AMERICAN PSYCHO de Bret Easton Ellis

Ça fait des années qu’on me prévient contre ce livre !

Ce best-seller, sorti en 1991, a au moins le mérite de mettre tout le monde d’accord (enfin dans mon cercle de connaissances) ! Que ce soit des amis ou des collègues, toujours les mêmes commentaires : « c’est à la limite du supportable, c’est atroce, c’est un catalogue de tortures, te connaissant, tu ne supporteras pas, passe ton chemin. Et en plus, les scènes de cul c’est du porno de seconde zone ».

Bien que ma curiosité soit titillée par « le porno de seconde zone » car je ne vois pas trop ce que cette notion recouvre, il faut reconnaître que la vue du sang me file des vertiges assez rapidement. J’ai donc passé mon chemin pendant presque 30 ans. J’ai même évité soigneusement l’adaptation cinématographique qui en a été faite.

En fidèle adepte de la méthode « Tout ou Rien », j’ai craqué il y a un mois et depuis, je fais une cure de Bret Easton Ellis. American Psycho est donc le troisième livre de l’auteur que je descends.

Je commence, au pire, si c’est trop dur, j’arrêterai…

New-York, années 90, Patrick Bateman, 26 ans, est trader le jour et serial killer la nuit (pour faire simple, car, en réalité, les rôles ne sont pas aussi cloisonnés, Patrick ayant énormément de mal à contrôler ses instincts meurtriers et à les cantonner à la vie nocturne).

Je démarre et je retrouve :

  • le style de Bret, une écriture répétitive, neutre, froide (à ce stade on peut même dire glaciale 🥶), factuelle, précise, avec faste détails,
  • le décor fétiche de Bret, une mégapole impersonnelle, un univers saturé d’argent, de luxe, de drogue et de sexe.

Les protagonistes, hommes ou femmes, sont obsédés par l’apparence, le style, la mode, le culte du corps. Vous êtes accro aux choses matérielles de la vie ? Consumériste effréné ? Fashion victim ? Ce livre va BIEN, BIEN vous calmer ! Même moi, qui ne peux pas vivre sans un Zara à portée de carte bleue, j’avais l’impression d’être une zadiste en sarouel à côté d’eux ! Les hommes s’habillent tous de manière identique, un uniforme « costard-cravate » (forcément de marque et dont le raffinement le dispute à l’élégance) qui les rend totalement interchangeables. Le pire, c’est qu’ils le sont puisque personne ne reconnaît personne, ils se confondent entre eux, tellement habitués à se définir par leurs fringues et leur portefeuille. Quant aux femmes, c’est plus simple, il y a deux catégories : les baisables… et les autres.

Autant vous dire que j’attendais les scènes de sexe et de meurtre avec une impatience mêlée d’appréhension !

La première coucherie arrive enfin… et je n’arrive pas à refréner un fou rire 🥳. Pas du tout l’effet que j’attendais ! Idem pour les scènes de meurtre. Je commence à me dire que j’ai un méchant problème, que je ne suis définitivement pas normale 😩.

Pour ma défense, deux arguments :

  • d’abord Bret a beaucoup d’humour (le passage des lutins au réveillon de Noël est à mourir de rire)
  • ces scènes (notamment de meurtre) sont tellement « énormes » et décrites de façon anodine que ça en devient absurde, voire grotesque. À tel point que vous vous demandez si c’est la réalité ou si le héros n’est pas en pleine descente de coke et fantasme tout ça.

Alors ? Il est comment ce bouquin ?

Comme toujours, avec Bret, la réalité est plus complexe que ce qu’il veut bien montrer.

Bateman n’est ni le demeuré superficiel, ni l’inculte de base, ni le petit con totalement insensible que l’auteur essaie de nous décrire. Bien au contraire !

À la question que lui pose une ancienne petite amie : « Pourquoi tu travailles ? Tu n’en as pas besoin », la réponse est sans appel : « Parce que je veux m’intégrer. » Et cette réponse sonne comme un appel au secours.

Il y a également une scène dans le zoo de NYC, où tous les animaux sont décrits comme apathiques, abrutis d’ennui et de solitude. Patrick Bateman est comme eux, sidéré par le monde, son absurdité et son vide (toujours le vide cher à Bret). Et c’est la folie de ce monde qui le rend fou.

