Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire
J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante
Au bout du couloir
Quelqu’un a touché le verrou
Et j’ai plongé vers le grand jour
J’ai vu les fanfares, les barrières
Et les gens autourDans les premiers moments j’ai cru
Qu’il fallait seulement se défendre
Mais cette place est sans issue
Je commence à comprendre
Ils ont refermé derrière moi
Ils ont eu peur que je recule
Je vais bien finir par l’avoir
Cette danseuse ridiculeEst-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Andalousie je me souviens
Les prairies bordées de cactus
Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus !
Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleilCe soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
J’en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m’inclineIls sortent d’où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier ?
J’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées
Sentir le sable sous ma tête
C’est fou comme ça peut faire du bien
J’ai prié pour que tout s’arrête
Andalousie je me souviensJe les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Si, si hombre, hombre
Baila, bailaHay que bailar de nuevo
https://youtu.be/m1ET6SEtwbc
Y mataremos otros
Otras vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar
Y mataremos otros
UN CERTAIN MONSIEUR PIEKIELNY de François-Henri Désérable
Monsieur Piekielny, le figurant le plus célèbre de la littérature française !
Pour les amoureux d’ouvrages classiques en général et de Romain Gary en particulier, il est impossible de ne pas connaître Monsieur Piekielny ! C’est le plus grand hold-up jamais réalisé dans un roman. Ce n’est pas un personnage principal, encore moins secondaire, il n’est présent que trois pages dans un livre qui en compte 464 (il représente très exactement 0,6 % de l’œuvre, c’est quand même très très léger, on est largement en-dessous du quart d’heure de gloire revendiqué par Warhol). C’est énorme de parler d’un quidam pendant trois pages ! Autant vous dire qu’aussitôt sorti de l’obscurité, il aurait dû y retourner illico et n’en plus jamais sortir. Mais c’est sans compter sur le pouvoir de l’écriture de Romain Gary. En quelques lignes, il décrit un homme qui représente à lui-seul la condition humaine. Une ombre à la vie banale, sans éclat, qui subit, qui obéit et qui souffre aussi dans l’indifférence la plus totale. Que cet homme effacé, insignifiant, puisse avoir une requête et la porter devant un enfant, en hésitant puis en l’implorant, est d’une force émotionnelle incroyable. Et quelle requête ! Celle de laisser une trace de son passage sur cette terre, donner un sens à son existence ! Le désir ultime de tout être humain ! Ces trois pages racontent ça, NE RACONTENT QUE ÇA et pourtant elles érigent Monsieur Piekielny au rang de héros de la littérature.
Je ne suis pas la seule à le penser car, que vois-je, début 2019 ? Il fait les gros titres. On lui consacre un roman entier presque 50 ans après la sortie de La Promesse de l’Aube.
Je dois lire ce livre, mais je me pose une question 🤔
C’est qui François-Henri Désérable ?
François-Henri 😱 : je penche pour un vieux issu d’une lignée noble, mais qui, après avoir perdu la particule, a tout misé sur le prénom. Pas du tout ! Il est jeune, mignon tout plein et a un parcours totalement atypique. Passionné de hockey sur glace 😱, il devient joueur professionnel puis s’inscrit en Droit pour rassurer sa maman. Études de droit qu’il abandonne pour se consacrer à l’écriture. Ça, c’est pour Wikipédia.
Je me découvre un point commun avec lui (en plus de son admiration pour Romain Gary) : son aversion pour le 15e arrondissement de Paris. Mais tout pareil ! C’est l’arrondissement qui ne choisit pas son camp, qui essaie d’être tout à la fois : huppé, bourgeois, populaire, branché… et qui, au final, n’est rien. Tous les quartiers sont tristes (je le sais, je les ai tous écumés) : Javel, Grenelle, Mirabeau, Convention, Pasteur, même Montparnasse est chiant côté 15e ! Les jeunes ont l’air vieux, les vieux le sont. JE HAIS le 15e 👿!
Stop ! Revenons à son livre.
