LE CHANT DE LA TAMASSEE de Ron Rash

J’ai le chic pour tomber sur des romans qui respirent la joie de vivre

Ce n’est pas un hasard. J’ai quand même été biberonnée aux classiques dépressifs.
Balzac, Zola, Maupassant, Hugo, on ne peut pas dire que mes lectures ce soit le Jamel Comedy Club.
Bien sûr, j’ai lu des choses plus légères, mais, très vite je me suis fait ma classification personnelle.
J’accepte que les BD soient drôles, les magazines, les chroniques (je suis une fan des articles d’Alix Girod de l’Ain dans Elle ou de Nora Hamzawi dans Grazia). En revanche, quand j’attaque un livre, c’est rarement pour rire ou pour me sentir bien. Je veux juste me sentir vivante, avec un maelström d’émotions, quelque chose qui me dépasse, qui soit plus grand que moi, qui me confronte à des choses que je ne vivrai jamais. Une sorte de vie puissance mille, en réalité augmentée.
Mon livre « au-delà de tous les livres, le seul, l’unique » c’est Voyage au bout de la nuit, c’est vous dire si je suis la reine de la rigolade.
Bref, vous l’aurez compris, il faut que je souffre.

Avant de parler du livre, quelques précisions

Tout d’abord, la Tamassee est une rivière aux USA. Elle sépare deux états, la Caroline du Sud et la Géorgie.
Et surtout, elle est protégée par le Wild and Scenic Rivers Act.
C’est quoi le Wild and Scenic Rivers Act ? Je cite presque Wikipédia « loi qui vise à protéger le caractère sauvage de certaines rivières en interdisant les développements qui pourraient modifier les paysages et détruire les milieux naturels. Cette loi a été signée par le Président Lyndon B. Johnson le 2 octobre 1968. En 2004 il existait 156 rivières protégées par cette loi (soit pour des raisons historiques, culturelles, géologiques ou pour leurs paysages remarquables) ».

Revenons au livre Le chant de la Tamassee

Le sujet ? Vous allez voir c’est fendard !
Un couple pique nique avec sa fille au bord de la Tamassee.
La jeune fille s’éloigne de ses parents et se lance un défi : aller dans la rivière et mettre un pied dans chacun des deux états.
C’est la tragédie. Elle se noie et son corps reste bloqué sous les rochers.
Impossible pour les plongeurs de le récupérer. La seule solution serait d’installer un barrage amovible pour détourner le cours de la rivière. C’est une évidence pour le père, fou de douleur. Personne ne peut lui refuser ça.
Personne ? Si, ceux qui défendent jalousement la Tamassee.
Commence alors une terrible bataille.
D’un côté, les parents et leur douleur insondable. Ils souhaitent récupérer le corps de leur fille pour lui donner une sépulture digne et faire leur deuil (si tant est qu’on puisse faire le deuil d’un enfant).
De l’autre, les défenseurs de la nature. Aucune action humaine ne doit entamer l’intégrité de la rivière. Ce que la rivière a pris, la rivière doit le garder, c’est la terrible loi de la nature à laquelle personne ne peut se soustraire, même des parents endeuillés.
Au-delà de ce simple fait, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.
Chaque camp fourbit ses armes et essaie de s’attirer des soutiens de poids. Cela va des politiques corrompus aux promoteurs véreux ou aux écologistes extrémistes. La presse s’en mêle, transformant un tragique fait divers en affaire quasi nationale. Au milieu de cette bataille, seule la narratrice, enfant du pays partie en ville, revenue juste pour couvrir l’affaire, un pied dans chaque monde, fait preuve de mesure.

Rien n’est noir et rien n’est blanc dans ce roman

En tant que mère, je peux me projeter dans la douleur des parents. Merde, un barrage A.M.O.V.I.B.L.E. !!! On l’installe, on récupère le corps et on l’enlève. C’est quand même envisageable !!! ??? Je comprends bien que cela ouvrirait une brèche dans laquelle pourraient s’engouffrer les promoteurs, cela pourrait faire jurisprudence et laisser place au pire. Mais quand même !
Puis au fil du livre, je m’attache à la Tamassee.
L’auteur réussit à faire de la rivière le personnage principal du roman. C’est un être vivant, dans sa beauté et sa cruauté. A la fois bienveillante et sauvage. Elle était là des milliers d’années avant nous et sera là des milliers d’année après nous.
Malgré le sujet tragique, ce livre est empreint de poésie. Une puissance et une douceur qui vous imprègnent et bousculent vos certitudes.

J’espère vous avoir donné envie de le lire et qu’il vous plaira autant qu’il m’a plu.

3 commentaires sur “LE CHANT DE LA TAMASSEE de Ron Rash

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