L’ETRANGERE de Louis Aragon

Amour fou, grand amour ou simple romance… Qu’importe ! Du moment que le cœur s’emballe avec insolence !

Les Amoureux de Peynet

Il existe près des écluses 
Un bas quartier de bohémiens 
Dont la belle jeunesse s’use 
À démêler le tien du mien 
En bande on s’y rend en voiture, 
Ordinairement au mois d’août, 
Ils disent la bonne aventure 
Pour des piments et du vin doux.

On passe la nuit claire à boire 
On danse en frappant dans ses mains, 
On n’a pas le temps de le croire 
Il fait grand jour et c’est demain. 
On revient d’une seule traite 
Gais, sans un sou, vaguement gris, 
Avec des fleurs plein les charrettes 
Son destin dans la paume écrit.

J’ai pris la main d’une éphémère 
Qui m’a suivi dans ma maison 
Elle avait des yeux d’outremer 
Elle en montrait la déraison. 
Elle avait la marche légère 
Et de longues jambes de faon, 
J’aimais déjà les étrangères 
Quand j’étais un petit enfant !

Celle-ci parla vite vite 
De l’odeur des magnolias, 
Sa robe tomba tout de suite 
Quand ma hâte la délia. 
En ce temps-là, j’étais crédule 
Un mot m’était promission, 
Et je prenais les campanules 
Pour des fleurs de la passion.

À chaque fois tout recommence 
Toute musique me saisit, 
Et la plus banale romance 
M’est éternelle poésie 
Nous avions joué de notre âme 
Un long jour, une courte nuit, 
Puis au matin : « Bonsoir madame » 
L’amour s’achève avec la pluie.

Elsa et Louis

REVIENS de Samuel Benchetrit

Mon goût pour le people et mes préjugés auraient pu me faire passer à côté de ce livre 😱 !

J’adore les potins concernant les célébrités : qui couche avec qui ? Qui trompe qui ? Qui vient de quitter qui ? Oui, je sais, c’est assez pathétique 😫.Naturellement je connais Samuel mais uniquement pour sa belle gueule d’ange torturé et parce qu’il vient d’épouser Vanessa Paradis. Bref, je ne le connais pas ! Je n’ai jamais vu ses films, jamais lu ses livres, ni vu aucune de ses pièces de théâtre. Pourquoi ? Parce que j’en ai l’image d’un intello tourmenté, légèrement perché du bulbe et qui peut être, à tout moment, visité par l’inspiration, le génie et autres illuminations. Les rares interviews que j’ai vu de lui m’ont confortée dans mon jugement : ce type n’est pas de notre planète. Il est d’ailleurs. En promotion, je l’imagine faire un effort surnaturel pour sortir de sa fièvre créative permanente, se mettre au niveau de ses interlocuteurs et essayer tant bien que mal d’apprivoiser les codes médiatiques. De temps en temps, il fait de l’humour (enfin, je crois), mais même ses traits d’esprit me laissent à distance. Une sorte de dérision inquiète qui commence par vous faire sourire et qui vous laisse un goût de fin du monde (OK, j’exagère un peu mais je ne suis pas loin de le penser). Bref, jusqu’à présent, j’aimais bien Samuel pour son physique et ça me suffisait amplement.

D’où que Samuel fait partie de la rentrée littéraire ???

Impossible d’aller à la Fnac, chez mon libraire, chez N’IMPORTE QUEL LIBRAIRE, sans voir son bouquin en bonne place parmi les nouveautés ! Une couverture sobre avec seulement le mot Reviens, même pas en très gros, ni en très rouge (aguicher le chaland, quelle vulgarité 😩), aucune ponctuation, un minimalisme assumé qui vous gueule à la figure que « c’est un livre d’auteur, sérieux et que si t’as pas envie de rire, tu es bien tombé et tu vas être servi » ! Seule concession, sûrement imposée par l’éditeur, un bandeau avec la photo de l’auteur (tu m’étonnes !!!).