De quoi parle-t-il exactement ?
François-Henri, amoureux de La Promesse, décide d’enquêter sur ce Monsieur Piekielny. A-t-il seulement existé ? Quelle était sa vie ? Quelle a été sa fin ?
Et commence alors un grand bringuebalement pour le lecteur.
- L’histoire, d’abord, qui a pour point de départ Monsieur Piekielny, mais qui n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour à Romain Gary, aux hommes de bien et parfois de rien. L’histoire qui nous entraîne à Vilnius en Lituanie, pays que l’on imagine gris, triste et froid, parfait linceul pour ces Juifs qui y sont morts par milliers. Piekielny en faisait-il partie ? Et puis l’auteur, au milieu de tout ça, qui essaie de trouver sa place, de mettre son histoire dans l’Histoire, sans prétention, avec malice et élégance.
- La forme, ensuite, qui virevolte entre enquête rigoureuse et imaginaire fécond et débridé de l’auteur. Cela donne un ouvrage foisonnant et tourbillonnant.
- Le style, enfin. François-Henri jongle avec tous les styles, avec une décontraction et une aisance apparentes. On passe de l’humour (FH est très très drôle) à la tristesse, de la légèreté à la gravité, de la vérité au mensonge. Seul bémol : à avoir tant de talent, parfois FH en fait trop. Certains passages manquent de simplicité, sont un peu trop pompeux, l’auteur se regarde écrire (libre adaptation par moi-même 😜).
J'ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. C'est un bel hommage à Romain Gary et à un certain Monsieur Piekielny !
La guerre, ce massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. Paul Valéry
Et par le pouvoir d'un nom
Je recommence Ta vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Piekielny
SAN-ANTONIO – Aux frais de la princesse – de Frédéric Dard
Si tu n’as pas lu un San-Antonio avant tes cinquante ans, tu as raté ta vie !
Autant vous dire qu’il y avait un chouïa urgence pour moi !
- Bien évidemment que je connais de nom.
- Bien évidemment que je sais de quoi ça parle (enquêtes policières du Commissaire San-Antonio).
- Bien évidemment que je sais que l’écriture de Frédéric Dard est truculente, fleurie, argotique et tout le tintouin.
- Bien évidemment que je sais que la série des San-Antonio est devenue un classique.
Mais (je ne me repose jamais 🥳) :
- Les San-Antonio sont systématiquement rangés dans le secteur « testostérone » des rayons des Maisons de la Presse, au mieux à côté des SAS, au pire entre les revues pornographiques et de musculation (et oui, avant de soulever des filles faut soulever de la fonte – c’est pas ma meilleure mais je l’aime bien 🥳).
- Les titres me font rire (« Le pétomane ne répond plus« , « L’année de la moule« …) mais pas de là à déclencher l’acte d’achat (ici, le marketing pour les nuls 🤣).
- Les couvertures sont délicieusement vintages, certaines frôlant le collector, mais elles fleurent aussi le grossier roman de gare. Bon sang, non, je ne suis pas prête pour ça !
Et Frédéric, alors ?
- J’ai toujours eu une grande sympathie pour lui, bien que ne l’ayant jamais lu et ne connaissant pas son univers. Quand il passait à la télé, c’était un vrai plaisir de le regarder et de l’écouter parler.
- Il avait le regard tendre, parfois triste ou plutôt inquiet, mais jamais cynique ni désabusé.
- Il était drôle, un humour qui rassemble, élégant. Un humour comme une politesse.
- Il était cultivé, avait un vocabulaire extrêmement riche (contrairement à ce qu’il pouvait dire « J’ai commencé avec 300 mots, tous les autres je les ai inventés »).
- Et il vénérait Céline 🤗 !
- Comment pouvais-je ne pas aimer Frédéric 🥰 ?
Il était donc dit que je devais le lire un jour… Et ce jour est arrivé cet été.
Mais il n’était pas dit que j’aimerais !
Ben non, j’ai pas aimé.
Pourtant ça commençait bien ! J’adore les romans policiers et l’humour 🤗.
