REYKJAVIK de Ragnar Jónasson et Katrin Jakobsdóttir

Vous ai-je déjà parlé de mon nouveau dealer de livres ?

La Distillerie.

Comme son nom ne l’indique pas, c’est un lieu hybride qui a ouvert il y a 5 mois à Pont-l’Evêque. C’est immense. C’est principalement une librairie mais vous pouvez y manger sur le pouce, y boire un verre et… écouter de la musique. Le tout dans un superbe décor. Mention spéciale pour le lustre (je ne m’en remets pas, je rêve de l’embarquer), l’immense tapis et le superbe piano sur la scène.

C’est aussi et surtout une librairie. Moi qui ne devais plus acheter de livres, j’en ai acheté une quinzaine. Vous y trouvez TOUT. Les sorties du moment mais aussi des ouvrages plus confidentiels et tous les genres (romans, essais, BD, jeunesse, tout quoi). Ils sont une équipe de 3 : la boss, Nadège, Julien au bar et Eloïse à l’espace jeunesse. C’est génial. Je pourrais y rester des heures (d’ailleurs c’est ce que je fais). Si vous passez dans le coin, allez-y, c’est un lieu enchanté !

Bref, j’ai de la came pour de nouveaux articles 🤪

Un polar pour changer

J’avais envie d’un polar. Je n’y connais absolument rien dans ce domaine (dans les autres non plus d’ailleurs) donc vous me mettez n’importe quel bandeau promotionnel estampillé « Chef-d’œuvre » ou « Magistral », je fonce sans me poser de questions.

En l’occurence, là, il s’agissait du « Roman policier événement / N°1 en Islande ». Le New York Times a même dit que c’était l’un des meilleurs romans policiers de l’année 2023 (date de sa sortie).

J’aime beaucoup la couverture, dramatique et inquiétante à souhait. J’aime le froid. J’aime le hareng.

Let’s go !

De quoi ça cause ?

L’action se passe en 1986. Lara, une adolescente de 15 ans a disparu en 1956 sur une île au large de Reykjavik. Volatilisée. Depuis 30 ans, ce cold case traumatise le pays. Valur, un jeune journaliste ambitieux décide d’enquêter.

Ça vous rappelle quelque chose ? On est bien d’accord ? Du froid, du glauque, une ado disparue, un journaliste qui enquête. Bon sang, c’est grossier. À tous les coups, les auteurs sont en train de nous faire un Millénium bis.

Les auteurs ! Car ce livre a été écrit par 2 personnes. Man dieu ! Déjà, comment est-ce possible d’écrire à 2 ? Perso, c’est ma définition de l’enfer. Le duo est assez inattendu. Ragnar écrit des romans policiers. Jusque là, normal. Mais Katrin a été la 1ère ministre d’Islande pendant 7 ans, jusqu’en 2024. C’est un peu notre Édouard Philippe à nous, quoi !

C’est comment ?

Honnêtement, ça se lit très bien. Reykjavik en 1986, c’est une énorme célébration (la ville fête son bicentenaire) et une rencontre (entre Reagan et Gorbatchev sur fond de guerre froide). Ça donne une atmosphère spéciale très bien retranscrite. Reykjavik, comme toutes les capitales, se transforme, se modernise. De nouveaux quartiers sortent de terre. Tout cela aiguise l’appétit des promoteurs. C’est toute une époque qui prend vie sous nos yeux : son énergie, sa musique, ses actualités, sa liberté aussi avec la naissance des chaînes de TV privées et des radios libres. J’ai adoré l’ambiance du livre avec la jeune génération qui essaie de trouver sa place. On lit ça avec une nostalgie teintée de clairvoyance. La clairvoyance de ceux qui savent comment ça a évolué 😭.

Quant à l’intrigue, elle est assez classique. On suit l’enquête, ses révélations, ses rebondissements jusqu’au clou final.

J’ai passé un excellent moment… J’ai été surprise… J’ai flippé vers la fin (ça va pas de faire des scènes comme ça ???!!!). La trame policière est efficace (pas transcendante mais efficace). Mais la vraie force du livre est clairement de nous immerger dans l’Islande des années 80.

Dernier détail. Le livre démarre par la liste des protagonnistes. Eh bien croyez-moi ce n’est pas du luxe car les noms et prénoms islandais c’est costaud. L’école des Mines à côté c’est niveau CP. Mais j’ai appris quelque chose ; la plupart des islandais n’ont pas vraiment de nom de famille mais plutôt un patronyme reprenant le prénom du père ou de la mère et se terminant par « son » (fils de) ou « dóttir »(fille de). Et une fois que vous savez ça, vous vous sentez à moitié Islandais, prêt à trinquer à l’aquavit.

