IL Y A de Jean-Jacques Goldman

Il y a
Du thym, de la bruyère
Et des bois de pin
Rien de bien malin

Il y a 
Des ruisseaux, des clairières
Pas de quoi en faire
Un plat de ce coin

Il y a des odeurs de menthe
Et des cheminées
Et des feux dedans

Il y a
Des jours et des nuits lentes
Et l’histoire absente
Banalement

Et loin de tout, loin de moi
C’est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

Il y a
Des enfants, des grands-mères
Une petite église
Et un grand café

Il y a
Au fond du cimetière
Des joies, des misères
Et du temps passé

Il y a
Une petite école
Et des bancs de bois
Tout comme autrefois

Il y a
Des images qui collent
Au bout de tes doigts
Et ton cœur qui bat

Et loin de tout, loin de moi
C’est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

Et plus la terre est aride, et plus cet amour est grand
Comme un mineur à sa mine, un marin à son océan
Plus la nature est ingrate, avide de sueur et de boue
Parce que l’on a tant besoin que l’on ait besoin de nous
Elle porte les stigmates de leur peine et de leur sang
Comme une mère préfère un peu son plus fragile enfant

Et loin de tout, loin de moi
C’est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

UN BON PETIT DIABLE de la Comtesse de Ségur

Qu’est-ce que j’en ai mangé, des livres de la Comtesse de Ségur…

… mais celui qui m’a le plus marquée est, sans conteste, Un Bon Petit Diable.

D’abord, le livre en lui-même. C’était un ouvrage de la bibliothèque rose, usé d’avoir été lu et relu. Je m’imaginais ma mère et ses sœurs, enfants, se caler dans un coin tranquille pour le parcourir. L’idée de lire la même histoire, les mêmes phrases, les mêmes mots, de tourner les mêmes pages que ces femmes, qui avaient été des petites filles, me procurait un plaisir intense. Comme si je mettais mes pas dans les leurs, comme si ça pouvait me faire grandir subitement, comme si j’étais une petite souris ayant le pouvoir de regarder une scène définitivement disparue. Puis la couverture. Une gravure qui montrait une vieille marâtre à l’air cruel admonestant un jeune garçon aux cheveux roux comme le feu et en kilt (le genre d’image qui peut vous foutre une enfance en l’air ! 🥶). Enfin, le titre : un diable pouvait être bon !

Hormis le pitch – un jeune orphelin est recueilli par une vieille cousine lointaine (une vraie salope, oui 🤡) qui lui fait toutes les misères les plus cruelles possible – j’ai tout oublié. Sauf une seule scène qui est resté gravée dans ma mémoire, tellement l’illustration me terrifiait (je précise que j’avais sept ans et, oui, je suis ultra sensible et émotive ! C’est une fille qui pleure devant La Soupe aux Choux qui vous le dit 😩 ) : l’orphelin décide de se venger des multiples brimades subies. Sachant qu’il va recevoir une correction, il se colle un masque de diable sur les fesses. La vieille lui ordonne de se déculotter (pédophile, en plus) pour le fouetter et hurle de terreur à la vision de Satan sur son cul (petite nature 😏).

Chipie un jour, chipie toujours

J’ai toujours eu une tendresse particulière pour la Comtesse de Ségur, car elle représente mes premières fois.

Ma première méchante. Dans mes histoires pour enfants, il y avait toujours des méchants, mais ils étaient tellement caricaturés qu’ils en devenaient rassurants : ces méchants ne pouvaient pas exister dans la vraie vie. Ce livre changeait la donne pour la première fois. Le personnage de Madame Mac’Miche était tout à fait réaliste, loin du loup du Petit Chaperon Rouge ou du vilain sorcier dans Rahan (j’adooooorais Rahan 😍). C’était juste une vieille femme aigrie, avare, méchante et violente. Et ce « juste » faisait toute la différence et rendait son existence possible dans la réalité.

Ma première confrontation à la violence. Son écriture est très concrète et détaillée. Elle n’édulcore pas les scènes difficiles, de châtiments corporels, de brimades. On n’est pas juste face à une fessée un peu forte ou à une bataille contre un dragon. Elle parle de douleur, de cris, de marques, de souffrances infligées à un enfant.

