SAN-ANTONIO – Aux frais de la princesse – de Frédéric Dard

Si tu n’as pas lu un San-Antonio avant tes cinquante ans, tu as raté ta vie !

Autant vous dire qu’il y avait un chouïa urgence pour moi !

  • Bien évidemment que je connais de nom.
  • Bien évidemment que je sais de quoi ça parle (enquêtes policières du Commissaire San-Antonio).
  • Bien évidemment que je sais que l’écriture de Frédéric Dard est truculente, fleurie, argotique et tout le tintouin.
  • Bien évidemment que je sais que la série des San-Antonio est devenue un classique.

Mais (je ne me repose jamais 🥳) :

  • Les San-Antonio sont systématiquement rangés dans le secteur « testostérone » des rayons des Maisons de la Presse, au mieux à côté des SAS, au pire entre les revues pornographiques et de musculation (et oui, avant de soulever des filles faut soulever de la fonte – c’est pas ma meilleure mais je l’aime bien 🥳).
  • Les titres me font rire (« Le pétomane ne répond plus« , « L’année de la moule« …) mais pas de là à déclencher l’acte d’achat (ici, le marketing pour les nuls 🤣).
  • Les couvertures sont délicieusement vintages, certaines frôlant le collector, mais elles fleurent aussi le grossier roman de gare. Bon sang, non, je ne suis pas prête pour ça !

Et Frédéric, alors ?

  • J’ai toujours eu une grande sympathie pour lui, bien que ne l’ayant jamais lu et ne connaissant pas son univers. Quand il passait à la télé, c’était un vrai plaisir de le regarder et de l’écouter parler.
  • Il avait le regard tendre, parfois triste ou plutôt inquiet, mais jamais cynique ni désabusé.
  • Il était drôle, un humour qui rassemble, élégant. Un humour comme une politesse.
  • Il était cultivé, avait un vocabulaire extrêmement riche (contrairement à ce qu’il pouvait dire « J’ai commencé avec 300 mots, tous les autres je les ai inventés »).
  • Et il vénérait Céline 🤗 !
  • Comment pouvais-je ne pas aimer Frédéric 🥰 ?

Il était donc dit que je devais le lire un jour… Et ce jour est arrivé cet été.


Mais il n’était pas dit que j’aimerais !

Ben non, j’ai pas aimé.

Pourtant ça commençait bien ! J’adore les romans policiers et l’humour 🤗.

Les soixante premières pages me comblent. Je découvre une écriture qui guérirait une vache neurasthénique (non, je ne parle pas de moi 😜).

Bref, je souris, je ris aussi. L’intrigue est intrigante, le style est stylé. Les personnages sont hauts en couleur, le sexe est récurrent et au-delà du burlesque. Jouer avec les mots comme il le fait demande une culture et une maîtrise phénoménales. Je comprends qu’on puisse être fan….
Sauf que… j’ai fini par trouver ça toujours pareil, j’ai commencé à tourner en rond, lentement puis de plus en plus vite. Tant et si bien que je ne l’ai pas fini 😱.

Je ne saurai jamais ce qui est arrivé au Vieux… et franchement, je m’en fous.

Je continue d’avoir une grande tendresse pour Frédéric… Et c’est le principal !


HEROES de David Bowie

I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can beat them, just for one day
We can be Heroes, just for one day
And you, you can be mean
And I, I’ll drink all the time
‘Cause we’re lovers, and that is a fact
Yes we’re lovers, and that is that
Though nothing, will keep us together
We could steal time, just for one day
We can be Heroes, forever and ever
What d’you say ?
I, I wish you could swim
Like the dolphins, like dolphins can swim
Though nothing, nothing will keep us together

We can beat them, forever and ever
Oh we can be Heroes, just for one day
I, I will be king
And you, you will be queen
Though nothing will drive them away
We can be Heroes, just for one day
We can be us, just for one day
I, I can remember (I remember)
Standing, by the wall (by the wall)
And the guns, shot above our heads (over our heads)
And we kissed, as though nothing could fall (nothing could fall)
And the shame, was on the other side
Oh we can beat them, forever and ever
Then we could be Heroes, just for one day
We can be Heroes
We can be Heroes

