LA MAISON de Emma Becker

Ce livre n’est pas un bonbon.

Dans ma dernière chronique je vous parlais de livres qui étaient comme des bonbons, doux, agréables et sucrés.

Et puis il y en a d’autres. Qui picotent, râpent la langue, font grimacer.

La Maison en fait partie.

C’est un récit qu’on n’attend pas, qui va à contre-courant de la pensée dominante de l’époque, et qui dérange. Pourtant, ça parle de choses qui existent, qui sont vraies, pas d’une vérité absolue mais tout du moins réelles. On fait quoi face à une réalité qui ne correspond pas à notre schéma de pensée ? On réfute ? On oublie ? On fuit ?

La Maison d’Emma Becker

Une femme décide de se prostituer, le revendique, l’assume, en retire même des plaisirs et des moments de bonheur. Ça chatouille hein ?

Si, encore, il s’agissait d’une femme lambda, personnage imaginaire tout droit sortie du cerveau d’Emma… ou à la limite (mais vraiment extrême limite) d’une femme qu’elle a rencontrée et dont elle raconte l’histoire. On pourrait mettre le récit à distance, le balayer d’un revers de main : « c’est totalement inventé, c’est l’exception qui confirme la règle, c’est une nymphomane, elle fait genre mais elle est profondément malheureuse… ». Et on replongerait nos mains allègrement dans le paquet de bonbons avec la satisfaction que rien ne peut troubler nos convictions.

Mais non ! C’est d’elle dont elle parle ! Pas de mise à distance possible, pas de dédain à opposer, parce qu’en plus, elle a de la répartie, Emma ! Elle est là, à vous regarder droit dans les yeux : « c’est mon histoire, c’est mon choix et je ne suis pas la seule ».

La première fois que je l’ai vue c’était à La Grande Librairie (bon sang, je devrais me faire payer tellement je fais de pub à cette émission). Et, croyez-moi, Emma a picoté tous les invités, hommes et femmes. Et c’est parti pour une série de réactions empruntées : « oui, le livre est vraiment intéressant mais attention à ne pas glorifier la prostitution », « je suis un peu dérangée quand même ». Comme si ce livre était forcément plus qu’un témoignage et légitimait toutes formes de prostitution, la recommandait comme une voie royale. Allez zou ! Cursus en 5 ans chez Sup de Pute, c’est l’assurance d’une carrière d’avenir !

Parce que c’est bien connu, une pute, ça doit être exclusivement une victime, faut quand même flatter un minimum notre moralité, nos valeurs. OK, c’est une pute mais elle n’a pas le choix, on la force. Elle attend d’être sauvée.

Mais une pute qui n’attend rien, ça met méchamment à mal nos certitudes, nos batailles, les avancées de la condition féminine passées et à venir. Et si la véritable avancée c’était la liberté ? Liberté pour les femmes de disposer de leur corps sans être jugée y compris par leurs sœurs ? Liberté de se défaire des règles et injonctions du patriarcat sans tomber dans celles des féministes ?

Et le livre, dans tout ça ?

Je comprends le malaise qui se déroule en 2 temps :

  • Le sujet. Il serait somme toute assez commun, avec son charme belle époque si justement l’époque n’était contemporaine (il existe donc encore des maisons closes de nos jours ?).
  • Ce que l’auteure a fait pour écrire ce livre, ou plutôt ce que ce livre lui a permit (autorisé) de faire
  • Enfin, l’atmosphère du livre et de la Maison, un univers caché, feutré, protégé du monde, bruissant d’une charmante ambiance féminine. On a envie d’y être.

Que c’est agréable de lire un livre bien écrit avec un beau style.

