Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler… pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats, des curés, d’la musique militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’île de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécillité.
MAUDIE EST FOLLE de Thomas Fersen
Maudie est folle
Tout le monde le sait
Tout le monde l’a dit quand elle passait
Maudie a ses idées à elle
Pour le moins inhabituelles
Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…
Elle entend bourdonner des mouches
Elle a peur qu’elles entrent dans sa bouche
Elle fait ses courses en robe de chambre
Et les gens ont peur de comprendre que
Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…
Je suis la reine d’Angleterre
Je dors dans un lit à colonnes
Je suis la reine d’Angleterre
Maudie est folle
Depuis la faillitte de son père
Maudie a perdu ses repères
Un homme lui a fait une offense
Et les choses ont perdu leurs sens
Maudie est folle, Maudie est folle
Elle porte toujours quatre épaisseurs
Alors je veille sur ma sœur
Car elle est folle
Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle, Maudie est folle…
Je suis la reine d’Angleterre
Je dors dans un lit à colonnes
Je suis la reine d’Angleterre
Maudie est folle
MORALES ESPIEGLES de Michel Serres
Commençons par un peu de douceur et de consensualisme !
En six mois, j’ai vu ou lu de nombreuses interviews de Michel Serres. A chaque fois, j’étais en pâmoison devant ce vieillard !
D’abord, je lui trouvais un charme fou. Il souriait tout le temps et je suis très sensible aux sourires, voire même aux rires, aux éclats de rire, aux fous rires, aux rires subtils, aux rires cons. Je prends tout ! J’expérimente tout 🤪 ! A une époque où beaucoup s’astreignent à tirer des tronches de trois mètres de long, où l’agressivité devient une norme comportementale, je trouve qu’on sous-estime beaucoup le pouvoir du sourire.
Il avait le regard malicieux et c’est très difficile. Pour avoir l’œil malicieux, il faut avoir l’esprit malicieux. J’ai essayé et ça ne marche pas à tous les coups. J’oscille entre l’œil moqueur, cynique, bovin, mais la malice ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ! Vous me suivez toujours ? 😱
Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était sa curiosité et son intelligence bienveillante. Lorsqu’on arrive à un âge avancé, on est très souvent enclin à se barricader face au monde qui change, à seriner des « c’était mieux avant », « de mon temps c’était autre chose », « les jeunes d’aujourd’hui, c’est des bons à rien » et autres « halala, le pauvre Général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe ». Bon, ce n’est pas l’apanage des vieux, il y a des jeunes qui font ça très bien aussi (d’ailleurs Brassens en a fait une chanson), mais c’est quand même une petite tendance chez les plus de 70 ans. Et ça m’a toujours gonflée… et effrayée. Car qui me dit que dans quelques années, je ne deviendrai pas, moi aussi, une parfaite Tatie Danielle ? Michel, c’était tout le contraire, je le trouvais ouvert, optimiste, tolérant.
Bref, j’aimais beaucoup Michel Serres. Donc, forcément, j’étais mûre pour lire un de ses livres.
Putain ! Que je me suis fait chier !
Voilà, c’est dit ! Je sais que je vais choquer plein de gens, que ce n’est pas Michel qui est en cause, c’est moi qui n’ai rien compris… Mais ça ne change rien. Le livre était minuscule et j’ai fait péter le champagne de soulagement quand je l’eus terminé.
Est-ce que j’avais oublié que j’avais affaire à un philosophe ? Est-ce qu’il avait déjà tout dit dans ses interviews, le livre n’apportant pas grand chose de plus ?
Les deux ! Et pourtant, j’adore la philosophie (je lis Frédéric Lenoir, c’est vous dire) ! Mais Michel avait déjà tout dévoilé dans ses interviews… en beaucoup mieux ! Ce qui était simple, fluide, évident, quand vous l’écoutiez à la télévision ou le lisiez dans un magazine, devenait ampoulé, poussif, répétitif dans son livre.
Pourtant, sa pensée a tout pour me plaire. Il ne se prend pas au sérieux, il réhabilite la désobéissance à la hiérarchie, le chahut, l’espièglerie, il loue des valeurs telles l’empathie, l’humilité, le respect de la nature, la transmission… tout ce à quoi j’essaie d’être fidèle (notez que le verbe « essayer » est primordial dans cette phrase 😜). Ce recueil de petites leçons de vie, tirées de son expérience, ne POUVAIT PAS ne pas me séduire.
Mais, c’est oublier que rien n’est prévisible et c’est justement un des plus beaux attraits de la vie. Je ne me décourage pas (moi ? Jamais !) ! Prochaine lecture : Petite Poucette !
SUR UN TRAPÈZE de Alain Bashung
Pour Népoux, qui me maintient en équilibre sur le trapèze qu’est la vie 😘
On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent
On dirait que l’on soufflerait sur les braises
On dirait que les pirates nous assiègent
Et que notre amour c’est le trésor
On dirait qu’on serait toujours d’accord
J’ai traqué les toujours, déssossé les déesses,
Goûté aux alentours souvent changé d’adresse