We can be Heroes
Just for one day
We can be Heroes
We’re nothing, and nothing will help us
Maybe we’re lying, then you better not stay
But we could be safer, just for one day
Oh-oh-oh-ohh, oh-oh-oh-ohh, just for one day

https://youtu.be/lXgkuM2NhYI

LA CARTE ET LE TERRITOIRE de Michel Houellebecq

Je viens de lire mon premier Houellebecq 🤔

Vous imaginez le stade de notoriété à atteindre pour faire partie des premières fois ? La référence qu’il faut être ? L’importance (sociale, culturelle, expérientielle et j’en passe) qu’il faut représenter pour que cette simple expression, « mon premier Houellebecq« , ait le pouvoir de transférer celui qui la prononce dans une catégorie définie de population ? Zou ! Je passe de ceux qui ne l’ont pas lu à ceux qui savent 🥳. Comme un sésame qui vous ouvre les portes d’un club fermé, un rite d’initiation qui vous fait passer d’un statut à un autre, un apprentissage quasi-obligatoire pour obtenir un rang particulier. Bref, je suis une princesse 😂 !!! Donc, il y a encore quelques semaines, je faisais partie de ceux qui n’avaient jamais lu Houellebecq !

Pourquoi avoir tant attendu ?

On en entend trop parler ! On se prend le chou sur le cas « Houellebecq« . On dit tout et son contraire sur lui, à coup d’infos, d’intox et de rumeurs : « il a quitté la France, il arrête d’écrire, il est dépressif, il se lance dans le Bio, il s’est suicidé, il est mort bouffé par ses chiens… » 😱. Bref, une sorte de grand foutoir dont, jusqu’à présent, je me tenais prudemment à distance.

Il paraît qu’il est cynique ! C’est même sa marque de fabrique. Or, je me méfie du cynisme. A moins de s’appeler Desproges. C’est très dur à manier, parfois drôle, souvent méchant et toujours stérile.

Enfin, son regard de cocker battu m’a toujours foutu le bourdon. Il parle tout bas, n’articule pas, donc je ne comprends rien. Quant à son détachement des choses matérielles, il ferait passer José Bové pour un trader shooté à l’ultra-libéralisme.

Pourquoi le lire maintenant, alors ?

Tout a commencé il y a deux ans (oui, je suis lente). Le Palais de Tokyo a donné carte blanche à Michel pour monter une exposition, « Rester vivant« . Pour une fois, pas d’intermédiaire, donc pas d’interprétation hasardeuse. C’est Michel qui nous parle directement, qui se montre tel qu’il en a envie. Zou, nous voici donc, Népoux et moi, déambulant au milieu de poèmes, de photos, d’installations, de musiques et d’expériences scientifiques. Surprise ! Non seulement, il est bien curieux pour un dépressif 😉, mais en plus tout témoigne d’une délicatesse et d’une fragilité émouvantes. L’idée m’effleure que le personnage mérite peut-être mieux que sa réputation. Mais j’en reste là.

Sauf que ces dernières semaines tout s’est emballé. La sortie de son dernier roman, Sérotonine, crée un énorme battage médiatique. La presse étrangère l’encense comme le meilleur écrivain contemporain. La France l’attend comme le dernier sauveur possible d’un marché littéraire en berne.

Bon sang, si ça se trouve ce type est génial et je passe à côté à cause de mes foutus préjugés !

C’est parti pour la Carte et le Territoire !

Moi qui adore les avis tranchés… ben j’en sais rien 😱.

Je suis allée de surprises en surprises.

D’abord, et en dépit de son regard vif et mutin (oui, c’est une vanne, nulle mais vanne quand même 🥳), il est drôle. J’ai souri et ri souvent. Son récit de la fête du nouvel an chez Jean-Pierre Pernaut me fait dire que c’est « The Place to Be » pour démarrer une nouvelle année.

Ensuite, il manie très très bien le cynisme et n’a pas grand chose à envier à M. Desproges. Preuve en est, un petit texte à la fin de cet article, sur les ravages du féminisme. La féministe que je suis a adoré 🤣.

Mais enfin, ne nous mentons pas, Michel n’a aucun style d’écriture ! Je m’attendais à une « patte » Houellebecq, à ce que ça pète ! Vociférations, provocations, inventions de langage… Je m’attendais à un avant et après, comme Céline. Rien. Mais RIEN !!! C’est bien écrit, c’est neutre, minimaliste, ordinaire.

Après tout, comme le disait Schopenhauer : « La première – et pratiquement la seule – condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire ». Et Michel a des choses à dire.

Sur ce sujet, je laisserai le mot de la fin à Népoux qui a tout résumé : « Michel, c’est un peu le normcore du style ». Voilà ! C’est ça 🥳🥳🥳 !