Et drôle, ce que je ne soupçonnais pas, car en promotion, Emma becker est beaucoup de choses – belle, énigmatique, (on la regarde comme une bête curieuse) douce et forte (pas besoin de parler plus fort et il ne viendrait a personne l’idée d’être malotru avec elle) – mais pas drôle

LA CORRIDA de Francis Cabrel

Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire
J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante
Au bout du couloir
Quelqu’un a touché le verrou
Et j’ai plongé vers le grand jour
J’ai vu les fanfares, les barrières
Et les gens autour

Dans les premiers moments j’ai cru
Qu’il fallait seulement se défendre
Mais cette place est sans issue
Je commence à comprendre
Ils ont refermé derrière moi
Ils ont eu peur que je recule
Je vais bien finir par l’avoir
Cette danseuse ridicule

Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Andalousie je me souviens
Les prairies bordées de cactus
Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus !
Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil

Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?
J’en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m’incline

Ils sortent d’où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier ?
J’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées
Sentir le sable sous ma tête
C’est fou comme ça peut faire du bien
J’ai prié pour que tout s’arrête
Andalousie je me souviens

Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?


Si, si hombre, hombre
Baila, baila

Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otras vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar
Y mataremos otros

https://youtu.be/m1ET6SEtwbc

UN CERTAIN MONSIEUR PIEKIELNY de François-Henri Désérable

Monsieur Piekielny, le figurant le plus célèbre de la littérature française !

Pour les amoureux d’ouvrages classiques en général et de Romain Gary en particulier, il est impossible de ne pas connaître Monsieur Piekielny ! C’est le plus grand hold-up jamais réalisé dans un roman. Ce n’est pas un personnage principal, encore moins secondaire, il n’est présent que trois pages dans un livre qui en compte 464 (il représente très exactement 0,6 % de l’œuvre, c’est quand même très très léger, on est largement en-dessous du quart d’heure de gloire revendiqué par Warhol). C’est énorme de parler d’un quidam pendant trois pages ! Autant vous dire qu’aussitôt sorti de l’obscurité, il aurait dû y retourner illico et n’en plus jamais sortir. Mais c’est sans compter sur le pouvoir de l’écriture de Romain Gary. En quelques lignes, il décrit un homme qui représente à lui-seul la condition humaine. Une ombre à la vie banale, sans éclat, qui subit, qui obéit et qui souffre aussi dans l’indifférence la plus totale. Que cet homme effacé, insignifiant, puisse avoir une requête et la porter devant un enfant, en hésitant puis en l’implorant, est d’une force émotionnelle incroyable. Et quelle requête ! Celle de laisser une trace de son passage sur cette terre, donner un sens à son existence ! Le désir ultime de tout être humain ! Ces trois pages racontent ça, NE RACONTENT QUE ÇA et pourtant elles érigent Monsieur Piekielny au rang de héros de la littérature.

Je ne suis pas la seule à le penser car, que vois-je, début 2019 ? Il fait les gros titres. On lui consacre un roman entier presque 50 ans après la sortie de La Promesse de l’Aube.

Je dois lire ce livre, mais je me pose une question 🤔

C’est qui François-Henri Désérable ?

François-Henri 😱 : je penche pour un vieux issu d’une lignée noble, mais qui, après avoir perdu la particule, a tout misé sur le prénom. Pas du tout ! Il est jeune, mignon tout plein et a un parcours totalement atypique. Passionné de hockey sur glace 😱, il devient joueur professionnel puis s’inscrit en Droit pour rassurer sa maman. Études de droit qu’il abandonne pour se consacrer à l’écriture. Ça, c’est pour Wikipédia.

Je me découvre un point commun avec lui (en plus de son admiration pour Romain Gary) : son aversion pour le 15e arrondissement de Paris. Mais tout pareil ! C’est l’arrondissement qui ne choisit pas son camp, qui essaie d’être tout à la fois : huppé, bourgeois, populaire, branché… et qui, au final, n’est rien. Tous les quartiers sont tristes (je le sais, je les ai tous écumés) : Javel, Grenelle, Mirabeau, Convention, Pasteur, même Montparnasse est chiant côté 15e ! Les jeunes ont l’air vieux, les vieux le sont. JE HAIS le 15e 👿!

Stop ! Revenons à son livre.

De quoi parle-t-il exactement ?

François-Henri, amoureux de La Promesse, décide d’enquêter sur ce Monsieur Piekielny. A-t-il seulement existé ? Quelle était sa vie ? Quelle a été sa fin ?