J’ai refermé ce livre, avec la même question qui revient en fil rouge dans toute l’œuvre de Bret Easton Ellis : qui est le plus fou et cruel des deux ? La société ou Patrick Bateman ?

Vous avez deux heures 😂😂😂


SUR UN TRAPÈZE de Alain Bashung

Pour Népoux, qui me maintient en équilibre sur le trapèze qu’est la vie 😘

On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent

On dirait que l’on soufflerait sur les braises
On dirait que les pirates nous assiègent
Et que notre amour c’est le trésor
On dirait qu’on serait toujours d’accord

J’ai traqué les toujours, déssossé les déesses,
Goûté aux alentours souvent changé d’adresse
Ce qui nous entoure l’extension de nos corps
Quand nous sommes à l’écart mineur chercheur d’or

Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?
Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?

On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève

On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze

Peut-être que la nuit le monde fait la trêve
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève

SORCIÈRES (ou La puissance invaincue des femmes) de Mona Chollet

Mona CHOLLET a tout pour me plaire !

Je suis tombée en arrêt devant ce livre à la Fnac. Mais vraiment en arrêt ! Je suivais Népoux qui voulait me montrer un ouvrage EX-TRA-OR-DI-NAIRE, quand, soudain, je me suis immobilisée et plus rien ne comptait hormis ce bouquin. Laissant Népoux continuer à tracer dans les rayonnages, parlant tout seul, persuadé qu’il était que je le suivais, j’observe la couverture. Le titre, Sorcières, et l’illustration 😍. Un vrai coup au cœur ! Tout était réuni pour un potentiel gros gros coup de foudre. Même le fait que ce soit un essai ne m’a pas arrêtée, moi l’accro aux romans, au contraire ! Je subodorais qu’on allait sortir des sentiers battus, que les sorcières en question allaient être diablement intéressantes et subversives. Tel un Jean-Marc Généreux de la littérature : J’ACHÈÈÈÈÈÈTE !!!

Je démarre, et là, joie intégrale. Mona et moi avons plein de références communes. Quel bonheur de lire un livre peuplé de gens que j’admire. Des êtres qui sortent des clous, mais pas seulement. Ils ont une vision, des convictions chevillées au corps, un génie, un courage, un humour… Et même si toutes les vies se valent, la leur m’émerveille tant ! Alan Moore, Gloria Steinem, Anne Sylvestre, Clarissa Pinkola Estes, pour ne citer qu’eux, des âmes tellement riches et plurielles qu’il est réducteur de les qualifier.

Et ça continue ! Références pop-culturelles (ma passion, inventer des mots 🥶), historiques, etc. Bon sang, c’est jouissif ! Quand, en plus, Mona se décrit comme un cliché sexiste ambulant : émotive, impulsive, parfois naïve, maladroite, toujours à côté de la plaque. Une bourgeoise un peu coincée qui aime que rien ne dépasse, que tout soit carré, mais mue intérieurement par une petite voix qui la titille, une voix de révolte qui la bouscule, ne la laisse pas en paix. Mais bordel, Mona c’est moi !!!

Disney et la Renaissance ont bien miné les femmes !

Oubliez la représentation de la vieille, moche, aigrie et méchante telle que nous a abreuvé Disney à longueur de dessins animés ! C’est bien connu : toutes les insoumises sont laides et psychopathes ! Or, celles qu’on a désigné comme sorcières étaient simplement des femmes, qui avaient accumulé au fil des siècles, une force vitale, un savoir instinctif et expérientiel menaçant le pouvoir des hommes.

Je découvre, pêle-mêle, que la répression dont elles ont été victimes :

  • a été très peu le fait du fanatisme religieux mais surtout de la société civile,
  • les protestants (que je voyais comme modérés et tolérants, ayant eux-mêmes été persécutés) y ont activement participé,
  • a culminé à la Renaissance (et non au Moyen-âge, comme je le pensais).

Pourquoi la Renaissance ? C’est l’apparition de l’homme nouveau, l’homme tout puissant, qui, grâce aux multiples découvertes géographiques et scientifiques, réussit à dompter la nature. La science se pare alors d’atouts exclusivement masculins :

  • intelligence (le cerveau de la femme est plus petit et plus léger, CQFD),
  • réflexion (si on savait réfléchir, ça se saurait),
  • rationalité (y a-t-il plus illogique qu’une meuf ?),
  • stabilité (la femelle est totalement hystérique),
  • rigueur (plus bordélique qu’une nana, y’a pas),
  • transparence (on est toutes une sale bande de sournoises), et j’en passe.