Houellebecq et les féministes
« Pour ma part j’ai toujours considéré les féministes comme d’aimables connes, inoffensives dans leur principe, malheureusement rendues dangereuses par leur désarmante absence de lucidité. Ainsi pouvait-on dans les années 1970 les voir lutter pour la contraception, l’avortement, la liberté sexuelle etc., tout à fait comme si le « système patriarcal » était une invention des méchants mâles, alors que l’objectif historique des hommes était à l’évidence de baiser le maximum de nanas sans avoir à se mettre une famille sur le dos. Les pauvres poussaient même la naïveté jusqu’à s’imaginer que l’amour lesbien, condiment érotique apprécié par la quasi-totalité des hétérosexuels en activité, était une dangereuse remise en cause du pouvoir masculin. Elles manifestaient enfin, et c’était le plus triste, un incompréhensible appétit à l’égard du monde professionnel et de la vie de l’entreprise ; les hommes, qui savaient depuis longtemps à quoi s’en tenir sur la « liberté » et l’« épanouissement » offerts par le travail, ricanaient doucement. Trente ans après les débuts du féminisme « grand public », les résultats sont consternants. Non seulement les femmes sont massivement entrées dans le monde de l’entreprise, mais elles y accomplissent l’essentiel des tâches (tout individu ayant effectivement travaillé sait à quoi s’en tenir sur la question : les employés masculins sont bêtes, paresseux, querelleurs, indisciplinés, incapables en général de se mettre au service d’une tâche collective quelconque). Le marché du désir ayant considérablement étendu son empire, elles doivent parallèlement, et parfois pendant plusieurs dizaines d’années, se consacrer à l’entretien de leur “capital séduction”, dépensant une énergie et des sommes folles pour un résultat dans l’ensemble peu probant (les effets du vieillissement restant grosso modo inéluctables). N’ayant nullement renoncé à la maternité, elles doivent en dernier lieu élever seules le ou les enfants qu’elles ont réussi à arracher aux hommes ayant traversé leur existence – lesdits hommes les ayant entre-temps quittées pour une plus jeune ; encore bien heureuses lorsqu’elles réussissent à obtenir le versement de la pension alimentaire. En résumé, l’immense travail de domestication accompli par les femmes au cours des millénaires précédents afin de réprimer les penchants primitifs de l’homme (violence, baise, ivrognerie, jeu) et d’en faire une créature à peu près susceptible d’une vie sociale s’est trouvé réduit à néant en l’espace d’une génération. »

PROFONDEMENT SUPERFICIEL de Alex Beaupain

Plus le temps va plus je me creuse
Une mine à ciel ouvert
Une vraie Vallée de Chevreuse
Un chantier, une carrière
Mais de ces fouilles
Rien ne ressort
Ni fer ni rouille
Ni pierre ni or
Or

C’est peut-être moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel

Plus le temps va plus je me creuse
Des sillons sur le visage
Et dans le cœur comme une perceuse
Un derrick en plein forage
Mais ça ne donne rien de probant
Ni noir carbone, ni blanc diamant
Non

C’est peut-être moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel

C’est tellement rien à l’intérieur
Ça résonne comme une cathédrale
Cet écho naturel d’ailleurs
Pour mes chansons ça sonne pas mal

Et si c’était moi
Le moineau sans cervelle
La coquille de noix
Vidé de l’essentiel
Profondément superficiel

FANTÔMES ET FARFAFOUILLES de Fredric Brown

Les illustres inconnu·e·s, ma marotte !

Cette période estivale aura été riche en découvertes ! Pas de raison que je ne vous en fasse pas profiter ! Je continue donc sur ma lancée d’auteur·e·s notoirement inconnu·e·s. Après Alexandre Vialatte, après Marcelle Sauvageot… Tadam 🥁… Voici Fredric Brown 🥳🥳🥳🥳

C’est qui ce mec 😱 ? Pourquoi, diantre, n’en n’ai-je jamais entendu parler ? À croire que je suis obsédée par le mainstream… Mais pas du tout !

Bref, le hasard fait que j’entends ce nom, puis je le lis 🤔 (le nom). Pas possible il doit y avoir une erreur, jamais vu un prénom écrit comme ça ! On écrit Frédéric, Frédérique, Frederic mais pas Fredric bordel ! Il est Allemand ? Ou Prussien, je ne vois que ça. Au mieux, les parents avaient abusé du schnaps avant la déclaration de naissance. Perdu ! Il est américain !

Un peu perplexe, je poursuis mes recherches. Ce n’est pas gagné !

