CECI N’EST PAS UN FAIT DIVERS de Philippe Besson

Ce livre n’a l’air de rien.

Une jolie couverture élégante, un titre à la Magritte, une épaisseur modeste.

Ça fleure bon la lecture accessible et sereine.

Les apparences sont trompeuses. C’est tout sauf serein. Accessible, oui. Facile à lire, non. Vous allez y laisser des plumes.

Mais ce livre est indispensable. Il devrait être obligatoire, déjà pour tous les adultes avérés et ceux en devenir : les adolescents. Tous.

Il parle de violences faites aux femmes. Oui, je sais. Un énième livre sur le sujet. Sujet qu’on voit partout d’ailleurs, aux infos, dans les magazines de société… et les faits divers. Ça prend une minute au 20H ou une heure de reportage. C’est devenu tellement récurrent qu’on finit par s’y habituer passé la première émotion. C’est un prénom, un âge, une histoire plus ou moins sordide qui viennent s’ajouter aux autres. On est scandalisé et on passe à autre chose. On peut pas porter toute la misère du monde sur ses épaules, n’est-ce pas ? Comme le disait Romain Gary : « Quelque part entre s’en foutre et en crever ».

Et pourtant…. La rage !

Ben là, c’est « en crever ».

Ce livre ne m’a pas mise en colère, il m’a mis en rage. Une rage froide, mauvaise, violente. Un bouillonnement à l’intérieur qui monte et menace de déborder.

Envie de hurler : « MAINTENANT, ÇA SUFFIT ! ». Maintenant, plus de pédagogie, plus de patience, plus de pardon. Maintenant on va faire avec NOS règles et vous allez les suivre que vous le vouliez ou non. On vous laisse pas le choix. MAINTENANT.

Pourquoi ce livre plus qu’un autre sur le sujet ? Pourquoi cette réaction à fleur de peau ? Qu’est-ce qu’il dit de plus qu’on ne sait déjà ?

Il part du point de vue des enfants du couple. Ceux qu’on appelle les victimes collatérales. Pas les directes hein ?! Ils sont vivants, pas blessés. À l’extérieur, peut-être. À l’intérieur, c’est une mort lente, qui obscurcit tout et qui menace de les engouffrer.

Philippe Besson se met à hauteur de ces deux enfants, 19 et 13 ans, de cette tranche d’âge qu’on appelle des ados, comme si ça pouvait atténuer la portée du drame et leurs souffrances.

Le narrateur est le grand frère. Il a quitté la maison à 14 ans pour intégrer l’école de de l’Opéra de Paris. Seule Léa, la cadette, vit avec ses parents du côté de Bordeaux. Jusqu’au jour où elle appelle son frère : « Papa vient de tuer maman ».

Passée la sidération, commence alors la survie et le besoin de comprendre. Et la culpabilité, forcément. Bien sûr que ça devait arriver, comment n’ont-ils rien vu ou pourquoi ?

On suit ce grand frère, perdu, qui essaie de sauver sa petite sœur de son lent dépérissement et de se sauver lui-même.

C’est ça, la force du livre. Vivre par procuration cette horreur à travers leurs yeux. Faire presque partie de leur famille, de leur fratrie. Ressentir le blast, la douleur, les efforts pour ne pas sombrer. Et suivre l’enquête du frère qui va reconstituer l’histoire de la victime, sa maman.

On touche au plus près la souffrance continuelle de cette femme qui lutte sur tous les fronts. Contenir son mari, l’apaiser, protéger ses enfants, ne pas les inquiéter alors qu’elle sombre, faire semblant pour maintenir l’image du couple auprès des proches, des voisins. Mais cette lutte permanente a un prix. Elle s’oublie, elle s’efface, elle meurt.

Je découvre le style de Philippe Besson

Le style est au service de l’histoire. Un style simple, direct, sans artifices ni superflu. Une narration épurée qui va à l’essentiel et qui vous atteint, nue et puissante. Vous ne pouvez rien faire que subir. C’est cruel et sensible. C’est bouleversant.

L’auteur arrive à dresser des portraits psychologiques qui semblent d’une banalité rare mais il trouve toujours la faille et le point de bascule. Ceux qui vous séparent d’une personne toxique, d’un meurtrier ou d’un assassin.

Je n’avais jamais lu de livres de Philippe Besson. C’est le premier.

Cinq jours que je l’ai terminé et je suis encore hébétée, comme une conne, au milieu de la cuisine. Pas la mienne, la leur.

PEAU D’HOMME de Hubert et Zanzim

Mais quelle est donc la différence entre une BD et un roman graphique ?

