contre l’énorme malentendu entre son statut de sex symbol et qui elle est vraiment. Parce que, putain, Marylin lutte.

Plus Norma Jean a du succès, plus il lui est difficile de rentrer dans la peau de Marylin. Elle en devient l’otage. De Norma Jean, elle passe à Marylin, puis à La Blonde. Toujours plus déshumanisée, toujours plus objet, toujours moins elle.

Et l’écriture de Joyce restitue ce combat pour finir à la limite de l’écriture automatique, saccadée presque sans logique ou, au contraire, en suivant une logique ultime.

Tout a été écrit sur Marylin. Tout, sauf ça.

BLONDE, le film sur Netflix

J’appréhendais de le voir. Je pensais impossible d’adapter un tel livre.

La lecture de certaines critiques m’a confortée dans cette hésitation ! Violent. Insoutenable. Outrancier. Précieux. Brutal. Répétitif. Abus d’effets artistiques grossiers. En plus, le film est interdit aux moins de 18 ans.

WOW !!! Ça va donner quoi ?

Insoutenable, non. Outrancier, non. Répétitif, non.

Violent ? Oui. Le film est violent car le livre dont il s’inspire est violent.

Réussi ? Oui. Oui. Oui. Trois fois oui. J’ai adoré. Le réalisateur, Andrew Dominik, réussit à retranscrire l’esprit du livre. Pas parfaitement, pas entièrement mais à ce stade c’est un exploit.

Et l’actrice ? On en parle de Ana de Armas ? Non, on n’en parle pas. On la regarde, on la contemple, on l’admire. Elle est tellement époustouflante que les mots manquent (en tous cas à moi 😍).

1110 pages, 2H46 minutes. On ne compte pas quand on aime.

CHIEN 51 de Laurent Gaudé

Laurent se met au polar !

Ah mais j’accours ! On m’appelle la reine des lectrices du polar (non, pas du tout, c’est moi qui viens de m’autoproclamer 🤪). Mais c’est vrai que j’adore les polars.

Enfant, je passais tous les étés avec mes grands-parents en Normandie. Il y avait plein de livres, dont beaucoup d’Agatha Christie. Ça a été mes premiers livres « de grands », après le « Club des Cinq » et autres « Langelot ». C’était une vieille maison qui grinçait de partout. Autant vous dire que les serrures 3 points n’existaient pas chez eux, ni les volets d’ailleurs. Avec ou sans clés, on pouvait y entrer comme dans un moulin. Ma chambre était la première en montant les escaliers. Bref, en cas d’intrusion, j’aurais été la première à me faire trucider. Je flippais déjà naturellement à cette idée. Dans un saladier de bruits non identifiés, ajoutez une pincée de lecture d’Agatha Christie et vous obtenez une gamine traumatisée à vie.

Pas rancunière pour deux sous, ça reste mes meilleurs souvenirs de lecture et, depuis, les romans policiers sont des valeurs sûres pour moi.

Un polar d’anticipation ? Pas de problème, Laurent ! Je suis curieuse de nature et un bon polar reste un bon polar.

Le résumé

Ruinée, la Grèce a été achetée par une multinationale, GoldTex. Comme dans tout rachat, on garde le meilleur, le plus productif, le plus compétent et on se débarasse des déchets qui ne rapporteront rien et coûteront trop. Cut.

Trente ans après ce rachat, les jeunes n’ont rien connu d’autre et rêvent de réussite selon GoldTex, tandis que les vieux sont déjà un peu morts à l’intérieur et survivent.

C’est alors qu’un crime a lieu, suffisamment sordide pour mobiliser un duo de policiers qui ne devaient jamais se rencontrer. Zem Sparak, un homme fatigué, taiseux, enfermé dans sa souffrance, sa Grèce natale et son passé. Face à lui, Salia, jeune et ambitieuse.

Envoûtant !