  • Il a écrit plein de nouvelles (je HAIS les nouvelles 😤).
  • Il est considéré comme le Maître de la micronouvelle et de la la nouvelle brève (short short story). Il y a donc pire que la nouvelle 😱 !
  • De science-fiction (ahahah, rire nerveux), je ne suis vraiment pas fan du genre science-fiction en littérature. La science-fiction, c’est en BD et au cinéma et les vaches seront bien gardées !
  • Il a également écrit des romans policiers (j’entrevois une lueur d’espoir).
  • Je continue quand même (on frôle le masochisme) et j’apprends qu’il a eu le prix Edgar Allan Poe récompensant la meilleure œuvre policière pour Crime à Chicago (merde, c’est une référence ça, n’oublions pas que j’adooooore les prix).

Dans un moment d’égarement, je décide de commander son recueil de nouvelles le plus connu, Fantômes et Farfafouilles. Je vous passe la tête et les vannes de mon libraire, qui commence à avoir, désormais, un chouïa la boule au ventre quand je me dirige vers lui d’un pas décidé.

Que Fredric ne soit pas connu relève de l’incompréhensible !

J’étais censée détester. Tous les voyants étaient au rouge. Un petit livre contenant 42 nouvelles. AU SECOURS !!!

C’est juste saisissant et bluffant ! Il réussit, en une à deux pages, à résoudre la quadrature du cercle : il pose ambiance, personnages, intrigue… et termine l’air de rien par une vraie chute. Ce que bon nombre d’écrivains n’arrive pas à faire en 150 pages !

Malgré tout le désamour que j’éprouve pour les nouvelles, je pense que c’est la marque des très grands que de savoir raconter une histoire claire et brève. Réussir à accoucher d’un récit construit, maîtrisé, qui vous embarque, vous fait ressentir un maelström d’émotions et vous habite longtemps après l’avoir terminé.

En cela, Fredric est fort, très très fort.

Rien ne manque, rien n’est en trop. Son style à la fois dépouillé de tout superflu reste suffisamment précis et acéré pour faire naître un monde sous vos yeux en seulement dix lignes.

Tout est singulier chez lui, ses univers, son humour (souvent noir), son impertinence… Bien sûr il y a de la science-fiction mais pas que… Du normal, du quotidien qui dérape, dérange, inquiète.

En le lisant, j’imaginais sa maison. L’intérieur de Fredric Brown est classique, un tantinet suranné (bienvenu dans les années 60, aux Etats-Unis), bien tenu, une décoration chaleureuse mais pas ostentatoire… Puis un détail, un bibelot, incongru. Pas vraiment étrange mais suffisamment pour jeter le trouble. Vous continuez la visite mais vous êtes troublé, mal à l’aise, partagé entre l’envie de rire et celle de fuir.

J’ai aimé la quasi totalité des nouvelles mais celle qui me hante encore est d’une normalité affligeante : l’Anniversaire de Grand-mère.

Gros Big Up à la traduction !

On oublie trop souvent les traductrices / traducteurs. Ils font un travail d’orfèvre. Quelle difficulté ce doit être de saisir la petite musique de l’auteur·e, de respecter son rythme, de retranscrire la substantifique moelle, trouver le mot juste, la bonne expression.

Dans le cas de Fredric, il me semble que cela doit être une vraie gageure. Bravo donc à Jean Sendy 👏.

Et, si jamais cet article ne vous a pas donné envie (😫😫😫), je pose là le petit texte de la quatrième de couverture. En deux mots : lisez Fredric !

Le principe selon lequel le fakir oblige une corde à se dresser en jouant du flageolet a autant de valeur scientifique que celui de la drogue d'immortalité, inventée vers 1980, et dont le secret se serait perdu depuis... En tout cas, c'est ce que prétend l'auteur. Pince-sans-rire, rabelaisien ou franchement abominable selon les cas, Brown a en outre la vertu rare de ne pas étirer sur dix pages une idée qui tient en dix lignes.
Mais attention : chaque texte est une bombe à retardement, un défi à votre perspicacité. Chacun de ces titres farfelus annone un coup de poing, mais impossible de savoir où le poing va aboutir. Rien ne permet de deviner avant la chute si l'on est en train de lire une histoire à rire ou à donner le frisson.

LAISSEZ-MOI de Marcelle Sauvageot

Pourquoi ?

Depuis que j’ai lu ce texte, je n’éprouve que des mauvais sentiments… Jalousie de ne pas l’avoir écrit, regret de ne pas l’avoir lu plus tôt, colère de ne jamais avoir entendu parler de Marcelle….

C’est d’abord (comme souvent) sa couverture qui m’a attirée. La photo est célébrissime (Les plongeursGeorge Hoyningen-Huene) mais surtout trompeuse. Un couple en maillot de bain, pose de profil en nous tournant la tête, assis sur ce qui semble être un plongeoir, face à la mer. En réalité, cette photo des années 30 a été prise sur les toits de Paris.