Et commence alors un grand bringuebalement pour le lecteur.

  • L’histoire, d’abord, qui a pour point de départ Monsieur Piekielny, mais qui n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour à Romain Gary, aux hommes de bien et parfois de rien. L’histoire qui nous entraîne à Vilnius en Lituanie, pays que l’on imagine gris, triste et froid, parfait linceul pour ces Juifs qui y sont morts par milliers. Piekielny en faisait-il partie ? Et puis l’auteur, au milieu de tout ça, qui essaie de trouver sa place, de mettre son histoire dans l’Histoire, sans prétention, avec malice et élégance.
  • La forme, ensuite, qui virevolte entre enquête rigoureuse et imaginaire fécond et débridé de l’auteur. Cela donne un ouvrage foisonnant et tourbillonnant.
  • Le style, enfin. François-Henri jongle avec tous les styles, avec une décontraction et une aisance apparentes. On passe de l’humour (FH est très très drôle) à la tristesse, de la légèreté à la gravité, de la vérité au mensonge. Seul bémol : à avoir tant de talent, parfois FH en fait trop. Certains passages manquent de simplicité, sont un peu trop pompeux, l’auteur se regarde écrire (libre adaptation par moi-même 😜).
J'ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. C'est un bel hommage à Romain Gary et à un certain Monsieur Piekielny !

La guerre, ce massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.  Paul Valéry

Et par le pouvoir d'un nom
Je recommence Ta vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Piekielny

SAN-ANTONIO – Aux frais de la princesse – de Frédéric Dard

Si tu n’as pas lu un San-Antonio avant tes cinquante ans, tu as raté ta vie !

Autant vous dire qu’il y avait un chouïa urgence pour moi !

  • Bien évidemment que je connais de nom.
  • Bien évidemment que je sais de quoi ça parle (enquêtes policières du Commissaire San-Antonio).
  • Bien évidemment que je sais que l’écriture de Frédéric Dard est truculente, fleurie, argotique et tout le tintouin.
  • Bien évidemment que je sais que la série des San-Antonio est devenue un classique.

Mais (je ne me repose jamais 🥳) :

  • Les San-Antonio sont systématiquement rangés dans le secteur « testostérone » des rayons des Maisons de la Presse, au mieux à côté des SAS, au pire entre les revues pornographiques et de musculation (et oui, avant de soulever des filles faut soulever de la fonte – c’est pas ma meilleure mais je l’aime bien 🥳).
  • Les titres me font rire (« Le pétomane ne répond plus« , « L’année de la moule« …) mais pas de là à déclencher l’acte d’achat (ici, le marketing pour les nuls 🤣).
  • Les couvertures sont délicieusement vintages, certaines frôlant le collector, mais elles fleurent aussi le grossier roman de gare. Bon sang, non, je ne suis pas prête pour ça !

Et Frédéric, alors ?

  • J’ai toujours eu une grande sympathie pour lui, bien que ne l’ayant jamais lu et ne connaissant pas son univers. Quand il passait à la télé, c’était un vrai plaisir de le regarder et de l’écouter parler.
  • Il avait le regard tendre, parfois triste ou plutôt inquiet, mais jamais cynique ni désabusé.
  • Il était drôle, un humour qui rassemble, élégant. Un humour comme une politesse.
  • Il était cultivé, avait un vocabulaire extrêmement riche (contrairement à ce qu’il pouvait dire « J’ai commencé avec 300 mots, tous les autres je les ai inventés »).
  • Et il vénérait Céline 🤗 !
  • Comment pouvais-je ne pas aimer Frédéric 🥰 ?

Il était donc dit que je devais le lire un jour… Et ce jour est arrivé cet été.


Mais il n’était pas dit que j’aimerais !

Ben non, j’ai pas aimé.

Pourtant ça commençait bien ! J’adore les romans policiers et l’humour 🤗.

Les soixante premières pages me comblent. Je découvre une écriture qui guérirait une vache neurasthénique (non, je ne parle pas de moi 😜).