Ma première révélation. Même si son discours est empreint de morale et de charité chrétienne 😇, ses héros sont de vrais chenapans 😈 ! Les enfants sages comme une image n’y font que de la figuration. Elle sanctuarise l’enfance, son droit à l’insouciance, à la légèreté… et aux conneries ! J’avais enfin l’autorisation : c’était écrit noir sur blanc et par une Comtesse, en plus !!!

Mon plus grand échec (Pas mon premier… et pas mon dernier 😫). J’ai essayé de convaincre mes filles de lire ses livres. Tout y est passé : supplications, chantages, cris, châtiments corporels (mais oui, je déconne 🤪). Rien n’y a fait !

Mais je ne lâche JAMAIS l’affaire 😏 et même si elles sont censées avoir passé l’âge, je reviens régulièrement à la charge !


A CELLE QUI EST TROP GAIE de Charles Baudelaire

Ce poème, issu des Fleurs du Mal, fut interdit car contraire à la morale religieuse et publique.

Ta tête, ton geste, ton airSont beaux comme un beau paysage ;

Le rire joue en ton visage

Comme un vent frais dans un ciel clair.Le passant chagrin que tu frôles

Est ébloui par la santé

Qui jaillit comme une clarté

De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs

Dont tu parsèmes tes toilettes

Jettent dans l’esprit des poètes

L’image d’un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l’emblème

De ton esprit bariolé ;

Folle dont je suis affolé,

Je te hais autant que je t’aime !

Quelquefois dans un beau jardin

Où je traînais mon atonie,

J’ai senti, comme une ironie,

Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure

Ont tant humilié mon coeur,

Que j’ai puni sur une fleur

L’insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,

Quand l’heure des voluptés sonne,

Vers les trésors de ta personne,

Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,

Pour meurtrir ton sein pardonné,

Et faire à ton flanc étonné

Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !

A travers ces lèvres nouvelles,

Plus éclatantes et plus belles,

T’infuser mon venin, ma soeur !

CORPS ET ARMES de Etienne Daho

C’est au-delà de la Pop, c’est bien plus que de la musique… c’est Etienne 😍

Mes apparences ne te trompent pas
Tu perces sous le sourire conquérant
L’ego défaillant
Tu fais voler le vernis en éclats
Et tu démontes le mécanisme complexe
De mes défenses et de mes réflexes

Car tu me vois vraiment
Car tu me vois, tu me ressens
Tel que je suis vraiment
Car tu me vois et tu m’entends

Tu rouvres la cage où, surprotégé,
Je m’étais à double tour enfermé
De peur de t’aimer et de m’engager
Plus d’artifices, ni de lignes floues
Mes plus gros défauts, mes pires faiblesses
Sont pour toi mes principaux atouts

Et je me vois vraiment
Dans le miroir que tu me tends
Tel que je suis vraiment
Alors je cède et je me rends

Pour toi, je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Au moment où je m’y attendais le moins
Un ange m’est apparu dans un coin
Je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Tu mets en lumière toutes mes zones d’ombre
à l’intérieur de moi, il faisait froid et sombre

Et je me vois vraiment
Dans le miroir que tu me tends
Tel que je suis vraiment
Alors je cède et je me rends

Pour toi, je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Tu mets en lumière toutes mes zones d’ombre
à l’intérieur de moi, il faisait froid et sombre

Je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Je n’oppose aucune sorte de résistance
Tu me fais renaître, je savoure ma chance

Car tu me vois vraiment
Car tu me vois, tu me ressens
Tel que je suis vraiment
Car tu me vois et tu m’entends…

KHOMEINY, SADE ET MOI de Abnousse Shalmani / JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU de Sade

Aujourd’hui je vous parle de deux livres !

KHOMEINY, SADE ET MOI

Coup de foudre confirmé. Je répète : coup de foudre confirmé ! Abnousse me fait tourner la tête !

Ce livre démarre par une énorme surprise : un court texte qui emporte ma totale adhésion. Quel n’est pas mon étonnement de découvrir qu’il s’agit d’un extrait tiré de La Philosophie dans le boudoir de Sade.

Je suis un peu sonnée car, Sade, je connais de nom et de loin. Pour moi, c’est un taré sexuel de première classe qui n’a vécu que pour le cul tendance supplice et qui n’a écrit que sur le cul tendance supplice. Eh bien non, j’entraperçois l’homme philosophe et politique. La bibliothécaire va devoir creuser !