Je prends le livre, le tourne et découvre des critiques pleines de louanges teintées d’incompréhension et de tristesse que cet ouvrage n’ait pas fait date dans la littérature.

Zou ! Je l’achète et le lirai pendant les vacances ! On va voir s’il va faire date !

Les facéties de la vie ont voulu que, je lise ce livre, bloquée sur un lit d’hôpital. Quelle ironie ! S’immerger dans une histoire de femme malade (et condamnée ?) dans un sanatorium quand on est soi-même coincée dans une ambiance gériatrie 👌👌👌.
J’ai toujours eu un excellent sens de l’à-propos.

Alors, date ou pas date ?

Au diable le suspense ! Date bien sûr !!! Ce texte est tout à la fois un récit, une lettre, un manifeste, un adieu. Il est court, 123 pages, sans emphase, sans effet de style et pourtant… L’écriture est simple, fulgurante, tellement juste et belle, à la fois douce et violente. Un peu comme l’eau vive et glacée d’un torrent. Y plonger est une évidence mais qui n’a rien de confortable. Après vous avoir rafraîchi, la froidure vous saisit et vous oblige à nager pour ne pas perdre pied, pour éviter l’engourdissement.

Car c’est de cela qu’il s’agit, ne pas s’engourdir, jamais, ni pendant une histoire, ni après une rupture.

Jamais je n’ai été aussi proche de la vérité d’une rupture, jamais je n’ai lu un texte qui exprime tout à la fois les émotions, l’affect mais aussi l’intelligence, la distance, la force. Comme l’autopsie enflammée et lucide que l’on ferait d’un amour mort. 

Entrez dans la lumière…

L’héroïne, soignée dans un sanatorium dont elle ne ressortira peut-être pas vivante, illumine ses journées en pensant à son amant. Jusqu’au jour où elle reçoit une lettre « Je me marie… Notre amitié demeure. »

Malgré le choc, elle ne subira pas. Elle a décidé d’aimer cet homme, elle va décider de le désaimer… presque pour les mêmes raisons. Femme libre, amoureuse, délaissée, mais libre avant tout. Elle est forte. Personne ne pourra détruire ce qu’elle est intrinsèquement. À force de tout faire pour plaire à l’autre on se perd et c’est le pire, comme une trahison à soi-même, comme une solitude supplémentaire qui s’ajoute à nos renoncements. Elle évoque « le petit coin qui ne vibre pas, même au plus profond du bonheur », ce refuge accessible de vous seul et dans lequel vous conservez votre intégrité. Un lieu à soi. « Vous êtes parti, mais je me suis retrouvée… Je ne me sens pas seule ».

Certains diront que c’est le charme de la passion, de tout vivre intensément, de toucher le fond, de s’oublier… Je pense, au contraire, comme Marcelle : on ne doit jamais s’oublier, jamais s’effacer devant qui que ce soit.

Ce livre est un bijou brut, à lire et à relire… Et puis, cela n’a rien à voir, ne légitime rien, n’apporte rien … Mais Marcelle était belle, tellement belle.

VIETNAM / LES BONNES CONDITIONS / CORLEONE LE PARRAIN DES PARRAINS

Attention : cet article comporte une ENOOOOORME déclaration d’amour à Arte 😍

Cette chaîne me donnerait presque envie de demander la nationalité allemande ! La programmation est toujours dingue, des sujets variés auxquels vous n’auriez même pas pensé, d’autres que vous attendez depuis toujours… Et cet été, Arte a fait fort.. Une corne d’abondance de pépites ! Parmi les documentaires sous-titrés (plus simple pour savoir de quoi je parle 🥳), je vous en ai sélectionné 3.

VIETNAM de Ken Burns et Lynn Novick

Sur ce sujet, je pars de loin et ma marge de progression est assez vertigineuse.

Je savais que :

  • l’Amérique s’y était embourbée et en reste traumatisée (bourbier et traumatisme relayés, esthétisés, dramatisés par des films cultes tels Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, Platoon, La Déchirure, Full Metal Jacket et bien d’autres pour ne parler que de cinéma).
  • il y avait une vague histoire de Vietnam Nord contre Vietnam Sud
  • il y avait aussi une vague histoire de lutte contre le communisme.

