LES EFFARÉS de Arthur Rimbaud

Ça parle de misère, d’enfance sacrifiée. Ça aurait pu être de Victor Hugo, mais c’est Arthur qui l’a écrit à 16 ans….

 

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Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits, – misère ! –
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond…

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l’enfourne
Dans un trou clair :

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Et quand, pendant que minuit sonne,
Façonné, pétillant et jaune,
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Quand ce trou chaud souffle la vie ;
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre,
Qu’ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,

Mais bien bas, comme une prière …
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,

Si fort, qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d’hiver…

1984 de George Orwell

A ce niveau-là ce n’est plus une lacune, c’est la faille de San Andreas !

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Non seulement tout le monde a lu ce classique dans mon entourage mais en plus, depuis des années, j’utilise une référence du livre sans le savoir.

Et ça se prétend bibliothécaire 😱😱😱 !

Tout a commencé quand j’ai vu Fifille N°3 le lire pendant les vacances, être captivée et me dire « tu devrais le lire, c’est trop bien ». Maintenant ce sont mes mioches qui font les critiques littéraires 😤. Je râle mais leurs conseils valent de l’or 😍.

Ensuite, j’en ai parlé autour de moi. « Mais tu l’as lu, toi ? 1984 ? ». Et là, florilège de «bien sûr que je l’ai lu, mais houlala, je ne m’en souviens plus trop bien, c’était en français en classe de troisième ou de seconde». J’avais envie de hurler « mais que foutait ma prof de français, bordel ?!!! ». Moi, à cette époque, je me tapais Balzac, Maupassant and Co. Non pas que ce ne soit pas bien, mais s’il y a un écrivain auquel je suis totalement hermétique, c’est bien Balzac, quant à Maupassant, il me donne envie de me tirer une balle !

Et invariablement de continuer « Quoi !!? Tu ne l’as JAMAIS lu ? Mais c’est une référence, faut ABSOLUMENT que tu le lises ! Tu sais de quoi ça parle quand même ??? ».

Evidemment ! J’en ai entendu parler 😤😤😤 !

D’ailleurs ce livre revient sur le devant de la scène régulièrement en fonction de l’actualité. Les américains se sont jetés dessus suite à l’affaire Snowden, puis il a été en rupture de stock après l’élection de Donald Trump, et l’adaptation de LA SERVANTE ÉCARLATE (autre dystopie prophétique) en série TV a été l’occasion d’en reparler.

Je savais que c’était un roman d‘anticipation, une dystopie (j’aime bien répéter ce mot car ça fait seulement un an que je le connais 😂), écrite fin des années 40 par un britannique qui a également écrit LA FERME DES ANIMAUX (que je n’ai pas lu non plus d’ailleurs).

Étant un chouïa vexée (c’est quand même moi la bibliothécaire, c ‘est moi qui ai un blog, merde !), j’embarque le livre de Fifille.

Big Brother is watching you !

Le choc ! Cette phrase, mondialement connue, que je répète à toutes les sauces, vient de là ! J’ai l’impression de rattraper des années de retard.

Passée la surprise, je dévore le livre.

Londres, 1984. Une jolie petite dictature surveille tout le monde. Plus de liberté d’expression, plus de liberté du tout. Tout le monde soupçonne tout le monde, les enfants sont encouragés à dénoncer leurs parents. Charmant, vous dis-je.

Il y a même un ministère de la Vérité chargé de modifier les archives au gré des versions officielles du Parti.

Forcément, il va y avoir un grain de sable dans la machine, ce grain de sable c’est le héros, Winston Smith. Travaillant au ministère de la Vérité, il est bien placé pour connaître toutes les manipulations du régime… de là à rentrer en dissidence, il n’y a qu’un pas.

Quel visionnaire ce George !

Que ce soit son analyse sur les sociétés, les classes sociales, la surveillance, la manipulation de l’information, TOUT est bluffant.

Alors, visionnaire ou pas ?

Bon, en même temps, niveau dictature, il avait largement de quoi s’inspirer. Le 20e siècle a quand même accouché du nazisme et du stalinisme.

On sait aussi que tous les régimes autoritaires obeïssent aux même règles pour asseoir leur pouvoir : rétention et manipulation de l’information, parti unique, propagande, désignation d’un ennemi, réduction de la liberté au profit de la sécurité etc.

Mais quand même, Georges est très fort.

Il rend le contexte de son histoire suffisamment intemporel pour être actuel.