Mais revenons à Abnousse ! Son livre est tellement riche que je ne sais pas par quoi commencer. Et encore, je ne suis pas sûre d’avoir tout compris🤪, ni d’être d’accord avec tout 😱 ! En tout cas, il remue ! Tous les sujets y passent, le féminisme, la religion, la République, la laïcité, le courage, l’engagement… Le ton est tranché, entier, pas de demi-mesure. Le lecteur pourrait se sentir heurté, mais non ! Tout est raisonné, argumenté, rien n’est imposé, loin des idées toutes faites et tellement faciles à s’approprier.

C’est d’abord l’histoire d’un parcours, de son parcours.

Iran, 1979, instauration de la république islamique. Une petite fille, issue d’une famille aisée, ne comprend pas le port du voile, rendu obligatoire, et la surveillance quotidienne de la police des moeurs dans l’espace publique. Ce que l’on ne comprend pas, on ne l’accepte pas.

C’est le début d’une insoumission et d’une révolte.

Abnousse débute son long combat, d’abord, avec une arme enfantine, instinctive, innocente : la provocation (montrer son cul à l’école). Puis, vient l’exil en France, le déclassement, la pauvreté. Et surtout l’incompréhension qu’elle ressent face à des femmes qui choisissent librement le voile, face aux réactions que suscite son statut d’exilée, face à une société qui se veut tolérante mais qui pratique l’entre-soi.

La provocation ne suffit plus, au mieux elle amuse, au pire elle nourrit le malentendu. Sa lutte va devoir devenir plus raisonnée, structurée. 

Vient alors l’émancipation.

Apprendre, lire, comprendre pour pouvoir construire sa propre pensée, l’exprimer et combattre les faux-semblants. Cela va passer par plein de choses dont le plus surprenant est la découverte de la littérature libertine du XVIIIe siècle.

C’est parfois dérangeant, parfois étonnant mais toujours passionnant ! J’ai énormément appris et, surtout, elle m’a donné l’envie de découvrir Sade.

JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU de Sade

D’abord il y a eu le choix du livre. Gros dilemme ! J’étais tellement prévenue contre lui que je voulais commencer par l’ouvrage le plus soft possible. Bref, tout faire pour éviter Les 120 journées de Sodome.

Mon choix s’est porté sur Justine (ah ah ah – rire nerveux – grosse erreur).

C’est l’histoire de deux soeurs orphelines, Juliette et Justine qui, abandonnées à elles-mêmes, vont faire des choix radicalement opposés. Juliette choisira le vice, l’individualisme, la recherche des plaisirs. Le paradis sur terre étant le seul qui nous est garanti, sa recherche excuse tout, absout tout. L’absence de justice, divine ou sociale, gratifie les plus dépravés.

Justine est LA vertueuse par excellence (franchement, à ce point ça confine à la connerie), ne voulant jamais sacrifier ses principes, ses croyances, persuadée que seules les bonnes actions comptent et qu’elle trouvera son salut dans l’au-delà. Mais la vertu ne paie pas et tous les malheurs s’abattront sur elle (jamais vu une fille aussi souvent à genoux).

Sade écrit bien, très bien même, c’est un pur bonheur. A tel point qu’il peut décrire les pires sévices, ça passe tout seul (oui, j’exagère un peu 😫).

Effectivement, ma méconnaissance de l’auteur m’a induite en erreur. Limiter Sade à un  gros pervers est réducteur. En réalité, les passages érotico-pornos sont même très décevants. Je découvre avant tout un être libre, persuadé que seuls des individus éclairés et critiques peuvent devenir des citoyens raisonnés.

Quel que soit le parti-pris qu’il expose, il l’argumente avec une construction assez impressionnante. Que ce soit le point de vue des débauchés ou celui des apôtres de la vertu. La nature toute puissante contre Dieu. Peu importe qui a raison qui a tort, que vous adhériez à son propos… ou pas ; tout tient dans l’implacabilité (ça existe, j’ai vérifié 😉) de son raisonnement qui fait la force de son discours.

C’est un livre totalement amoral, le triomphe du vice sur la vertu. La religion est vue comme un instrument politique pour dominer le peuple. Il place le droit à la jouissance au-dessus de tout, tant pour les hommes que pour les femmes (en ce sens il est le précurseur d’une parfaite égalité entre les sexes tant d’un point de vue social que sexuel). Il revendique la liberté la plus extrême même la plus noire.

C’est une réelle découverte… Je vais quand même faire une petite pause et me rabattre sur un livre complètement con et inoffensif 😂, histoire de bien me vider la tête.

