LES GRATITUDES de Delphine de Vigan

J’ai des préjugés !

Il y a des écrivains qui me font fuir sans aucune raison objective, vu que je ne les ai jamais lus : Marc Levy, Anna Gavalda, Tatiana de Rosnay, Guillaume Musso et … Delphine de Vigan en font partie.

Pourquoi ? Parce que ce sont les auteurs les plus lus en France ? Parce qu’ils ont du succès ? Serait-ce donc pure jalousie de ma part ? 🤔

Peut-être 😈… ou pas. Le problème est qu’ils sont partout et qu’ils sont parfaits. Ils submergent les Fnac et les librairies, ils enchaînent les critiques élogieuses et ils vendent. À Noël, c’est l’idée cadeau qui vous évite de vous planter. Quand ma liseuse m’envoie des alertes sur « Les 10 meilleurs livres de l’année » ou autre liste de best-sellers, bim, ils sont dedans. Les rares fois où j’ai vu ou lu une interview d’eux, rien ne dépasse, ils sont charmants, sensibles, spirituels et légèrement tourmentés, comme s’ils avaient une blessure ancienne et secrète (mais n’insistez surtout pas ! Elle restera secrète, mais un peu visible quand même). Parfaits, vous dis-je ! Justement, peut-être un peu trop parfaits et consensuels.

Quand ma route croise celle de Delphine…

Vous ai-je déjà parlé de mes très chers amis, Céline et Laurent ? Après m’avoir poussé au suicide en m’offrant Glaise de Franck Bouysse, ils ne désespèrent pas et récidivent avec Les Gratitudes (la question qui va finir par s’imposer c’est : me veulent-ils du mal ?). Je suis taquine, car, grâce à eux, je vais enfin découvrir Delphine !

Je commence les deux premiers chapitres… et je DÉTESTE AVOIR RAISON 😭 ! Je laisse donc la place à ma jumelle maléfique pour la suite de cette chronique.

Ce livre m’a donné envie d’étrangler des chatons.

C’est Michka. Elle est vieille. Elle ne peut plus vivre seule dans son appartement. Elle n’a pas d’enfants naturels, mais elle a une fille de cœur : Marie. Michka est prête à partir, mais elle doit réaliser une dernière chose avant, comme un solde de tout compte.

C’est plein de bons sentiments, mielleux, doux, sucrés, qui vous culpabilisent bien. Hein, toi là, oui, toi 👉 !!! Quand as-tu dit merci pour la dernière fois ? Pas un merci quand on te tient la porte. Non ! Un vrai merci, un merci qui fait chialer quand tu le dis ou quand tu le reçois ! Tu sais que les gens vont mourir ? Dépêche-toi, ingrate !!!

Je sais que c’est facile de critiquer les bons sentiments mais merde, c’est facile aussi de les surexploiter !

On veut tous de la douceur, de l’amour, de la bienveillance et des crêpes au Nutella (même si ça fait mourir les orangs-outans), moi y compris, mais à ce stade, c’est l’overdose. J’ai l’impression de lire le livre d’un calino-thérapeute.

C’est pas grave, on va se refaire sur le style et l’histoire.

Eh ben non ! C’est propre, bien écrit, rien à dire. RIEN À DIRE 😱 ! Quant à l’histoire, c’est celle qu’on pressent. Aucune surprise, aucun étonnement !

C’est ce qu’on appelle un livre bien ficelé. Sauf que ça ne suffit pas. Un livre ne doit pas être bien ficelé, ni correct, ni efficace.

Je n’ai pas aimé Les Gratitudes. C’est exactement ce à quoi je m’attendais. Comme quoi, parfois les préjugés ont du bon.

POUSSIÈRE D’ÉTINCELLES & VERRES FUMÉS de Mehdi Masud

Un lapin pris dans les phares d’un 38 tonnes…

… Voilà à quoi je ressemble depuis que j’ai lu ce livre !

Et pourtant, les planètes n’étaient pas alignées ! Un petit éditeur me propose de choisir un ouvrage dans son catalogue. Aucun des titres ne me parlent, impossible de deviner ni le sujet, ni le style. Les auteurs, n’y pensons pas ; d’illustres inconnus de moi. Ça commence mal. Étant adepte du « y’a pas de fumée sans feu », s’ils ne sont pas connus, c’est qu’il y a une raison, non ? Bref, je cherche laborieusement sur quels critères je vais pouvoir faire mon choix. Foutu pour foutu, je prends le titre le plus long et le plus impénétrable. Ça tombe sur Mehdi !

