CHANSON DE LA SEINE de Jacques Prévert

Back to Paris !

La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit…
Sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse,
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris.


La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse,
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers


Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre
Et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris

SUR LA VILLE DE PARIS de Isaac de Benserade

Rien n’égale Paris ; on le blâme, on le louë ;
L’un y suit son plaisir, l’autre son interest ;
Mal ou bien, tout s’y fait, vaste grand comme il est
On y vole, on y tuë, on y pend, on y rouë.

On s’y montre, on s’y cache, on y plaide, on y jouë ;
On y rit, on y pleure, on y meurt, on y naist :
Dans sa diversité tout amuse, tout plaist,
Jusques à son tumulte et jusques à sa bouë.

Mais il a ses défauts, comme il a ses appas,
Fatal au courtisan, le roy n’y venant pas ;
Avecque sûreté nul ne s’y peut conduire :

Trop loin de son salut pour être au rang des saints,
Par les occasions de pécher et de nuire,
Et pour vivre longtemps trop prés des médecins.

L’AFFAIRE ALBERT de Jean-Baptiste Veber

Je déclare ouverte la séance d’auto-satisfaction de la bibliothécaire, par la bibliothécaire !

Ce blog a bientôt deux ans. C’est mon bébé ! Je le vois grandir de semaines en semaines avec le ravissement d’une jeune mère. Comme tout enfant en bas âge, il se transforme souvent en despote, exige des soins constants, de l’attention, du temps. Pour couronner le tout, il a son caractère, fait régulièrement la forte tête en refusant d’enregistrer certaines chroniques, voire même de les programmer. J’ai parfois du mal à trouver les mots justes pour lui exprimer mes ressentis. Mais, comme tout enfant, il me procure un plaisir incommensurable, la fierté de ceux de dire : « c’est moi qui l’ai fait ! ». Il n’est pas très précoce mais grandit à son rythme. Il a sa cour, ses fidèles, quelques visiteurs de passage. Certains jours sa courbe de croissance explose, d’autres, elle reste désespérément anémique. Mais, depuis quelque temps, ça bouge ! Enfin, ça frémit !

Il y a quelques semaines, un auteur, Jean-Baptiste Veber, propose de m’envoyer ses livres et, pourquoi pas, d’en parler si l’un d’eux m’inspire. Youhouuuuuuuu ! J’ai l’impression, fugace mais exquise, d’être la reine des chroniqueuses littéraires.

Mais après la joie, l’angoisse m’étreint. Et si je n’aime pas ? Je fais quoi ? Je me contente de lui dire ? « Merci pour les bouquins. J’ai détesté. Ciao ». C’est cruel quand on connaît la douleur, la difficulté, l’engagement que représente l’écriture d’un livre. Oh pétard !!! (juron favori de Madame Sophie D., ma muse en la matière 😂). Dans quoi m’embarqué-je 😱 ?

Et puis d’abord, qui est Jean-Baptiste Veber ?

Dire qu’il est multiple est un euphémisme. Ce serait mon gamin, je le cataloguerais direct comme hyperactif et l’enverrai fissa chez ses grand-parents !

Jugez plutôt : professeur d’Histoire-Géographie, auteur d’ouvrages en la matière, qui plus est, adoubés par l’Education nationale. Il écrit également des articles pour des revues qui n’ont rien de confidentiel. Le dernier en date traite de l’histoire de la couleur bleue en occident… et c’est dans l’éléphant, s’il vous plaît (numéro de juillet) !

Et comme il a encore un peu de temps libre à tuer (ahahah, rire nerveux), il en profite pour écrire nouvelles et romans.

Mon choix se porte sur L’affaire Albert. Zou ! C’est parti !

Mesdames et Messieurs, la cour, les jurés : le verdict !

Chapeau l’artiste ! Surtout que sieur Veber arrivait juste après la lecture de Baise-moi de Virginie Despentes. Cela avait été un tel coup de foudre, une telle déflagration, que tout me paraissait fade et sans saveur dans les jours qui ont suivi. Pourtant, son livre a réussi à m’impressionner.

Albert Lapins a été assassiné ! Il vivait dans un quartier populaire, haut en couleurs, peuplé de personnages pittoresques. L’assassinat d’un être sans histoire comme Albert provoque un sacré ramdam dans le secteur ! Chacun y va de son appréciation, mêlant rumeurs et jugements pour tenter d’expliquer (voire même de justifier) l’inexplicable. Car enfin, Albert était-il vraiment sans histoire ?

La narration est basée sur une mosaïque de témoignages, chacun apportant un éclairage sur l’existence et la personnalité de ce pauvre Albert. Cela va du parrain local à l’institutrice en passant par la voisine de palier, genre vieille commère… et j’en passe.

L’intrigue prend corps progressivement, démarrant comme un banal fait divers pour se terminer comme…. Ben non, je ne vous le dis pas 😜 !