Bref, je souris, je ris aussi. L’intrigue est intrigante, le style est stylé. Les personnages sont hauts en couleur, le sexe est récurrent et au-delà du burlesque. Jouer avec les mots comme il le fait demande une culture et une maîtrise phénoménales. Je comprends qu’on puisse être fan….
Sauf que… j’ai fini par trouver ça toujours pareil, j’ai commencé à tourner en rond, lentement puis de plus en plus vite. Tant et si bien que je ne l’ai pas fini 😱.

Je ne saurai jamais ce qui est arrivé au Vieux… et franchement, je m’en fous.

Je continue d’avoir une grande tendresse pour Frédéric… Et c’est le principal !


RHAPSODIE DES OUBLIÉS de Sofia Aouine

La Grande Librairie a encore frappé !

Mercredi 18 septembre. François annonce depuis plusieurs jours, sur les réseaux sociaux, une interview exclusive de Joyce Carol Oates, MA Joyce, que j’adore, que je vénère 🤩 !

Autant vous dire que mieux installée que moi sur le canapé, ce n’est pas possible. Zou ! C’est parti !

L’interview sera diffusée en fin d’émission (malin, le François 😤). Pas le choix, je vais donc regarder l’intégralité du programme. Je ne connais aucun des invités. Le thème, « Sexe et pouvoir » est alléchant bien comme il faut et promet une émission passionnante. Promesse tenue ! Ça a été un des numéros les plus enthousiasmants de la rentrée ! Mais, surtout, j’ai découvert Sofia.

Comment ai-je pu vivre sans Sofia ?

Quand elle arrive sur le plateau, on ne voit qu’elle !

  • Sofia, c’est d’abord un physique. Elle ne répond à aucun des canons de beauté en vigueur, elle est grosse (ce n’est pas une insulte, c’est factuel), sa tenue chatoyante jure parmi le trio de teintes « Bleu / Gris / Noir » des autres invités. Bref, elle est sublime ! Elle sourit, plante ses yeux droits dans ceux de son interlocuteur, a le regard teinté de malice même si on n’est pas forcément là pour rigoler. Elle est magnifique, je VEUX que ce soit ma copine  🥳 !
  • Elle n’est pas connue (enfin, par moi), ne bénéficie d’aucune notoriété, c’est son premier roman.
  • Elle a 41 ans, n’a plus la candeur de la prime jeunesse (si tant est qu’elle l’ait eu un jour vu son parcours). Elle a mieux ! L’énergie et la rage de ceux qui ont bien galéré pour s’en sortir.
  • Peu importe, elle irradie. Vous êtes irrésistiblement attirée dans son sillage, vous avez envie de la connaître, de profiter de son aura, comme si cela pouvait vous donner un peu de sa détermination que vous devinez, de son appétit de vivre, de son audace. Elle me fait penser à une ogresse, une sorcière, une guérisseuse, tous ces noms qui ont servi à dévaloriser, détruire, soumettre les femmes mais qui, au contraire, devraient les libérer, les définir. Elle est LA femme !

Quand elle parle, tout le monde se tait !

  • Elle dit ce qu’elle veut, comme elle veut. François, les invités, moi, (la France entière 😂) sommes suspendus à ses lèvres, à ses mots.
  • Des mots justes, précis et précieux pour se raconter et raconter son livre.

Et son livre, alors ?

François annonce la couleur très rapidement en précisant qu’il s’agit de son coup de  ❤️ de la semaine. Je l’ai lu, j’ai adoré ! Et je comprends maintenant les références à La vie devant soi, faites au cours de l’émission. Abad, le jeune héros de 13 ans est le frère de Momo. Le quartier a changé, les protagonistes aussi mais la misère humaine reste la même. Injuste, rageante, triste… et drôle aussi, d’autant plus qu’elle est vue par l’œil d’un adolescent qui apporte sa franchise, son bon sens et son effronterie.

Facile à aborder, facile à lire, ce livre se dévore. Le langage peut être cru ou drôle ou plein d’amour, mais il m’a toujours touché.