Sa description des rouages, froide, mécanique, est tellement précise que vous vous projetez immédiatement.

Mais surtout, la vision qu’il donne du travail et du langage est saisissante.

Et comment ne pas faire le parallèle entre son récit sur la manipulation de l’information et les fake news ?
D’ailleurs pour terminer sur une note bien flippante, Courrier International a sorti récemment tout un dossier complet sur le sujet. Grâce aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, on pourra bientôt manipuler photos et informations de façon indétectable. Et tout ceci est confirmé par un rapport officiel d’une cellule du ministère des Affaires Etrangères. Vous imaginez les risques de déstabilisation et de chaos ?

Pour vous quitter sur quelque chose de plus positif, saviez-vous que David Bowie s’était inspiré de 1984 pour son album Diamond Dogs ?

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N’hésitez pas à vérifier ces informations… des fois que je vous manipule 😜

FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS de Clarissa Pinkola Estés

Alice, ma voisine, est extraordinaire. Elle m’a offert une pépite !

Pourtant, c’était pas gagné ! Et pour plusieurs raisons.

  • Le titre Femmes qui courent avec les loups, ne m’évoquait rien. Ou plutôt si, des vieilles indiennes courant dans des prairies sauvages avec des loups. Pas vraiment ma tasse de thé.
  • Le sous-titre, Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage, censé apporter des précisions et donner envie, m’a laissée dubitative et franchement hésitante.
  • L’auteur, Clarissa Pinkola Estès, est psychanalyste et conteuse (au secours !).
  • Le résumé, qui nous enjoint de rechercher la femme sauvage en nous, grâce aux contes, chansons et autres poèmes issus de la tradition orale, m’a achevée.

Ce n’est donc pas un roman qui va me transporter dans un univers lointain, c’est un recueil de vieilles histoires barbantes et, comme si ça ne suffisait pas, on va les analyser ! Bref, j’en étais à un point où je préférais changer de voisine 😜.

Et pourtant c’est une révélation !

C’est la première fois que je vous parle d’un livre que je n’ai pas fini, tellement je suis enthousiaste.

D’abord, parce que j’ai envie d’en parler et de l’offrir à tout le monde ! Ce n’est pas pour rien qu’on dit souvent à propos de ce livre que c’est un cadeau que se font les femmes entre elles. Toutes les femmes (et les hommes aussi, ça ferait le plus grand bien à certains d’entre eux) devraient lire ce livre.

Ensuite, parce qu’il est si riche et dense qu’il m’est impossible de le lire d’une traite. Sa lecture m’interpelle, me bouleverse, provoque une introspection, certains passages résonnant étrangement avec du vécu. Je lis, je reviens en arrière, je prends des notes. Bref, il va m’accompagner longtemps, non pas comme un livre mais plutôt une compagne de vie.

La femme sauvage c’est quoi ?

Non, ce n’est pas une femme mal peignée, à moitié à poil qui hurle dans les bois (même si ça peut être ça et si ça doit être très sympa de se lâcher ainsi).

C’est à la fois complexe et simple. C’est notre nature profonde, instinctive, l’essence de ce que nous sommes vraiment. Ce dont nous avons besoin, nécessaire à notre vie et notre bien-être. Ce qui nous ravit, nous donne de l’énergie, nous connecte au monde, nous fait grandir, nourrit notre âme. Ce qui nous alerte, nous garde en éveil. Ce qui nous rend libre.

L’enjeu, pour chaque femme, est de la trouver, l’entretenir et l’exprimer. Cela passe par une réflexion sur soi, une nécessaire solitude.

C’est d’autant plus difficile que cette femme sauvage a été niée, maltraitée, humiliée au fil des siècles. La faute au patriarcat, cette société d’hommes qui a voulu façonner la femme selon ses désirs, et à la normalisation qui nous oblige à obéïr aux règles, entrer dans des cases, être performante et, au final, oublier qui on est vraiment.

 

Ce livre est indispensable. Je souhaite de tout cœur que mes filles le lisent, et surtout, qu’elles trouvent la femme sauvage qui est en elles.

 

RENAÎTRE de Andrée Chedid

 

Porté par le reflux des sèves
Par ces paroles qui font l’été
Par ces soleils gorgés d’échos

Tu graviras cœurs et sentiers
Tu ne cesseras de renaître
Taillant brèches et mots
Dans la paroi des jours.

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