ENOLA HOLMES 1 & 2 réalisés par Harry Bradbeer

La magie de Noël a de l’avance.

Vous vous souvenez du week-end dernier ?

Chez vous, je ne sais pas mais à Paris, c’était grisaille, froid, pluie. Seule solution pour survivre : faire le sapin. S’avachir sur le canapé. Se recouvrir d’un plaid. Boire un chocolat chaud. Mater un truc divertissant mais alors TRÈS TRÈS TRÈS divertissant.

Où trouve-t-on le plus grand choix de choses divertissantes à mater ? Ben sur une plateforme et chez nous, c’est Netflix.

On laisse faire les filles vu que ce sont des professionnelles dans la recherche de trucs très très très divertissants.

Après quelques tâtonnements (plus elles grandissent, plus elles perdent la main 😤), elles s’arrêtent sur « Enola Holmes ». Encéphalogramme plat de ma part, je ne fais même pas le lien avec Sherlock. Je soupire intérieurement (suffisamment fort pour que ça se voit à l’extérieur). Génial. Encore une histoire d’ado, alors que je sors tout juste de cette période (pas moi, mes filles 🤪).

Vu qu’elles ne bougent pas de leur choix, autant que je m’y fasse, on va regarder ça. Donc je zieute de plus près.

ENOLA HOLMES ???? La petite sœur de Sherlock Holmes ? Ah non mais ça change tout !

On s’oriente vers un tiercé gagnant !

En troisième position, on applaudit la persévérance du canasson « Kostum ».

Eh oui, j’ai une vraie appétence pour les films d’époque. Attention, pas toutes les époques. Un film sur le moyen-âge, la préhistoire ou la bataille d’Alésia par exemple, faudrait vraiment que j’ai une grosse envie de toucher le fond. Mais le XIXème 😍, que l’histoire soit du côté des riches ou des miséreux, je prends tout : livres, films, documentaires.

En deuxième position, on retrouve une valeur sûre, j’ai nommé « Liberty« .

Car mon dada, c’est l’Angleterre période Victorienne. Je pourrais faire une indigestion de services à thé, scones, petits sandwichs au concombre, humour British, et autres Devon, tellement ça me rend dingue.

Enfin, on fait un triomphe à « Sherlock » qui a fait une superbe course.

J’ai été biberonnée à Agatha Christie et Arsène Lupin. Autant vous dire que j’en ai mangés des romans policiers, des enquêtes et énigmes de tous poils.

« Enola Holmes » rassemble donc ces trois ingrédients. Oh dear ! I’m so exciting 🤩 !

Des livres, deux films et un procès qui n’aura pas lieu.

Enola est donc la petite sœur de Sherlock et de Mycroft. Élevée par sa mère, elle reçoit une éducation aux antipodes des normes de l’époque, en tous cas pour une fille. Elle apprend à réfléchir, à se défendre, s’intéresse aux sciences et à la nature. Mais le jour de son 16ème anniversaire, sa mère disparaît. Mineure, elle va devoir composer avec ses deux frères et mener l’enquête.

C’est divertissant, rythmé, intelligent et pittoresque à souhait. Elona est une jeune fille sagace (mon dieu qu’elle est sagace), malicieuse, gaie, un chouïa rebelle, bref très attachiante comme le déclament beaucoup (trop) de tee-shirts.

Saupoudrez le tout d’une bonne dose de féminisme, de luttes sociales, d’humour et d’un style cinématographique pop et actuel (mise en scène et effets dynamiques, cuts, 4ème mur) et vous obtenez deux films diablement chouettes. Et quel casting ! Que du beau monde !

J’apprends que ces deux films sont tirés d’une série de romans policiers à succès de Nancy Springer, regroupés sous le titre « Les enquêtes d’Enola Holmes ». Jusqu’ici tout va bien. Enfin, tout va bien, jusqu’à ce que Netflix s’empare de ce phénomène littéraire jeunesse. Là, on passe dans une autre dimension, les choses deviennent sérieuses, on parle de Netflix, sacrebleu. Les ayants droit de Sir Arthur Conan Doyle veulent leur part du gâteau. Souci, le personnage cocaïnomane et sociopathe de Sherlock Holmes est dans le domaine public. Comment faire ? Ben au calme, on va argumenter que grand-tonton Arthur, sur la fin de sa vie, a doté Sherlock de traits de caractère plus gentils, plus empathiques, plus sensibles. Que ce qu’il a écrit en fin de vie n’est pas encore dans le domaine public donc zou, que la version bonnasse de Sherlock n’est pas encore dans le domaine public. Et qu’attendu que Nancy Springer et Netflix exploitent un Sherlock sympathique, ils vont devoir payer. CQFD. L’argumentation semble un peu perchée du point de vue du droit. Quoi qu’il en soit, les enjeux sont trop grands et pour être tranquille, Netflix préfère un arrangement avec les héritiers.