Le roman graphique semble se vouloir plus respectable. Plus long, il raconte une histoire entière sans avoir besoin de plusieurs tomes et surtout une histoire plus ambitieuse. 🧐 Mouais. Franchement ça me semble un peu subjectif tout ça.

Art Spiegelman aurait dit : « Un roman graphique est une bande dessinée qui nécessite un marque-page”.

Je vais faire ma vieille réac mais ça me semble du snobisme.

Bref, je vais vous parler d’une bande dessinée, une BD, comme quand j’étais petite.

Mais pas n’importe quelle BD !

J’en avais entendu parler il y a longtemps déjà. Des critiques dithyrambiques, des prix à foison, un bel objet à la couverture magnifique. Mais j’ai passé mon chemin en pensant à ma pile de livres.

Hé bien, mieux vaut tard que jamais ! Je suis tellement heureuse de ne pas être passée à côté.

Dans l’Italie de la renaissance, Bianca, jeune fille d’une famille honorable, est promise à Giovanni, un jeune marchand aisé, respecté et très bien fait de sa personne.

Il s’agit bien évidemment d’un mariage arrangé. Bianca ne connaît pas son futur époux. Elle est belle, mais la beauté n’a jamais constitué une dot. Tout au plus une convoitise ou un trophée. Les négociations sont âpres entre les familles.

Beaucoup de jeunes filles seraient ravies, toutes n’ont pas la chance de se voir destiner un mari de leur âge et agréable à regarder. En témoignent ses meilleures amies.

Pourtant, quelque chose chiffonne Bianca. Elle voudrait connaître son promis avant de l’épouser. Quelle idée farfelue ! Réjouis-toi, pauvre sotte et arrête d’avoir des pensées extravagantes !

Seule sa marraine semble lui accorder crédit. Elle propose aux parents de Bianca d’héberger quelques jours sa filleule avant le mariage. Elle va alors lui révéler l’existence d’un secret de famille. Il s’agit d’un trésor qui a traversé les générations de femmes et connu d’elles seules : une peau d’homme.

Dans sa nouvelle peau, Bianca va découvrir le monde des hommes.

Tout le monde devrait avoir une peau de l’autre sexe.

Je trouve que tout le monde devrait vivre cette expérience.

Les femmes expérimenteraient la liberté absolue (enfin presque, n’exagérons rien). La liberté de se promener sans se faire interpeller, sans avoir peur, sans être la cible de reproches quant à leur tenue. La liberté de pouvoir parler impunément sans craindre les sous-entendus. La liberté de faire le premier pas aussi, de penser d’abord à leur plaisir sans passer pour des nymphomanes de la pire espèce. Mais également connaître les injonctions faites aux hommes, celles d’être des mâles, des vrais.

Quant aux hommes, passer une journée dans la peau d’une femme devrait être obligatoire (oui, j’ai un fond dictatorial 😈). À la fin de la journée, je pense que le problème serait réglé. Après s’être fait apostropher et avoir subi quelques mains au cul plus deux ou trois frottements dans le métro, je pense qu’ils comprendraient tous. L’éducation par la mise en pratique !

Mais revenons-en à Peau d’homme. Cette BD est un bijou de beauté et d’intelligence. Elle parle de genre, de tolérance, de liberté, du poids des convenances et de la religion, d’égalité des sexes, d’homosexualité.

Fourre-tout et dans l’air du temps me direz-vous ? Que nenni !

Cet ouvrage magnifique évite tous les pièges et clichés. Il ne se prend pas au sérieux pour aborder des thèmes qui le sont. Mais il le fait consciencieusement. C’est intelligent, léger, drôle, pétillant comme une coupe de champagne et d’une beauté incroyable. Une sorte de conte immersif qui vous fait réfléchir bien longtemps après l’avoir terminé.

Le traité graphique est à couper le souffle. On se croirait dans un théâtre. Une fois les décors intégrés, la priorité est donnée aux personnages qui semblent s’animer sous nos yeux. Le dessin est simple, presque épuré et les couleurs sont superbes de justesse.

Bon, vous l’aurez compris, j’ai kiffé cette BD. Noël approche et c’est une excellente idée cadeau pour TOUT LE MONDE, adultes, adolescent·e·s, c’est un vrai livre d’utilité publique. Zou !

Bonne semaine à tous !

CHER CONNARD de Virginie Despentes

LA star de la rentrée littéraire

Elle est partout ! Dans les émissions littéraires, les magazines féminins, dans les devantures de (presque) toutes les librairies. Certain-e-s s’en offusquent : plus de place pour les autres, les premiers romans, les moins connus, elle monopolise tout !