Quelques jours après, je reçois l’ouvrage. Je déteste la couverture, heureusement, la tranche est mince (la tranche du livre, je précise). Au moins, ça ira vite ! Je commence, ce sont des nouvelles et j’ai horreur des nouvelles 😭. L’éventualité d’un karma pourri me traverse l’esprit avant que mon professionnalisme légendaire ne prenne le dessus.

Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire et LISEZ CE LIVRE !

Je doute que cette chronique réussisse à exprimer l’immense talent de l’auteur et le maelström d’émotions que j’ai ressenti à la lecture de son livre. J’imagine que ça doit être comme ça, d’assister à un miracle. Un miracle, qu’en plus, vous n’attendiez pas et qui n’en a que plus de puissance.

Plus que des nouvelles, ce sont des instantanés. Aucune logique ne les relie. Seul fil rouge : les récits écrits à la première personne du singulier, qui racontent des bouts d’autobiographie.

Ici, pas d’histoire, de début, milieu ou fin. Pas de héros à sauver. Juste des scènes, comme des Polaroïds pris sur le vif. Les personnages sont aussi différents que possible. Leur point commun ? L’absurdité du monde, dont ils tentent de s’accommoder comme ils peuvent. C’est ce qui les rend si attachants. Pas de bons, pas de méchants, pas de crétins. Rien que des gens qui mènent tous une lutte intérieure, chacun à leur façon. Sans grands discours, sans belles phrases à la con, juste avec l’égoïsme nécessaire pour vivre et prendre ce qu’il y a à prendre.

Mehdi’s style

Bon sang, c’est pas possible, c’est pas comme ça qu’on écrit ! On a envie de lui dire de revoir ses fondamentaux. De la structure, Mehdi, merde ! Et pourtant, ça fonctionne ! En trois phrases, vous êtes dans le Polaroïd ou plutôt vous vous prenez le flash en pleine gueule. C’est tour à tour drôle, jouissif, cruel, absurde, tendre. C’est génial ! Il est fort, très fort. Il maîtrise tellement qu’il peut tout se permettre. Il vous entraîne dans son rythme, ça fuse, ça jaillit, ça claque, ça secoue. C’est désabusé, mais ça file une énergie incroyable. Ça pourrait ressembler à du Houellebecq si ce n’était beaucoup mieux.

J’étais tellement à fond que j’ai même cru que les phrases en gras à chaque début de nouvelles, en formaient une autre, d’histoire. Genre, un secret que personne n’a vu, comme Bowie dans son dernier album, et que j’allais être seule à découvrir. Ben non, ou peut-être que si, après tout. 

Mais pourquoi est-il si peu connu ? Qu’on lui file le Goncourt, que tous les critiques littéraires se prosternent devant lui, qu’il soit l’invité d’honneur des fêtes parisiennes les plus décadentes, que sais-je ! Et par la même occasion, qu’on invite l’éditeur qui a découvert cette pépite !

Bon, là, si je vous ai pas donné envie de lire ce livre, j’y arriverai jamais. Mais une dernière chose : je lis pour vivre plus grand, pour ressentir des choses qui sont rares dans la vraie vie. C’est pour ce genre de livres que je lis.

C’est bientôt Noël, lisez-le, offrez-le ! Vous ne trouverez pas de cadeau à meilleur rapport qualité/prix (je précise que cette chronique est indépendante et non rétribuée, des fois que vous pensiez que je touche un pourcentage 😁).

Forcément, « Poussière d’étincelles & Verres fumés » ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval mais ce n’est pas insurmontable non plus. Vous pouvez le commander chez votre libraire ou via le site de l’éditeur http://www.crispation-editions.fr

Ah, au fait, j’ai jamais lu Cioran 😭😱.

DEJEUNER EN PAIX de Stephan Eicher

J’ai toujours craqué pour son petit sourire timide… et sa musique !
Bon week-end à tous et RDV le 11 mars prochain !

J’abandonne sur une chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent
J’attends qu’elle se réveille et qu’elle se lève enfin
Je souffle sur les braises pour qu’elles prennent

Cette fois je ne lui annoncerai pas
La dernière hécatombe
Je garderai pour moi ce que m’inspire le monde
Elle m’a dit qu’elle voulait si je le permettais
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

Je vais à la fenêtre et le ciel ce matin
N’est ni rose ni honnête pour la peine
 » Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ?
L’homme est un animal  » me dit-elle

Elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C’est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

Je regarde sur la chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent
« Crois-tu qu’il va neiger ? » me demande-t-elle soudain
« Me feras-tu un bébé pour Noël ? »

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