Ce qui nous permet de profiter de deux films « Enola Holmes » en toute décontraction et avec un chocolat chaud.

Ah ! J’oubliais ! Si vous aimez bien l’époque victorienne et le XIXème siècle, je vous conseille le blog de Lise Antunes Simoes. Je viens de le découvrir et il y a des pépites : https://www.liseantunessimoes.com

ENJOY !

UNE CHAROGNE de Charles Baudelaire

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

LE MOT de Victor Hugo

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m’objectez pas
Que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas…
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot, que vous croyez que l’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre,
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l’homme en face dit :
« Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.

COMMENT JE M’APPELLE de Anne Sylvestre

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, vous me le direz

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Quand j’étais petite et que j’étais belle

On m’enrubannait de ces noms jolis

On m’appelait fleur sucre ou bien dentelle

J’étais le soleil et j’étais la pluie

Quand je fus plus grande hélas à l’école

J’étais la couleur de mon tablier

On m’appelait garce on m’appelait folle

J’étais quelques notes dans un cahier

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, vous me le direz

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Quand j’ai pris quinze ans que s’ouvrit le monde

Je crus qu’on allait enfin me nommer

Mais j’étais la moche et j’étais la ronde

J’étais la pleurniche et la mal lunée

Quand alors j’aimai quand je fus sourire

Quand je fus envol quand je fus lilas

J’appris que j’étais ventre même pire

Que j’étais personne que j’étais pas

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, vous me le direz

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Quand je fus berceau et puis biberonne

J’oubliais tout ça quand je fus rosier

Puis me réveillais un matin torchonne

J’étais marmitasse et pierre d’évier

J’étais ravaudière et j’étais routine

On m’appelait soupe on m’appelait pas

J’étais paillasson carreau de cuisine

Et j’étais l’entrave à mes propres pas

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, vous me le direz

Si vous le savez comment je m’appelle

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Vous me le direz, je l’ai z’oublié

Puis un jour un jour du fond ma tombe

J’entendis des voix qui se rappelaient

Plaisirs et douleurs souvenirs en trombe

Et j’étais vivante et on m’appelait

Peu importe alors l’état de la cage

Le temps qu’il faudra pour s’en évader

Je saurai quoi mettre en haut dans la marge

Pour recommencer mon nouveau cahier

Je sais maintenant comment je m’appelle

Je vous le dirai je vous le dirai

Je sais maintenant comment je m’appelle

Et c’est pas demain que je l’oublierai

Et c’est pas demain que je l’oublierai

Et c’est pas demain que je l’oublierai

BOILLY, C’EST PARIS ! Chroniques parisiennes au musée Cognacq-Jay

Qui est déjà allé au musée Cognacq-Jay ? Qui ?

Ben pas moi !

Pour moi, Cognacq-Jay, c’était Léon Zitrone et son célèbre « À vous les studios, à vous Cognacq-Jay ». En aucun cas, ce n’était un couple de philanthropes, passionné d’art du XVIIIè siècle et fondateur des grands magasins de la Samaritaine.

Je cherchais une exposition à faire, sans vrai cahier des charges. Seule contrainte, ne pas être dans la foule. Exit donc, les Louis Vuitton et autres Louvre. C’est alors que je tombe sur la peinture choisie pour représenter l’exposition « Boilly, chroniques parisiennes ».

Il s’agit d’un autoportrait de l’artiste. Il a une bouille très sympathique, ça va parler de Paris, je ne connais pas ce musée. GO !

C’est qui, d’abord, Boilly ?

Originaire du nord de la France, il arrive à Paris en 1785. Il ne partira plus. Il traversera la révolution et différents régimes, tout en conservant son amour des gens et son mordant. Autodidacte, il va chroniquer visuellement la capitale avec humour et amour. On découvre un Paris inconnu, la prison des femmes (bâtiment aujourd’hui disparu), l’arrivée des diligences, les grands boulevards, les cafés. Tout est spectacle, il croque les bourgeois comme les indigents (cette peinture où les pauvres se pressent à une représentation de théâtre gratuite sous l’oeil amusé des bourgeois 😱). Ses tableaux sont vivants, expressifs, on a l’impression d’y être, on sent l’énergie nous traverser. Il aime Paris, ses excès, ses travers, ses beautés.

