KHOMEINY, SADE ET MOI de Abnousse Shalmani / JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU de Sade

Aujourd’hui je vous parle de deux livres !

KHOMEINY, SADE ET MOI

Coup de foudre confirmé. Je répète : coup de foudre confirmé ! Abnousse me fait tourner la tête !

Ce livre démarre par une énorme surprise : un court texte qui emporte ma totale adhésion. Quel n’est pas mon étonnement de découvrir qu’il s’agit d’un extrait tiré de La Philosophie dans le boudoir de Sade.

Je suis un peu sonnée car, Sade, je connais de nom et de loin. Pour moi, c’est un taré sexuel de première classe qui n’a vécu que pour le cul tendance supplice et qui n’a écrit que sur le cul tendance supplice. Eh bien non, j’entraperçois l’homme philosophe et politique. La bibliothécaire va devoir creuser !

Mais revenons à Abnousse ! Son livre est tellement riche que je ne sais pas par quoi commencer. Et encore, je ne suis pas sûre d’avoir tout compris🤪, ni d’être d’accord avec tout 😱 ! En tout cas, il remue ! Tous les sujets y passent, le féminisme, la religion, la République, la laïcité, le courage, l’engagement… Le ton est tranché, entier, pas de demi-mesure. Le lecteur pourrait se sentir heurté, mais non ! Tout est raisonné, argumenté, rien n’est imposé, loin des idées toutes faites et tellement faciles à s’approprier.

C’est d’abord l’histoire d’un parcours, de son parcours.

Iran, 1979, instauration de la république islamique. Une petite fille, issue d’une famille aisée, ne comprend pas le port du voile, rendu obligatoire, et la surveillance quotidienne de la police des moeurs dans l’espace publique. Ce que l’on ne comprend pas, on ne l’accepte pas.

C’est le début d’une insoumission et d’une révolte.

Abnousse débute son long combat, d’abord, avec une arme enfantine, instinctive, innocente : la provocation (montrer son cul à l’école). Puis, vient l’exil en France, le déclassement, la pauvreté. Et surtout l’incompréhension qu’elle ressent face à des femmes qui choisissent librement le voile, face aux réactions que suscite son statut d’exilée, face à une société qui se veut tolérante mais qui pratique l’entre-soi.

La provocation ne suffit plus, au mieux elle amuse, au pire elle nourrit le malentendu. Sa lutte va devoir devenir plus raisonnée, structurée. 

Vient alors l’émancipation.

Apprendre, lire, comprendre pour pouvoir construire sa propre pensée, l’exprimer et combattre les faux-semblants. Cela va passer par plein de choses dont le plus surprenant est la découverte de la littérature libertine du XVIIIe siècle.

C’est parfois dérangeant, parfois étonnant mais toujours passionnant ! J’ai énormément appris et, surtout, elle m’a donné l’envie de découvrir Sade.

JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU de Sade

D’abord il y a eu le choix du livre. Gros dilemme ! J’étais tellement prévenue contre lui que je voulais commencer par l’ouvrage le plus soft possible. Bref, tout faire pour éviter Les 120 journées de Sodome.

Mon choix s’est porté sur Justine (ah ah ah – rire nerveux – grosse erreur).

C’est l’histoire de deux soeurs orphelines, Juliette et Justine qui, abandonnées à elles-mêmes, vont faire des choix radicalement opposés. Juliette choisira le vice, l’individualisme, la recherche des plaisirs. Le paradis sur terre étant le seul qui nous est garanti, sa recherche excuse tout, absout tout. L’absence de justice, divine ou sociale, gratifie les plus dépravés.

Justine est LA vertueuse par excellence (franchement, à ce point ça confine à la connerie), ne voulant jamais sacrifier ses principes, ses croyances, persuadée que seules les bonnes actions comptent et qu’elle trouvera son salut dans l’au-delà. Mais la vertu ne paie pas et tous les malheurs s’abattront sur elle (jamais vu une fille aussi souvent à genoux).

Sade écrit bien, très bien même, c’est un pur bonheur. A tel point qu’il peut décrire les pires sévices, ça passe tout seul (oui, j’exagère un peu 😫).