À la semaine prochaine !



L’ETRANGERE de Louis Aragon

Amour fou, grand amour ou simple romance… Qu’importe ! Du moment que le cœur s’emballe avec insolence !

Les Amoureux de Peynet

Il existe près des écluses 
Un bas quartier de bohémiens 
Dont la belle jeunesse s’use 
À démêler le tien du mien 
En bande on s’y rend en voiture, 
Ordinairement au mois d’août, 
Ils disent la bonne aventure 
Pour des piments et du vin doux.

On passe la nuit claire à boire 
On danse en frappant dans ses mains, 
On n’a pas le temps de le croire 
Il fait grand jour et c’est demain. 
On revient d’une seule traite 
Gais, sans un sou, vaguement gris, 
Avec des fleurs plein les charrettes 
Son destin dans la paume écrit.

J’ai pris la main d’une éphémère 
Qui m’a suivi dans ma maison 
Elle avait des yeux d’outremer 
Elle en montrait la déraison. 
Elle avait la marche légère 
Et de longues jambes de faon, 
J’aimais déjà les étrangères 
Quand j’étais un petit enfant !

Celle-ci parla vite vite 
De l’odeur des magnolias, 
Sa robe tomba tout de suite 
Quand ma hâte la délia. 
En ce temps-là, j’étais crédule 
Un mot m’était promission, 
Et je prenais les campanules 
Pour des fleurs de la passion.

À chaque fois tout recommence 
Toute musique me saisit, 
Et la plus banale romance 
M’est éternelle poésie 
Nous avions joué de notre âme 
Un long jour, une courte nuit, 
Puis au matin : « Bonsoir madame » 
L’amour s’achève avec la pluie.

Elsa et Louis

REVIENS de Samuel Benchetrit

Mon goût pour le people et mes préjugés auraient pu me faire passer à côté de ce livre 😱 !

J’adore les potins concernant les célébrités : qui couche avec qui ? Qui trompe qui ? Qui vient de quitter qui ? Oui, je sais, c’est assez pathétique 😫.Naturellement je connais Samuel mais uniquement pour sa belle gueule d’ange torturé et parce qu’il vient d’épouser Vanessa Paradis. Bref, je ne le connais pas ! Je n’ai jamais vu ses films, jamais lu ses livres, ni vu aucune de ses pièces de théâtre. Pourquoi ? Parce que j’en ai l’image d’un intello tourmenté, légèrement perché du bulbe et qui peut être, à tout moment, visité par l’inspiration, le génie et autres illuminations. Les rares interviews que j’ai vu de lui m’ont confortée dans mon jugement : ce type n’est pas de notre planète. Il est d’ailleurs. En promotion, je l’imagine faire un effort surnaturel pour sortir de sa fièvre créative permanente, se mettre au niveau de ses interlocuteurs et essayer tant bien que mal d’apprivoiser les codes médiatiques. De temps en temps, il fait de l’humour (enfin, je crois), mais même ses traits d’esprit me laissent à distance. Une sorte de dérision inquiète qui commence par vous faire sourire et qui vous laisse un goût de fin du monde (OK, j’exagère un peu mais je ne suis pas loin de le penser). Bref, jusqu’à présent, j’aimais bien Samuel pour son physique et ça me suffisait amplement.

D’où que Samuel fait partie de la rentrée littéraire ???

Impossible d’aller à la Fnac, chez mon libraire, chez N’IMPORTE QUEL LIBRAIRE, sans voir son bouquin en bonne place parmi les nouveautés ! Une couverture sobre avec seulement le mot Reviens, même pas en très gros, ni en très rouge (aguicher le chaland, quelle vulgarité 😩), aucune ponctuation, un minimalisme assumé qui vous gueule à la figure que « c’est un livre d’auteur, sérieux et que si t’as pas envie de rire, tu es bien tombé et tu vas être servi » ! Seule concession, sûrement imposée par l’éditeur, un bandeau avec la photo de l’auteur (tu m’étonnes !!!).

Sauf que, MON libraire le recommande ! Quand il aime, il trombone un petit papier sur la couverture avec quelques mots manuscrits qui, neuf fois sur dix, donnent envie de le lire.

La première fois, je tourne autour du livre, à bonne distance, comme si mon banquier allait en sortir pour me signifier que la situation de mon compte devrait me préoccuper davantage !

