L’AMOUR SOUS ALGORITHME de Judith Duportail

Youhouuuu, aurait-on découvert l’algorithme de l’amour ?

Ce livre est sorti récemment et a valu moult interviews à son auteure. Le sujet est MEGA attractif. Judith est journaliste et son ouvrage est présenté comme une enquête dont le contenu s’annonce explosif. Le résumé est plus qu’alléchant, jugez-en par vous même :

Après une rupture amoureuse, Judith Duportail s’inscrit sur l’application de rencontre Tinder. Pluie de textos, dizaines d’hommes à ses pieds, ego boosté…
Elle s’enivre. Jusqu’au jour où une information l’estomaque : l’application note secrètement ses utilisateurs sur leur “désirabilité”.
La journaliste prend alors le pas sur l’amoureuse. Épaulée par un hacker, un mathématicien et un avocat, elle se lance dans une quête qui l’amènera à plonger très loin dans les rouages des algorithmes et de son intimité. Jusqu’à découvrir un document de 27 pages susceptible de faire trembler Tinder.

Faire trembler une des applications les plus rentables de l’App Store ? J’achèèèèèète ! Ça fleure le scandale retentissant, la vilaine multinationale qui s’en donne à cœur joie sur le dos des pauvres naufragés de l’amour. Il va y avoir de sombres manœuvres, des méchants, des victimes, du pouvoir, de l’argent, du sang ??!! (je m’égare, je m’égare 🤪).

Ce livre est totalement addictif

Ça commence par une rupture, celle de Judith. J’adoooore. Oui, je sais, c’est mal mais j’assume, car comme disait Jules Renard (repris par Pierre Desproges) : « il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas ».

Et ce livre est un petit bonbon bien sucré ! C’est toujours un bonheur, comme un baume bien gras, hydratant et confortable sur votre petit 💜 (ou égo), de constater que, non, vous n’êtes pas la seule à être TOUJOURS à côté de vos pompes, à vivre en dix secondes une myriades de sentiments que certaines personnes mettent une vie à ressentir, à douter de tout et n’importe quoi.

Judith s’en va donc chercher l’amour sur Tinder. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle s’en donne les moyens : régime pour correspondre aux canons de beauté, choix de la meilleure photo, humour saupoudré d’un soupçon d’esprit… Vous riez, vous compatissez, vous l’encouragez… Bref, vous vivez son histoire avec elle ! Lorsqu’elle commence son enquête sur le fonctionnement du site, qui n’est pas aussi transparent qu’elle l’imaginait, vous l’accompagnez dans ses investigations, assistez à ses découvertes. Du vrai reportage, caméra à l’épaule !

On sent la journaliste, son écriture est précise, fluide, incarnée, accessible. Pas de bavardage ni de verbiage. Elle est directe, punchy et drôle, avec un style très agréable à lire.

Alors ? Ce scandale ? Ben, Pile ET Face 🤔

C’est malin, ce titre 😤. Maintenant je vais avoir la chanson de Corynne Charby dans la tête toute la journée (les musiques pourries des 80’s : ma passion 🥳 ).

Mais revenons au livre. Si je résume, côté Pile : ce livre est addictif, instructif, agréable et rapide à lire. Son enquête est ultra documentée et sérieuse (pour autant que je puisse en juger, vu que je n’ai aucune légitimité en la matière)… Alors quoi ?!!!

Ben… Côté Face : franchement, ses révélations m’ont fait l’effet d’un glaçon dans une citerne (canicule oblige 🥵). Peut-être suis-je blasée ? Cynique ? Pas aussi féministe que je le revendique ? Peut-être ai-je lu trop d’articles sur les dangers relatifs aux données personnelles ? Peut-être n’ai-je pas saisi la portée de ses révélations. Sûrement un peu de tout ça.

  • Alors, oui, Tinder surexploite ce qu’on appelle la Data, votre Data… mais comme tout le monde. Ça n’en reste pas moins un vrai problème. Et c’est le seul point qui m’a affolée un chouïa.
  • Oui, Tinder décerne une note de « désirabilité » aux utilisateurs afin d’aiguiller les rencontres (en résumé : les winners avec les winners et les boloss avec les boloss). En même temps, c’était déjà le cas quand j’étais au collège !
  • Oui, Tinder s’arroge une image de modernité et d’égalité Hommes-Femmes dans la relation amoureuse, alors que leurs algorithmes reprennent tous les critères de la société machiste.
  • Oui, les facteurs tels l’éducation, le niveau social, le physique, l’âge… jouent un rôle prépondérant dans une mise en relation, y compris pour les femmes. Rien de vraiment nouveau sous le soleil. Ce serait pure hypocrisie de ne pas le reconnaître. On ne détruit pas des siècles d’éducation patriarcale en si peu de temps.
  • Non, le hasard n’a pas sa place sur Tinder… comme dans les agences matrimoniales du siècle dernier. L’échelle a juste changé à l’heure d’internet et de la mondialisation.