Bref, je ne sais rien ! Zou ! En route pour 9 épisodes de 50 minutes (on est la Queen de la géopolitique ou on ne l’est pas 👸🏻). Dire que cette série documentaire est ambitieuse est un euphémisme. Des images d’archives inédites, des enregistrements secrets, des témoignages aussi bien de militaires, politiques, rescapés, familles, reporters. Et c’est effrayant (et hypnotique de voir à quel point les erreurs se répètent inlassablement) car tous, qu’il soient vietnamiens ou américains, soldats ou stratèges, pacifistes ou va-t-en-guerre, politiques ou citoyens… Tous disent la même chose… Cette prescience générale dès le début qu’il ne fallait pas y aller, qu’il n’y aurait pas de vainqueur, que cette guerre n’était pas une « bonne » guerre, celle où l’Amérique défend triomphalement les valeurs du bien contre le mal. Le communisme était même à la limite de l’anecdotique au début du conflit. Il s’agissait juste d’un peuple voulant son indépendance. Mais, rongée par son anti-communisme atavique, l’Amérique n’a rien vu ou voulu voir.

J’apprends pêle-mêle les origines du conflit (guerre d’Indochine), les turpitudes de de Gaulle (whouuuu qu’il a été vilain le Général 😡), le soutien américain à Hô Chi Minh en pleine guerre mondiale (si, si !), l’engrenage qui se met en place peu à peu, les mauvais choix, la corruption, les promesses non tenues, les jeunes que l’on sacrifie en toute connaissance de cause, les massacres… et la confirmation que si l’ensemble des présidents américains étaient des lâches, Nixon était réellement le salaud que l’Histoire en a fait.

Dernière info à la marge. Ken Burns, un des réalisateurs de ce documentaire, n’est pas un total inconnu. Il a donné son nom à un effet de travelling sur images fixes que l’on retrouve dans iMovie… Non parce qu’il l’a inventé (c’est un opérateur de Louis Lumière qui a inventé le premier travelling de l’histoire) mais plutôt largement démocratisé dans ses documentaires.

LES BONNES CONDITIONS de Julie Gavras

Changement total de décor ! La réalisatrice a suivi huit adolescents des beaux quartiers, pendant 13 ans, de leur terminale jusqu’à l’aube de leur trente ans, au rythme d’une rencontre par an. Ils habitent tous le 7ème arrondissement de Paris et n’en sortent que très rarement. Leurs parents sont bijoutiers, directeurs financiers, publicitaires. Ha ha ha, c’est parti pour une séance d’antrophologie de gosses de riches ! Forcément, pétrie de préjugés comme je suis, je démarre le visionnage d’un oeil goguenard (je fais très bien l’oeil goguenard 🤪), pensant que le summum de leurs problèmes existentiels doit être de choisir entre l’ENA et Polytechnique 🥳.

Honte sur moi 😳 ! Je découvre des jeunes sympathiques, drôles, touchants, conscients de leur chance… qui tâtonnent, adhèrent à leur milieu ou résistent. Plus que la légèreté de l’aisance financière, c’est le poids de la transmission qui se fait sentir. Transmission de valeurs, de patrimoine, d’une lignée, d’une histoire. C’est aussi des accidents de vie, de parcours, des prises de risques…

Ces portraits sont tous précieux, émouvants. Tout est filmé sobrement, sans voyeurisme. Du Strip-Tease de la grande époque, qui vous fait aimer les gens, vous enlève vos idées reçues, bref vous rend un chouïa meilleur. Si en plus vous êtes parents de grands adolescents, je ne peux que vous encourager à regarder ce documentaire avec eux !

CORLEONE LE PARRAIN DES PARRAINS de Mosco Levi Boucault

Deux parties, ce n’est pas de trop pour retracer l’ascension et la chute de Totò Riina, un des parrains les plus célèbres et sanguinaires de Sicile.

Et mon festival de culture générale continue ! J’apprends donc que Corleone n’est pas le nom d’une famille mais d’un village, que la Sicile est le vrai berceau de la mafia, que ses origines remontent, à priori, au XVIIIème siècle et bien d’autres choses…

Quelle ironie de voir ce vieillard se présenter comme un pauvre et honnête paysan, attaché aux valeurs chrétiennes, qui n’a jamais dévié des enseignements de Dieu. Une belle ordure oui 👿! N’en déplaise aux nostalgiques qui s’accrochent à leur vision romantique de la Cosa Nostra : le code d’honneur, les dettes, la loyauté, le respect, la famille et tout le tintouin… La vérité, c’est de la brutalité pure, des exécutions sommaires, des tortures, des corps dissous dans l’acide… juste la loi du plus fort, l’appât du pouvoir, rien à voir avec l’honneur.