Les soixante premières pages me comblent. Je découvre une écriture qui guérirait une vache neurasthénique (non, je ne parle pas de moi 😜).
Bref, je souris, je ris aussi. L’intrigue est intrigante, le style est stylé. Les personnages sont hauts en couleur, le sexe est récurrent et au-delà du burlesque. Jouer avec les mots comme il le fait demande une culture et une maîtrise phénoménales. Je comprends qu’on puisse être fan….
Sauf que… j’ai fini par trouver ça toujours pareil, j’ai commencé à tourner en rond, lentement puis de plus en plus vite. Tant et si bien que je ne l’ai pas fini 😱.
Je ne saurai jamais ce qui est arrivé au Vieux… et franchement, je m’en fous.
Je continue d’avoir une grande tendresse pour Frédéric… Et c’est le principal !
HEROES de David Bowie
I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can beat them, just for one day
We can be Heroes, just for one day
And you, you can be mean
And I, I’ll drink all the time
‘Cause we’re lovers, and that is a fact
Yes we’re lovers, and that is that
Though nothing, will keep us together
We could steal time, just for one day
We can be Heroes, forever and ever
What d’you say ?
I, I wish you could swim
Like the dolphins, like dolphins can swim
Though nothing, nothing will keep us together
We can beat them, forever and ever
Oh we can be Heroes, just for one day
I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can be Heroes, just for one day
We can be us, just for one day
I, I can remember (I remember)
Standing, by the wall (by the wall)
And the guns, shot above our heads (over our heads)
And we kissed, as though nothing could fall (nothing could fall)
And the shame, was on the other side
Oh we can beat them, forever and ever
Then we could be Heroes, just for one day
We can be Heroes
We can be Heroes
We can be Heroes
Just for one day
We can be Heroes
We’re nothing, and nothing will help us
Maybe we’re lying, then you better not stay
But we could be safer, just for one day
Oh-oh-oh-ohh, oh-oh-oh-ohh, just for one day
LA CARTE ET LE TERRITOIRE de Michel Houellebecq
Je viens de lire mon premier Houellebecq 🤔
Vous imaginez le stade de notoriété à atteindre pour faire partie des premières fois ? La référence qu’il faut être ? L’importance (sociale, culturelle, expérientielle et j’en passe) qu’il faut représenter pour que cette simple expression, « mon premier Houellebecq« , ait le pouvoir de transférer celui qui la prononce dans une catégorie définie de population ? Zou ! Je passe de ceux qui ne l’ont pas lu à ceux qui savent 🥳. Comme un sésame qui vous ouvre les portes d’un club fermé, un rite d’initiation qui vous fait passer d’un statut à un autre, un apprentissage quasi-obligatoire pour obtenir un rang particulier. Bref, je suis une princesse 😂 !!! Donc, il y a encore quelques semaines, je faisais partie de ceux qui n’avaient jamais lu Houellebecq !
Pourquoi avoir tant attendu ?
On en entend trop parler ! On se prend le chou sur le cas « Houellebecq« . On dit tout et son contraire sur lui, à coup d’infos, d’intox et de rumeurs : « il a quitté la France, il arrête d’écrire, il est dépressif, il se lance dans le Bio, il s’est suicidé, il est mort bouffé par ses chiens… » 😱. Bref, une sorte de grand foutoir dont, jusqu’à présent, je me tenais prudemment à distance.
Il paraît qu’il est cynique ! C’est même sa marque de fabrique. Or, je me méfie du cynisme. A moins de s’appeler Desproges. C’est très dur à manier, parfois drôle, souvent méchant et toujours stérile.
Enfin, son regard de cocker battu m’a toujours foutu le bourdon. Il parle tout bas, n’articule pas, donc je ne comprends rien. Quant à son détachement des choses matérielles, il ferait passer José Bové pour un trader shooté à l’ultra-libéralisme.
Pourquoi le lire maintenant, alors ?