C’est aussi une formidable déclaration d’amour :

  • à la Goutte-d’Or, ce quartier mal-aimé de Paris et à ceux qui le peuplent. Ces invisibles qui ne me ressemblent pas, qui me font peur et que, souvent, je préfère ignorer. C’est vrai, c’est tellement plus facile et confortable de les aimer au travers d’un livre.
  • et surtout aux femmes, les premières victimes mais surtout les seules capables d’assez d’abnégation pour distiller de l’espoir.

Ce n’est pas le roman du siècle, ce n’est pas La vie devant soi, c’est Rhapsodie des oubliés et c’est bien !

HEROES de David Bowie

I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can beat them, just for one day
We can be Heroes, just for one day
And you, you can be mean
And I, I’ll drink all the time
‘Cause we’re lovers, and that is a fact
Yes we’re lovers, and that is that
Though nothing, will keep us together
We could steal time, just for one day
We can be Heroes, forever and ever
What d’you say ?
I, I wish you could swim
Like the dolphins, like dolphins can swim
Though nothing, nothing will keep us together

We can beat them, forever and ever
Oh we can be Heroes, just for one day
I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can be Heroes, just for one day
We can be us, just for one day
I, I can remember (I remember)
Standing, by the wall (by the wall)
And the guns, shot above our heads (over our heads)
And we kissed, as though nothing could fall (nothing could fall)
And the shame, was on the other side
Oh we can beat them, forever and ever
Then we could be Heroes, just for one day
We can be Heroes
We can be Heroes

We can be Heroes
Just for one day
We can be Heroes
We’re nothing, and nothing will help us
Maybe we’re lying, then you better not stay
But we could be safer, just for one day
Oh-oh-oh-ohh, oh-oh-oh-ohh, just for one day

https://youtu.be/lXgkuM2NhYI

LA CARTE ET LE TERRITOIRE de Michel Houellebecq

Je viens de lire mon premier Houellebecq 🤔

Vous imaginez le stade de notoriété à atteindre pour faire partie des premières fois ? La référence qu’il faut être ? L’importance (sociale, culturelle, expérientielle et j’en passe) qu’il faut représenter pour que cette simple expression, « mon premier Houellebecq« , ait le pouvoir de transférer celui qui la prononce dans une catégorie définie de population ? Zou ! Je passe de ceux qui ne l’ont pas lu à ceux qui savent 🥳. Comme un sésame qui vous ouvre les portes d’un club fermé, un rite d’initiation qui vous fait passer d’un statut à un autre, un apprentissage quasi-obligatoire pour obtenir un rang particulier. Bref, je suis une princesse 😂 !!! Donc, il y a encore quelques semaines, je faisais partie de ceux qui n’avaient jamais lu Houellebecq !

Pourquoi avoir tant attendu ?

On en entend trop parler ! On se prend le chou sur le cas « Houellebecq« . On dit tout et son contraire sur lui, à coup d’infos, d’intox et de rumeurs : « il a quitté la France, il arrête d’écrire, il est dépressif, il se lance dans le Bio, il s’est suicidé, il est mort bouffé par ses chiens… » 😱. Bref, une sorte de grand foutoir dont, jusqu’à présent, je me tenais prudemment à distance.

Il paraît qu’il est cynique ! C’est même sa marque de fabrique. Or, je me méfie du cynisme. A moins de s’appeler Desproges. C’est très dur à manier, parfois drôle, souvent méchant et toujours stérile.

Enfin, son regard de cocker battu m’a toujours foutu le bourdon. Il parle tout bas, n’articule pas, donc je ne comprends rien. Quant à son détachement des choses matérielles, il ferait passer José Bové pour un trader shooté à l’ultra-libéralisme.

Pourquoi le lire maintenant, alors ?

Tout a commencé il y a deux ans (oui, je suis lente). Le Palais de Tokyo a donné carte blanche à Michel pour monter une exposition, « Rester vivant« . Pour une fois, pas d’intermédiaire, donc pas d’interprétation hasardeuse. C’est Michel qui nous parle directement, qui se montre tel qu’il en a envie. Zou, nous voici donc, Népoux et moi, déambulant au milieu de poèmes, de photos, d’installations, de musiques et d’expériences scientifiques. Surprise ! Non seulement, il est bien curieux pour un dépressif 😉, mais en plus tout témoigne d’une délicatesse et d’une fragilité émouvantes. L’idée m’effleure que le personnage mérite peut-être mieux que sa réputation. Mais j’en reste là.

