LA BOULE NOIRE de Georges Simenon

Celle-là, je l’ai pas vue venir

Simenon c’est Maigret et Maigret c’est Simenon ! C’est propre, c’est carré, c’est rangé dans un coin de ma bibliothèque mentale. Je me suis déjà tapée l’intégrale de Jean Richard quand j’étais petite, on peut dire que j’ai une vue d’ensemble, je découvrirai ses bouquins quand je serai à la retraite ! Et puis, on va pas se mentir, snob comme je suis, Simenon, c’est pas de la grande littérature hein ?!

J’en étais donc là à attendre pépouze la retraite. Sauf que forcément mes prévisions ne se réalisent jamais in the real life. In the real Life, je tombe sur une collection du Monde : « Le Monde de Simenon ». Je prends un livre au hasard, les oeuvres sont classées par thème, j’ai pioché l’humiliation 🥳. Je ne tique même pas, on reste dans le concept d’année de merde que 2020 érige en art. Mais ce qui m’intrigue c’est un titre : « La Boule Noire ». Je retourne le livre, lis le résumé… et pars en vrille. « Voyez cette petite ville américaine de Williamson : il suffira qu’une main anonyme mette dans l’urne la boule noire qui lui refuse l’entrée du Country Club pour qu’un fils de prolétaire en reste traumatisé à vie ». Reconnaissez que ça envoie du bois ! Zou ! C’est parti !

L’Amérique de Simenon

Jean Giono a dit « Les romans de Simenon ? Toujours la même chose : un poêle qui ne tire pas et une femme qui sent le chou » ! C’est exactement l’image que j’en avais. Ben non ! Simenon, c’est aussi l’Amérique ! L’Amérique des trente glorieuses, toute puissante, qui balance du rêve et des dollars ; tant mieux pour ceux qui les attrapent, tant pis pour les autres.

Dès les premières pages, Georges réussit un véritable tour de force : vous plonger dans les méandres d’une petite ville américaine comme si vous y étiez nés. C’est instantané et impressionnant. On connaît cette ville pourtant si éloignée, on connaît ces gens, ils nous ressemblent. On voit tout, on entend tout, on ressent tout, tels des anthropologues penchés sur une société miniature. On observe, avec distance puis avec passion. Tout y est. L’espoir, l’envie, la jalousie, le désir presque vital de s’extirper de sa condition, vous pouvez presque les toucher du doigt. Certains manoeuvrent, manipulent, d’autres s’échinent à gravir l’échelle sociale à force de sueur et de soumission. Tous essaient de passer entre les gouttes de ce jeu de massacre que sont les règles sociales.

Ce roman est construit comme un thriller. Le protagoniste, Walter Higgins, peut basculer à tout moment du côté du bien, du mal, de la folie.

Et si la vraie folie c’était de vouloir être accepté, quel qu’en soit le prix ? On ne change jamais vraiment. On reste toujours soi, un peu comme les gros restent gros à vie dans leur tête, même après avoir perdu tous leurs kilos superflus.

C’est un roman haletant, je vous le conseille.

CONTRADICTIONS de Esther Granek

Contradictions

Ils cohabitent en moi.
Se battent sans qu’on le voie :

Le passé le présent
Le futur et maintenant
L’illusion et le vrai
Le maussade et le gai
La bêtise la raison
Et les oui et les non
L’amour de ma personne
Les dégoûts qu’elle me donne
Les façades qu’on se fait
Et ce qui derrière est
Et les peurs qu’on avale
Les courages qu’on étale
Les envies de dire zut
Et les besoins de lutte
Et l’humain et la bête
Et le ventre et la tête
Les sens et la vertu
Le caché et le nu
L’aimable et le sévère
Le prude et le vulgaire
Le parleur le taiseux
Le brave et le peureux
Et le fier et le veule…

Pour tout ça je suis seule.

VOUS NE SAUREZ JAMAIS de Marguerite Yourcenar

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage

Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;

Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,

N’empêcheront jamais que vous ayez été.

Que la beauté du monde a pris votre visage,

Vit de votre douceur, luit de votre clarté,

Et que ce lac pensif au fond du paysage

Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme

Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;

Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,

M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,

Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

LA VRAIE VIE de Adeline Dieudonné

Les Belges sont décidément très forts !

Je trouve qu’il y a beaucoup trop de Belges talentueux ! Entre Maurice Carême, Georges Simenon, Françoise MalletJorris, EricEmmanuel Schmitt et Amélie Nothomb, c’est quoi leur secret ? Il y a un gène belge de l’écriture ? Le waterzoï de poulet améliore les qualités littéraires ? Les moules-frites développent l’imagination ? La gaufre de Liège booste la puissance narrative ?