Tout a commencé il y a deux ans (oui, je suis lente). Le Palais de Tokyo a donné carte blanche à Michel pour monter une exposition, « Rester vivant« . Pour une fois, pas d’intermédiaire, donc pas d’interprétation hasardeuse. C’est Michel qui nous parle directement, qui se montre tel qu’il en a envie. Zou, nous voici donc, Népoux et moi, déambulant au milieu de poèmes, de photos, d’installations, de musiques et d’expériences scientifiques. Surprise ! Non seulement, il est bien curieux pour un dépressif 😉, mais en plus tout témoigne d’une délicatesse et d’une fragilité émouvantes. L’idée m’effleure que le personnage mérite peut-être mieux que sa réputation. Mais j’en reste là.
Sauf que ces dernières semaines tout s’est emballé. La sortie de son dernier roman, Sérotonine, crée un énorme battage médiatique. La presse étrangère l’encense comme le meilleur écrivain contemporain. La France l’attend comme le dernier sauveur possible d’un marché littéraire en berne.
Bon sang, si ça se trouve ce type est génial et je passe à côté à cause de mes foutus préjugés !
C’est parti pour la Carte et le Territoire !
Moi qui adore les avis tranchés… ben j’en sais rien 😱.
Je suis allée de surprises en surprises.
D’abord, et en dépit de son regard vif et mutin (oui, c’est une vanne, nulle mais vanne quand même 🥳), il est drôle. J’ai souri et ri souvent. Son récit de la fête du nouvel an chez Jean-Pierre Pernaut me fait dire que c’est « The Place to Be » pour démarrer une nouvelle année.
Ensuite, il manie très très bien le cynisme et n’a pas grand chose à envier à M. Desproges. Preuve en est, un petit texte à la fin de cet article, sur les ravages du féminisme. La féministe que je suis a adoré 🤣.
Mais enfin, ne nous mentons pas, Michel n’a aucun style d’écriture ! Je m’attendais à une « patte » Houellebecq, à ce que ça pète ! Vociférations, provocations, inventions de langage… Je m’attendais à un avant et après, comme Céline. Rien. Mais RIEN !!! C’est bien écrit, c’est neutre, minimaliste, ordinaire.
Après tout, comme le disait Schopenhauer : « La première – et pratiquement la seule – condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire ». Et Michel a des choses à dire.
Sur ce sujet, je laisserai le mot de la fin à Népoux qui a tout résumé : « Michel, c’est un peu le normcore du style ». Voilà ! C’est ça 🥳🥳🥳 !
Houellebecq et les féministes
« Pour ma part j’ai toujours considéré les féministes comme d’aimables connes, inoffensives dans leur principe, malheureusement rendues dangereuses par leur désarmante absence de lucidité. Ainsi pouvait-on dans les années 1970 les voir lutter pour la contraception, l’avortement, la liberté sexuelle etc., tout à fait comme si le « système patriarcal » était une invention des méchants mâles, alors que l’objectif historique des hommes était à l’évidence de baiser le maximum de nanas sans avoir à se mettre une famille sur le dos. Les pauvres poussaient même la naïveté jusqu’à s’imaginer que l’amour lesbien, condiment érotique apprécié par la quasi-totalité des hétérosexuels en activité, était une dangereuse remise en cause du pouvoir masculin. Elles manifestaient enfin, et c’était le plus triste, un incompréhensible appétit à l’égard du monde professionnel et de la vie de l’entreprise ; les hommes, qui savaient depuis longtemps à quoi s’en tenir sur la « liberté » et l’« épanouissement » offerts par le travail, ricanaient doucement. Trente ans après les débuts du féminisme « grand public », les résultats sont consternants. Non seulement les femmes sont massivement entrées dans le monde de l’entreprise, mais elles y accomplissent l’essentiel des tâches (tout individu ayant effectivement travaillé sait à quoi s’en tenir sur la question : les employés masculins sont bêtes, paresseux, querelleurs, indisciplinés, incapables en général de