BIEN SÛR, NOUS EÛMES DES ORAGES d’Anthony Sitruk

Anthony écrit des livres.

Donc forcément, il est dans mon réseau LinkedIn. Il se définit lui-même comme, je cite : « Consultant le jour, écrivain la nuit ».

Il a sorti récemment son troisième livre dont il est en pleine promotion. Je reçois un message qui dit à peu près ça :  » Voici le communiqué de presse de mon dernier livre, si ça vous intéresse, pour en parler sur votre site ».

J’ai toujours une réaction en deux temps quand je reçois ce type de message (bon, ne nous la pétons pas, j’en reçois pas tous les quatre matins non plus). D’abord, je suis heureuse et tout excitée qu’on me fasse confiance pour parler d’un livre. Ensuite, je me dis mais quel bordel, et si j’aime pas ? Va falloir que je me tape un livre jusqu’à la fin pour ensuite ne rien écrire dessus parce que bon, je vais pas descendre un bouquin alors que je suis moi-même pas capable d’aligner trois lignes un peu correctes.

Heureusement, le sujet du livre m’interpelle et me rend curieuse de plonger dans cette histoire.

Je dis oui, donc, GO ma fille, maintenant assume !

Quelle magistrale surprise 🤩

Mais quel bonheur de découvrir qu’Anthony écrit bien, très très bien même. Le livre est mille fois mieux que le résumé. Oui, ce sera l’unique bémol de cette chronique, le résumé de la quatrième de couverture. Il intrigue mais il est trop formaté et conventionnel, tout ce que le livre n’est pas. Bon, c’est un résumé quoi.

Mais passons au plat de résistance. J’espère que vous avez l’estomac bien accroché, pas d’allergies et un solide appétit car, croyez-moi, c’est très bien servi !

Le pitch

Anna est morte assassinée dans le lit conjugal. Son mari s’en rend compte au réveil. C’est ballot, un féminicide le dernier jour de l’année. Et sa femme qui avait prévu une petite sauterie le soir-même pour la saint Sylvestre. Il faut réfléchir vite et faire pour le mieux. Pas simple quand les invités sont les ex-maris, le frère et bien sûr le fils de la victime. L’occasion de découvrir la personnalité borderline de la victime et celle de ses proches qui n’ont rien à lui envier.

Marre de cette nana-là. Vraiment ?

Anna est morte et pourtant elle est omniprésente dans ce livre. À chaque page ou presque on parle d’elle. Une nana (d’ailleurs Anna est un anagramme de nana 🧐) incontrôlable qui rend tous les hommes fous, d’amour mais aussi au sens littéral. Car faut voir les types !

De son vivant, ils n’arrivaient pas à la suivre, essorés et excédés mais sans elle, ils sont perdus. En train de se cogner aux murs, comme des abeilles dans une ruche qui ont perdu leur reine. Ils en redemandent, se lamentent et règlent leurs comptes. « Une femme pareille, c’est un bonheur immense que je ne souhaite à personne ».

Ce livre va vous maintenir sous haute tension.

D’abord, rien n’est normal dans ce livre. Vous êtes déstabilisé dès la première page. Le narrateur, Forlane, mari actuel d’Anna, déroule ses états d’âmes et joue avec nos nerfs.

L’écriture y participe également, incisive, nerveuse, rythmée. Drôle aussi.

L’auteur s’amuse, force le trait, déjoue les codes et déroule son récit comme il l’entend.

C’est un univers exclusivement masculin. Hormis Anna qui reste LA femme absolue, les rares personnages féminins n’assurent que deux fonctions : la gestion du quotidien face à des mecs dépassés et la baise.

On oscille entre polar, histoire d’amour et anthropologie, avec la mise en abîme de l’éternelle relation Hommes/Femmes.

L’auteur n’est pas dupe, il nous amène lui-même au constat que face au mâle hétéro blanc de plus de 50 ans, la pédagogie marchera pas et que la seule solution, c’est celle d’Anna : n’en faire qu’à sa tête. « À te regarder, ils s’habitueront » comme on le dit tous les jours sur LinkedIn.

C’est jubilatoire à lire !

Il y’a de l’humour, de la dérision, de la tendresse. C’est vif et enlevé. Ça déroute, ça bouscule, ça surprend et ça se dévore. Bref, un vrai bonheur à lire.

Ce livre m’a donné envie de découvrir les deux premiers opus d’Anthony et j’espère que cette chronique vous donnera envie de le lire.

Pour commander, « Bien sûr, nous eûmes des orages » d’Anthony Sitruk, Go sur le site de l’éditeur Popcards Factory (y’a qu’à cliquer) ou dans les Fnac ou sur Amazon. Je précise que c’est totalement désintéressé 🤪.

Vous ne le regretterez pas, foi de bibliothécaire !

SORCIÈRES (ou La puissance invaincue des femmes) de Mona Chollet

Mona CHOLLET a tout pour me plaire !