Effectivement, ma méconnaissance de l’auteur m’a induite en erreur. Limiter Sade à un  gros pervers est réducteur. En réalité, les passages érotico-pornos sont même très décevants. Je découvre avant tout un être libre, persuadé que seuls des individus éclairés et critiques peuvent devenir des citoyens raisonnés.

Quel que soit le parti-pris qu’il expose, il l’argumente avec une construction assez impressionnante. Que ce soit le point de vue des débauchés ou celui des apôtres de la vertu. La nature toute puissante contre Dieu. Peu importe qui a raison qui a tort, que vous adhériez à son propos… ou pas ; tout tient dans l’implacabilité (ça existe, j’ai vérifié 😉) de son raisonnement qui fait la force de son discours.

C’est un livre totalement amoral, le triomphe du vice sur la vertu. La religion est vue comme un instrument politique pour dominer le peuple. Il place le droit à la jouissance au-dessus de tout, tant pour les hommes que pour les femmes (en ce sens il est le précurseur d’une parfaite égalité entre les sexes tant d’un point de vue social que sexuel). Il revendique la liberté la plus extrême même la plus noire.

C’est une réelle découverte… Je vais quand même faire une petite pause et me rabattre sur un livre complètement con et inoffensif 😂, histoire de bien me vider la tête.

À la semaine prochaine !



L’ETRANGERE de Louis Aragon

Amour fou, grand amour ou simple romance… Qu’importe ! Du moment que le cœur s’emballe avec insolence !

Les Amoureux de Peynet

Il existe près des écluses 
Un bas quartier de bohémiens 
Dont la belle jeunesse s’use 
À démêler le tien du mien 
En bande on s’y rend en voiture, 
Ordinairement au mois d’août, 
Ils disent la bonne aventure 
Pour des piments et du vin doux.

On passe la nuit claire à boire 
On danse en frappant dans ses mains, 
On n’a pas le temps de le croire 
Il fait grand jour et c’est demain. 
On revient d’une seule traite 
Gais, sans un sou, vaguement gris, 
Avec des fleurs plein les charrettes 
Son destin dans la paume écrit.

J’ai pris la main d’une éphémère 
Qui m’a suivi dans ma maison 
Elle avait des yeux d’outremer 
Elle en montrait la déraison. 
Elle avait la marche légère 
Et de longues jambes de faon, 
J’aimais déjà les étrangères 
Quand j’étais un petit enfant !

Celle-ci parla vite vite 
De l’odeur des magnolias, 
Sa robe tomba tout de suite 
Quand ma hâte la délia. 
En ce temps-là, j’étais crédule 
Un mot m’était promission, 
Et je prenais les campanules 
Pour des fleurs de la passion.

À chaque fois tout recommence 
Toute musique me saisit, 
Et la plus banale romance 
M’est éternelle poésie 
Nous avions joué de notre âme 
Un long jour, une courte nuit, 
Puis au matin : « Bonsoir madame » 
L’amour s’achève avec la pluie.

Elsa et Louis

REVIENS de Samuel Benchetrit

Mon goût pour le people et mes préjugés auraient pu me faire passer à côté de ce livre 😱 !

J’adore les potins concernant les célébrités : qui couche avec qui ? Qui trompe qui ? Qui vient de quitter qui ? Oui, je sais, c’est assez pathétique 😫.Naturellement je connais Samuel mais uniquement pour sa belle gueule d’ange torturé et parce qu’il vient d’épouser Vanessa Paradis. Bref, je ne le connais pas ! Je n’ai jamais vu ses films, jamais lu ses livres, ni vu aucune de ses pièces de théâtre. Pourquoi ? Parce que j’en ai l’image d’un intello tourmenté, légèrement perché du bulbe et qui peut être, à tout moment, visité par l’inspiration, le génie et autres illuminations. Les rares interviews que j’ai vu de lui m’ont confortée dans mon jugement : ce type n’est pas de notre planète. Il est d’ailleurs. En promotion, je l’imagine faire un effort surnaturel pour sortir de sa fièvre créative permanente, se mettre au niveau de ses interlocuteurs et essayer tant bien que mal d’apprivoiser les codes médiatiques. De temps en temps, il fait de l’humour (enfin, je crois), mais même ses traits d’esprit me laissent à distance. Une sorte de dérision inquiète qui commence par vous faire sourire et qui vous laisse un goût de fin du monde (OK, j’exagère un peu mais je ne suis pas loin de le penser). Bref, jusqu’à présent, j’aimais bien Samuel pour son physique et ça me suffisait amplement.

