FEU de Maria Pourchet

Quelle claque !

2 ans ! Ma dernière claque littéraire a 2 ans et c’était POUSSIÈRE D’ÉTINCELLES & VERRES FUMÉS de Mehdi Masud.

2 ans à tendre l’autre joue et attendre.  

BIM, n’en jetez plus, c’est bon, 1 partout la balle au centre ! Je viens de me prendre une baffe, mes amis 😱.

Mon dieu, que j’adore ça !

J’ai acheté FEU presque par hasard. Ce livre truste plein de sélection de prix littéraires dont le Goncourt. Je veux bien qu’on se plante sur un prix mais sur cinq ?! Une critique dit, je cite : « Le livre le plus renversant de la rentrée ». Mais renverse-moi, Maria, renverse-moi !

J’estime donc que je prends peu de risques et puis j’aime beaucoup la couverture.

J’ai quand même un doute avant d’attaquer. Le sujet d’abord. L’adultère. C’est un peu vu et revu, va falloir nous vendre du rêve Maria. Les critiques ensuite. Toutes ces louanges, ça en deviendrait presque suspect. Après tout, j’ai jamais entendu parler d’elle 🤔. Trop tard, il est dans mon sac. C’est donc parti pour FEU.

Wow ! Attachez vos ceintures !

Ça commence dès la première page. Pas d’introduction, de montée progressive, de message de prévention du genre « Attention, les mots vont tous te sauter à la gueule, prends tes précautions ». Non, rien de tout ça. c’est plutôt « Démerde-toi avec un style que t’as jamais vu, des mots secoués dans un shaker et toi avec et on espère que tu te feras pas mal en retombant ».

Je suis complètement happée. C’est déroutant, vif, acéré, fébrile. Pas toujours sûre que ce soit un français académique mais je comprends. Maria aiguise tous vos sens, elle sonde l’âme avec une précision chirurgicale.

C’est drôle aussi et caustique. Comme quand on sait qu’on va dans le mur mais qu’on a son petit orgueil alors on fait genre.

L’histoire ?

C’est l’histoire de la nuit des temps. Laure rencontre Clément. Ils vont devenir amants.

Laure est mariée mais fatiguée. A se cogner contre les murs d’une vie étriquée, à pas trouver d’issue. Ecrasée par des générations de femmes qui la regardent du haut de leurs injonctions contradictoires. Des mortes (sa grand-mère et sa mère) et des vivantes (sa fille aînée).

Clément est célibataire. Fatigué aussi, mais lui c’est de naissance. Alors, il se retrouve à parler à son chien.

Laure et Clément vont penser pouvoir se sauver mutuellement.

Bordel, que je les aime ces 2 là ! J’ai envie de les prendre dans mes bras, de les consoler, de les rassurer, de les libérer d’eux-mêmes.

Je veux que ce livre ne se termine jamais, c’est pathétique et c’est drôle. Ça me conforte dans l’idée que la vie est une farce ou une fête… selon les moments.

Et pourtant il se termine. Maria tient le rythme jusqu’à la fin et nous en offre une incroyable, presque grand-guignolesque de fin.

Ne passez pas à côté de FEU !

BAISE-MOI de Virginie Despentes

Entre Virginie Despentes et moi, c’était pas gagné !

Il y a deux ans, je me suis résignée (oui, vous avez bien lu, RÉ-SI-GNÉE) à lire un livre d’elle. Elle fait partie des auteur·e·s incontournables en France, elle est régulièrement invitée dans les émissions littéraires ou dites de « divertissement ». Elle se retrouve plus souvent qu’à son tour en tête de gondole à la Fnac. Bref, j’étais obligée ! Histoire de l’avoir lue, « comme tout le monde » et d’avoir un avis, « comme tout le monde » (paradoxalement, j’aime bien le concept « être comme tout le monde » de temps en temps🥺).

Restait le choix du bouquin ! Ça allait se jouer entre les trois titres les plus connus : Baise-Moi, King Kong Théorie ou, le dernier en date, Vernon Subutex.

La sélection se fait naturellement. King Kong Théorie est un essai, je veux un roman. Baise-Moi traîne une réputation sulfureuse, c’est peut-être un peu too much pour moi, petite chose sensible. Je pars sur Vernon Subutex tome 1 (sensible, mais logique 🤪) !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça n’a pas été le coup de foudre ! Je me suis traînée jusqu’à la fin. La lente descente aux enfers de Vernon m’a paru interminable. Le genre de type attachant mais qui s’incruste et qu’on n’arrive plus à dégager. Même l’intrigue n’a pas suffit pour que je rentre dans cette galerie de portraits d’une génération déchue. Même ses errances dans Paris, même les multiples références aux années 80, qui sont trop pointues pour moi. Je n’ai pas détesté, j’ai aimé l’écriture brute, sans concession, qui exprime tellement bien la désillusion, la détresse, le dégoût, la marginalisation. Mais j’ai refermé le livre en ne sachant pas trop quoi en penser. Et c’est mauvais signe…

Il ne faut jamais dire « jamais » !

Il y a quelques semaines, je tombe par hasard sur une interview croisée entre Virginie Despentes, Béatrice Dalle et Casey sur le féminisme. Chaque intervention de Virginie est juste, brillante, radicale. Première étape du coup de foudre. Je ne peux pas rester sur un avis tiède, je décide de lire Baise-Moi !

Coup de foudre définitif et irréversible ! Je l’ai terminé depuis cinq jours et Nadine et Manu sont toujours avec moi. Je n’ai démarré aucune autre lecture tant j’ai peur que leur présence s’estompe, tant j’ai envie de rester avec elles, tant ça m’a pris aux tripes.

Et pourtant, c’est tout sauf amazing 🥳🥳🥳 !!!

Une banlieue sinistre, qui transformerait n’importe quel winner en paumé toxico et alcoolo. Une banlieue que même quand t’as encore l’envie et une chance de t’en sortir, elle te calme bien comme pour te signifier qu’on ne perturbe pas indûment la hiérarchie sociale. N’Y PENSE MÊME PAS !

Et puis, il y a Nadine et Manu. Elles ne se connaissent pas, mais ont la même histoire. Deux filles à qui personne n’a jamais fait de cadeau et encore moins la vie. Elles ont appris à esquiver les coups, si besoin à les encaisser. Elles ne se laissent pas marcher sur les pieds mais savent faire profil bas quand il le faut. Elles ont des plaisirs simples, baise et alcool, l’un finançant l’autre. Elles tiennent à leur tranquillité ; se défoncer nécessite un minimum de sérénité. Ça pourrait les faire passer pour asociales et amorales, mais ce n’est pas le cas : elles ont des accointances (le terme « amitiés » serait un chouïa exagéré) et leur propre code d’honneur.

Quand elles se rencontrent, elles ont déjà savouré la violence chacune de leur côté, elles vont juste mettre en commun leur savoir-faire, parfaire leur technique, une sorte de joint-venture du sang.

Elles assument tout,  en cela ce sont les personnages les plus féministes que j’ai jamais croisés. Elles sont libres. Une liberté grisante, choquante, absolue, qui s’obtient au détriment des autres par ceux qui n’ont plus rien à perdre. C’est totalement gratuit, c’est totalement flippant, c’est totalement enivrant ! Des Thelma et Louise trashs. « On est en train de rattraper toute une vie en quelques jours ».

Il est des livres que vous ne voudriez jamais finir. J’aurais pu les suivre au bout du monde.

Je laisserai la phrase de fin à Nadine : « ce qui convient à la main, c’est le flingue, la bouteille et la queue ».

Ni plus… ni moins. 

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