C’est pas faux. Mais honnêtement, je comprends. Avec Despentes, on sait qu’il va se passer quelque chose et on ne sait pas quoi. De plus, depuis le 3ème tome de « Vernon Subutex », elle n’avait rien publié. Et il s’en est passé des choses depuis 2017 : MeToo, les femmes, la jeunesse… La société évolue à vitesse grand V. Elle a forcément un avis, va en parler et ça va décoiffer. Bref, une excellente cliente de promo et une excellente lecture en vue.

Virginie et moi

Je l’aime bien. Plus, même. J’ai beaucoup de tendresse pour elle. Avant même de lire des livres d’elle. J’ai toujours aimé son franc parler, son naturel, sa façon de s’assumer et d’assumer. Il y a un mélange de force et de fraîcheur qui se dégage d’elle en interview. Comme si elle n’avait pas conscience qu’elle puisse choquer ou tout du moins interloquer. Comme si elle était étonnée d’être la seule à s’être frottée à la vraie vie.

Côté livres, j’en ai lu deux.

  • Le premier « Vernon Subutex ». Energique, féroce, drôle, triste. J’ai vraiment essayé d’aimer. Mais je n’y suis pas arrivée.
  • Et « Baise-moi », un coup de coeur énorme (chronique ICI). Vraiment. Et finalement, je suis bien contente de l’avoir lu 20 ans après sa sortie. Dépouillé de tous les scandales qui l’ont accompagné.

Cher connard

Je vais donc parler d’un livre que je n’ai pas terminé et que je ne finirai pas. Là encore, j’ai essayé et j’ai abdiqué au premier tiers. Autant vous dire que ce ne sera pas la chronique la plus juste ou fidèle ou inspirée ou tout ce que vous voudrez. Mais il faut que j’en parle.

« Cher connard » c’est deux paumés qui s’écrivent par mail (ou sur les réseaux, j’ai rien compris). Enfin, deux paumés… L’un est un écrivain qui a une certaine notoriété et qui se prend MeToo en pleine figure alors qu’il s’est toujours cru irréprochable. L’autre est une actrice vieillissante qui commence à se fatiguer de tout le cinéma autour du cinéma. Malgré leur statut prestigieux (écrivain et actrice, merde, ça en jette), ils restent paumés dans leur tête, la condition, le succès et la notoriété n’y changent rien. Il paraît que lorsqu’on a été gros, enfant, on peut perdre tous les kilos qu’on veut, on restera toujours gros dans sa tête. Ben là c’est pareil, sauf qu’ils sont pas gros, ils sont paumés.

Il y a également une 3ème protagoniste, une jeune attachée de presse qui accuse l’écrivain de harcèlement sexuel (personnage sans aucun intêret, en tous cas jusqu’à la page 70).

Tout y passe, MeToo, le féminisme, les addictions, le milieu social, les parents, la société. On voulait entendre Virginie, ben on va l’entendre ! Sauf qu’il y a tellement d’affirmations, tout et son contraire que je m’y perds. J’en arrive à ne plus savoir ce que je pense.

Et ça chouine, ça geint, ça assène des certitudes à la pelle. Deux personnes qui se raccrochent à des convictions comme des naufragés à une planche pourrie. C’est poussif. Je trouve les certitudes fatiguantes, choquantes, agressives, plus que la violence ou le verbe cru. J’aime les hésitations, les doutes, les mauvaises décisions, j’aime quand on va dans le mur et qu’on y va franchement. Je n’aime pas cette (pseudo) rédemption à 2 balles, même si c’est peut-être une forme de sagesse. J’avais envie de leur hurler : « mais sortez dehors, vivez, arrêtez de causer, vous êtes chiants ».

Je ne dis pas ça pour le plaisir de brûler une idole. Je l’aime toujours Virginie. Mais pas « Cher connard ».

FLEABAG de Phoebe Waller-Bridge

Mon p’tit cœur palpite à l’idée de vous parler de Fleabag 🥳

Non ! J’ai dit non ! Ce n’est pas parce que tout le monde en parle que je vais regarder. Pourquoi ? Parce que c’est une série. Qui dit série dit engrenage, chronophage, nuits blanches, réveils douloureux où je ressemble à un lémurien boursouflé, « promis, ce soir je me couche tôt » et autres ennemis de mon capital sommeil. Sauf que Télérama est passé par là, avec une critique au cordeau que je vous fais courte : « Fleabag, une mécanique très méticuleuse à l’humour noir magistral », ou encore, « Fleabag manie, avec brio, désespoir et humour noir ». Mais, croyez-moi, le meilleur pitch est une répartie de l’héroïne qui résume tout : « toute ma vie, j’ai utilisé le sexe pour combler le vide flagrant dans mon cœur ». Youhouuuu, c’est plus un résumé, c’est un diagnostic. J’arriiiiive !