Jean-Baptiste écrit bien, très bien même ! Car l’exercice est difficile et périlleux. C’est déjà difficile d’écrire correctement. Trouver son style c’est un peu le Graal. Mais jongler entre plusieurs styles, cela demande une maîtrise assez impressionnante. Manier l’argot, la gouaille, un phrasé truculent dans la bouche d’une petite frappe, puis, passer à un récit structuré et châtié dans la bouche d’un universitaire, c’est prendre des risques.

On ne connait jamais vraiment un homme de son vivant (ça marche aussi pour les femmes😉). Que reste-t-il de lui après sa mort ? Le concret ? Ce qu’il a fait ? Ou juste des avis, des opinions, tous subjectifs, qu’ils soient positifs ou négatifs, car dictés par les émotions et les sentiments de ceux qui les profèrent ?

L’été arrive, vous n’avez pas d’idées lecture ? Vous voulez sortir des sentiers battus ? Rire, être surpris et lire de la belle ouvrage ? Alors, « L’affaire Albert » aux éditions Encre Rouge est pour vous !

QUAND ON N’A RIEN À DIRE de Bernard Dimey

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler… pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.

Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats, des curés, d’la musique militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’île de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécillité.

VOUS NE SAUREZ JAMAIS de Marguerite Yourcenar

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage

Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;

Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,

N’empêcheront jamais que vous ayez été.

Que la beauté du monde a pris votre visage,

Vit de votre douceur, luit de votre clarté,

Et que ce lac pensif au fond du paysage

Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme

Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;

Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,

M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,

Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

MAUDIE EST FOLLE de Thomas Fersen

Maudie est folle
Tout le monde le sait
Tout le monde l’a dit quand elle passait

Maudie a ses idées à elle
Pour le moins inhabituelles

Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…

Elle entend bourdonner des mouches
Elle a peur qu’elles entrent dans sa bouche
Elle fait ses courses en robe de chambre
Et les gens ont peur de comprendre que

Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…

Je suis la reine d’Angleterre
Je dors dans un lit à colonnes
Je suis la reine d’Angleterre

Maudie est folle

Depuis la faillitte de son père
Maudie a perdu ses repères
Un homme lui a fait une offense
Et les choses ont perdu leurs sens

Maudie est folle, Maudie est folle

Elle porte toujours quatre épaisseurs
Alors je veille sur ma sœur
Car elle est folle

Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…

Je suis la reine d’Angleterre
Je dors dans un lit à colonnes
Je suis la reine d’Angleterre

Maudie est folle

NEW-YORK, NEW-YORK par Liza Minnelli

Start spreading the news
I’m leaving today
I want to be a part of it 
New-York, New-York
These vagabond shoes are longing to stray
And step a round of heart of it 
New-York, New-York

I want to wake up in that city, that doesn’t sleep
To find I’m king of the hill 
Top of the heap

My little town blues, 
Are melting away
I’ll make a brand new start of it 
In old New-York
If I can make it there, 
I’ll make it anywhere
It’s up to you 
New-York, New-York

New-York, New-York 
I wanna wake up, in the city that doesn’t sleep,
To find I’m king of the hill, head of the list 
Cream of the crop at the top of the heap 

My little town blues are melting away 
I’ll make a brand new start of it, in old New-York 
If I can make it there, I’d make it anywhere 
Come on, come through New-York, New-York

https://youtu.be/ns6YbcoRy2U

LES DESSOUS CHICS de Serge Gainsbourg

Des chansons divines de Serge, il y en a à la pelle… mais c’est celle-ci… entre toutes… depuis toujours.

Les dessous chics 
C’est ne rien dévoiler du tout 
Se dire que lorsqu’on est à bout 
C’est tabou

Les dessous chics 
C’est une jarretelle qui claque 
Dans la tête comme une paire de claques 

Les dessous chics 
Ce sont des contrats résiliés 
Qui comme des bas résilles 
Ont filé

Les dessous chics 
C’est la pudeur des sentiments 
Maquillés outrageusement 
Rouge sang

Les dessous chics 
C’est se garder au fond de soi 
Fragile comme un bas de soie 

Les dessous chics 
C’est des dentelles et des rubans 
D’amertume sur un paravent 
Désolant

Les dessous chics 
Ce serait comme un talon aiguille 
Qui transpercerait le coeur des filles

https://youtu.be/SEjmofaVuDY

SUR UN TRAPÈZE de Alain Bashung

Pour Népoux, qui me maintient en équilibre sur le trapèze qu’est la vie 😘

On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent

On dirait que l’on soufflerait sur les braises
On dirait que les pirates nous assiègent
Et que notre amour c’est le trésor
On dirait qu’on serait toujours d’accord

J’ai traqué les toujours, déssossé les déesses,
Goûté aux alentours souvent changé d’adresse
Ce qui nous entoure l’extension de nos corps
Quand nous sommes à l’écart mineur chercheur d’or

Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?
Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?

On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève

On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève

J’AIME L’ARAIGNÉE de Victor Hugo

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! fatals noeuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit…

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

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