D’où que Samuel fait partie de la rentrée littéraire ???

Impossible d’aller à la Fnac, chez mon libraire, chez N’IMPORTE QUEL LIBRAIRE, sans voir son bouquin en bonne place parmi les nouveautés ! Une couverture sobre avec seulement le mot Reviens, même pas en très gros, ni en très rouge (aguicher le chaland, quelle vulgarité 😩), aucune ponctuation, un minimalisme assumé qui vous gueule à la figure que « c’est un livre d’auteur, sérieux et que si t’as pas envie de rire, tu es bien tombé et tu vas être servi » ! Seule concession, sûrement imposée par l’éditeur, un bandeau avec la photo de l’auteur (tu m’étonnes !!!).

Sauf que, MON libraire le recommande ! Quand il aime, il trombone un petit papier sur la couverture avec quelques mots manuscrits qui, neuf fois sur dix, donnent envie de le lire.

La première fois, je tourne autour du livre, à bonne distance, comme si mon banquier allait en sortir pour me signifier que la situation de mon compte devrait me préoccuper davantage !

La deuxième fois, je me rapproche prudemment et la troisième fois, je me décide à lire la petite critique de mon libraire.

Je tombe sur le cul ! Il a trouvé ce livre hilarant, émouvant et tendre ! Je vérifie qu’il parle bien du bouquin de Samuel, cet être décalé, à l’ouest, prisonnier des limbes de la création. Il parle bien de lui. Je me dis que mon libraire a pété une durite et rentre chez moi, attends quelques jours… et je reviens acheter Reviens.

J’ai beaucoup aimé ce livre !

Reviens n’est pas une supplication à une femme mais à un fils. Un écrivain, en panne d’inspiration depuis plusieurs années, dont la vie côtoie le néant depuis la séparation avec sa femme, voit son grand fils quitter la maison pour un voyage autour du monde.

Ce départ agira comme un électrochoc dans son existence totalement apathique.

Comme souvent, il faut que les gens partent pour qu’on réalise combien on tient à eux et combien on les connaît mal, par pudeur, par manque d’efforts, par égoïsme, par lâcheté. Le père et le fils s’aiment, bien sûr, mais sans se le dire. Complices, copains, fumant des clopes ensemble, en silence, à quatre heure du matin. Ils ne se disent pas l’essentiel, persuadés que l’autre le sait et que l’essentiel est superflu.

C’est l’histoire d’une renaissance, progressive, douce, entre un père et son fils, entre un homme et l’amour, entre un écrivain et son envie de raconter des histoires.

L’écriture est totalement accessible et ancrée dans le réel (Samuel est un type comme les autres 😜). C’est touchant, tendre et, paradoxalement, drôle, bourré d’auto-dérision. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est hilarant (n’oublions pas que Le Discours de Fabrice Caro a mis la barre très haut) mais j’ai souri et ri souvent (la scène de l’achat du canard à la ferme 😍😍😂).

Je vous le conseille, c’est léger tout en étant peut-être plus profond qu’il n’y paraît.

Et surtout, mes préjugés envers Samuel ont totalement disparu 😜 !

LE CAKE D’AMOUR de Peau d’Ane

Le Cake d’Amour, c’est ma madeleine à moi 😍😍😍

Préparez votre… préparez votre pâte
Dans une jatte… dans une jatte plate
Et sans plus de discours
Allumez votre… allumez votre four.

Prenez de la… prenez de la farine
Versez dans la… versez dans la terrine
Quatre mains bien pesées
Autour d’un puit creux… autour d’un puit creusé

Choisissez quatre… choisissez quatre œufs frais
Qu’ils soient du mat’… qu’ils soient du matin frais
Car à plus de vingt jours
Un poussin sort tou… un poussin sort toujours.

Un bol entier… un bol entier de lait
Bien crémeux s’il… bien crémeux s’il vous plait
De sucre parsemez
Et vous amalga… et vous amalgamez.