se mettre au service d’une tâche collective quelconque). Le marché du désir ayant considérablement étendu son empire, elles doivent parallèlement, et parfois pendant plusieurs dizaines d’années, se consacrer à l’entretien de leur “capital séduction”, dépensant une énergie et des sommes folles pour un résultat dans l’ensemble peu probant (les effets du vieillissement restant grosso modo inéluctables). N’ayant nullement renoncé à la maternité, elles doivent en dernier lieu élever seules le ou les enfants qu’elles ont réussi à arracher aux hommes ayant traversé leur existence – lesdits hommes les ayant entre-temps quittées pour une plus jeune ; encore bien heureuses lorsqu’elles réussissent à obtenir le versement de la pension alimentaire. En résumé, l’immense travail de domestication accompli par les femmes au cours des millénaires précédents afin de réprimer les penchants primitifs de l’homme (violence, baise, ivrognerie, jeu) et d’en faire une créature à peu près susceptible d’une vie sociale s’est trouvé réduit à néant en l’espace d’une génération. »
PROFONDEMENT SUPERFICIEL de Alex Beaupain
Plus le temps va plus je me creuse
Une mine à ciel ouvert
Une vraie Vallée de Chevreuse
Un chantier, une carrière
Mais de ces fouilles
Rien ne ressort
Ni fer ni rouille
Ni pierre ni or
OrC’est peut-être moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficielPlus le temps va plus je me creuse
Des sillons sur le visage
Et dans le cœur comme une perceuse
Un derrick en plein forage
Mais ça ne donne rien de probant
Ni noir carbone, ni blanc diamant
NonC’est peut-être moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficielC’est tellement rien à l’intérieur
Ça résonne comme une cathédrale
Cet écho naturel d’ailleurs
Pour mes chansons ça sonne pas malEt si c’était moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel
FANTÔMES ET FARFAFOUILLES de Fredric Brown
Les illustres inconnu·e·s, ma marotte !
Cette période estivale aura été riche en découvertes ! Pas de raison que je ne vous en fasse pas profiter ! Je continue donc sur ma lancée d’auteur·e·s notoirement inconnu·e·s. Après Alexandre Vialatte, après Marcelle Sauvageot… Tadam 🥁… Voici Fredric Brown 🥳🥳🥳🥳
C’est qui ce mec 😱 ? Pourquoi, diantre, n’en n’ai-je jamais entendu parler ? À croire que je suis obsédée par le mainstream… Mais pas du tout !
Bref, le hasard fait que j’entends ce nom, puis je le lis 🤔 (le nom). Pas possible il doit y avoir une erreur, jamais vu un prénom écrit comme ça ! On écrit Frédéric, Frédérique, Frederic mais pas Fredric bordel ! Il est Allemand ? Ou Prussien, je ne vois que ça. Au mieux, les parents avaient abusé du schnaps avant la déclaration de naissance. Perdu ! Il est américain !
Un peu perplexe, je poursuis mes recherches. Ce n’est pas gagné !
- Il a écrit plein de nouvelles (je HAIS les nouvelles 😤).
- Il est considéré comme le Maître de la micronouvelle et de la la nouvelle brève (short short story). Il y a donc pire que la nouvelle 😱 !
- De science-fiction (ahahah, rire nerveux), je ne suis vraiment pas fan du genre science-fiction en littérature. La science-fiction, c’est en BD et au cinéma et les vaches seront bien gardées !
- Il a également écrit des romans policiers (j’entrevois une lueur d’espoir).
- Je continue quand même (on frôle le masochisme) et j’apprends qu’il a eu le prix Edgar Allan Poe récompensant la meilleure œuvre policière pour Crime à Chicago (merde, c’est une référence ça, n’oublions pas que j’adooooore les prix).
Dans un moment d’égarement, je décide de commander son recueil de nouvelles le plus connu, Fantômes et Farfafouilles. Je vous passe la tête et les vannes de mon libraire, qui commence à avoir, désormais, un chouïa la boule au ventre quand je me dirige vers lui d’un pas décidé.
Que Fredric ne soit pas connu relève de l’incompréhensible !