Exit tout ce qui est créativité, imagination, inspiration, intuition, etc. La femme est cause de désordre, comme la nature, et doit être domptée, comme elle. Bref, « la machine à fabriquer l’homme nouveau est aussi une machine à tuer la femme ancienne ». Cet évincement de la femme de l’Histoire et son asservissement se sont encore accentués lors de l’avènement du capitalisme.

Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler ! 😈😈😈

Je ne vous dis pas le retard qu’il y a à rattraper ! Même le trône de fer paraît plus accessible !

Mona étudie plus particulièrement trois types de femmes qui cristallisent tous les rejets, toutes les haines :

  • la femme indépendante (c’est-à-dire hors de contrôle pour l’homme). Inacceptable ! La meilleure solution est de nous passer le goût de la liberté. Souvenez-vous du personnage de Glenn Close dans Liaison Fatale. Une femme libre, professionnellement et sexuellement, ça cache forcément quelque chose (Zou ! On va lui coller solitude et déséquilibres, ça va calmer tout le monde 🥳🥳🥳).
  • la femme sans enfant. Une femme ne peut trouver de véritable épanouissement qu’à travers l’enfantement. La pitié est réservée à celles qui ne peuvent connaître cette joie ultime et la haine, à celles qui ne le souhaitent pas. Et Mona, de citer Pauline Bonaparte : « les enfants, je préfère en commencer 100 que d’en finir un seul ». TU M’É-TO-NNES Pauline !
  • la vieille femme. L’horreur ultime ! Cachez cette décrépitude que les hommes (et beaucoup de femmes) ne sauraient voir !

Ce livre est passionnant et foisonnant ! Il a juste les défauts de ses qualités : parfois trop redondant et un peu désordonné, mais d’une richesse incroyable.

Et surtout, il annonce une excellente nouvelle : les sorcières sont de retour !

J’AIME L’ARAIGNÉE de Victor Hugo

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! fatals noeuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit…

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

TROUVER L’ENFANT de Rene Denfeld

De l’importance d’un titre de livre.

On sous-estime beaucoup l’importance d’un titre de livre, surtout actuellement. Un titre de roman, c’est une formule magique qui a un nombre incroyable de pouvoirs.

Un pouvoir d’attraction. Il doit vous accrocher, vous étonner, vous intriguer. Vous devez tomber en arrêt, vous approcher, prendre le livre, le tourner dans tous les sens.

Un pouvoir d’évocation. Il peut vous projeter dans un univers onirique, vous donner un parfum d’aventure, vous embarquer pour un voyage plein de découvertes, de senteurs, de sensualité ou de terreur. Si vous ne ressentez rien, passez votre chemin.

Enfin, un pouvoir de réflection. Avec la couverture, le titre est la vitrine du livre. Il doit lui être loyal. Ne pas faire de fausses promesses, ne pas le trahir, juste le laisser deviner.

Malheureusement, les bons titres ne sont pas à la mode. On peut dire que Katherine Pancol a fait beaucoup de mal avec sa trilogie Les yeux jaunes des crocodiles. Elle a lancé la tendance des titres à la con : Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (🥶 bon sang, qui relit et valide ça ???), Mémé dans les orties, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Les gens heureux lisent et boivent du café, Ta nouvelle vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. Bientôt, il va falloir une double couverture pour les caser 😤. Je les trouve racoleurs. Ça en devient suspect cette façon qu’ils ont de trop en faire, de trop en montrer. Comme les bandes annonces où vous sentez qu’on a mis les meilleurs extraits du film, je me dis que c’est peut-être la meilleure phrase du livre… et je fuis. Je passe peut-être à côté de pépites…

Best titre ever

Et puis, il y a les autres. Des titres qui ont un pouvoir d’évocation incroyable, une simplicité, une pureté qui confinent à la magie, qui vous attirent irrésistiblement.

J’ai découvert Rene il y a quatre ans. Je prenais une chronique d’Olivia de Lamberterie en cours. Je n’avais pas entendu le nom du livre, mais la critique était juste Whaouuuuu. Avant même de savoir comment il s’appelait, je savais que j’allais le lire.

C’était sans compter sur le pouvoir ensorcelant du titre ! En ce lieu enchanté. Quatre petits mots qui m’ont bouleversée. Où que fût ce lieu, je devais y aller.