Une main de… une main de beurre fin
Un souffle de… un souffle de levain
Une larme de miel
Et un soupçon de… et un soupçon de sel.

Il est temps à… il est temps à présent
Tandis que vous… tandis que vous brassez
De glisser un présent
Pour votre fian… pour votre fiancé

Un souhait d’a… un souhait d’amour s’impose
Tandis que la… que la pâte repose
Lissez le plat de beurre
Et laissez cuire une… et laissez cuire une heure

Jacques Demy et Michel legrand

K.O. de Hector Mathis

Il ne faut pas en promettre à la Bibliothécaire !

Tous les ans, début novembre, est dévoilé le prestigieux Prix Goncourt. La tension est savamment orchestrée, dès la rentrée littéraire, grâce aux pré-sélections de septembre et octobre. Mais fin octobre, on atteint le summum de l’effervescence. Chacun y va de son pronostic ; les plus téméraires balancent leur coup de cœur, les plus prudents tablent sur une sélection. Quant à moi, je m’en fous, vu qu’en général, je commence juste à attaquer les livres de la rentrée littéraire d’il y a dix ans !

Cette année, La Grande Librairie n’a pas dérogé à la règle. Une semaine avant l’attribution du Goncourt, l’émission donne la parole à quatre libraires : quel est, pour eux, le livre qui mérite le prix et pourquoi ?

Le premier libraire présente et argumente son choix, le deuxième itou, jusqu’à la troisième ! Une libraire passionnée qui dit CE QU’IL NE FALLAIT PAS DIRE ! Elle tient K.O. de Hector Mathis. Elle raconte juste ce qu’il faut pour donner envie de le lire et termine par : « c’est la première fois que je ressens cela pour un livre, depuis Voyage au bout de la nuit« .

La bibliothécaire se raidit, fait une moue où se mêlent surprise, suspicion et contrariété (ce qui, d’après Népoux, est assez drôle à voir). Attention, on n’évoque pas Céline à la légère ! Mais le mal est fait, elle m’a donné envie de lire ce bouquin !

Ressentir la même chose que pour Voyage au bout de la nuit ??!!! Elle est sérieuse ???

Je ne menace pas, je préviens : je peux vite perdre toute objectivité en ce qui concerne le Voyage !

Pour moi, c’est le seul, l’unique livre au monde. Tout le reste n’est que tentatives plus ou moins vaines pour approcher la condition humaine. Ce livre m’a littéralement foudroyée, fracassée, il m’a changée, a bouleversé mon rapport à la vie… et aux livres. J’en suis sortie hébétée, sidérée… et je passe ma vie à chercher le livre qui me fera revivre ça. Frédéric Beigbeder, dans Dernier inventaire avant liquidation, a comparé la lecture du Voyage à un dépucelage littéraire ; je trouve que c’est largement en-deçà de la réalité.

Ça ressemble à Céline… mais ce n’est pas du Céline !

Je m’en doutais… mais j’y ai cru quand même ! Je vais donc essayer d’oublier cette comparaison pour rendre un avis objectif et honnête de ce livre, car c’est un premier roman prometteur même si je l’ai trouvé maladroit.

Ça raconte Sitam et la môme Capu, un couple en marge, deux solitudes qui se tiennent chaud dans un monde hostile. Deux inaptes à la vie, non pas en société, mais dans notre société.

Sitam est fou de jazz et de littérature. Il est jeune mais suffisamment vieux pour avoir plus de désillusions que de rêves. 

C’est l’histoire de sa fuite en avant, son errance dans une France puis une Europe en proie au chaos, comme lui.

Dans ce livre, ce qui frappe, c’est l’écriture. Il y a de la gouaille, de l’argot, de la vie, du rythme. Hector écrit comme on joue du jazz, avec frénésie. Un jazzman a dit un jour : « le jazz n’offre aucun répit. Il ne tient pas en place et ne le fera jamais ». C’est exactement ça !

Puisque notre héros n’a plus d’espoir, l’auteur s’en donne à coeur joie. Tout est foutu ? Autant s’en payer une bonne tranche ! Bim, bam, boum ! De la musique à vous faire tourner la tête, à vous saouler, à vous écoeurer ! Des ribambelles de mots qui vous apostrophent, se heurtent, finissent par se répéter et ne plus vouloir rien dire.

C’est ça, le principal problème de ce récit : la forme l’emporte sur le fond. Comme une improvisation de jazz qui finit par tourner en boucle autour d’accords majeurs mais sans jamais réussir à les approcher.

Hector Mathis est jeune, talentueux, même si j’ai été déçue, je suis curieuse de savoir ce qu’il va écrire à l’avenir !

MON RÊVE FAMILIER de Paul Verlaine


Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant 
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime 
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même 
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent 
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème 
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, 
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore. 
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore 
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues, 
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a 
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

LES EXILÉS MEURENT AUSSI D’AMOUR de Abnousse Shalmani

J’ai eu mon dernier coup de foudre il y a 15 jours… et c’est pour une femme !

J’ai découvert par hasard que LCP a rajeuni son émission littéraire (vu qu’on partait de Jean-Pierre Elkabbach 😱, c’était assez facile).

L’émission en question s’appelle désormais Livres & Vous (vous l’avez ?😜), elle est présentée par une jeune femme, Adèle Van Reeth, le décor reste le même : la bibliothèque du Sénat. Mais surtout, ça reste l’une des rares émissions sous-titrées pour les sourds et les malentendants sur une chaîne qui, au vu de sa mission, devrait bosser un peu plus sur l’accessibilité !!!

L’émission a déjà commencé, deux auteures sont invitées, elles sortent, chacune, un livre traitant de l’exil.

L’une d’elles, Abnousse Shalmani, est en train de parler. Dans un premier temps, je ne l’écoute pas, je regarde ses cheveux. Je veux les mêmes ! Couleur miel, boucles de bébé, tellement épais qu’on pourrait en faire trois perruques.

CALME-TOI ! Qu’y-a-t-il SOUS ces cheveux ?

Il y a d’abord des yeux. Des yeux sombres, noirs. Tour à tour perçants, rieurs, interrogateurs ; un regard qui se plante dans le vôtre et qui ne le lâche pas.

Puis une bouche, sensuelle, téméraire, exigeante, une bouche pour la vie, qui parle, qui interpelle, qui contredit, qui rit.

Enfin un teint pâle à faire pâlir de jalousie une madone.

J’apprends qu’elle est d’origine iranienne. Née à Téhéran, elle arrive à Paris à l’âge de de 8 ans, avec ses parents qui fuient le régime khomeyniste.

Après le coup de foudre physique, vient le coup de foudre tout court.

Je l’écoute parler d’elle, de son livre, de son exil. C’est comme si un grand courant d’air frais s’engouffrait dans cette bibliothèque. Je suis partagée entre admiration et fous rires.

Admiration, tant elle semble n’avoir peur de rien. Elle affirme ses convictions avec enthousiasme sans être ni péremptoire, ni agressive. Elle est si spontanée, si bouillonnante que la présentatrice a du mal à canaliser l’entretien.

Fous rires car sa personnalité est telle qu’elle prend toute la place, occupe tout l’espace, reléguant les deux autres femmes à l’état de spectatrices, scrutant désespérément d’éventuelles respirations ou pauses qui leur permettraient d’en placer une. Je découvre que la pire chose qui puisse arriver à un écrivain est d’être invité avec elle… mais c’est tellement bon pour les téléspectateurs !

L’émission se termine, je dois lire son livre !

Qu’est-ce que l’exil ? Vous avez 3 heures.

Ce livre est à son image : authentique, foisonnant et exigeant.

C’est l’histoire d’une petite fille de 8 ans, Shirin, partie brusquement d’Iran pour atterrir en France. Elle est arrachée à son pays, sa langue, sa culture, son rang. Elle se retrouve, avec ses parents, dans un deux pièces où vivent déjà ses trois tantes et son grand-père maternels.

Autant de personnes toxiques dans un si petit espace, c’est un record ! Les trois tantes sont pleines d’idéaux, se rêvent révolutionnaires et veulent mener un combat, peu importe lequel, pourvu qu’elles en soient les égéries et qu’il y ait de la souffrance. Le grand-père est un pur salaud.

Comment trouver sa place dans cette famille dysfonctionnelle ? Dans ce pays qui est désormais le vôtre mais dont vous ignorez tout ?

L’émancipation de Shirin passera d’abord par les mots, la langue française. Elle va lui tourner autour, l’observer patiemment puis l’apprivoiser farouchement car sa vie en dépend. Mettre des mots sur les actes, décrire, exprimer ce qu’elle ressent avec justesse et précision, échanger avec d’autres personnes que sa famille, c’est commencer à avoir une existence propre, une indépendance, une légitimité.

Vient ensuite le corps. Ce corps dont on ne parle jamais, qui doit être caché, tu, obéissant, docile. L’envol de Shirin sera également physique, sans tabou, avec impudence et audace, à l’image de cette phrase : « Elle disait en riant qu’elle voulait donner une voix aux femmes qui aiment faire l’amour sans éteindre les lumières ».

Ce récit initiatique est, tour à tour, drôle, impertinent, triste mais toujours envoûtant.

Une seule critique : j’ai trouvé que le livre perdait un peu de son intensité à force de répétitions et longueurs sur la fin (trois fois rien, on coupe dix pages et c’est reparti 😇). Mais ce n’est pas grave, je suis tellement in love d’Abnousse que je lui pardonne 😍😍🤪. C’est décidé ! Ma prochaine lecture sera Khomeyny, Sade et moi !

LA SEINE de Mathieu Chedid

Vous aimez Paris ? Vous aimez la Seine ?

Alors vous adorerez cette chanson et le film d’animation Un Monstre à Paris !

C’est un pur bonheur pour les amoureux de la capitale… et les autres !

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Elle sort de son lit
Tellement sûre d’elle
La Seine, la Seine, la Seine
Tellement jolie elle m’ensorcelle
La Seine, la Seine, la Seine
Extralucide la lune est sur
La Seine, la Seine, la Seine
Tu n’es pas saoul
Paris est sous
La Seine, la Seine, la Seine
Je ne sais, ne sais, ne sais pas pourquoi
On s’aime comme ça, la Seine et moi
Je ne sais, ne sais, ne sais pas pourquoi
On s’aime comme ça la Seine et moi
Extra Lucille quand tu es sur
La Seine, la Seine, la Seine
Extravagante quand l’ange est sur
La Seine, la Seine, la Seine
Je ne sais, ne sais, ne sais pas pourquoi
On s’aime comme ça, la Seine et moi
Je ne sais, ne sais, ne sais pas pourquoi
On s’aime comme ça la Seine et moi
Sur le Pont des Arts
Mon cœur vacille
Entre deux eaux
L’air est si bon
Cet air si pur
Je le respire
Nos reflets perchés
Sur ce pont
On s’aime comme ça la Seine et moi
On s’aime comme ça la Seine et moi
On s’aime comme ça la Seine et moi
On s’aime comme ça la Seine et moi
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LA VRAIE VIE de Adeline Dieudonné

Les Belges sont décidément très forts !

Je trouve qu’il y a beaucoup trop de Belges talentueux ! Entre Maurice Carême, Georges Simenon, Françoise MalletJorris, EricEmmanuel Schmitt et Amélie Nothomb, c’est quoi leur secret ? Il y a un gène belge de l’écriture ? Le waterzoï de poulet améliore les qualités littéraires ? Les moules-frites développent l’imagination ? La gaufre de Liège booste la puissance narrative ?

Les Belges doivent servir de souffre-douleur aux Français, pas les subjuguer avec leurs livres !

C’est pourquoi, quand j’ai entendu François Busnel présenter la nouvelle révélation belge, je n’ai pas pu m’empêcher de crier « encore !!! » (oui, je parle fort et beaucoup, au grand dam de Népoux qui essaie de suivre tranquillement).

La nouvelle révélation belge est charmante, jeune, captivante, et, pour ne rien gâcher, j’apprends qu’elle écoute du métal pour écrire. Bref, c’est une personnalité atypique juste comme je les aime.

Je garde son nom et le titre du livre dans un coin de ma tête… et continue ma petite vie.

Jusqu’au jour où je passe devant mon libraire (allez zou ! un petit coup de pub ! La librairie «Le Livre et La Tortue », à Issy-les-Moulineaux, est une petite merveille, tenue par de jeunes passionnés). Vous noterez que je passe devant, hein, je n’entre pas, fait rarissime ! D’ailleurs, JE NE DOIS PAS RENTRER, j’ai suffisamment de livres en retard pour tenir tout l’hiver sans bouger de mon canapé !

Mais, sur la porte, une affiche est bien mise en valeur : dédicace de Adeline Dieudonné pour son premier livre La Vraie Vie.

Et puis, merde, je rentre 😤😤😤… et j’achète le bouquin !

Je viens de terminer ce livre et c’est une vraie surprise !

Nous ne connaîtrons jamais le prénom de l’héroïne. Elle a 11 ans, vit avec ses parents et son petit frère, Gilles, dans un lotissement triste d’une banlieue lugubre. Son père se drogue à la chasse au gros gibier. Traquer, ressentir la peur de la bête, ça l’excite, c’est sa façon d’évacuer toutes les frustrations de sa vie, d’affirmer sa virilité. Forcément, quand il est en manque, il traque la mère, totalement paralysée par la peur que lui inspire son mari. Heureusement, il y a Gilles, son petit frère qui la suit partout, dont les éclats de rire lui sont aussi vitaux que l’air ou l’eau.

Jusqu’au jour de l’accident. Son petit frère ne rit plus, il est comme rongé de l’intérieur. Alors, elle va tout faire pour retrouver son « vrai » petit frère, celui d’avant.

Et si on avait un brouillon de vie ? Une vie pour faire des essais, expérimenter, se tromper ; une vie pour les malheurs, les déceptions, la tristesse ; un brouillon de vie pour préparer la vraie vie, pour la faire la plus belle possible, pour retrouver son petit frère d’avant l’accident.

C’est l’histoire d’une confrontation. La confrontation entre, d’un côté,                                                                                                                                                                                               la candeur, la naïveté, la volonté butée de l’enfance et, de l’autre, la résignation, la cruauté, le désespoir des adultes.

Pour un premier livre c’est une jolie réussite. Je parie que cette Belge va encore nous surprendre à l’avenir !

LA PLUS BELLE FOIS QU’ON M’A DIT « JE T’AIME »… de Francis Lalanne

Noooon ! Ne partez pas ! Après tout, on a tous une chanson inavouable… Pas vous ?

Et puis, Francis a été jeune (si !) et moi aussi (si, si !)… et qu’est-ce que j’ai pu chanter cette chanson 😍😍😍

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

Il m’a pas regardé
L’air grave et langoureux
Les pupilles bandées
Le biceps amoureux
Il avait pas le regard
De ceux qu’ont rien dans le coeur
Comme tous ces p’tits ringards
Qui jouent les grands… tombeurs
Il m’a regardé simplement
Avec des yeux qui r’gardent vraiment
Pas de sourire et pas d’oeillade
Pas de cinéma et pas d’aubade
Il m’a dit ça comme quand c’est vrai
Il m’a dit ça de mon plein gré
Avec un sourire qui pleure
Comme quand les coeurs sont pas à l’heure
J’me suis senti con ce jour-là
De pas savoir répondre à ça

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

Pendant qu’il me regardait
Ça flanchait dans mes yeux
Et plus il me regardait
Plus mon pouls sonnait creux
Le coeur comme un marteau
La tête comme un pourquoi
J’étais mal dans ma peau
Pourtant, il y avait pas de quoi
Pourtant il m’a pas fait du plat
Comme un mec avec une nana
J’ai fait celui qui veut rien entendre
J’ai fait celui qui veut pas comprendre
Et j’ai bredouillé quelques mots
Des trucs qui sonnaient un peu faux
Du style moi aussi je t’aime bien
Tout le monde ici, tous les copains
J’me suis senti con ce jour-là
De pas être comme lui, d’être comme moi

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

Il a sourit tout bas
Juste avant de partir
On avait lui et moi
Plus grand chose à se dire
On s’est revu un jour
On s’est rien dit du tout
A chacun son amour
C’est pas le mien, voilà tout.
Aimer les filles ou les garçons
Aimer, c’est aimer de toute façon
Mais…

La plus belle fois qu’on m’a dit « je t’aime »
C’était un mec qui me l’a dit.

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