Sauf que ces dernières semaines tout s’est emballé. La sortie de son dernier roman, Sérotonine, crée un énorme battage médiatique. La presse étrangère l’encense comme le meilleur écrivain contemporain. La France l’attend comme le dernier sauveur possible d’un marché littéraire en berne.

Bon sang, si ça se trouve ce type est génial et je passe à côté à cause de mes foutus préjugés !

C’est parti pour la Carte et le Territoire !

Moi qui adore les avis tranchés… ben j’en sais rien 😱.

Je suis allée de surprises en surprises.

D’abord, et en dépit de son regard vif et mutin (oui, c’est une vanne, nulle mais vanne quand même 🥳), il est drôle. J’ai souri et ri souvent. Son récit de la fête du nouvel an chez Jean-Pierre Pernaut me fait dire que c’est « The Place to Be » pour démarrer une nouvelle année.

Ensuite, il manie très très bien le cynisme et n’a pas grand chose à envier à M. Desproges. Preuve en est, un petit texte à la fin de cet article, sur les ravages du féminisme. La féministe que je suis a adoré 🤣.

Mais enfin, ne nous mentons pas, Michel n’a aucun style d’écriture ! Je m’attendais à une « patte » Houellebecq, à ce que ça pète ! Vociférations, provocations, inventions de langage… Je m’attendais à un avant et après, comme Céline. Rien. Mais RIEN !!! C’est bien écrit, c’est neutre, minimaliste, ordinaire.

Après tout, comme le disait Schopenhauer : « La première – et pratiquement la seule – condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire ». Et Michel a des choses à dire.

Sur ce sujet, je laisserai le mot de la fin à Népoux qui a tout résumé : « Michel, c’est un peu le normcore du style ». Voilà ! C’est ça 🥳🥳🥳 !

Houellebecq et les féministes
« Pour ma part j’ai toujours considéré les féministes comme d’aimables connes, inoffensives dans leur principe, malheureusement rendues dangereuses par leur désarmante absence de lucidité. Ainsi pouvait-on dans les années 1970 les voir lutter pour la contraception, l’avortement, la liberté sexuelle etc., tout à fait comme si le « système patriarcal » était une invention des méchants mâles, alors que l’objectif historique des hommes était à l’évidence de baiser le maximum de nanas sans avoir à se mettre une famille sur le dos. Les pauvres poussaient même la naïveté jusqu’à s’imaginer que l’amour lesbien, condiment érotique apprécié par la quasi-totalité des hétérosexuels en activité, était une dangereuse remise en cause du pouvoir masculin. Elles manifestaient enfin, et c’était le plus triste, un incompréhensible appétit à l’égard du monde professionnel et de la vie de l’entreprise ; les hommes, qui savaient depuis longtemps à quoi s’en tenir sur la « liberté » et l’« épanouissement » offerts par le travail, ricanaient doucement. Trente ans après les débuts du féminisme « grand public », les résultats sont consternants. Non seulement les femmes sont massivement entrées dans le monde de l’entreprise, mais elles y accomplissent l’essentiel des tâches (tout individu ayant effectivement travaillé sait à quoi s’en tenir sur la question : les employés masculins sont bêtes, paresseux, querelleurs, indisciplinés, incapables en général de se mettre au service d’une tâche collective quelconque). Le marché du désir ayant considérablement étendu son empire, elles doivent parallèlement, et parfois pendant plusieurs dizaines d’années, se consacrer à l’entretien de leur “capital séduction”, dépensant une énergie et des sommes folles pour un résultat dans l’ensemble peu probant (les effets du vieillissement restant grosso modo inéluctables). N’ayant nullement renoncé à la maternité, elles doivent en dernier lieu élever seules le ou les enfants qu’elles ont réussi à arracher aux hommes ayant traversé leur existence – lesdits hommes les ayant entre-temps quittées pour une plus jeune ; encore bien heureuses lorsqu’elles réussissent à obtenir le versement de la pension alimentaire. En résumé, l’immense travail de domestication accompli par les femmes au cours des millénaires précédents afin de réprimer les penchants primitifs de l’homme (violence, baise, ivrognerie, jeu) et d’en faire une créature à peu près susceptible d’une vie sociale s’est trouvé réduit à néant en l’espace d’une génération. »