Témoignages de repentis, de procureurs, images d’archives, vous êtes happé par cette histoire et surtout en admiration totale devant les rares qui ont osé se dresser contre la pieuvre.

BAISE-MOI de Virginie Despentes

Entre Virginie Despentes et moi, c’était pas gagné !

Il y a deux ans, je me suis résignée (oui, vous avez bien lu, RÉ-SI-GNÉE) à lire un livre d’elle. Elle fait partie des auteur·e·s incontournables en France, elle est régulièrement invitée dans les émissions littéraires ou dites de « divertissement ». Elle se retrouve plus souvent qu’à son tour en tête de gondole à la Fnac. Bref, j’étais obligée ! Histoire de l’avoir lue, « comme tout le monde » et d’avoir un avis, « comme tout le monde » (paradoxalement, j’aime bien le concept « être comme tout le monde » de temps en temps🥺).

Restait le choix du bouquin ! Ça allait se jouer entre les trois titres les plus connus : Baise-Moi, King Kong Théorie ou, le dernier en date, Vernon Subutex.

La sélection se fait naturellement. King Kong Théorie est un essai, je veux un roman. Baise-Moi traîne une réputation sulfureuse, c’est peut-être un peu too much pour moi, petite chose sensible. Je pars sur Vernon Subutex tome 1 (sensible, mais logique 🤪) !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça n’a pas été le coup de foudre ! Je me suis traînée jusqu’à la fin. La lente descente aux enfers de Vernon m’a paru interminable. Le genre de type attachant mais qui s’incruste et qu’on n’arrive plus à dégager. Même l’intrigue n’a pas suffit pour que je rentre dans cette galerie de portraits d’une génération déchue. Même ses errances dans Paris, même les multiples références aux années 80, qui sont trop pointues pour moi. Je n’ai pas détesté, j’ai aimé l’écriture brute, sans concession, qui exprime tellement bien la désillusion, la détresse, le dégoût, la marginalisation. Mais j’ai refermé le livre en ne sachant pas trop quoi en penser. Et c’est mauvais signe…

Il ne faut jamais dire « jamais » !

Il y a quelques semaines, je tombe par hasard sur une interview croisée entre Virginie Despentes, Béatrice Dalle et Casey sur le féminisme. Chaque intervention de Virginie est juste, brillante, radicale. Première étape du coup de foudre. Je ne peux pas rester sur un avis tiède, je décide de lire Baise-Moi !

Coup de foudre définitif et irréversible ! Je l’ai terminé depuis cinq jours et Nadine et Manu sont toujours avec moi. Je n’ai démarré aucune autre lecture tant j’ai peur que leur présence s’estompe, tant j’ai envie de rester avec elles, tant ça m’a pris aux tripes.

Et pourtant, c’est tout sauf amazing 🥳🥳🥳 !!!

Une banlieue sinistre, qui transformerait n’importe quel winner en paumé toxico et alcoolo. Une banlieue que même quand t’as encore l’envie et une chance de t’en sortir, elle te calme bien comme pour te signifier qu’on ne perturbe pas indûment la hiérarchie sociale. N’Y PENSE MÊME PAS !

Et puis, il y a Nadine et Manu. Elles ne se connaissent pas, mais ont la même histoire. Deux filles à qui personne n’a jamais fait de cadeau et encore moins la vie. Elles ont appris à esquiver les coups, si besoin à les encaisser. Elles ne se laissent pas marcher sur les pieds mais savent faire profil bas quand il le faut. Elles ont des plaisirs simples, baise et alcool, l’un finançant l’autre. Elles tiennent à leur tranquillité ; se défoncer nécessite un minimum de sérénité. Ça pourrait les faire passer pour asociales et amorales, mais ce n’est pas le cas : elles ont des accointances (le terme « amitiés » serait un chouïa exagéré) et leur propre code d’honneur.

Quand elles se rencontrent, elles ont déjà savouré la violence chacune de leur côté, elles vont juste mettre en commun leur savoir-faire, parfaire leur technique, une sorte de joint-venture du sang.

Elles assument tout,  en cela ce sont les personnages les plus féministes que j’ai jamais croisés. Elles sont libres. Une liberté grisante, choquante, absolue, qui s’obtient au détriment des autres par ceux qui n’ont plus rien à perdre. C’est totalement gratuit, c’est totalement flippant, c’est totalement enivrant ! Des Thelma et Louise trashs. « On est en train de rattraper toute une vie en quelques jours ».

Il est des livres que vous ne voudriez jamais finir. J’aurais pu les suivre au bout du monde.