J’étais censée détester. Tous les voyants étaient au rouge. Un petit livre contenant 42 nouvelles. AU SECOURS !!!
C’est juste saisissant et bluffant ! Il réussit, en une à deux pages, à résoudre la quadrature du cercle : il pose ambiance, personnages, intrigue… et termine l’air de rien par une vraie chute. Ce que bon nombre d’écrivains n’arrive pas à faire en 150 pages !
Malgré tout le désamour que j’éprouve pour les nouvelles, je pense que c’est la marque des très grands que de savoir raconter une histoire claire et brève. Réussir à accoucher d’un récit construit, maîtrisé, qui vous embarque, vous fait ressentir un maelström d’émotions et vous habite longtemps après l’avoir terminé.
En cela, Fredric est fort, très très fort.
Rien ne manque, rien n’est en trop. Son style à la fois dépouillé de tout superflu reste suffisamment précis et acéré pour faire naître un monde sous vos yeux en seulement dix lignes.
Tout est singulier chez lui, ses univers, son humour (souvent noir), son impertinence… Bien sûr il y a de la science-fiction mais pas que… Du normal, du quotidien qui dérape, dérange, inquiète.
En le lisant, j’imaginais sa maison. L’intérieur de Fredric Brown est classique, un tantinet suranné (bienvenu dans les années 60, aux Etats-Unis), bien tenu, une décoration chaleureuse mais pas ostentatoire… Puis un détail, un bibelot, incongru. Pas vraiment étrange mais suffisamment pour jeter le trouble. Vous continuez la visite mais vous êtes troublé, mal à l’aise, partagé entre l’envie de rire et celle de fuir.
J’ai aimé la quasi totalité des nouvelles mais celle qui me hante encore est d’une normalité affligeante : l’Anniversaire de Grand-mère.
Gros Big Up à la traduction !
On oublie trop souvent les traductrices / traducteurs. Ils font un travail d’orfèvre. Quelle difficulté ce doit être de saisir la petite musique de l’auteur·e, de respecter son rythme, de retranscrire la substantifique moelle, trouver le mot juste, la bonne expression.
Dans le cas de Fredric, il me semble que cela doit être une vraie gageure. Bravo donc à Jean Sendy 👏.
Et, si jamais cet article ne vous a pas donné envie (😫😫😫), je pose là le petit texte de la quatrième de couverture. En deux mots : lisez Fredric !
Le principe selon lequel le fakir oblige une corde à se dresser en jouant du flageolet a autant de valeur scientifique que celui de la drogue d'immortalité, inventée vers 1980, et dont le secret se serait perdu depuis... En tout cas, c'est ce que prétend l'auteur. Pince-sans-rire, rabelaisien ou franchement abominable selon les cas, Brown a en outre la vertu rare de ne pas étirer sur dix pages une idée qui tient en dix lignes.
Mais attention : chaque texte est une bombe à retardement, un défi à votre perspicacité. Chacun de ces titres farfelus annone un coup de poing, mais impossible de savoir où le poing va aboutir. Rien ne permet de deviner avant la chute si l'on est en train de lire une histoire à rire ou à donner le frisson.
LES ELEPHANTS de Leconte de Lisle
Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L’air épais, où circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l’écaille étincelle.Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.D’un point de l’horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.L’oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l’oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.Mais qu’importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l’hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.
LAISSEZ-MOI de Marcelle Sauvageot
Pourquoi ?
Depuis que j’ai lu ce texte, je n’éprouve que des mauvais sentiments… Jalousie de ne pas l’avoir écrit, regret de ne pas l’avoir lu plus tôt, colère de ne jamais avoir entendu parler de Marcelle….
C’est d’abord (comme souvent) sa couverture qui m’a attirée. La photo est célébrissime (Les plongeurs – George Hoyningen-Huene) mais surtout trompeuse. Un couple en maillot de bain, pose de profil en nous tournant la tête, assis sur ce qui semble être un plongeoir, face à la mer. En réalité, cette photo des années 30 a été prise sur les toits de Paris.
