LA VÉNUS D’ILLE de Prosper Mérimée

Je n’aime pas les nouvelles

Je n’ai aucune explication rationnelle. Je sais bien que des écrivains, illustres même, ont écrit des nouvelles incroyables. Je me demande même si écrire une nouvelle ne demande pas plus de talent que d’écrire un roman.
En très peu de pages, il faut réussir trois tours de force :
1/ capter le lecteur
2/ l’immerger dans un univers
3/ le faire s’attacher aux personnages
Une fois tout cela accompli, il reste encore à développer une intrigue consistante et soigner la chute.
Imaginez la maîtrise de narration que ça demande.
Je sais. Mais je n’aime pas les nouvelles.
J’ai lu des résumés vertigineux au dos de bouquins… que j’ai reposés dès que j’ai vu qu’il s’agissait de recueil de nouvelles.
A quoi bon s’attacher, s’investir, se projeter dans une histoire si c‘est pour que ça s’arrête au bout de 30 pages ? Autant ne pas commencer.
Je n’ai même pas l’excuse du genre mineur. Carmen, cet opéra connu dans le monde entier, est, à l’origine, une nouvelle de Mérimée. Le joueur d’échec de Stefan Sweig ? Une nouvelle ! Les Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe ? Des nouvelles !
Mais, ça ne change rien. Je suis butée comme un âne breton.
Je n’aime pas les nouvelles.
Je n’aime pas le fantastique non plus.
Et pourtant, c’est bien d’un court roman fantastique dont je vais vous parler.

Prosper disait que La Vénus d’Ille était son chef-d’œuvre

C’est quand même le type qui a écrit Colomba et Carmen qui le dit. On peut, un chouïa, lui faire confiance.
Mais ça n’a pas suffit à me convaincre.
Il a fallu qu’une collègue arrive un matin à l’agence, totalement enthousiasmée.
Normalement, à la machine à café, on tournait, maximum, autour de deux sujets de conversation : la soirée de la veille et les mecs (ce qui revient au même). La culture nous intéressait mais on la maniait avec parcimonie et précaution.
Bref, on avait 25 ans.
Elle arrive donc, « j’ai lu un livre incroyable qui m’a fait ma soirée. C’est de Prosper Mérimée et c’est top ! Je vous raconte juste le sujet».
Autant vous dire que j’étais à fond.
Elle nous brosse l’intrigue (non, ce n’est pas une expression graveleuse) avec un talent de conteuse qui ménage ses effets.

Tadam ! C’était vendu pour moi, j’allais profiter de la pause déjeuner pour filer à la Fnac et acheter ce livre… quand retentit la phrase qui m’arrêta net « en plus, ça se lit vite, c’est une nouvelle ».
Bon sang, elle me fait saliver depuis un quart d’heure, je suis chaude comme la braise, et là, c’est la douche froide.
Un peu comme si un vendeur Darty me montrait le smartphone dernier cri pendant 20 minutes pour me dire à la fin « en revanche il ne fonctionne qu’avec des piles ».
Vu son état d’euphorie, j’ai passé outre mes réserves et je l’ai acheté (le livre, pas le smartphone).

On ne badine pas avec l’amour

Le pitch est efficace.
Dans une ville du sud de la France, une statue de Vénus vient d’être exhumée.
Elle est d’une beauté irréelle, hypnotique, voire même inquiétante.
Le propriétaire de la statue doit marier son fils, Alphonse.
A la suite d’un concours de circonstances, Alphonse passe la bague de sa future femme au doigt de la statue, projetant de la récupérer plus tard.
Non seulement il ne la récupèrera pas, mais on le trouvera mort dans le lit nuptial au matin de sa nuit de noces, une expression de terreur sur son visage, sa jeune épouse hystérique, au bord de la folie.

Mérimée réussit à installer une ambiance étrange, angoissante, en restant minimaliste. Il instille le doute par petites touches sans surcharge d’effets ou de descriptions.
Et ça marche !
Je l’ai lu en une soirée… et j’ai fait le tour de tous les bibelots avant d’éteindre la lumière !

2 commentaires sur “LA VÉNUS D’ILLE de Prosper Mérimée

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  1. Une histoire absolument extraordinaire et passionnante qui dévoile tout le talent littéraire de ce grand auteur réaliste.
    Je confirme : le livre refermé on se met à regarder nos statuettes différemment 😉👍

    Aimé par 1 personne

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