Je laisserai la phrase de fin à Nadine : « ce qui convient à la main, c’est le flingue, la bouteille et la queue ».

Ni plus… ni moins. 

MORALES ESPIEGLES de Michel Serres

Commençons par un peu de douceur et de consensualisme !

En six mois, j’ai vu ou lu de nombreuses interviews de Michel Serres. A chaque fois, j’étais en pâmoison devant ce vieillard !

D’abord, je lui trouvais un charme fou. Il souriait tout le temps et je suis très sensible aux sourires, voire même aux rires, aux éclats de rire, aux fous rires, aux rires subtils, aux rires cons. Je prends tout ! J’expérimente tout 🤪 ! A une époque où beaucoup s’astreignent à tirer des tronches de trois mètres de long, où l’agressivité devient une norme comportementale, je trouve qu’on sous-estime beaucoup le pouvoir du sourire.

Il avait le regard malicieux et c’est très difficile. Pour avoir l’œil malicieux, il faut avoir l’esprit malicieux. J’ai essayé et ça ne marche pas à tous les coups. J’oscille entre l’œil moqueur, cynique, bovin, mais la malice ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ! Vous me suivez toujours ? 😱

Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était sa curiosité et son intelligence bienveillante. Lorsqu’on arrive à un âge avancé, on est très souvent enclin à se barricader face au monde qui change, à seriner des « c’était mieux avant », « de mon temps c’était autre chose », « les jeunes d’aujourd’hui, c’est des bons à rien » et autres « halala, le pauvre Général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe ». Bon, ce n’est pas l’apanage des vieux, il y a des jeunes qui font ça très bien aussi (d’ailleurs Brassens en a fait une chanson), mais c’est quand même une petite tendance chez les plus de 70 ans. Et ça m’a toujours gonflée… et effrayée. Car qui me dit que dans quelques années, je ne deviendrai pas, moi aussi, une parfaite Tatie Danielle ? Michel, c’était tout le contraire, je le trouvais ouvert, optimiste, tolérant.

Bref, j’aimais beaucoup Michel Serres. Donc, forcément, j’étais mûre pour lire un de ses livres.

Putain ! Que je me suis fait chier !

Voilà, c’est dit ! Je sais que je vais choquer plein de gens, que ce n’est pas Michel qui est en cause, c’est moi qui n’ai rien compris… Mais ça ne change rien. Le livre était minuscule et j’ai fait péter le champagne de soulagement quand je l’eus terminé.

Est-ce que j’avais oublié que j’avais affaire à un philosophe ? Est-ce qu’il avait déjà tout dit dans ses interviews, le livre n’apportant pas grand chose de plus ?

Les deux ! Et pourtant, j’adore la philosophie (je lis Frédéric Lenoir, c’est vous dire) ! Mais Michel avait déjà tout dévoilé dans ses interviews… en beaucoup mieux ! Ce qui était simple, fluide, évident, quand vous l’écoutiez à la télévision ou le lisiez dans un magazine, devenait ampoulé, poussif, répétitif dans son livre.

Pourtant, sa pensée a tout pour me plaire. Il ne se prend pas au sérieux, il réhabilite la désobéissance à la hiérarchie, le chahut, l’espièglerie, il loue des valeurs telles l’empathie, l’humilité, le respect de la nature, la transmission… tout ce à quoi j’essaie d’être fidèle (notez que le verbe « essayer » est primordial dans cette phrase 😜). Ce recueil de petites leçons de vie, tirées de son expérience, ne POUVAIT PAS ne pas me séduire.

Mais, c’est oublier que rien n’est prévisible et c’est justement un des plus beaux attraits de la vie. Je ne me décourage pas (moi ? Jamais !) ! Prochaine lecture : Petite Poucette !

NEW-YORK, NEW-YORK par Liza Minnelli

Start spreading the news
I’m leaving today
I want to be a part of it 
New-York, New-York
These vagabond shoes are longing to stray
And step a round of heart of it 
New-York, New-York

I want to wake up in that city, that doesn’t sleep
To find I’m king of the hill 
Top of the heap

My little town blues, 
Are melting away
I’ll make a brand new start of it 
In old New-York
If I can make it there, 
I’ll make it anywhere
It’s up to you 
New-York, New-York

New-York, New-York 
I wanna wake up, in the city that doesn’t sleep,
To find I’m king of the hill, head of the list 
Cream of the crop at the top of the heap 

My little town blues are melting away 
I’ll make a brand new start of it, in old New-York 
If I can make it there, I’d make it anywhere 
Come on, come through New-York, New-York

https://youtu.be/ns6YbcoRy2U

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