L’ambiance est plus que noire. Poisseuse, sale, ça vous colle et ne vous lâche plus. Même les rares espaces ensoleillés n’apportent aucune lumière au récit. Ils sont couverts de cette crasse du simple fait qu’elle existe.

Ce roman est à la fois classique et original.

  • Classique, car on pense à « Bienvenue à Gattaca », « Soleil vert ». Des références qui ont déjà été exploitées.
  • Original par son point de départ (le rachat d’un pays par une entreprise) et la construction. Cette enquête, comme le point final d’une histoire encore individuelle qui résiste et doit disparaître. Seule la narration collective de GoldTex a sa place.

On se rend compte que détruire un individu, c’est simple. Il suffit de l’amener à trahir ou de le persuader qu’il a trahit. Il ne faut pas le briser entièrement, non, juste suffisament pour qu’il survive et obéisse. En agitant devant lui un misérable espoir. Car ne nous ne sommes que ça, des tourmentés qui cherchent la rédemption.

C’est palpitant, hypnotique et angoissant. Comme toute dystopie, il suffirait de pas grand-chose pour que ça se produise. Et puis le monde de GoldTex est déjà là, sous nos yeux. Pas besoin d’aller chercher très loin pour le reconnaître.

Je n’avais jamais lu de romans de Laurent Gaudé. Je suis contente d’avoir commencé par ce livre. Je vous le conseille.

MALEVIL de Robert Merle

Robert Merle, Robert Merle 🤔

Un poète ? Un vieux poète ? Grabataire ? Mort ? Bon sang, je ne sais rien de lui, je le connais de nom mais après, c’est le vide intersidéral. Forcément, on me l’a conseillé, je ne pense pas à Robert Merle le matin en me rasant.

« Si, si, c’est vraiment bien, je suis sûre que tu aimeras », « Malevil a marqué mon adolescence ». Diantre ! Carrément ? En voilà une personne audacieuse et qui ne manque pas d’air.

On va déjà le googleliser pour voir sa tête. Robert. On me propose Roberto Alagna, Robert Palmer, Robert Mitchum. Manifestement, y’a pas que moi qui suis passée à côté.

Je l’ai ! J’apprends qu’il est né en Algérie en 1908 et mort en 2004 dans les Yvelines. Ça ne m’avance pas beaucoup. En revanche, coup de tonnerre, c’est lui qui a écrit « La mort est mon métier ». Saperlipopette, j’ai déjà lu du Robert Merle. J’apprends que son premier roman est « Week-end à Zuydcoote » qui a obtenu le prix Goncourt dans la foulée et une adaptation cinématographique 15 ans plus tard avec Jean-Paul Belmondo.

C’est de l’excellent pedigree, je me laisse donc convaincre. Zou pour « Malevil » !

Ça commence comme du Pagnol….

Emmanuel, le narrateur raconte sa vie dans la France des campagnes. Il dit sa région et ses habitants hauts en couleur. Ça fleure bon le terroir, les champs, le pâté de campagne et la vie simple ; pas forcément plus heureuse mais plus simple en apparence. La narration est fluide et maîtrisée. Le language est multiple, châtié, patoisé. C’est drôle, émouvant, époustouflant. C’est vif comme un animal sauvage, gouleyant comme un bon vin.

L’Événement

Emmanuel nous parle de sa vie et de ses bornes c’est-à-dire les étapes clés qui l’ont jalonnée. Il y en a 7. Jusqu’à l’Événement. Au stade où j’en suis je me dis que l’Événement est un accident de voiture qui l’a laissé paralysé ou la découverte qu’il est le fils caché du chatelain du coin ou encore qu’il a un oncle en Amériques qui, en mourant, lui lègue toute sa fortune. AhAhAh, que nenni ! Putain, l’Événement ! Mais l’Événement bon sang ! Heureusement que je n’ai pas googlelisé le livre avant, ça m’aurait volé le choc et l’incrédulité que j’ai ressentis.

A partir de l’Événement, un deuxième livre commence.