Sauf que, MON libraire le recommande ! Quand il aime, il trombone un petit papier sur la couverture avec quelques mots manuscrits qui, neuf fois sur dix, donnent envie de le lire.

La première fois, je tourne autour du livre, à bonne distance, comme si mon banquier allait en sortir pour me signifier que la situation de mon compte devrait me préoccuper davantage !

La deuxième fois, je me rapproche prudemment et la troisième fois, je me décide à lire la petite critique de mon libraire.

Je tombe sur le cul ! Il a trouvé ce livre hilarant, émouvant et tendre ! Je vérifie qu’il parle bien du bouquin de Samuel, cet être décalé, à l’ouest, prisonnier des limbes de la création. Il parle bien de lui. Je me dis que mon libraire a pété une durite et rentre chez moi, attends quelques jours… et je reviens acheter Reviens.

J’ai beaucoup aimé ce livre !

Reviens n’est pas une supplication à une femme mais à un fils. Un écrivain, en panne d’inspiration depuis plusieurs années, dont la vie côtoie le néant depuis la séparation avec sa femme, voit son grand fils quitter la maison pour un voyage autour du monde.

Ce départ agira comme un électrochoc dans son existence totalement apathique.

Comme souvent, il faut que les gens partent pour qu’on réalise combien on tient à eux et combien on les connaît mal, par pudeur, par manque d’efforts, par égoïsme, par lâcheté. Le père et le fils s’aiment, bien sûr, mais sans se le dire. Complices, copains, fumant des clopes ensemble, en silence, à quatre heure du matin. Ils ne se disent pas l’essentiel, persuadés que l’autre le sait et que l’essentiel est superflu.

C’est l’histoire d’une renaissance, progressive, douce, entre un père et son fils, entre un homme et l’amour, entre un écrivain et son envie de raconter des histoires.

L’écriture est totalement accessible et ancrée dans le réel (Samuel est un type comme les autres 😜). C’est touchant, tendre et, paradoxalement, drôle, bourré d’auto-dérision. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est hilarant (n’oublions pas que Le Discours de Fabrice Caro a mis la barre très haut) mais j’ai souri et ri souvent (la scène de l’achat du canard à la ferme 😍😍😂).

Je vous le conseille, c’est léger tout en étant peut-être plus profond qu’il n’y paraît.

Et surtout, mes préjugés envers Samuel ont totalement disparu 😜 !

LES EXILÉS MEURENT AUSSI D’AMOUR de Abnousse Shalmani

J’ai eu mon dernier coup de foudre il y a 15 jours… et c’est pour une femme !

J’ai découvert par hasard que LCP a rajeuni son émission littéraire (vu qu’on partait de Jean-Pierre Elkabbach 😱, c’était assez facile).

L’émission en question s’appelle désormais Livres & Vous (vous l’avez ?😜), elle est présentée par une jeune femme, Adèle Van Reeth, le décor reste le même : la bibliothèque du Sénat. Mais surtout, ça reste l’une des rares émissions sous-titrées pour les sourds et les malentendants sur une chaîne qui, au vu de sa mission, devrait bosser un peu plus sur l’accessibilité !!!

L’émission a déjà commencé, deux auteures sont invitées, elles sortent, chacune, un livre traitant de l’exil.

L’une d’elles, Abnousse Shalmani, est en train de parler. Dans un premier temps, je ne l’écoute pas, je regarde ses cheveux. Je veux les mêmes ! Couleur miel, boucles de bébé, tellement épais qu’on pourrait en faire trois perruques.

CALME-TOI ! Qu’y-a-t-il SOUS ces cheveux ?

Il y a d’abord des yeux. Des yeux sombres, noirs. Tour à tour perçants, rieurs, interrogateurs ; un regard qui se plante dans le vôtre et qui ne le lâche pas.

Puis une bouche, sensuelle, téméraire, exigeante, une bouche pour la vie, qui parle, qui interpelle, qui contredit, qui rit.

Enfin un teint pâle à faire pâlir de jalousie une madone.

J’apprends qu’elle est d’origine iranienne. Née à Téhéran, elle arrive à Paris à l’âge de de 8 ans, avec ses parents qui fuient le régime khomeyniste.