Je prends le livre, le tourne et découvre des critiques pleines de louanges teintées d’incompréhension et de tristesse que cet ouvrage n’ait pas fait date dans la littérature.
Zou ! Je l’achète et le lirai pendant les vacances ! On va voir s’il va faire date !
Les facéties de la vie ont voulu que, je lise ce livre, bloquée sur un lit d’hôpital. Quelle ironie ! S’immerger dans une histoire de femme malade (et condamnée ?) dans un sanatorium quand on est soi-même coincée dans une ambiance gériatrie 👌👌👌.
J’ai toujours eu un excellent sens de l’à-propos.
Alors, date ou pas date ?
Au diable le suspense ! Date bien sûr !!! Ce texte est tout à la fois un récit, une lettre, un manifeste, un adieu. Il est court, 123 pages, sans emphase, sans effet de style et pourtant… L’écriture est simple, fulgurante, tellement juste et belle, à la fois douce et violente. Un peu comme l’eau vive et glacée d’un torrent. Y plonger est une évidence mais qui n’a rien de confortable. Après vous avoir rafraîchi, la froidure vous saisit et vous oblige à nager pour ne pas perdre pied, pour éviter l’engourdissement.
Car c’est de cela qu’il s’agit, ne pas s’engourdir, jamais, ni pendant une histoire, ni après une rupture.
Jamais je n’ai été aussi proche de la vérité d’une rupture, jamais je n’ai lu un texte qui exprime tout à la fois les émotions, l’affect mais aussi l’intelligence, la distance, la force. Comme l’autopsie enflammée et lucide que l’on ferait d’un amour mort.
Entrez dans la lumière…
L’héroïne, soignée dans un sanatorium dont elle ne ressortira peut-être pas vivante, illumine ses journées en pensant à son amant. Jusqu’au jour où elle reçoit une lettre « Je me marie… Notre amitié demeure. »
Malgré le choc, elle ne subira pas. Elle a décidé d’aimer cet homme, elle va décider de le désaimer… presque pour les mêmes raisons. Femme libre, amoureuse, délaissée, mais libre avant tout. Elle est forte. Personne ne pourra détruire ce qu’elle est intrinsèquement. À force de tout faire pour plaire à l’autre on se perd et c’est le pire, comme une trahison à soi-même, comme une solitude supplémentaire qui s’ajoute à nos renoncements. Elle évoque « le petit coin qui ne vibre pas, même au plus profond du bonheur », ce refuge accessible de vous seul et dans lequel vous conservez votre intégrité. Un lieu à soi. « Vous êtes parti, mais je me suis retrouvée… Je ne me sens pas seule ».
Certains diront que c’est le charme de la passion, de tout vivre intensément, de toucher le fond, de s’oublier… Je pense, au contraire, comme Marcelle : on ne doit jamais s’oublier, jamais s’effacer devant qui que ce soit.
Ce livre est un bijou brut, à lire et à relire… Et puis, cela n’a rien à voir, ne légitime rien, n’apporte rien … Mais Marcelle était belle, tellement belle.
L’AFFAIRE ALBERT de Jean-Baptiste Veber
Je déclare ouverte la séance d’auto-satisfaction de la bibliothécaire, par la bibliothécaire !
Ce blog a bientôt deux ans. C’est mon bébé ! Je le vois grandir de semaines en semaines avec le ravissement d’une jeune mère. Comme tout enfant en bas âge, il se transforme souvent en despote, exige des soins constants, de l’attention, du temps. Pour couronner le tout, il a son caractère, fait régulièrement la forte tête en refusant d’enregistrer certaines chroniques, voire même de les programmer. J’ai parfois du mal à trouver les mots justes pour lui exprimer mes ressentis. Mais, comme tout enfant, il me procure un plaisir incommensurable, la fierté de ceux de dire : « c’est moi qui l’ai fait ! ». Il n’est pas très précoce mais grandit à son rythme. Il a sa cour, ses fidèles, quelques visiteurs de passage. Certains jours sa courbe de croissance explose, d’autres, elle reste désespérément anémique. Mais, depuis quelque temps, ça bouge ! Enfin, ça frémit !