Oubliez tout ce que vous savez, on change de paradigme. Exit ce quotidien rural, rassurant, éternel. Sans changer de lieu, on se découvre perdus, vulnérables et terriblement imparfaits.

Momo

Emmanuel n’est pas seul. Il y a La Menou, Peyssou, Meyssonnier, Miette, Colin, La Falvine et Thomas, pour ne citer qu’eux.

Et il y a Momo. Momo, c’est le fils de La Menou. Un grand costaud de 49 ans, simple d’esprit, que sa mère protège, couve et rabroue.

Momo c’est mon coup de ❤️. Il m’a fait rire et pleurer. Il s’exprime difficilement, déteste se laver. Je le voyais, sous mes yeux, en train de courir se cacher quand sa mère l’appelait pour la douche. Et quel couple avec sa mère ! Ils ont été tous les deux mes plus grands fous rires de l’été.

 Je ne peux pas vous en dire plus. Lisez-le, mais sans vous renseigner sur internet avant, sans lire le résumé. Soyez vierge de toute cette histoire et laissez-vous porter. Que c’est beau un livre singulier qui vous saisit comme ça.

Je finirai avec Momo et une de ses fameuses phrases : « Mé bouémalabé oneieu emebalo ».

A vous de trouver sa traduction !

L’INCONNU DE LA POSTE de Florence Aubenas

Un fait divers

L’inconnu de la poste, ce n’est pas une fiction, un roman, une histoire vraie romancée. C’est un fait divers, réel, sordide, qui s’est déroulé le 19 décembre 2008 à Montréal-la-Cluze, un patelin coincé entre Bourg-en-Bresse et Genève.

Ça doit être joli par là-bas. Y’a un grand lac à côté, les montagnes, la nature. On s’imagine un paysage gai et vivifiant genre Heidi. Florence va vite nous remettre les idées en place. C’est une ambiance sombre, brumeuse, pesante où le chômage a dévasté la vallée. Il y a bien eu un miracle : l’arrivée d’usines de plastique mais honnêtement ça ne suffit pas à rendre le tableau idyllique.

Les protagonistes : Gérald et Catherine

D’un côté, Gérald Thomassin, un jeune de la Dass, qui a eu une enfance malheureuse comme les pierres et qui pratique la seule loi qu’il connait, celle de la jungle. Ça tombe bien Doillon cherche un authentique orphelin pour son prochain film « Le petit criminel ». On est en 90, Thomassin crève l’écran au casting et dans le film. « Il ressemblait à un poney sauvage qu’on vient d’attraper au licol ». Bim ! César du meilleur espoir masculin ! Le cinéma se l’arrache, il faut dire qu’il a une gueule d’ange. Tout le monde veut y voir un conte de fée. « Sauvé de sa condition et de ses démons par le 7ème art ». Et c’est vrai qu’il a tout pour devenir une star. Sauf que c’est pas si simple. Il est ingérable, entre chaque tournage il retourne à ses errances, alcool et drogues. Il vit du RSA. Ses cachets, il les distribue, les dépense avec ses potes ou même des inconnus. Il n’a pas les codes de la société, il n’est à l’aise qu’avec les marginaux. Pas méchant, le coeur sur la main mais incontrôlable. Et pourtant, le cinéma ne l’oublie pas, il a toujours des propositions. Il a décidé de se mettre au vert. Il va se refaire une santé à Montréal-la-Cluze, d’abord au camping puis dans un squat en face de la poste.

De l’autre, Catherine Burgod. Elle est née dans la vallée. Pas la plus mal lotie, elle vient d’une famille aisée, elle est belle, elle est gaie. Elle n’a pas tout mais elle a pas mal. Mariée, 2 enfants, elle travaille à la petite poste du village. Et pourtant, elle en est à 2 tentatives de suicide. Mais là, c’est bon, elle a quitté son mari, rencontré quelqu’un et, surprise, elle est enceinte. Un nouveau départ.

Elle est découverte assassinée de 28 coups de couteaux le 19 décembre 2008 dans le bureau de poste.