Ce qui nous entoure l’extension de nos corps
Quand nous sommes à l’écart mineur chercheur d’or
Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?
Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?
On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent
Peut-être que la nuit le monde fait la trêve
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève
On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
Peut-être que la nuit le monde fait la trêve
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève
UNE SORCIERE COMME LES AUTRES de Anne Sylvestre
Je voue un amour inconditionnel à Anne Sylvestre, la plus envoûtante de toutes les sorcières !
S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefoisJ’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bougerJe vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amourJe vous ai porté encore
À l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon coeurQuand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisonsQuand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedansCe n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseauEt c’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autresIl vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attendS’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjàVous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiezVous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tueQuand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plusQuand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessousCe n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou se débat
C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de cotonEt c’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autresS’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps
Libre et fort comme le ventLibre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeurJ’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peuxJ’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pasMais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peut plus
Le sol se rompant
Découvre des richesses inconnuesLa mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyéCe n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend
C’est Gabrielle
Ou bien Eva
Fille d’amour
Ou de combatEt c’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autresS’il vous plaît
S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger.
LA PLUS BELLE FOIS QU’ON M’A DIT « JE T’AIME »… de Francis Lalanne
Noooon ! Ne partez pas ! Après tout, on a tous une chanson inavouable… Pas vous ?
Et puis, Francis a été jeune (si !) et moi aussi (si, si !)… et qu’est-ce que j’ai pu chanter cette chanson 😍😍😍
La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.
Il m’a pas regardé
L’air grave et langoureux
Les pupilles bandées
Le biceps amoureux
Il avait pas le regard
De ceux qu’ont rien dans le coeur
Comme tous ces p’tits ringards
Qui jouent les grands… tombeurs
Il m’a regardé simplement
Avec des yeux qui r’gardent vraiment
Pas de sourire et pas d’oeillade
Pas de cinéma et pas d’aubade
Il m’a dit ça comme quand c’est vrai
Il m’a dit ça de mon plein gré
Avec un sourire qui pleure
Comme quand les coeurs sont pas à l’heure
J’me suis senti con ce jour-là
De pas savoir répondre à ça
La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.
Pendant qu’il me regardait
Ça flanchait dans mes yeux
Et plus il me regardait
Plus mon pouls sonnait creux
Le coeur comme un marteau
La tête comme un pourquoi
J’étais mal dans ma peau
Pourtant, il y avait pas de quoi
Pourtant il m’a pas fait du plat
Comme un mec avec une nana
J’ai fait celui qui veut rien entendre
J’ai fait celui qui veut pas comprendre
Et j’ai bredouillé quelques mots
Des trucs qui sonnaient un peu faux
Du style moi aussi je t’aime bien
Tout le monde ici, tous les copains
J’me suis senti con ce jour-là
De pas être comme lui, d’être comme moi
La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.
Il a sourit tout bas
Juste avant de partir
On avait lui et moi
Plus grand chose à se dire
On s’est revu un jour
On s’est rien dit du tout
A chacun son amour
C’est pas le mien, voilà tout.
Aimer les filles ou les garçons
Aimer, c’est aimer de toute façon
Mais…
La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.
LE PLAT PAYS de Jacques Brel
40 ans déjà, 40 ans et toujours là / Comme un sale gosse / À nous provoquer / À nous déranger / À nous faire pleurer / À nous dire qu’on ne vit qu’une fois…
Et puis, parce qu’il n’y a pas plus beau que les plages du nord 🌊

Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l’est écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d’ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris qu’un canal s’est pendu
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien
Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien.

LA BOHÈME de Charles Aznavour
Je pourrais écouter cette chanson en boucle… et partir faire du macramé dans le Larzac 😂


Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout