Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.
TROUVER L’ENFANT de Rene Denfeld
De l’importance d’un titre de livre.
On sous-estime beaucoup l’importance d’un titre de livre, surtout actuellement. Un titre de roman, c’est une formule magique qui a un nombre incroyable de pouvoirs.
Un pouvoir d’attraction. Il doit vous accrocher, vous étonner, vous intriguer. Vous devez tomber en arrêt, vous approcher, prendre le livre, le tourner dans tous les sens.
Un pouvoir d’évocation. Il peut vous projeter dans un univers onirique, vous donner un parfum d’aventure, vous embarquer pour un voyage plein de découvertes, de senteurs, de sensualité ou de terreur. Si vous ne ressentez rien, passez votre chemin.
Enfin, un pouvoir de réflection. Avec la couverture, le titre est la vitrine du livre. Il doit lui être loyal. Ne pas faire de fausses promesses, ne pas le trahir, juste le laisser deviner.
Malheureusement, les bons titres ne sont pas à la mode. On peut dire que Katherine Pancol a fait beaucoup de mal avec sa trilogie Les yeux jaunes des crocodiles. Elle a lancé la tendance des titres à la con : Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (🥶 bon sang, qui relit et valide ça ???), Mémé dans les orties, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Les gens heureux lisent et boivent du café, Ta nouvelle vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. Bientôt, il va falloir une double couverture pour les caser 😤. Je les trouve racoleurs. Ça en devient suspect cette façon qu’ils ont de trop en faire, de trop en montrer. Comme les bandes annonces où vous sentez qu’on a mis les meilleurs extraits du film, je me dis que c’est peut-être la meilleure phrase du livre… et je fuis. Je passe peut-être à côté de pépites…
Best titre ever
Et puis, il y a les autres. Des titres qui ont un pouvoir d’évocation incroyable, une simplicité, une pureté qui confinent à la magie, qui vous attirent irrésistiblement.
J’ai découvert Rene il y a quatre ans. Je prenais une chronique d’Olivia de Lamberterie en cours. Je n’avais pas entendu le nom du livre, mais la critique était juste Whaouuuuu. Avant même de savoir comment il s’appelait, je savais que j’allais le lire.
C’était sans compter sur le pouvoir ensorcelant du titre ! En ce lieu enchanté. Quatre petits mots qui m’ont bouleversée. Où que fût ce lieu, je devais y aller.
Rene est une auteure, journaliste et enquêtrice américaine, spécialisée dans les peines de mort. En ce lieu enchanté était son premier roman. Un roman fort, envoûtant, totalement en phase avec les promesses du titre.
Trouver l’enfant
C’est le titre de son deuxième roman. Radicalement différent du premier. Plus simple, plus sobre, plus informatif, moins onirique. Et ça me plaît ! Elle ne cherche pas à refaire une pâle copie, à exploiter un filon, à aguicher vulgairement. Elle est avant tout fidèle à son livre.
La femme qui retrouvait les enfants, c’est Naomie, jeune détective spécialisée dans la recherche d’enfants disparus. Elle-même a été une enfant enlevée et séquestrée. Elle sait l’incompréhension, la douleur, la terreur, le désespoir. Elle sait aussi l’instinct de survie, les pressentiments, la prescience. Le diable est dans les détails et elle traque le diable, s’attachant à des indices délaissés par les policiers ou occultés. Elle est contactée par les parents de Madison, fillette disparue depuis trois ans. Commence alors une course contre la montre dans les forêts enneigées et hostiles de l’Oregon.
Je veux être Rene Denfeld !
Ou plutôt, je veux écrire comme elle !
J’ai retrouvé la même grâce, l’écriture douce, ciselée, délicate, pleine de tendresse et de poésie pour raconter l’innommable. Des mots précis, justes, au pouvoir onirique, presque chuchotés, qui, pourtant, mis bout à bout forment une histoire et vous entraînent dans la noirceur. Rene vous immerge dans un univers féerique où les arbres, les rivières, le ciel ont le pouvoir de vous parler, de vous guider.
Le fossé entre la forme et le fond est tel que vous vous sentez envahis par une multitude de sensations qui tournent à l’obsession.
Seule ombre au tableau : la fin, trop évidente, trop facile, trop triviale, qui n’a pas la magie du livre.
Mais ce n’est pas grave, je veux quand même être Rene quand je serai grande 🥰 !
UNE SORCIERE COMME LES AUTRES de Anne Sylvestre
Je voue un amour inconditionnel à Anne Sylvestre, la plus envoûtante de toutes les sorcières !
S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefoisJ’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bougerJe vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amourJe vous ai porté encore
À l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon coeurQuand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisonsQuand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedansCe n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseauEt c’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autresIl vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attendS’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjàVous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiezVous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tueQuand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plusQuand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessousCe n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou se débat
C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de cotonEt c’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autresS’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps
Libre et fort comme le ventLibre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeurJ’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peuxJ’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pasMais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peut plus
Le sol se rompant
Découvre des richesses inconnuesLa mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyéCe n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend
C’est Gabrielle
Ou bien Eva
Fille d’amour
Ou de combatEt c’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel[Refrain]
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autresS’il vous plaît
S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger.
JUST KIDS de Patti Smith
Où je découvre Patti Smith !
La Nouvelle Star mène à tout ! J’ai découvert Patti Smith grâce à ce programme, il y a presque dix ans. Une candidate avait choisi Because The Night pour la phase des sélections. Seule avec sa guitare, elle chantait divinement bien, mais, surtout, je suis restée scotchée par la chanson !
Patti Smith : je connaissais vaguement le nom.
Zou ! Direction Google pour en savoir plus sur l’auteure de ce bijou. Patti, c’est d’abord un physique : une silhouette frêle et androgyne, une tignasse noire corbeau encadrant un visage racé de jeune Cherokee, à l’attitude rebelle et fière. Whaouuuuu !
Icône de la scène rock et punk des années 70, elle touche à tout, musique, poésie, peinture, photographie. Ses amants les plus célèbres sont Robert Mapplethorpe et Sam Shepard. Bref, on frôle la légende.
Où je découvre Robert Mapplethorpe !

À l’époque, son nom m’évoque un artiste pointu qui a bossé avec Warhol. Mais j’en reste là, focalisée que je suis sur Patti, puis j’oublie…pendant dix ans.
C’était sans compter avec Népoux. Il y a quelques mois, on terminait une expo par notre sacro-sainte visite à la librairie du musée. Népoux me rejoint avec l’air d’un type qui vient de découvrir un gisement d’or et me tend un bouquin de photos. Je le cite « Des photos diiiingues, non mais regarde ! J’ai rarement vu aussi beau et aussi fort ».
Je feuillète le bouquin (qui est un recueil de photos de Robert) et c’est un choc esthétique ! Toutes les photos sont superbes, en noir et blanc, ultra stylisées. Le travail sur la lumière est phénoménal, le rendu est spectral, fantomatique, quels que soit les sujets.
Les sujets, parlons-en ! Portraits, fleurs, nudité masculine ou sexes, il réussit à tout rendre sublime et sensuel. Lumière, cadrage, grain, tout concourt à un esthétisme magistral qui me bouleverse. On touche à la beauté à l’état pur. Robert est un génie !
Subjuguée par Patti et Robert, j’étais fin prête pour lire Just Kids !
Rarement titre aura été aussi parfait !
Car c’est bien ça, le sujet de ce livre autobiographique : l’histoire de ces deux gamins de la classe moyenne américaine, arrivant fauchés dans la grande pomme, qui vouent une fascination à l’art dans ce qu’il a de plus absolu et extrême et qui veulent y consacrer leur vie. « Pour eux, le monde tout entier était un terrain de jeu magique et l’art tout simplement un mode de vie ».
On les suit dans le New-York underground des années 70, royaume du sexe et de la drogue, peut-être, mais surtout d’une liberté vertigineuse qui nous effraierait aujourd’hui malgré toutes les avancées que l’on se gausse d’avoir obtenues. On parcourt des lieux mythiques peuplés de légendes. On se prend à rêver d’un Eden disparu même si l’on se fourvoie.
Ils sont désarmants, candides, fragiles, timides, comme des enfants, mais aussi, courageux, déterminés, presque invincibles tant ils sont sûrs de leur destinée. « … c’était une période magique et on croyait en la magie ».
Je pense aux Clochards Célestes de Kerouac, je pense à La Bohème d’Aznavour. C’était peut-être la bohème sous acid, le Sida a sifflé la fin de la récré, mais, bon sang, quelle bande de gamins flamboyants !
LE TEMPS DE VIVRE de Anna de Noailles
Le saviez-vous ?
Anna de Noailles fut la première femme à être commandeur de la Légion d’Honneur.
Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l’aube au jour qui baisse,
Garde ton âme ouverte aux parfums d’alentour,
Aux mouvements de l’onde,
Aime l’effort, l’espoir, l’orgueil, aime l’amour,
C’est la chose profonde,
Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire,
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre,
Combien s’en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces,
Et qui n’ont pas goûté la vie où le soleil
Se déploie et s’enfonce.
Ils n’ont pas répandu les essences et l’or
Dont leurs mains étaient pleines,
Les voici maintenant dans cette ombre où l’on dort
Sans rêve et sans haleine ;
— Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
De frissons et d’extase,
Penche sur les chemins où l’homme doit servir
Ton âme comme un vase,
Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
La vie âpre et farouche ;
Que la joie et l’amour chantent comme un essaim
D’abeilles sur ta bouche.
Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment,
Les rives infidèles,
Ayant donné ton cœur et ton consentement
À la nuit éternelle.
RENAÎTRE de Andrée Chedid
Porté par le reflux des sèves
Par ces paroles qui font l’été
Par ces soleils gorgés d’échos
Tu graviras cœurs et sentiers
Tu ne cesseras de renaître
Taillant brèches et mots
Dans la paroi des jours.
LES GENS QUI DOUTENT d’Anne Sylvestre
Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou – Nietzsche
LA MORTE ET SES MAINS TRISTES de Marie Noël
J’ai toujours dit que les femmes étaient trop dévouées 😜
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