Rene est une auteure, journaliste et enquêtrice américaine, spécialisée dans les peines de mort. En ce lieu enchanté était son premier roman. Un roman fort, envoûtant, totalement en phase avec les promesses du titre.

Trouver l’enfant

C’est le titre de son deuxième roman. Radicalement différent du premier. Plus simple, plus sobre, plus informatif, moins onirique. Et ça me plaît ! Elle ne cherche pas à refaire une pâle copie, à exploiter un filon, à aguicher vulgairement. Elle est avant tout fidèle à son livre.

La femme qui retrouvait les enfants, c’est Naomie, jeune détective spécialisée dans la recherche d’enfants disparus. Elle-même a été une enfant enlevée et séquestrée. Elle sait l’incompréhension, la douleur, la terreur, le désespoir. Elle sait aussi l’instinct de survie, les pressentiments, la prescience. Le diable est dans les détails et elle traque le diable, s’attachant à des indices délaissés par les policiers ou occultés. Elle est contactée par les parents de Madison, fillette disparue depuis trois ans. Commence alors une course contre la montre dans les forêts enneigées et hostiles de l’Oregon.

Je veux être Rene Denfeld !

Ou plutôt, je veux écrire comme elle !

J’ai retrouvé la même grâce, l’écriture douce, ciselée, délicate, pleine de tendresse et de poésie pour raconter l’innommable. Des mots précis, justes, au pouvoir onirique, presque chuchotés, qui, pourtant, mis bout à bout forment une histoire et vous entraînent dans la noirceur. Rene vous immerge dans un univers féerique où les arbres, les rivières, le ciel ont le pouvoir de vous parler, de vous guider.

Le fossé entre la forme et le fond est tel que vous vous sentez envahis par une multitude de sensations qui tournent à l’obsession.

Seule ombre au tableau : la fin, trop évidente, trop facile, trop triviale, qui n’a pas la magie du livre.

Mais ce n’est pas grave, je veux quand même être Rene quand je serai grande 🥰 !

IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME de Philipe Claudel

Les Césars, un rendez-vous immanquable !

À quatorze ans, j’ai décidé de devenir actrice. J’avais pris des cours de théâtre au collège. J’adorais ça ! Mon interprétation de Britannicus ayant laissé tout le monde sans voix 🤣, j’avais trouvé ma vocation ! Vocation totalement désapprouvée par ma mère, qui reconnaissait cependant mes talents de comédienne 😤, mais restait d’un terre à terre affligeant pour l’adolescente que j’étais. Chaque discussion sur le sujet se terminait invariablement par un « passe ton bac d’abord ». Des années plus tard, j’ai compris – et moi-même pratiqué – cette feinte qu’on pourrait appeler « gagner du temps sans braquer son mioche ».

Finalement, cette vocation disparut aussi vite qu’elle était venue, mais j’en ai gardé un amour inconditionnel pour le cinéma et tout ce qui s’y rapporte.

Chaque année, je regarde donc les Césars. La cérémonie est de plus en plus mauvaise au fil du temps, mais j’y crois toujours. 2019 n’a pas dérogé à la règle. Le pauvre Kad Merad a fait ce qu’il a pu, Jérôme Commandeur aussi, mais c’était chiant !

Seule consolation : la présidente de cérémonie, Kristin Scott Thomas. J’ai toujours aimé cette actrice qui apporte un zeste de fantaisie British dans ses rôles. Puis, j’ai vu Il y a longtemps que je t’aime.

Un film, un pitch !

Juliette sort de prison après 15 ans passés derrière les barreaux. 15 années passées seule, sans visite, ses parents et ses proches ayant totalement coupé les ponts. Dans le cadre de sa réinsertion, sa jeune sœur, Léa, mariée et mère de deux fillettes, accepte de l’accueillir chez elle. Léa souhaite enfin connaître cette grande sœur dont elle n’a que quelques souvenirs épars et flous et qu’il était interdit d’évoquer dans la famille. La cohabitation s’organise. Juliette réapprend à vivre entre la bienveillance maladroite et étouffante de sa petite sœur et la suspicion de son beau-frère. Elle retrouve des gestes, des sensations oubliés, participe à la vie de famille avec bonne volonté mais sans envie ni plaisir. Elle est là sans être là, toujours en retrait, ailleurs, avec une vérité qu’elle seule connaît.

