LE VOYANT D’ÉTAMPES d’Abel Quentin

C’est quoi ce titre ?

Je déambule dans le rayon livres de la Fnac en regardant les différents ouvrages, le tout avec l’air dubitatif et soupçonneux d’un contrôleur des impôts.

Il y a forcément une pépite dans toute cette abondance, mais où et comment la repérer ? Nom d’un chien, pourquoi je ne me suis pas renseignée un peu avant ? Ça va encore se jouer au feeling, sur des critères à la con du genre « Tiens, une tranche rose, c’est original ça, une tranche rose ». Va faire une chronique du bouquin après ça 😩.

Ça n’a pas loupé ! Je vois une photo en plan serré d’une route nationale à la tombée de la nuit. On dirait une route beauceronne, le genre de route bien utilitaire pour traverser des champs de betteraves. On n’est pas sur du bucolique, du champêtre, on est sur du « appuie sur le champignon, qu’on se magne d’arriver ». La couverture est mate. Ben oui, tu penses, le brillant ça risquerait de faire plus joli. Manquerait plus qu’on attire le client. Et pourtant, j’avoue qu’elle envoie, cette photo, elle est même hypnotique.

Je regarde le titre, « Le Voyant d’Étampes ». À quel moment tu décides d’appeler ton livre « Le Voyant d’Étampes » ? Un soir de beuverie ? De détresse ? Vous connaissez Étampes ? Vous le situez ? Parce que moi oui. Fin de la blague !

Et puis « voyant » au sens de clignotant ? Non, parce qu’OK y’a une route, mais ça pourrait aussi être un mage ou un diseur de bonne aventure (eh oui, tout ça au rayon livres de la Fnac 😂).

J’achète donc le livre 🤪.

Le pitch

Jean Roscoff, professeur universitaire fraîchement retraité, alcoolique de surcroît, est un incompris. En tous cas, il n’arrive pas à se faire comprendre, ni de sa fille, encore moins de la compagne de celle-ci, ni de son ex-femme, ni de son meilleur ami. Il ne les comprend pas non plus, eux, et globalement la société qui n’évolue pas comme il l’avait souhaité dans sa jeunesse militante. Peut-on dire que Jean Roscoff est un vieux con ? Ce serait idéologiquement trop facile et factuellement faux.

Jean Roscoff, donc, décide de reprendre les travaux entamés dans sa jeunesse sur un poète américain, aussi méconnu que talentueux, qui s’exila en France et mourut accidentellement sur une obscure route de l’Essonne dans les années 60.

Après plusieurs échecs, il tient enfin l’occasion de sortir un livre fouillé qui en remontrera au petit milieu intellectuel qui l’a toujours regardé de haut. Et ça, ça le ravigote, Jean (cherchez pas, y’a aucun jeu de mots).

Sauf que… parce qu’évidemment il va y avoir un os… cet écrivain était noir, fait que Jean survole. Et là, ça va partir en sucette mes amis 😱. Entre les woke, les néocolonialistes, les pro « cancel culture », les progressistes, les réacs, on se rend compte qu’il y a toujours une constante, quelles que soient les générations : la connerie et la lâcheté.

Ce livre est une cathédrale 

Ce n’est pas une claque qui fuse par surprise et qui vous agresse ou vous secoue, c’est une cathédrale qui se construit sous vos yeux. Patiemment, sans esbroufe, presque artisanalement.

Au départ, ça commence gentiment. Jean est une sorte de Caliméro 🤪 qui radote pas mal. Faut l’écouter raconter les injustices qu’il a subies, sa jeunesse et ses illusions perdues, son combat à SOS racisme, la marche des beurs. Encore un type qui a cru changer le monde… comme tout le monde, et qui se retrouve à ne plus rien capter… comme tout le monde.

Et puis, sans qu’on s’en rende compte, ça commence à sortir de terre. On se rend compte qu’Abel vient de terminer de sacrées fondations. C’est imposant, structuré, ambitieux. Pendant qu’on le lisait, Abel avait un putain de plan en tête et nous guidait. On commence alors à pressentir la grandeur de l’édifice. Ça monte au fur et à mesure que le récit s’étoffe, ça prend de la hauteur, on voit du bel ouvrage, des prouesses de style, une exigence des détails… et bordel, c’est presque Notre-Dame !

Et la fin 😱 ! La cathédrale est terminée, vous avez une vue d’ensemble. Vous tournez autour, c’est vertigineux.

C’est un grand OUI !

Je vous recommande chaudement ce livre. Il vous questionne, vous rend plus intelligent (enfin moi, en tous cas). Le style est impressionnant, d’une grande maîtrise, c’est un bonheur à lire, « le petit Jésus en culotte de velours ». Et surtout, C’EST DRÔLE, MAIS DRÔLE ! Merci Abel de m’avoir fourni ma nouvelle insulte de référence : « Quelle ébouriffante salope ! » 🤣

FIN

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