Plein les mirettes !

L’oeuvre de Boilly est foisonnante. Cela va de la peinture classique, aux portraits, en passant par les caricatures, les trompe-l’oeil et les illusions d’optique. C’est jubilatoire ! Ce type était d’une curiosité insatiable et un vrai touche-à-tout.

Loin des peintures classiques reproduisant scènes de batailles et grands du monde, il croque la vie quotidienne. Un vrai documentaliste. En cela, son oeuvre est riche en enseignement sur l’époque.

L’art du portrait est à son apogée. Il va créer un format unique, sorte de miniature qu’il peut finaliser en 2H, et ainsi réaliser le portrait de plus de 5000 parisiens, toutes classes confondues. Publicitaire avant l’heure, il « markete » ses propres oeuvres, valorisant sa signature avec différents effets. Sa série « Grimaces » met l’emphase sur les expressions humaines (rire, dégoût, avarice, colère et bien d’autres). C’est juste, c’est mordant, c’est jouissif !

Il s’intéresse aussi aux sciences, à la photographie naissante et propose des oeuvres étonnantes et pleines d’entourloupes.

N’ayons pas peur des mots, ça ne mord pas. C’est une des expositions les plus instructives et enthousiasmantes que j’ai faite dernièrement. Et pourtant, je ne suis pas XVIIIè siècle. Et pourtant, en sortant du musée, encore remplie de ses merveilles, je découvre qu’on m’a volé mon vélo. Ce qui en fait l’exposition la plus chère de mon existence… mais je ne regrette pas (même si j’ai maudit mon voleur ou ma voleuse et promis de lui éclater sa face contre le bitume 😈).

Si vous avez l’occasion, foncez tête baissée, je m’en porte garante 🤪. C’est jusqu’au 26 juin.

Psssst ! Allez-y en métro ou avec un bon antivol !

AUJOURD’HUI EST UN AUTRE JOUR de Robert Desnos

Je me lèverai demain matin

Plus tôt qu’aujourd’hui

Le soleil demain matin

sera plus chaud qu’aujourd’hui

Je serai plus fort demain matin

Plus fort qu’aujourd’hui

Je serai gai demain matin

Plus gai qu’aujourd’hui

J’aurai demain matin

Plus d’amis qu’aujourd’hui

Et bien que demain matin

La mort soit plus proche qu’aujourd’hui

Je serai demain matin

Plus vivant plus vivant qu’aujourd’hui

LA PORTEUSE DE PAIN de Xavier de Montépin

Chronique pour les gens d’un certain âge.

Eh oui. Quand on est obligé de faire des recherches sur le site de l’INA, c’est qu’on n’a pas été élevé avec les Pokémon. Forcément.

Pourquoi La Porteuse de pain ? C’est un des programmes télé qui a marqué mon enfance (avec Chéri Bibi, Vidocq ou encore Les Saintes Chéries).

Je me souviens le regarder le midi, chez mes grand-parents, avant le journal de 13H sur Antenne 2.

Si j’en crois mes recherches sur internet, j’ai la mémoire qui flanche, vu qu’à priori, La Porteuse de pain n’a JAMAIS été diffusée ni sur Antenne 2, ni à cet horaire. C’est vous dire si cette chronique est sujette à caution.

Toujours est-il qu’il m’a fortement marquée. J’adorais. Je me souviens avoir frémi de peur, pleuré pour cette pauvre Jeanne Fortier qui avait vraiment un karma de merde. En y repensant, avoir la scoumoune à ce point, ça tient du projet de vie ! Une scène, en particulier, m’a terrorisée. La brave porteuse de pain marche dans la rue, un échafaudage s’écroule, l’engloutit et manque de la tuer. C’était presque un plaisir sadique de regarder ce feuilleton. Qu’est-ce qui va encore lui arriver à cette malheureuse ? Mais avec la certitude apaisante que le bien finirait par triompher. Quelle belle époque, binaire et simple !

En creusant, j’apprends qu’à l’origine était un livre. D’un certain Xavier de Montépin. Banco pour le bouquin !

La Porteuse de pain de Xavier.

C’est un roman-feuilleton qui est paru dans le Petit Journal à partir de 1884.

La petite histoire, c’est qu’il a connu un succès populaire immédiat et a fait l’objet de plusieurs adaptations au théâtre, puis plus tard au cinéma (dans les années 30 avec Fernandel et en 1963 avec Suzanne Flon, Philippe Noiret et Jean Rochefort, excusez du peu !)… et enfin à la télé avec ma fameuse série, qui a également une distribution assez whaouuu à faire briller les mirettes, en tous cas les miennes (Carole Laure, Bernard Giraudeau, Philippe Léotard, Sim et Jacques Monod, bon sang JACQUES MONOD ! Si vous ne connaissez pas son nom, vous connaissez forcément son visage).