On découvre peu à peu cette vérité, incompréhensible, innommable, inexpiable. Jusqu’au dénouement final qui vous achève.

Elle en pense quoi, la bibliothécaire ?

Elle a adoré ! Certains films, comme certains livres, ne vous quittent jamais. Ils restent près de vous. Vous pensez les avoir oubliés, ils sont juste enfouis, prêts à ressurgir à l’occasion d’un mot, d’une phrase, d’une sensation. Il y a longtemps que je t’aime fait partie de ces films.

C’est un premier film, écrit et réalisé par l’écrivain à succès, Philippe Claudel. Alors, oui, il y a des maladresses, mais il y a aussi des instants absolus de beauté douceâtre.

Ce film est d’une douceur et d’une mélancolie magnifiques. Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein sont d’une justesse incroyable. Le début du film est aride, sec, pas de grands effets, une économie de moyens au service de situations les plus réalistes possibles. Ça parle de la trace indélébile que laisse la prison sur un être humain, du jugement des autres qui constitue une double peine, de la difficulté de la réinsertion qui tient plus du chemin de croix que de la deuxième chance.

Puis, au fil des révélations, le film évolue, délaissant les thèmes de société pour tendre vers l’intime des personnages. C’est là qu’il y a certaines erreurs : on n’échappe pas aux clichés, aux bons sentiments, à la justification à tout prix. Ça ressemble à un virage mal négocié, mais ce n’est en aucun cas une sortie de route. Je me suis laissée happer par cette histoire.

Si vous ne l’avez jamais vu, n’hésitez pas ! C’est beau, c’est fort et Kristin est décidément la plus incroyable des actrices que l’Angleterre nous ait envoyé (avec Tilda Swinton 😉) !

ALLEGORIE de Charles Baudelaire


C’est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l’amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s’émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane ;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l’Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l’heure viendra d’entrer dans la Nuit noire,
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu’un nouveau-né, — sans haine et sans remord.

TOUTE LA LUMIÈRE QUE NOUS NE POUVONS VOIR de Anthony Doerr

Autant attaquer direct : j’ai adoré ce livre… mais…

Ce livre est, ce que les anglais appellent, un page-turner.

Il est totalement addictif. Dès le début, vous êtes pris au piège. Si vous n’avez pas envie de dévorer 704 pages, ne commencez pas !

Pourquoi l’avoir choisi ? Vous allez voir… Je suis d’un prévisible 😫😫😫 !

Déjà, il a reçu le Prix Pulitzer, la récompense suprême et j’adoooore les récompenses (un vrai chien de chasse 🐶).

Ensuite, le titre. Je le trouve magnifique. La promesse d’un récit hors norme et exigeant, avec son lot de souffrances et d’espérances. La perspective d’un mystère plus grand que nous. Au fil du livre, vous saisissez ses multiples sens. Rarement bouquin aura eu un titre aussi juste.

Enfin, le genre. Il s’agit d’un roman historique (l’histoire, ma passion 🤩). Durant la seconde guerre mondiale, l’auteur nous entraîne en Allemagne, des régions minières dévastées à Berlin, et, en France, du Paris occupé à Saint Malo martyrisé.

Bref, au vu de mes penchants et de mes critères de sélection, je jouais la SÉ-CU-RI-TÉ !

Effectivement, je l’ai englouti. Je ne voulais rien faire d’autre. J’ai annulé un déjeuner, veillé jusqu’à deux heures du matin, fait semblant d’écouter Népoux et mes filles (ça aurait pu marcher si Népoux ne me connaissait aussi bien 😤). Je souhaitais que ce livre ne s’arrête jamais tout en étant impatiente d’arriver à la fin.

Tout est fait pour vous tenir en haleine. Une succession de chapitres courts (187) qui raconte deux destins parallèles. Werner, le jeune orphelin allemand, passionné de transmissions et de sciences en général, vite repéré par la Wehrmacht pour son génie. Marie-Paule, jeune française aveugle, dont la curiosité pour la nature est, à la fois, un échappatoire à son handicap et à la guerre qui gronde et emporte tout autour d’elle.

Vous vous projetez totalement dans cette fresque, vous êtes Werner, vous êtes Marie-Laure. Vous croisez toute une galerie de personnages attachants, émouvants, courageux, lâches, abjects ou cruels. Ceux qui se repaissent de violence, de cruauté et ceux qui la subissent. Les bourreaux, les victimes, quelques héros et beaucoup de salauds.