Je vous le conseille (le livre, pas de trinquer à l’aquavit) car vous passez un très bon moment.

PS : Le livre a beaucoup plu à mes chats qui ont bouffé la couverture 😼

AMERICAN PSYCHO de Bret Easton Ellis

Ça fait des années qu’on me prévient contre ce livre !

Ce best-seller, sorti en 1991, a au moins le mérite de mettre tout le monde d’accord (enfin dans mon cercle de connaissances) ! Que ce soit des amis ou des collègues, toujours les mêmes commentaires : « c’est à la limite du supportable, c’est atroce, c’est un catalogue de tortures, te connaissant, tu ne supporteras pas, passe ton chemin. Et en plus, les scènes de cul c’est du porno de seconde zone ».

Bien que ma curiosité soit titillée par « le porno de seconde zone » car je ne vois pas trop ce que cette notion recouvre, il faut reconnaître que la vue du sang me file des vertiges assez rapidement. J’ai donc passé mon chemin pendant presque 30 ans. J’ai même évité soigneusement l’adaptation cinématographique qui en a été faite.

En fidèle adepte de la méthode « Tout ou Rien », j’ai craqué il y a un mois et depuis, je fais une cure de Bret Easton Ellis. American Psycho est donc le troisième livre de l’auteur que je descends.

Je commence, au pire, si c’est trop dur, j’arrêterai…

New-York, années 90, Patrick Bateman, 26 ans, est trader le jour et serial killer la nuit (pour faire simple, car, en réalité, les rôles ne sont pas aussi cloisonnés, Patrick ayant énormément de mal à contrôler ses instincts meurtriers et à les cantonner à la vie nocturne).

Je démarre et je retrouve :

  • le style de Bret, une écriture répétitive, neutre, froide (à ce stade on peut même dire glaciale 🥶), factuelle, précise, avec faste détails,
  • le décor fétiche de Bret, une mégapole impersonnelle, un univers saturé d’argent, de luxe, de drogue et de sexe.

Les protagonistes, hommes ou femmes, sont obsédés par l’apparence, le style, la mode, le culte du corps. Vous êtes accro aux choses matérielles de la vie ? Consumériste effréné ? Fashion victim ? Ce livre va BIEN, BIEN vous calmer ! Même moi, qui ne peux pas vivre sans un Zara à portée de carte bleue, j’avais l’impression d’être une zadiste en sarouel à côté d’eux ! Les hommes s’habillent tous de manière identique, un uniforme « costard-cravate » (forcément de marque et dont le raffinement le dispute à l’élégance) qui les rend totalement interchangeables. Le pire, c’est qu’ils le sont puisque personne ne reconnaît personne, ils se confondent entre eux, tellement habitués à se définir par leurs fringues et leur portefeuille. Quant aux femmes, c’est plus simple, il y a deux catégories : les baisables… et les autres.

Autant vous dire que j’attendais les scènes de sexe et de meurtre avec une impatience mêlée d’appréhension !

La première coucherie arrive enfin… et je n’arrive pas à refréner un fou rire 🥳. Pas du tout l’effet que j’attendais ! Idem pour les scènes de meurtre. Je commence à me dire que j’ai un méchant problème, que je ne suis définitivement pas normale 😩.

Pour ma défense, deux arguments :

  • d’abord Bret a beaucoup d’humour (le passage des lutins au réveillon de Noël est à mourir de rire)
  • ces scènes (notamment de meurtre) sont tellement « énormes » et décrites de façon anodine que ça en devient absurde, voire grotesque. À tel point que vous vous demandez si c’est la réalité ou si le héros n’est pas en pleine descente de coke et fantasme tout ça.

Alors ? Il est comment ce bouquin ?

Comme toujours, avec Bret, la réalité est plus complexe que ce qu’il veut bien montrer.

Bateman n’est ni le demeuré superficiel, ni l’inculte de base, ni le petit con totalement insensible que l’auteur essaie de nous décrire. Bien au contraire !

À la question que lui pose une ancienne petite amie : « Pourquoi tu travailles ? Tu n’en as pas besoin », la réponse est sans appel : « Parce que je veux m’intégrer. » Et cette réponse sonne comme un appel au secours.

Il y a également une scène dans le zoo de NYC, où tous les animaux sont décrits comme apathiques, abrutis d’ennui et de solitude. Patrick Bateman est comme eux, sidéré par le monde, son absurdité et son vide (toujours le vide cher à Bret). Et c’est la folie de ce monde qui le rend fou.

J’ai refermé ce livre, avec la même question qui revient en fil rouge dans toute l’œuvre de Bret Easton Ellis : qui est le plus fou et cruel des deux ? La société ou Patrick Bateman ?

Vous avez deux heures 😂😂😂


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