Les Belges doivent servir de souffre-douleur aux Français, pas les subjuguer avec leurs livres !

C’est pourquoi, quand j’ai entendu François Busnel présenter la nouvelle révélation belge, je n’ai pas pu m’empêcher de crier « encore !!! » (oui, je parle fort et beaucoup, au grand dam de Népoux qui essaie de suivre tranquillement).

La nouvelle révélation belge est charmante, jeune, captivante, et, pour ne rien gâcher, j’apprends qu’elle écoute du métal pour écrire. Bref, c’est une personnalité atypique juste comme je les aime.

Je garde son nom et le titre du livre dans un coin de ma tête… et continue ma petite vie.

Jusqu’au jour où je passe devant mon libraire (allez zou ! un petit coup de pub ! La librairie «Le Livre et La Tortue », à Issy-les-Moulineaux, est une petite merveille, tenue par de jeunes passionnés). Vous noterez que je passe devant, hein, je n’entre pas, fait rarissime ! D’ailleurs, JE NE DOIS PAS RENTRER, j’ai suffisamment de livres en retard pour tenir tout l’hiver sans bouger de mon canapé !

Mais, sur la porte, une affiche est bien mise en valeur : dédicace de Adeline Dieudonné pour son premier livre La Vraie Vie.

Et puis, merde, je rentre 😤😤😤… et j’achète le bouquin !

Je viens de terminer ce livre et c’est une vraie surprise !

Nous ne connaîtrons jamais le prénom de l’héroïne. Elle a 11 ans, vit avec ses parents et son petit frère, Gilles, dans un lotissement triste d’une banlieue lugubre. Son père se drogue à la chasse au gros gibier. Traquer, ressentir la peur de la bête, ça l’excite, c’est sa façon d’évacuer toutes les frustrations de sa vie, d’affirmer sa virilité. Forcément, quand il est en manque, il traque la mère, totalement paralysée par la peur que lui inspire son mari. Heureusement, il y a Gilles, son petit frère qui la suit partout, dont les éclats de rire lui sont aussi vitaux que l’air ou l’eau.

Jusqu’au jour de l’accident. Son petit frère ne rit plus, il est comme rongé de l’intérieur. Alors, elle va tout faire pour retrouver son « vrai » petit frère, celui d’avant.

Et si on avait un brouillon de vie ? Une vie pour faire des essais, expérimenter, se tromper ; une vie pour les malheurs, les déceptions, la tristesse ; un brouillon de vie pour préparer la vraie vie, pour la faire la plus belle possible, pour retrouver son petit frère d’avant l’accident.

C’est l’histoire d’une confrontation. La confrontation entre, d’un côté,                                                                                                                                                                                               la candeur, la naïveté, la volonté butée de l’enfance et, de l’autre, la résignation, la cruauté, le désespoir des adultes.

Pour un premier livre c’est une jolie réussite. Je parie que cette Belge va encore nous surprendre à l’avenir !

LE TEMPS DE VIVRE de Anna de Noailles

Le saviez-vous ?

Anna de Noailles fut la première femme à être commandeur de la Légion d’Honneur.

 

Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l’aube au jour qui baisse,

Garde ton âme ouverte aux parfums d’alentour,
Aux mouvements de l’onde,
Aime l’effort, l’espoir, l’orgueil, aime l’amour,
C’est la chose profonde,

Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire,
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre,

Combien s’en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces,
Et qui n’ont pas goûté la vie où le soleil
Se déploie et s’enfonce.

Ils n’ont pas répandu les essences et l’or
Dont leurs mains étaient pleines,
Les voici maintenant dans cette ombre où l’on dort
Sans rêve et sans haleine ;

— Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
De frissons et d’extase,
Penche sur les chemins où l’homme doit servir
Ton âme comme un vase,

Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
La vie âpre et farouche ;
Que la joie et l’amour chantent comme un essaim
D’abeilles sur ta bouche.

Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment,
Les rives infidèles,
Ayant donné ton cœur et ton consentement
À la nuit éternelle.

LE PLAT PAYS de Jacques Brel

40 ans déjà, 40 ans et toujours là / Comme un sale gosse / À nous provoquer / À nous déranger / À nous faire pleurer / À nous dire qu’on ne vit qu’une fois…

Et puis, parce qu’il n’y a pas plus beau que les plages du nord 🌊

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Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l’est écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien
Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d’ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien
Avec un ciel si bas qu’un canal s’est perdu
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris qu’un canal s’est pendu
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien
Avec de l’Italie qui descendrait l’Escaut
Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien.
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