La deuxième fois, je me rapproche prudemment et la troisième fois, je me décide à lire la petite critique de mon libraire.

Je tombe sur le cul ! Il a trouvé ce livre hilarant, émouvant et tendre ! Je vérifie qu’il parle bien du bouquin de Samuel, cet être décalé, à l’ouest, prisonnier des limbes de la création. Il parle bien de lui. Je me dis que mon libraire a pété une durite et rentre chez moi, attends quelques jours… et je reviens acheter Reviens.

J’ai beaucoup aimé ce livre !

Reviens n’est pas une supplication à une femme mais à un fils. Un écrivain, en panne d’inspiration depuis plusieurs années, dont la vie côtoie le néant depuis la séparation avec sa femme, voit son grand fils quitter la maison pour un voyage autour du monde.

Ce départ agira comme un électrochoc dans son existence totalement apathique.

Comme souvent, il faut que les gens partent pour qu’on réalise combien on tient à eux et combien on les connaît mal, par pudeur, par manque d’efforts, par égoïsme, par lâcheté. Le père et le fils s’aiment, bien sûr, mais sans se le dire. Complices, copains, fumant des clopes ensemble, en silence, à quatre heure du matin. Ils ne se disent pas l’essentiel, persuadés que l’autre le sait et que l’essentiel est superflu.

C’est l’histoire d’une renaissance, progressive, douce, entre un père et son fils, entre un homme et l’amour, entre un écrivain et son envie de raconter des histoires.

L’écriture est totalement accessible et ancrée dans le réel (Samuel est un type comme les autres 😜). C’est touchant, tendre et, paradoxalement, drôle, bourré d’auto-dérision. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est hilarant (n’oublions pas que Le Discours de Fabrice Caro a mis la barre très haut) mais j’ai souri et ri souvent (la scène de l’achat du canard à la ferme 😍😍😂).

Je vous le conseille, c’est léger tout en étant peut-être plus profond qu’il n’y paraît.

Et surtout, mes préjugés envers Samuel ont totalement disparu 😜 !

LA PLUS BELLE FOIS QU’ON M’A DIT « JE T’AIME »… de Francis Lalanne

Noooon ! Ne partez pas ! Après tout, on a tous une chanson inavouable… Pas vous ?

Et puis, Francis a été jeune (si !) et moi aussi (si, si !)… et qu’est-ce que j’ai pu chanter cette chanson 😍😍😍

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

Il m’a pas regardé
L’air grave et langoureux
Les pupilles bandées
Le biceps amoureux
Il avait pas le regard
De ceux qu’ont rien dans le coeur
Comme tous ces p’tits ringards
Qui jouent les grands… tombeurs
Il m’a regardé simplement
Avec des yeux qui r’gardent vraiment
Pas de sourire et pas d’oeillade
Pas de cinéma et pas d’aubade
Il m’a dit ça comme quand c’est vrai
Il m’a dit ça de mon plein gré
Avec un sourire qui pleure
Comme quand les coeurs sont pas à l’heure
J’me suis senti con ce jour-là
De pas savoir répondre à ça

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

Pendant qu’il me regardait
Ça flanchait dans mes yeux
Et plus il me regardait
Plus mon pouls sonnait creux
Le coeur comme un marteau
La tête comme un pourquoi
J’étais mal dans ma peau
Pourtant, il y avait pas de quoi
Pourtant il m’a pas fait du plat
Comme un mec avec une nana
J’ai fait celui qui veut rien entendre
J’ai fait celui qui veut pas comprendre
Et j’ai bredouillé quelques mots
Des trucs qui sonnaient un peu faux
Du style moi aussi je t’aime bien
Tout le monde ici, tous les copains
J’me suis senti con ce jour-là
De pas être comme lui, d’être comme moi

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

Il a sourit tout bas
Juste avant de partir
On avait lui et moi
Plus grand chose à se dire
On s’est revu un jour
On s’est rien dit du tout
A chacun son amour
C’est pas le mien, voilà tout.
Aimer les filles ou les garçons
Aimer, c’est aimer de toute façon
Mais…

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

PETIT PAYS de Gaël Faye

Quel est le rapport entre le rap, le slam et la littérature ?

À première vue, aucun !

Que nenni (oui, j’ai 125 ans 😂) !

Ce sont les mots ! Qu’ils soient déclamés, écrits, gueulés, chuchotés, je prends tout !