FANTÔMES ET FARFAFOUILLES de Fredric Brown

Les illustres inconnu·e·s, ma marotte !

Cette période estivale aura été riche en découvertes ! Pas de raison que je ne vous en fasse pas profiter ! Je continue donc sur ma lancée d’auteur·e·s notoirement inconnu·e·s. Après Alexandre Vialatte, après Marcelle Sauvageot… Tadam 🥁… Voici Fredric Brown 🥳🥳🥳🥳

C’est qui ce mec 😱 ? Pourquoi, diantre, n’en n’ai-je jamais entendu parler ? À croire que je suis obsédée par le mainstream… Mais pas du tout !

Bref, le hasard fait que j’entends ce nom, puis je le lis 🤔 (le nom). Pas possible il doit y avoir une erreur, jamais vu un prénom écrit comme ça ! On écrit Frédéric, Frédérique, Frederic mais pas Fredric bordel ! Il est Allemand ? Ou Prussien, je ne vois que ça. Au mieux, les parents avaient abusé du schnaps avant la déclaration de naissance. Perdu ! Il est américain !

Un peu perplexe, je poursuis mes recherches. Ce n’est pas gagné !

  • Il a écrit plein de nouvelles (je HAIS les nouvelles 😤).
  • Il est considéré comme le Maître de la micronouvelle et de la la nouvelle brève (short short story). Il y a donc pire que la nouvelle 😱 !
  • De science-fiction (ahahah, rire nerveux), je ne suis vraiment pas fan du genre science-fiction en littérature. La science-fiction, c’est en BD et au cinéma et les vaches seront bien gardées !
  • Il a également écrit des romans policiers (j’entrevois une lueur d’espoir).
  • Je continue quand même (on frôle le masochisme) et j’apprends qu’il a eu le prix Edgar Allan Poe récompensant la meilleure œuvre policière pour Crime à Chicago (merde, c’est une référence ça, n’oublions pas que j’adooooore les prix).

Dans un moment d’égarement, je décide de commander son recueil de nouvelles le plus connu, Fantômes et Farfafouilles. Je vous passe la tête et les vannes de mon libraire, qui commence à avoir, désormais, un chouïa la boule au ventre quand je me dirige vers lui d’un pas décidé.

Que Fredric ne soit pas connu relève de l’incompréhensible !

J’étais censée détester. Tous les voyants étaient au rouge. Un petit livre contenant 42 nouvelles. AU SECOURS !!!

C’est juste saisissant et bluffant ! Il réussit, en une à deux pages, à résoudre la quadrature du cercle : il pose ambiance, personnages, intrigue… et termine l’air de rien par une vraie chute. Ce que bon nombre d’écrivains n’arrive pas à faire en 150 pages !

Malgré tout le désamour que j’éprouve pour les nouvelles, je pense que c’est la marque des très grands que de savoir raconter une histoire claire et brève. Réussir à accoucher d’un récit construit, maîtrisé, qui vous embarque, vous fait ressentir un maelström d’émotions et vous habite longtemps après l’avoir terminé.

En cela, Fredric est fort, très très fort.

Rien ne manque, rien n’est en trop. Son style à la fois dépouillé de tout superflu reste suffisamment précis et acéré pour faire naître un monde sous vos yeux en seulement dix lignes.

Tout est singulier chez lui, ses univers, son humour (souvent noir), son impertinence… Bien sûr il y a de la science-fiction mais pas que… Du normal, du quotidien qui dérape, dérange, inquiète.