La narration magistrale de Florence

Je connaissais vaguement l’histoire, je connaissais la fin dans les grandes lignes.

Et pourtant. Ce livre m’a cueillie.

C’est pas un gros livre, il se lit vite, il vous hante, vous avez du mal à en sortir, d’ailleurs je n’avais aucune envie d’en sortir. Comme si y rester longtemps, encore et encore, pouvait changer l’histoire.

Il se dévore comme une enquête policière, rigoureuse, documentée, méticuleuse. Mais pas que. Florence raconte aussi la vallée, les gens. On est dans cette vallée, on connaît Gérald et Catherine, ils nous deviennent proches. On a envie de rentrer dans le livre, les prévenir, les sauver.

Florence Aubenas est journaliste, grand reporter. Elle a couvert de nombreux conflits à l’étranger, des procès en France. Elle a écrit plusieurs livres, dont « Le quai de Ouistreham » adapté récemment au cinéma par  Emmanuel Carrère.

CYRANO DE BERGERAC d’Edmond Rostand

A quoi ça tient une liste de lecture ? A un ÉNORME malentendu (ou à un énorme manque de culture) !

Jean-Paul Belmondo vient de mourir. Je regarde l’hommage national qui lui est rendu aux Invalides, je suis le discours d’Emmanuel, quand soudain….

Une phrase me foudroie. ARRETEZ TOUT ! Qu’est-ce qu’il vient de dire ?

Et puis mourir n’est rien, c’est achever de naître.

Se répéter cette phrase pendant des jours, tourner autour, la regarder sous tous les angles, la réciter à voix haute, la chuchoter, la dire à plein de gens, vouloir qu’elle les transperce comme elle m’a transpercée. La rabâcher jusqu’à 50 fois par jour, essayer d’en découvrir des sens cachés, vouloir qu’elle court dans les rues, qu’elle inonde mon monde comme un torrent qui jaillit, incontrôlable.

OK, j’ai peut-être un léger problème avec la mort.

Mais d’où sort cette phrase ? Trouvez-moi et ramenez-moi illico le type qui l’a pondue !

Cyrano de Bergerac ? C’était pas prévu dans mon programme mais si Edmond écrit comme ça, si une phrase de lui me met dans cet état… Imaginez un bouquin entier 🙀.

Vous le sentez venir le gros malentendu ? Ben oui, car je n’ai pas pensé une seule seconde que ça pouvait être du VRAI Cyrano de Bergerac, pensez donc ! J’ai fondu direct sur la pièce de théâtre d’Edmond, comme l’aigle sur la vieille buse.

Quitte à se vautrer, autant le faire avec panache !

En route pour un classique, à la recherche de LA phrase !

Jamais lu Cyrano, je connais le pitch et l’auteur, c’est tout. C’est mince. Cyrano aime Roxane qui aime Christian. Désespéré par sa laideur, Cyrano n’ose se déclarer et accepte d’aider Christian à séduire Roxane.

Ça me semble pas mal du tout, tout ça. Je vais chez mon libraire, rayon « Classiques » et prend l’unique version disponible. C’est un peu épais quand même, pour une pièce de théâtre 🧐.

Je commence par la préface, histoire d’y aller progressivement dans la découverte. Puis j’abandonne, ça me soûle.

J’attaque la pièce. Edmond, je suis prête, vas-y, déroule moi du beau langage !

Ça démarre fort ! Y’a des personnages dans tous les sens à vous filer le tournis, des tonnes de références que j’ai pas, le langage est agréable mais sans être waouh et je trouve que Cyrano a quand même une sacrée tête à claques. Ajoutez à cela que le vrai nom de Roxane c’est Magdeleine Robin 😱 et que plus les pages filent moins je trouve LA phrase.

Je tiens tant que je peux, à essayer d’éprouver de l’empathie envers Christian qui parle comme une dinde, Roxane qui va mettre 15 ans à comprendre l’intrigue et Cyrano qui me fatigue à se sacrifier tous les quatre matins. C’est pas possible, je ne vais pas aller jusqu’au bout. Je fais ce que j’aurais dû faire dès le début : je googlelise la phrase pour la situer dans la pièce… et je pleure.

J’apprends donc que « Et puis mourir n’est rien, c’est achever de naître » est une phrase de Savinien Cyrano de Bergerac que l’on retrouve dans sa tragédie en 5 actes « La Mort d’Agrippine »… que je vais m’empresser de lire. Non, je déconne, j’en ai ma claque des pièces de théâtre.

Ma conclusion sera personnelle et courte : Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand doit gagner à être vu plus qu’à être lu. Mais vu que je suis sourde, ce sera dans une autre vie et franchement, c’est pas grave 🤪.

Ce sera tout pour moi cette semaine 😫.

IT’S A LONG WAY TO TIPPERARY de Jack Judge et Harry Williams

Up to mighty London came
An Irish man one day
All the streets were paved with gold
So everyone was gay!
Singing songs of Piccadilly
Strand, and Leicester Square
‘Til Paddy got excited and

He shouted to them there:
It’s a long way to Tipperary
It’s a long way to go.
It’s a long way to Tipperary
To the sweetest girl I know!
Goodbye Piccadilly
Farewell Leicester Square!
It’s a long long way to Tipperary
But my heart’s right there.

It’s a long way to Tipperary
It’s a long way to go.
It’s a long way to Tipperary
To the sweetest girl I know!
Goodbye Piccadilly
Farewell Leicester Square!
It’s a long long way to Tipperary
But my heart’s right there.

Paddy wrote a letter
To his Irish Molly O’
Saying, « Should you not receive it
Write and let me know!
If I make mistakes in « spelling »
Molly dear », said he
« Remember it’s the pen, that’s bad
Don’t lay the blame on me ».

It’s a long way to Tipperary
It’s a long way to go.
It’s a long way to Tipperary
To the sweetest girl I know!
Goodbye Piccadilly
Farewell Leicester Square
It’s a long long way to Tipperary
But my heart’s right there.

It’s a long way to Tipperary
It’s a long way to go.
It’s a long way to Tipperary
To the sweetest girl I know!
Goodbye Piccadilly
Farewell Leicester Square
It’s a long long way to Tipperary
But my heart’s right there.

C’EST ARRIVÉ LA NUIT de Marc Levy

J’SUIS SNOB, J’SUIS SNOB

Lire du Levy ? Jamais d’la vie !

Moi, c’qui m’fait grimper à la tenture,

c’est la grande littérature.

Et même si Elle et Pocket me supplient,

hors de question que je change d’avis.

En même temps, avoir sa bobine

dans l’plus féminin des magazines,

ça fait sacrément envie.

Oh puis zut, direction la librairie

pour C’est arrivé la nuit.

Et là, wouahhhh !

Bienvenue au cinéma !

Suspense, action, en veux-tu en voilà.

C’est d’la lecture sur grand écran,

tout, sauf un voyage d’agrément.

J’passe la soirée à m’ronger les sangs.

Ils sont 9 sur la planète

à faire justice sur Internet.

Des Arsène Lupin 2.0

qui mettent les salauds au cachot

d’un clic sur leur réseau.

Ça semble facile, mais ça l’est pas.

Toujours clandestin, même chez soi.

Toujours planqué et en mouvement

pour éviter les guet-apens

Marc est un p’tit malin

avec ses hackers au grand cœur,

on le lit jusqu’au p’tit matin

pour notre plus grand bonheur.

On se prend même à rêver :

Et si c’était vrai ?

LA MORTE AMOUREUSE de Théophile Gautier

LA GROSSE FLEMME

Nom d’un p’tit bonhomme, que ça a été compliqué de lire cette année ! Vous, je ne sais pas, mais moi, j’ai été incapable de lire quoi que ce soit. Pas envie, pas concentrée, pas le temps… Plein d’excuses pour une seule raison : LA GROSSE FLEMME !

Écrire, je ne vous en parle même pas. Rien ne venait ou alors d’une platitude désolante (même la Belgique est plus vallonnée). Mais, considérant que le cerveau est comme un muscle – moins il travaille, plus il se ramollit –, j’ai décidé de sortir mon blog de sa torpeur. Je requiers votre indulgence, les premières chroniques ne seront pas les plus affutées du tiroir. Qui dit chroniques dit lectures 😫. Je commence une petite sélection… avec beaucoup de BD (on va reprendre en douceur).

Mais si tout se passait comme prévu, ça se saurait.

EMBALLÉ C’EST PESÉ… OU PAS

Je vais chez mon libraire récupérer une commande. Aucun imprévu possible, ça va me prendre 5 minutes avec le triptyque « Bonjour / Merci / Au revoir ». J’en étais au « Bonjour », mon plan se déroulait à la perfection et je patientais sagement tandis qu’il cherchait mes livres, lorsque mon regard se posa sur les piles d’ouvrages derrière son comptoir. Que des classiques en grandes quantités, c’était pour les scolaires. J’allais regarder ailleurs quand…. ALERTE GÉNÉRALE dans mon cerveau, c’est quoi le titre que je viens de voir ????

Je replonge dans les piles et tombe sur « La morte amoureuse ». LA MORTE AMOUREUSE 😱😱😱 Il me faut ce bouquin ! Tant pis pour les mioches, ils redoubleront. Et d’abord c’est de qui ? Théophile Gautier. Connu sans vraiment l’être. J’ai lu « Le Roman de la momie » en 6e, je crois que j’ai bien aimé, fin de l’histoire. J’ai dû le cataloguer dans auteur pour les 6e, maintenant je suis une grande, vite, dépêchons-nous de l’oublier ! Le libraire arrive tout victorieux avec ma commande dont je n’ai plus rien à faire. Je parlemente… et repars avec « La morte amoureuse ».

ÇA, C’EST DU TITRE !

Pas d’effet de style, transparence totale sur la marchandise, on va parler d’une morte qui est amoureuse, on l’appellera « La morte amoureuse ». Zou !

J’adore ! C’est simple et direct et pourtant ça convoque immédiatement une atmosphère fantastique, macabre, oppressante et envoûtante tout à la fois. J’en suis à un stade où je dois le commencer tout de suite.

C’EST UNE MORTE, ELLE EST AMOUREUSE D’UN PRÊTRE

Mais pas que ! C’est fort osé pour l’époque et inquiétant à souhait.

  • D’abord, associer l’amour à la mort, 2 états antinomiques, puissants, sacrés et ritualisés qui ne devraient jamais fusionner. Qu’est ce qui va se passer si la mort rencontre l’amour ? C’est comme si les nazis mettaient la main sur l’Arche d’Alliance ou Sauron récupérait ce putain d’anneau, voyez ? Ce n’est pas possible !
  • Mais Théophile en rajoute une couche. Il décide que la morte jettera son dévolu sur un prêtre et qu’elle sera aimée en retour. On touche au blasphème, c’est la spiritualité qui est détournée et transformée, c’est la force qui devient obscure.

Ohlala, tous les ingrédients sont réunis, je m’engouffre dans la lecture avec délice.

LE PITCH EST DIABLEMENT EXCITANT

La lecture, un peu moins.

  • Est-ce dû à la forme ? Une nouvelle (découpée pour feuilletonnage dans la presse à sa sortie).
  • Est-ce dû à l’époque ? Ce qui était choquant au XIXe siècle ne l’est plus aujourd’hui.

Certes, le style est parfaitement maîtrisé, parsemé de tournures précieuses et d’expressions désormais désuètes. Une lecture qui vous élève, mais qui ne vous tient pas en haleine.

Quoi qu’il en soit, telle Edith, je ne regrette rien, car j’ai redécouvert le plaisir de lire et d’écrire.

À très vite, donc !

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