L’histoire tout court c’est Jeanne Fortier, jeune veuve avec 2 enfants (🎻🎻🎻) qui va être injustement accusée de meurtre. Evidément qu’elle est innocente, Jeanne ! C’est une machination du vrai coupable, le méchant Jacques Garaud. Jeanne est condamnée aux travaux forcés pendant que Garaud change de nom et fait fortune aux USA. 20 ans plus tard, Garaud revient en France et Jeanne s’évade (comme par hasard 🧐). Elle change d’identité, devient porteuse de pain et va tout faire pour retrouver ses enfants et se venger. Tadaaaaaam.

Parfois, il faut rester sur ses souvenirs

Le roman-feuilleton, ça doit dépoter et faire revenir le lecteur le lendemain : écriture simple, installation quasi immédiate des personnages et du contexte, rythme rapide, action et suspense.

Ça tombe bien, j’adore la simplicité, le suspense et l’action. En voiture Jeanne, fais lui bouffer son dentier à Garaud !

Alors, comment dire ? En feuilleton quotidien dans un journal, ça pouvait peut-être le faire. Mais tous les épisodes mis bout à bout, honnêtement, Xavier, c’est pas bon. Mal écrit, répétitif, un scénario totalement improbable. Rendez-moi ma série !!!!

Je vais très vite oublier le livre et ne garder que les souvenirs de mon enfance, mon p’tit plaisir régressif à moi.

LA NEIGE de Marina Tsvétaïéva / Le ciel brûle Extrait

Poème écrit en français en 1923

Neige, neige
Plus blanche que linge,
Femme lige
Du sort : blanche neige.
Sortilège !
Que suis-je et où vais-je ?
Sortirai-je
Vif de cette terre

Neuve ? Neige,
Plus blanche que page
Neuve neige
Plus blanche que rage
Slave…

Rafale, rafale
Aux mille pétales,
Aux mille coupoles,
Rafale-la-Folle !

Toi une, toi foule,
Toi mille, toi râle,
Rafale-la-Saoule
Rafale-la-Pâle
Débride, dételle,
À grands coups de pelle,
À grands coups de balle.

Cavale de flamme,
Fatale Mongole,
Rafale-la-Femme,
Rafale : raffole.

LA PEUR de Charles Juliet

la peur toute-puissante qui instille

son venin en chacune de nos fibres

la peur de la faim de la misère de la maladie de la mort

la peur d’achever sa vie dans le camp des vaincus

des laissés-pour-compte

ceux-là que jamais nul n’écoute

et née d’une autre origine mais aiguisée par ces peurs

la faim d’une existence enfin dégagée de ses laideurs

ces fardeaux ces frontières

des fatalités qui nous oppriment

se haïssent cette peur et cette faim

qui sont toujours à se défier

ne connaissent d’autre échange

que le pugilat

mais celui qui reçoit les coups qu’elles se portent

il ne peut mettre fin au combat

donc subir toujours subir

et le tourment de savoir

qu’il n’y aura aucun répit

aucune issue

que jusqu’à la tombe

ces deux forcenées

lui dicteront leur loi

MIROIR de Sylvia Plath

Je suis d’argent et exact. Je n’ai pas de préjugés.
Tout ce que je vois je l’avale immédiatement,
Tel quel, jamais voilé par l’amour ou l’aversion.
Je ne suis pas cruel, sincère seulement —
L’œil d’un petit dieu, à quatre coins.
Le plus souvent je médite sur le mur d’en face.
Il est rose, moucheté. Je l’ai regardé si longtemps
Qu’il semble faire partie de mon cœur. Mais il frémit.
Visages, obscurité nous séparent encore et encore.

Maintenant je suis un lac. Une femme se penche au-dessus de moi,
Sondant mon étendue pour y trouver ce qu’elle est vraiment.
Puis elle se tourne vers ces menteuses, les chandelles ou la lune.
Je vois son dos, et le réfléchis fidèlement.
Elle me récompense avec des larmes et une agitation de mains.
Je compte beaucoup pour elle. Elle va et vient.
Chaque matin c’est son visage qui remplace l’obscurité.
En moi elle a noyé une jeune fille, et en moi une vieille femme
Se jette sur elle jour après jour, comme un horrible poisson.

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