En le lisant, j’imaginais sa maison. L’intérieur de Fredric Brown est classique, un tantinet suranné (bienvenu dans les années 60, aux Etats-Unis), bien tenu, une décoration chaleureuse mais pas ostentatoire… Puis un détail, un bibelot, incongru. Pas vraiment étrange mais suffisamment pour jeter le trouble. Vous continuez la visite mais vous êtes troublé, mal à l’aise, partagé entre l’envie de rire et celle de fuir.

J’ai aimé la quasi totalité des nouvelles mais celle qui me hante encore est d’une normalité affligeante : l’Anniversaire de Grand-mère.

Gros Big Up à la traduction !

On oublie trop souvent les traductrices / traducteurs. Ils font un travail d’orfèvre. Quelle difficulté ce doit être de saisir la petite musique de l’auteur·e, de respecter son rythme, de retranscrire la substantifique moelle, trouver le mot juste, la bonne expression.

Dans le cas de Fredric, il me semble que cela doit être une vraie gageure. Bravo donc à Jean Sendy 👏.

Et, si jamais cet article ne vous a pas donné envie (😫😫😫), je pose là le petit texte de la quatrième de couverture. En deux mots : lisez Fredric !

Le principe selon lequel le fakir oblige une corde à se dresser en jouant du flageolet a autant de valeur scientifique que celui de la drogue d'immortalité, inventée vers 1980, et dont le secret se serait perdu depuis... En tout cas, c'est ce que prétend l'auteur. Pince-sans-rire, rabelaisien ou franchement abominable selon les cas, Brown a en outre la vertu rare de ne pas étirer sur dix pages une idée qui tient en dix lignes.
Mais attention : chaque texte est une bombe à retardement, un défi à votre perspicacité. Chacun de ces titres farfelus annone un coup de poing, mais impossible de savoir où le poing va aboutir. Rien ne permet de deviner avant la chute si l'on est en train de lire une histoire à rire ou à donner le frisson.

JE N’AI PAS DIT de Anne Sylvestre

Photo Philomène Petit Jean

Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour
Il était là, posé en filigrane
Dans son désert, il attendrait toujours
Si vous n’aviez croisé ma caravane
Au point du jour

Je n’ai pas fait ma dernière folie
Dernière danse au bord du précipice
Le grand écart juste avant l’embolie
Mille soleils attendant le solstice
Et l’embellie

Je n’ai pas dit cet éblouissement
Colin-maillard à saveur enfantine
Ni ce coup de foudre à retardement
Si chamboulée que j’en oublie mes rimes
Éperdument

Je n’ai pas fait ma dernière marelle
Ni sur un pied remonté votre enfer
Un bout de ciel collé à mes semelles
M’a bientôt laissé la tête à l’envers
Et sans cervelle

Je n’ai pas dit toutes les litanies
Qui, comme l’eau, ruissellent de mes lèvres
Vous n’y verriez que des fleurs d’insomnie
Vous pourriez à raison les trouver mièvres
Monotonie

Je n’ai pas fait mon tout dernier faux-pas
Petit vertige annonçant la cassure
Ce léger bruit vous ne l’entendrez pas
Coquille d’escargot sous la chaussure
Petit coma

Je n’ai pas dit les mots qu’on attendait
Ni testament ni dernier inventaire
Pas divulgué mon ultime regret
Ni dévoilé mes blessures de guerre
Je les tairai

Je n’ai pas fait ma dernière lessive
Pas savonné les vieux restes de peur
Pas recousu cette morsure vive
Que l’on me fit à la place du cœur
Pas si naïve

Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour
Quand il viendra, l’aurez-vous reconnu ?
S’il échouait dans votre arrière-cour
Tâchez au moins qu’il ne soit pas perdu
Pas confondu

Tâchez au moins qu’il ne soit pas perdu

CHANSON DE LA SEINE de Jacques Prévert

Back to Paris !

La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit…
Sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse,
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris.


La Seine a de la chance
Elle n’a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse,
Immobile et sévère
Du haut de toutes ses pierres
La regarde de travers


Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre
Et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères
Des misères de Paris

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