MY ABSOLUTE DARLING de Gabriel Tallent

 

Ça, pour être au taquet, j’étais au taquet !

Je me souviens exactement quand et comment ça a commencé.

C’était la semaine du 5 mars 2018. J’étais sur Twitter (vous ai-je déjà dit que j’ADOOORAIS Twitter ?), quand soudain, je vois un tweet de La Grande Librairie.

Jusque là, rien d’anormal.

Une vidéo montre François Busnel qui annonce le programme du jeudi 8 mars (oui, je vous parle d’un temps où La Grande Librairie, c’était le jeudi).

Jusque là, rien d’anormal.

Sauf que François parle d’un livre et d’un auteur avec une frénésie rarement vue.

Ça, c’est anormal.

OK,  il est toujours enthousiaste, un mélange de fougue et d’expérience, tout en harmonie et sagesse, genre vieux baroudeur qui en a lu du bouquin et qui maîtrise. D’habitude, il titille la curiosité du téléspectateur, certes, m’enfin, je l’ai rarement vu sauter au plafond !

Là, il trépigne et ose dire qu’il s’agit d’un des meilleurs livres qu’il ait lu depuis longtemps. Tellement bon qu’il s’est déplacé aux USA pour rencontrer l’écrivain responsable de cette pépite.

Ça, c’est carrément anormal !

Bon, je soupçonne France 5 de ne pas l’avoir envoyé là-bas que pour ça, économies d’échelle oblige, mais quand même !

Déjà, la bibliothécaire (avec son flair légendaire 😂) se dit qu’il se passe un truc.

Quelques jours plus tard, c’est au tour d’Olivia de Lamberterie de faire une critique dithyrambique du même roman. Puis, dans les semaines qui suivent, les magazines s’emparent du sujet, et vas-y que ce livre est dingue, qu’il va vous hanter longtemps, qu’il est dur mais bon sang qu’on frôle le chef d’œuvre.

J’apprends que le livre a été un phénomène aux USA, que Stephen King n’a pas eu de mots assez élogieux à son égard.

STOP ! Ça suffit maintenant ! Je l’achète !

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Chef d’œuvre ou pas chef d’œuvre ?

La vie étant ce qu’elle est (surtout la mienne 😳), je n’ai attaqué ce livre qu’il y a 10 jours.

Effectivement, on a fait plus gai 😱.

Californie du nord. Turtle, une gamine de 14 ans, vit seule avec son père, un survivaliste, violent, manipulateur, toxique. Le high level de l’ordure ! L’unique vie sociale de Turtle se résume au collège, et encore, elle ne se laisse pas approcher de trop près. Elle est capable de monter et démonter toutes les armes possibles et inimaginables, de survivre seule une semaine en pleine nature sauvage en se nourrissant de baies et de chasse (une vraie chasseuse/cueilleuse), de soigner des blessures que même dans Grey’s Anatomy tu mourrais. En revanche, aligner plus de trois mots, retenir du vocabulaire nouveau, se concentrer au collège, cela semble au-dessus de ses forces. La rencontre d’un adolescent, Jacob, va la bouleverser, au point, pour la première fois, d’envisager de sauver son âme et sa peau.

Alors, oui, j’ai aimé ce livre, mais je n’ai pas adhéré à tout.

– L’auteur réussit à nous projeter dans un univers terrible et en même temps lumineux.

– Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc, j’ai même réussi à avoir de l’empathie pour une charogne, c’est vous dire !

– J’ai admiré le courage et la résilience de Turtle.

– C’est un livre très visuel, très « cinématographique » (je parie pour une adaptation prochaine). C’est surtout un premier roman, avec une maîtrise incroyable et une écriture quasi chirurgicale.

Mais (ben oui, il y a un mais, même plusieurs) :

– J’espère que vous aimez la nature, car vous allez vous manger des descriptions à n’en plus finir, de plantes, de bestioles, de paysages avec plein de termes inconnus au bataillon. Je comprends que la nature sauvage soit centrale dans ce livre, mais là c’est trop pour moi !

– Jacob et son poto sont hyyyyper sympas… mais je vous mets au défi de me trouver deux adolescents comme eux. J’ai la prétention d’avoir un chouïa d’expérience en la matière et j’ai trouvé ces deux portraits trop atypiques pour être réalistes.

– Insoutenable, dérangeant, un livre coup de poing… Je sais que beaucoup ne seront pas d’accord avec moi (personne d’ailleurs, tant ce livre est unanimement apprécié), mais, non, ce n’est pas insoutenable. Peut-être, justement, parce que les descriptions de la nature ont cassé mon rythme de lecture ; peut-être parce que tout est « trop » dans cette histoire ; peut-être parce que, dans un livre, il ne suffit pas que l’histoire soit dure pour que ça vous prenne aux tripes.