Je suis tombée en arrêt devant ce livre à la Fnac. Mais vraiment en arrêt ! Je suivais Népoux qui voulait me montrer un ouvrage EX-TRA-OR-DI-NAIRE, quand, soudain, je me suis immobilisée et plus rien ne comptait hormis ce bouquin. Laissant Népoux continuer à tracer dans les rayonnages, parlant tout seul, persuadé qu’il était que je le suivais, j’observe la couverture. Le titre, Sorcières, et l’illustration 😍. Un vrai coup au cœur ! Tout était réuni pour un potentiel gros gros coup de foudre. Même le fait que ce soit un essai ne m’a pas arrêtée, moi l’accro aux romans, au contraire ! Je subodorais qu’on allait sortir des sentiers battus, que les sorcières en question allaient être diablement intéressantes et subversives. Tel un Jean-Marc Généreux de la littérature : J’ACHÈÈÈÈÈÈTE !!!

Je démarre, et là, joie intégrale. Mona et moi avons plein de références communes. Quel bonheur de lire un livre peuplé de gens que j’admire. Des êtres qui sortent des clous, mais pas seulement. Ils ont une vision, des convictions chevillées au corps, un génie, un courage, un humour… Et même si toutes les vies se valent, la leur m’émerveille tant ! Alan Moore, Gloria Steinem, Anne Sylvestre, Clarissa Pinkola Estes, pour ne citer qu’eux, des âmes tellement riches et plurielles qu’il est réducteur de les qualifier.

Et ça continue ! Références pop-culturelles (ma passion, inventer des mots 🥶), historiques, etc. Bon sang, c’est jouissif ! Quand, en plus, Mona se décrit comme un cliché sexiste ambulant : émotive, impulsive, parfois naïve, maladroite, toujours à côté de la plaque. Une bourgeoise un peu coincée qui aime que rien ne dépasse, que tout soit carré, mais mue intérieurement par une petite voix qui la titille, une voix de révolte qui la bouscule, ne la laisse pas en paix. Mais bordel, Mona c’est moi !!!

Disney et la Renaissance ont bien miné les femmes !

Oubliez la représentation de la vieille, moche, aigrie et méchante telle que nous a abreuvé Disney à longueur de dessins animés ! C’est bien connu : toutes les insoumises sont laides et psychopathes ! Or, celles qu’on a désigné comme sorcières étaient simplement des femmes, qui avaient accumulé au fil des siècles, une force vitale, un savoir instinctif et expérientiel menaçant le pouvoir des hommes.

Je découvre, pêle-mêle, que la répression dont elles ont été victimes :

  • a été très peu le fait du fanatisme religieux mais surtout de la société civile,
  • les protestants (que je voyais comme modérés et tolérants, ayant eux-mêmes été persécutés) y ont activement participé,
  • a culminé à la Renaissance (et non au Moyen-âge, comme je le pensais).

Pourquoi la Renaissance ? C’est l’apparition de l’homme nouveau, l’homme tout puissant, qui, grâce aux multiples découvertes géographiques et scientifiques, réussit à dompter la nature. La science se pare alors d’atouts exclusivement masculins :

  • intelligence (le cerveau de la femme est plus petit et plus léger, CQFD),
  • réflexion (si on savait réfléchir, ça se saurait),
  • rationalité (y a-t-il plus illogique qu’une meuf ?),
  • stabilité (la femelle est totalement hystérique),
  • rigueur (plus bordélique qu’une nana, y’a pas),
  • transparence (on est toutes une sale bande de sournoises), et j’en passe.

Exit tout ce qui est créativité, imagination, inspiration, intuition, etc. La femme est cause de désordre, comme la nature, et doit être domptée, comme elle. Bref, « la machine à fabriquer l’homme nouveau est aussi une machine à tuer la femme ancienne ». Cet évincement de la femme de l’Histoire et son asservissement se sont encore accentués lors de l’avènement du capitalisme.

Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler ! 😈😈😈

Je ne vous dis pas le retard qu’il y a à rattraper ! Même le trône de fer paraît plus accessible !

Mona étudie plus particulièrement trois types de femmes qui cristallisent tous les rejets, toutes les haines :

  • la femme indépendante (c’est-à-dire hors de contrôle pour l’homme). Inacceptable ! La meilleure solution est de nous passer le goût de la liberté. Souvenez-vous du personnage de Glenn Close dans Liaison Fatale. Une femme libre, professionnellement et sexuellement, ça cache forcément quelque chose (Zou ! On va lui coller solitude et déséquilibres, ça va calmer tout le monde 🥳🥳🥳).
  • la femme sans enfant. Une femme ne peut trouver de véritable épanouissement qu’à travers l’enfantement. La pitié est réservée à celles qui ne peuvent connaître cette joie ultime et la haine, à celles qui ne le souhaitent pas. Et Mona, de citer Pauline Bonaparte : « les enfants, je préfère en commencer 100 que d’en finir un seul ». TU M’É-TO-NNES Pauline !
  • la vieille femme. L’horreur ultime ! Cachez cette décrépitude que les hommes (et beaucoup de femmes) ne sauraient voir !

Ce livre est passionnant et foisonnant ! Il a juste les défauts de ses qualités : parfois trop redondant et un peu désordonné, mais d’une richesse incroyable.

Et surtout, il annonce une excellente nouvelle : les sorcières sont de retour !

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