Avant de foncer tête baissée, comme à mon habitude, je googlelise quand même, histoire de voir la tête des protagonistes et l’ambiance visuelle. Je tombe sur une photo du personnage principal, magnifique trentenaire à l’élégance british, regard face caméra, Rimmel coulant sur les joues.

C’est parti !

Cette série vous donnerait presque envie d’avoir une vie de merde !

Bienvenue dans le quotidien de Fleabag, surnom d’une jeune londonienne, belle, drôle, naturelle, déjantée, bref… parfaite. Sa vie pourrait être un long fleuve tranquille. Mais (car sans mais, pas de série), il y a des failles que l’on découvre progressivement, ou plutôt des absences abyssales, celle de sa mère et, surtout, celle de sa meilleure amie. Et c’est là que l’expression « l’humour est la politesse du désespoir » de Chris Marker (si, si, c’est Wikipédia qui le dit) prend tout son sens. Car Fleabag est un bon petit soldat, luttant comme elle peut, avec ses armes, pour continuer à vivre, à trouver sa place entre une affreuse belle-mère (génialissime Olivia Colman), une sœur presque parfaite et un père dépassé par à peu près tous les événements de la vie.

Le meilleur de l’humour british !

Les puristes vous diront que rien n’égale les Monty Python, mais je ne suis pas puriste, et je n’aime pas les Monty Python.

Les cinq premières minutes sont assez déstabilisantes car, régulièrement, l’héroïne vous regarde et s’adresse directement à vous (le fameux 4e mur). Mais une fois que vous êtes dedans, impossible de décrocher ! C’est une corne d’abondance d’émotions, vous passez de l’hilarité à la tendresse, de l’humour trash à la tristesse.

C’est bouleversant, c’est prodigieux ! Fleabag est tout à la fois délicate, cash, élégante et inapte. Elle est surtout pudique. Pas la pudeur physique, non, la vraie, celle où, par politesse et par orgueil aussi un peu, on tait notre souffrance. Pour ne pas déranger, pour ne pas inquiéter, pour se convaincre soi-même qu’on va y arriver.

Elle ose tout, envoie valser à la fois le patriarcat et les féministes.

Ne passez pas à côté de cette série ! Douze épisodes de 25 minutes et je prends les paris que vous aurez envie d’avoir Fleabag comme meilleure amie.

C’est doux comme une plume et raide comme un alcool fort. C’est indispensable pour passer les fêtes 🥳.

Bonnes fêtes à tous !

MAUDIE EST FOLLE de Thomas Fersen

Maudie est folle
Tout le monde le sait
Tout le monde l’a dit quand elle passait

Maudie a ses idées à elle
Pour le moins inhabituelles

Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…

Elle entend bourdonner des mouches
Elle a peur qu’elles entrent dans sa bouche
Elle fait ses courses en robe de chambre
Et les gens ont peur de comprendre que

Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…

Je suis la reine d’Angleterre
Je dors dans un lit à colonnes
Je suis la reine d’Angleterre

Maudie est folle

Depuis la faillitte de son père
Maudie a perdu ses repères
Un homme lui a fait une offense
Et les choses ont perdu leurs sens

Maudie est folle, Maudie est folle

Elle porte toujours quatre épaisseurs
Alors je veille sur ma sœur
Car elle est folle

Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…

Je suis la reine d’Angleterre
Je dors dans un lit à colonnes
Je suis la reine d’Angleterre

Maudie est folle

UNE SORCIERE COMME LES AUTRES de Anne Sylvestre

Je voue un amour inconditionnel à Anne Sylvestre, la plus envoûtante de toutes les sorcières !

S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois

J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bouger

Je vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour

Je vous ai porté encore
À l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon coeur

Quand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons

Quand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedans

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseau

Et c’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard

[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

Il vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend

S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà

Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez

Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue

Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus

Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou se débat
C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de coton

Et c’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur

[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps
Libre et fort comme le vent

Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peux

J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas

Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peut plus
Le sol se rompant
Découvre des richesses inconnues

La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyé

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend
C’est Gabrielle
Ou bien Eva
Fille d’amour
Ou de combat

Et c’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel

[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger.


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