 

 

STROPHES POUR SE SOUVENIR de Louis Aragon

« La vie n’est pas dans le temps, mais dans l’usage »

Missak Manouchian

 

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Lors de sa parodie de procès, Missak Manouchian s’adressera à la presse collaborationniste, qui le huait : « Quant à vous, vous êtes français. Nous, nous avons combattu pour la France, pour la libération de ce pays. Vous, vous avez vendu votre conscience et votre âme à l’ennemi. Vous aviez hérité de la nationalité française. Nous, nous l’avons méritée ».

Les 23 héros du Groupe Manouchian, morts pour la France

Celestino Alfonso, Espagnol, 27 ans

Olga Bancic, Roumaine, 32 ans (seule femme du groupe, décapitée en Allemagne le 10 mai 1944)

Joseph Boczov, Hongrois, 38 ans – Ingénieur chimiste

Georges Cloarec, Français, 20 ans

Rino Della Negra, Italien, 19 ans – Footballeur du Red Star Olympique

Thomas Elek, Hongrois, 18 ans – Étudiant

Maurice Fingercwajg, Polonais, 19 ans

Spartaco Fontano, Italien, 22 ans

Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans

Emeric Glasz , Hongrois, 42 ans – Ouvrier métallurgiste

Léon Goldberg, Polonais, 19 ans

Szlama Grzywacz, Polonais, 34 ans

Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans

Cesare Luccarini, Italien, 22 ans

Missak Manouchian, Arménien, 37 ans

Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans

Marcel Rajman, Polonais, 21 ans

Roger Rouxel, Français, 18 ans

Antoine Salvadori, Italien, 24 ans

Willy Schapiro, Polonais, 29 ans

Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans

Wolf Wajsbrot, Polonais, 18 ans

Robert Witchitz, Français, 19 ans

Arsène Tchakarian, dernier survivant du Groupe Manouchian, est mort le 4 août dernier.

MONSIEUR de Thomas Fersen

Il s’en passe de belles dans le 92 😉

Bon week-end à tous !

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Les passants sur son chemin
Soulèvent leurs galures,
Le chien lui lèche les mains
Sa présence rassure.
Voyez cet enfant qui beugle
Par lui secouru,
Et comme il aide l’aveugle
À traverser la rue.
Dans la paix de son jardin
Il cultive ses roses,
Monsieur est un assassin
Quand il est morose.

Il étrangle son semblable
Dans le bois d’Meudon,
Quand il est inconsolable
Quand il a l’bourdon.
A la barbe des voisins
Qui le trouvent sympathique,
Monsieur est un assassin
Je suis son domestique.
Et je classe ce dossier
Sous les églantines,
Je suis un peu jardinier
Je fais la cuisine.

Il étrangle son prochain
Quand il a le cafard,
Allez hop ! Dans le bassin,
Sous les nénuphars.
Et je donne un coup de balai
Sur les lieux du crime,
Où il ne revient jamais
Même pas pour la frime.
Sans éveiller les soupçons,
Aux petites heures
Nous rentrons à la maison,
Je suis son chauffeur.

Car sous son air anodin
C’est un lunatique,
Monsieur est un assassin,
Chez lui c’est chronique.
Il étrangle son semblable
Lorsque minuit sonne,
Et moi je pousse le diable
Dans le bois d’Boulogne.
Le client dans une valise
Avec son chapeau,
Prendra le train pour Venise
Et un peu de repos.

Il étrangle son semblable
Dans le bois d’Meudon,
Quand il est inconsolable
Quand il a le bourdon.
A la barbe des voisins
Qui le trouvent sympathique,
Monsieur est un assassin
Je suis son domestique.

Vous allez pendre Monsieur,
Je vais perdre ma place.
Vous allez pendre Monsieur,
Hélas! Trois fois Hélas!
Mais il fallait s’y attendre
Et je prie Votre Honneur,
Humblement, de me reprendre
Comme serviteur.
Et je classerai ce dossier
Sous les églantines,
Je suis un peu jardinier
Et je fais la cuisine.

LA BOHÈME de Charles Aznavour

Je pourrais écouter cette chanson en boucle… et partir faire du macramé dans le Larzac 😂

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Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux
Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie
Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps
Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts
La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

LA GÉANTE de Charles Baudelaire

 

J’ai pris de la boue et j’en ai fait de l’or

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Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.

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