Werner et Marie-Laure sont les lueurs d’espoir dans l’obscurité qui engloutit le monde. Ils représentent la même chose : l’innocence, la bonté, l’humanité, la rareté…

Pendant tout le livre, m’est revenu en mémoire, une phrase de mon professeur de maths de seconde « Toutes droites parallèles finissent inévitablement par se rejoindre à plus l’infini ».

Alors, bordel, quand est-ce que deux destins parallèles finissent par entrer en collision ?

Et pourtant, il y a un « mais »…

OK, cette saga vous embarque, vous êtes immergé dans l’histoire, cueilli par l’émotion. Mais, bon sang, ce n’est pas un Pulitzer, loin s’en faut !

« Véritable phénomène d’édition aux Etats-Unis, salué par l’ensemble de la presse comme le meilleur roman de l’année, le livre d’Anthony Doerr possède la puissance et le souffle des chefs-d’œuvre » !

Du souffle, il en a, mais de là à le qualifier de meilleur roman de l’année et de chef-d’œuvre !!! Si c’est vraiment le cas, on peut dire que l’année 2015 aura été une année noire pour la littérature américaine ! Les critiques ont écrit leur article après un séminaire dans le Beaujolais, pas possible autrement !

C’est rythmé, avec une qualité narrative indéniable. On sent l’amour de l’auteur pour Saint-Malo, le travail de documentation est incroyable. Qu’un américain puisse écrire aussi bien, sur l’Europe en général et la France en particulier, force le respect.

Mais c’est aussi naïf, candide, un peu facile. Une belle histoire, un peu triste, qui répond exactement aux attentes du lecteur. C’est bien ça le problème ! Je n’attends pas d’un livre qu’il réponde uniquement à mes attentes ! Je veux qu’il m’emmène là où je suis incapable d’aller seule, qu’il me fasse grandir. Passer un moment, aussi agréable soit-il, n’est pas une promesse suffisante pour un Pulitzer.

Si je dois le comparer à mes lectures antérieures, je pense aux Piliers de la Terre de Ken Follett ou encore La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Des livres diablement efficaces, de très jolis moments mais pas des chefs-d’œuvre !


L’ALBATROS de Charles Baudelaire

La poésie, cet art si futile et si indispensable.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage 
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, 
Qui suivent, indolents compagnons de voyage, 
Le navire glissant sur les gouffres amers. 

À peine les ont-ils déposés sur les planches, 
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, 
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches 
Comme des avirons traîner à côté d’eux. 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! 
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! 
L’un agace son bec avec un brûle-gueule, 
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait ! 

Le Poète est semblable au prince des nuées 
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; 
Exilé sur le sol au milieu des huées, 
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. 

LA PENDULE De Raymond Queneau

Sous ce physique de banquier austère se cache l’un des poètes français les plus fous et les plus talentueux !

Je mbaladais sulles boulevards 
Lorsque jrencontre lami 
Bidard 
Il avait lair si estomaqué 
Que jlui ai dmandé dsesspliquer

Eh bien voilà me dit-il 
Jviens davaler ma pendule 
Alors jvais chez lchirurgien 
Car jai une peupeur de chien 
Que ça mtombe dans les vestibules

Un mois après jrevois mon copain 
Il avait lair tout skia dplus rupin 
Alors je suis été ltrouver 
Et jlavons sommé dsesspliquer

Eh bien voilà me dit-il

Jgagne ma vie avec ma pendule J’ai su lestomac un petit cadran Je vends lheure à tous les passants En attendant qujai Icadran sulles vestibules

A la fin ltype issuissuida Lossquil eut vu qupersonne lopéra Et comme jarrivais juste sul chantier Moi je lui ai demandé qui vienne sesspliquer

Eh bien voilà me dit-il

Jen avais assez davoir une pendule Ça mempèchait ddormir la nuit Pour la remonter fallait mfaire un trou dans ldos
Jpréfère être pendu qupendule

Lorsquil fut mort jvais à son enterrement Cétnit 
Imatin ça mennuyait bien Mais lorsqui fut dans 
Itrou ah skon rigola Quand au fond dla bière le septième coup dmidi tinta

Eh bien voilà voilà voilà Il avait avalé une pendule Ça narrive pas à tous les chrétiens Même à ceux quont un estomm de chien Et du cœur dans les vestibules


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