C’est toujours délicat de parler de sentiments. Chacun arrive avec l’imaginaire qu’il s’est construit autour de l’amour, de la rencontre, de la découverte, du partage, de l’autre. Forcément, quand cet imaginaire se trouve confronté au réel (a fortiori sur un site de rencontres), le décalage peut être violent.

Même si je ne partage pas le sentiment de révolte de Judith, je suis d’accord sur un point : une femme avertie en vaut deux. Si le contrat était transparent dès le début, beaucoup de femmes hésiteraient à s’inscrire… ce qui ne ferait pas les affaires de Tinder vu qu’elles ne représentent qu’un tiers des utilisateurs !

J’ai adoré ce livre mais pas pour les « bonnes raisons » manifestement. Pas pour les raisons « vendues » dans le résumé ou par les médias. Je l’ai perçu comme divertissant, « feel good », le récit autobiographique prenant largement le pas sur les aspects journalistiques attendus, tels « enquête », « révélations ». Peut-être ai-je mal compris le contrat moi aussi ? 🤷🏻‍♀️

FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS de Clarissa Pinkola Estés

Alice, ma voisine, est extraordinaire. Elle m’a offert une pépite !

Pourtant, c’était pas gagné ! Et pour plusieurs raisons.

  • Le titre Femmes qui courent avec les loups, ne m’évoquait rien. Ou plutôt si, des vieilles indiennes courant dans des prairies sauvages avec des loups. Pas vraiment ma tasse de thé.
  • Le sous-titre, Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage, censé apporter des précisions et donner envie, m’a laissée dubitative et franchement hésitante.
  • L’auteur, Clarissa Pinkola Estès, est psychanalyste et conteuse (au secours !).
  • Le résumé, qui nous enjoint de rechercher la femme sauvage en nous, grâce aux contes, chansons et autres poèmes issus de la tradition orale, m’a achevée.

Ce n’est donc pas un roman qui va me transporter dans un univers lointain, c’est un recueil de vieilles histoires barbantes et, comme si ça ne suffisait pas, on va les analyser ! Bref, j’en étais à un point où je préférais changer de voisine 😜.

Et pourtant c’est une révélation !

C’est la première fois que je vous parle d’un livre que je n’ai pas fini, tellement je suis enthousiaste.

D’abord, parce que j’ai envie d’en parler et de l’offrir à tout le monde ! Ce n’est pas pour rien qu’on dit souvent à propos de ce livre que c’est un cadeau que se font les femmes entre elles. Toutes les femmes (et les hommes aussi, ça ferait le plus grand bien à certains d’entre eux) devraient lire ce livre.

Ensuite, parce qu’il est si riche et dense qu’il m’est impossible de le lire d’une traite. Sa lecture m’interpelle, me bouleverse, provoque une introspection, certains passages résonnant étrangement avec du vécu. Je lis, je reviens en arrière, je prends des notes. Bref, il va m’accompagner longtemps, non pas comme un livre mais plutôt une compagne de vie.

La femme sauvage c’est quoi ?

Non, ce n’est pas une femme mal peignée, à moitié à poil qui hurle dans les bois (même si ça peut être ça et si ça doit être très sympa de se lâcher ainsi).

C’est à la fois complexe et simple. C’est notre nature profonde, instinctive, l’essence de ce que nous sommes vraiment. Ce dont nous avons besoin, nécessaire à notre vie et notre bien-être. Ce qui nous ravit, nous donne de l’énergie, nous connecte au monde, nous fait grandir, nourrit notre âme. Ce qui nous alerte, nous garde en éveil. Ce qui nous rend libre.

L’enjeu, pour chaque femme, est de la trouver, l’entretenir et l’exprimer. Cela passe par une réflexion sur soi, une nécessaire solitude.

C’est d’autant plus difficile que cette femme sauvage a été niée, maltraitée, humiliée au fil des siècles. La faute au patriarcat, cette société d’hommes qui a voulu façonner la femme selon ses désirs, et à la normalisation qui nous oblige à obéïr aux règles, entrer dans des cases, être performante et, au final, oublier qui on est vraiment.

 

Ce livre est indispensable. Je souhaite de tout cœur que mes filles le lisent, et surtout, qu’elles trouvent la femme sauvage qui est en elles.

 

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