HÔTEL PAÏVA, 25 avenue des Champs-Elysées PARIS

Je commence mon hibernation

L’hibernation de la bibliothécaire se déroule toujours selon le même rituel.
Elle n’a plus envie de sortir, est avachie sur le canapé, munie d’un plaid, d’un thé, d’un bouquin, de la télécommande du téléviseur et de quelques gâteaux à proximité (ce qui fait de l’hibernation une grosse période à risque pour le poids de la bibliothécaire).
Je venais d’inaugurer le lancement officiel de la saison 2017, lorsqu’en zappant, je vois un documentaire sur la plus belle avenue du monde, les Champs-Elysées, ses travailleurs, ses habitants et son histoire.
Documentaire pas très passionnant jusqu’à l’évocation du dernier hôtel particulier subsistant sur l’avenue, le fameux hôtel Païva (fameux, mais inconnu pour moi).
Cet hôtel est classé aux Monuments Historiques et propriété, désormais, du très sélect Traveller’s Club.

Quelle femme !

J’apprends que l’hôtel Païva était en fait l’hôtel de LA Païva, célèbre courtisane du Paris du Second Empire.
La légende veut que la Païva, à l’époque où elle vendait ses charmes, ait été brutalement éjectée d’un fiacre, une fois le monsieur satisfait. Elle est tombée sur le trottoir au niveau du 25 avenue des Champs-Elysées et s’est juré, si elle réussissait, de s’y construire le plus bel hôtel de Paris.
Ce fût chose faite dès 1856, année où la construction commença.
A l’époque, c’était l’hôtel de tous les superlatifs, un des plus beaux de Paris, dont le coût (10 millions de francs Or) et la durée des travaux (10 ans) ont défrayé la chronique. Quand la Païva n’était pas satisfaite il fallait tout recommencer.
Elle venait tous les jours sur le chantier pour contrôler (et au besoin diriger) les ouvriers auxquels elle pouvait s’adresser sans peine car elle parlait plusieurs langues.

Le Champagne aura eu raison de moi

Tout a l’air magnifique dans ce reportage : le grand escalier en onyx d’Algérie, le grand salon décoré par les artistes de l’époque, les cheminées majestueuses…
Mais une chose m’achève : la salle de bain. Elle est sublime, de type mauresque, l’orientalisme étant en vogue à l’époque. Mais surtout, la baignoire a trois robinets. Toujours selon la légende, un pour l’eau, un pour le lait d’ânesse, un pour le champagne.
C’en est trop, je veux voir cet hôtel ! Zou, je nous inscris, mon népoux et moi pour une visite guidée le dimanche suivant.

J’aime les « vieux »

Les visites guidées le dimanche sont merveilleuses (en tout cas la nôtre).
La moyenne d’âge frise les 80 ans, les vieilles dames considèrent tout ce qui est en-dessous de 50 ans comme des racailles sans aucune éducation. Éducation qu’elles s’empressent de nous inculquer en nous écrasant les pieds, nous bousculant pour passer devant ou pour s’asseoir. Voyant à la fin de la visite qu’on ne les avait pas détroussées, elles nous gratifient de leur plus beau sourire. Allez on est copines !!!
Sérieusement, cette visite guidée est top, j’ai appris plein de choses.

 

Sa vie sera un roman

Elle naît Esther Lachmann en 1819 dans le ghetto juif de Moscou.
Elle se marie à 17 ans à un homme très modeste. Jugeant son mariage ennuyeux et médiocre, elle s’enfuit à Paris où elle se prostitue sous le prénom de Thérèse. Elle n’aurait pu être qu’une prostituée parmi d’autres mais, sa volonté farouche de s’élever socialement, son intelligence, sa culture et son physique (elle a LE corps parfait respectant tous les canons de l’époque) vont lui permettre de rencontrer des hommes d’influence et riches dont elle va se servir.

Un sacré caractère

L’anecdote suivante vous en donnera un aperçu.
Après s’être fait désirer pendant trois ans par un noble portugais, le marquis de Païva , elle finit par l’épouser. Au lendemain de la nuit de noces, elle lui déclare que, chacun ayant obtenu ce qu’il voulait (il a couché avec elle, elle a désormais richesse et titre de noblesse), il valait mieux se quitter.
Elle gardera toujours son titre et son nom car « ça sonne bien ».
C’est avec son troisième époux (un richissime cousin du chancelier allemand Bismarck) que, celle qui se fait désormais appeler Blanche, construira le plus bel hôtel particulier de Paris, celui qui portera son nom.

Des fêtes incroyables et des goujats hypocrites en nombre

Elle y donnait des fêtes incroyables auxquelles le Tout-Paris rêvait d’assister.
Elle assumait totalement son passé de « cocotte », « lionne » ou « horizontale » (noms dont on affublait les courtisanes), preuve en sont les statues ou effigies de lionne que l’on retrouve parmi les ornements.
Les invités étaient célèbres, Théophile Gautier, Gambetta, Eugène Delacroix, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas, Sainte-Beuve … et les Goncourt. Ces derniers étaient particulièrement gentlemen puisqu’on leur doit « C’est une vieille courtisane peinte et plâtrée »,   « Son hôtel c’est le Louvre du Cul ».
Ils n’étaient pas les seuls à être cons puisque les bons mots suivants circulaient dans Paris « Hôtel de la Païva : qui paye y va », « Les travaux ne sont pas encore terminés mais l’essentiel y est : le trottoir ».
Elle n’était pas dupe « L’alouette ne tombe pas du ciel mais les pigeons tombent directement plumés dans mon lit ».

Mais puisque je vous dis que le Destin m’envoie des signes !

J’ai adoré cette visite. Quelques jours plus tard, je vais au cinéma voir « Au revoir là-haut » (petite aparté, j’avais beaucoup aimé le livre et j’ai été enthousiasmée par le film). Et là, incroyable ! La caméra pénétre chez les Péricourt et… chez les Péricourt…. c’est chez la Païva ! J’avais envie de dire à toute la salle que j’y étais dimanche dernier, que c’est un lieu magnifique, que vraiment la vie est pleine de clins d’œil !

Je vous le dit à vous, si vous avez l’occasion, visitez l’hôtel de la Païva !

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