Il y a quelques semaines, un auteur, Jean-Baptiste Veber, propose de m’envoyer ses livres et, pourquoi pas, d’en parler si l’un d’eux m’inspire. Youhouuuuuuuu ! J’ai l’impression, fugace mais exquise, d’être la reine des chroniqueuses littéraires.
Mais après la joie, l’angoisse m’étreint. Et si je n’aime pas ? Je fais quoi ? Je me contente de lui dire ? « Merci pour les bouquins. J’ai détesté. Ciao ». C’est cruel quand on connaît la douleur, la difficulté, l’engagement que représente l’écriture d’un livre. Oh pétard !!! (juron favori de Madame Sophie D., ma muse en la matière 😂). Dans quoi m’embarqué-je 😱 ?
Et puis d’abord, qui est Jean-Baptiste Veber ?
Dire qu’il est multiple est un euphémisme. Ce serait mon gamin, je le cataloguerais direct comme hyperactif et l’enverrai fissa chez ses grand-parents !
Jugez plutôt : professeur d’Histoire-Géographie, auteur d’ouvrages en la matière, qui plus est, adoubés par l’Education nationale. Il écrit également des articles pour des revues qui n’ont rien de confidentiel. Le dernier en date traite de l’histoire de la couleur bleue en occident… et c’est dans l’éléphant, s’il vous plaît (numéro de juillet) !
Et comme il a encore un peu de temps libre à tuer (ahahah, rire nerveux), il en profite pour écrire nouvelles et romans.
Mon choix se porte sur L’affaire Albert. Zou ! C’est parti !
Mesdames et Messieurs, la cour, les jurés : le verdict !
Chapeau l’artiste ! Surtout que sieur Veber arrivait juste après la lecture de Baise-moi de Virginie Despentes. Cela avait été un tel coup de foudre, une telle déflagration, que tout me paraissait fade et sans saveur dans les jours qui ont suivi. Pourtant, son livre a réussi à m’impressionner.
Albert Lapins a été assassiné ! Il vivait dans un quartier populaire, haut en couleurs, peuplé de personnages pittoresques. L’assassinat d’un être sans histoire comme Albert provoque un sacré ramdam dans le secteur ! Chacun y va de son appréciation, mêlant rumeurs et jugements pour tenter d’expliquer (voire même de justifier) l’inexplicable. Car enfin, Albert était-il vraiment sans histoire ?
La narration est basée sur une mosaïque de témoignages, chacun apportant un éclairage sur l’existence et la personnalité de ce pauvre Albert. Cela va du parrain local à l’institutrice en passant par la voisine de palier, genre vieille commère… et j’en passe.
L’intrigue prend corps progressivement, démarrant comme un banal fait divers pour se terminer comme…. Ben non, je ne vous le dis pas 😜 !
Jean-Baptiste écrit bien, très bien même ! Car l’exercice est difficile et périlleux. C’est déjà difficile d’écrire correctement. Trouver son style c’est un peu le Graal. Mais jongler entre plusieurs styles, cela demande une maîtrise assez impressionnante. Manier l’argot, la gouaille, un phrasé truculent dans la bouche d’une petite frappe, puis, passer à un récit structuré et châtié dans la bouche d’un universitaire, c’est prendre des risques.
On ne connait jamais vraiment un homme de son vivant (ça marche aussi pour les femmes😉). Que reste-t-il de lui après sa mort ? Le concret ? Ce qu’il a fait ? Ou juste des avis, des opinions, tous subjectifs, qu’ils soient positifs ou négatifs, car dictés par les émotions et les sentiments de ceux qui les profèrent ?
L’été arrive, vous n’avez pas d’idées lecture ? Vous voulez sortir des sentiers battus ? Rire, être surpris et lire de la belle ouvrage ? Alors, « L’affaire Albert » aux éditions Encre Rouge est pour vous !