C’est l’amour du verbe, la force de la parole, l’envie de raconter, de partager des émotions, de se sentir vivant.

Je me souviens de la rage et de l’énergie que j’ai ressenties la première fois que j’ai écouté Paris sous les Bombes de NTM, de la mélancolie qui m’a envahie sur Midi Vingt de Grand Corps Malade ou encore du fracas éprouvé quand j’ai lu pour la première fois Voyage au bout de la nuit de Céline.

Quand je pense aux livres que j’ai lus, ce sont les émotions qui me reviennent en premier, avant même l’histoire dans son ensemble. Ma bibliothèque est pleine de pleurs, de joies, de colères, de dégoûts, de mélancolies, de fureurs… et parfois d’indifférences.

Et voilà qu’un slameur se met à écrire un roman alors que je ne savais même pas qu’il slamait !

Quand je vous dis que je suis en retard !

Ce livre date de 2016. L’auteur, Gaël Faye, a écumé tous les plateaux TV à sa sortie. Je découvrais totalement le personnage : slameur, poète, écrivain ; trois talents en un.

Lors des interviews, il semblait à la fois réservé et sûr de lui, une incarnation de la force tranquille, malgré sa jeunesse.

C’est peu de dire qu’on a beaucoup parlé de son livre. Il était partout ! Il a reçu plein de prix, a fait partie du dernier carré pour le Goncourt.

Ma pile à lire tenant plus du mur porteur que d’une pile à lire, je viens juste de le terminer (oui, deux ans après).

L’Afrique à hauteur d’enfant

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Ça commence par l’Afrique rêvée, fantasmée, même ; majestueuse, belle, lumineuse, simple, sauvage, enfantine. Ici, pas de surconsommation, de capitalisme effréné. On vit chichement, heureux, au contact des autres et de la nature. Tout ce que nous avons perdu en Occident : la part de nous, ancestrale, vitale.

Puis, viennent des noms magiques, qui ont le pouvoir de vous téléporter dès que vous les lisez : le lac Tanganyika, les montagnes du Zaïre, les plaines immenses, le quartier Kiriri. Vous êtes bientôt submergés par les évocations des marchés odorants, colorés, par les bruits, la musique (et c’est une sourde profonde qui le dit !). Vous y êtes ! Vous sentez les épices, la terre mouillée, les plantes, la brume. Vous êtes transportés dans l’Eden, ce paradis originel qui n’aurait été pollué ni par le péché, ni par le confort, ni par la corruption. Ce n’est pas la vérité vraie, bien sûr, mais c’est la vérité sacrée, celle d’un enfant.

Les mots sont sublimes : « Sa voix fondait comme un bout de sucre dans nos âmes », « Le Rwanda du lait et du miel ».

Enfin, vient l’Afrique cruelle, carnassière et sanglante.

On revient brutalement sur terre. L’assassinat des présidents du Burundi et du Rwanda sonne la fin de la récré. C’est l’étincelle qui met le feu à une situation déjà explosive. C’est le massacre, la violence brute des uns, la naïveté butée des autres qui continuent de croire et d’espérer. C’est la lâcheté et la peur des occidentaux, qui savaient le rouge de la terre et des rivières.

C’est l’histoire de l’enfance qui finit brusquement. C’est beau, fort et simple.

LE TEMPS DE VIVRE de Anna de Noailles

Le saviez-vous ?

Anna de Noailles fut la première femme à être commandeur de la Légion d’Honneur.

 

Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l’aube au jour qui baisse,

Garde ton âme ouverte aux parfums d’alentour,
Aux mouvements de l’onde,
Aime l’effort, l’espoir, l’orgueil, aime l’amour,
C’est la chose profonde,

Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire,
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre,

Combien s’en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces,
Et qui n’ont pas goûté la vie où le soleil
Se déploie et s’enfonce.

Ils n’ont pas répandu les essences et l’or
Dont leurs mains étaient pleines,
Les voici maintenant dans cette ombre où l’on dort
Sans rêve et sans haleine ;

— Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
De frissons et d’extase,
Penche sur les chemins où l’homme doit servir
Ton âme comme un vase,

Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
La vie âpre et farouche ;
Que la joie et l’amour chantent comme un essaim
D’abeilles sur ta bouche.

Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment,
Les rives infidèles,
Ayant donné ton cœur et ton consentement
À la nuit éternelle.

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