Après le coup de foudre physique, vient le coup de foudre tout court.

Je l’écoute parler d’elle, de son livre, de son exil. C’est comme si un grand courant d’air frais s’engouffrait dans cette bibliothèque. Je suis partagée entre admiration et fous rires.

Admiration, tant elle semble n’avoir peur de rien. Elle affirme ses convictions avec enthousiasme sans être ni péremptoire, ni agressive. Elle est si spontanée, si bouillonnante que la présentatrice a du mal à canaliser l’entretien.

Fous rires car sa personnalité est telle qu’elle prend toute la place, occupe tout l’espace, reléguant les deux autres femmes à l’état de spectatrices, scrutant désespérément d’éventuelles respirations ou pauses qui leur permettraient d’en placer une. Je découvre que la pire chose qui puisse arriver à un écrivain est d’être invité avec elle… mais c’est tellement bon pour les téléspectateurs !

L’émission se termine, je dois lire son livre !

Qu’est-ce que l’exil ? Vous avez 3 heures.

Ce livre est à son image : authentique, foisonnant et exigeant.

C’est l’histoire d’une petite fille de 8 ans, Shirin, partie brusquement d’Iran pour atterrir en France. Elle est arrachée à son pays, sa langue, sa culture, son rang. Elle se retrouve, avec ses parents, dans un deux pièces où vivent déjà ses trois tantes et son grand-père maternels.

Autant de personnes toxiques dans un si petit espace, c’est un record ! Les trois tantes sont pleines d’idéaux, se rêvent révolutionnaires et veulent mener un combat, peu importe lequel, pourvu qu’elles en soient les égéries et qu’il y ait de la souffrance. Le grand-père est un pur salaud.

Comment trouver sa place dans cette famille dysfonctionnelle ? Dans ce pays qui est désormais le vôtre mais dont vous ignorez tout ?

L’émancipation de Shirin passera d’abord par les mots, la langue française. Elle va lui tourner autour, l’observer patiemment puis l’apprivoiser farouchement car sa vie en dépend. Mettre des mots sur les actes, décrire, exprimer ce qu’elle ressent avec justesse et précision, échanger avec d’autres personnes que sa famille, c’est commencer à avoir une existence propre, une indépendance, une légitimité.

Vient ensuite le corps. Ce corps dont on ne parle jamais, qui doit être caché, tu, obéissant, docile. L’envol de Shirin sera également physique, sans tabou, avec impudence et audace, à l’image de cette phrase : « Elle disait en riant qu’elle voulait donner une voix aux femmes qui aiment faire l’amour sans éteindre les lumières ».

Ce récit initiatique est, tour à tour, drôle, impertinent, triste mais toujours envoûtant.

Une seule critique : j’ai trouvé que le livre perdait un peu de son intensité à force de répétitions et longueurs sur la fin (trois fois rien, on coupe dix pages et c’est reparti 😇). Mais ce n’est pas grave, je suis tellement in love d’Abnousse que je lui pardonne 😍😍🤪. C’est décidé ! Ma prochaine lecture sera Khomeyny, Sade et moi !

LA VRAIE VIE de Adeline Dieudonné

Les Belges sont décidément très forts !

Je trouve qu’il y a beaucoup trop de Belges talentueux ! Entre Maurice Carême, Georges Simenon, Françoise MalletJorris, EricEmmanuel Schmitt et Amélie Nothomb, c’est quoi leur secret ? Il y a un gène belge de l’écriture ? Le waterzoï de poulet améliore les qualités littéraires ? Les moules-frites développent l’imagination ? La gaufre de Liège booste la puissance narrative ?

Les Belges doivent servir de souffre-douleur aux Français, pas les subjuguer avec leurs livres !

C’est pourquoi, quand j’ai entendu François Busnel présenter la nouvelle révélation belge, je n’ai pas pu m’empêcher de crier « encore !!! » (oui, je parle fort et beaucoup, au grand dam de Népoux qui essaie de suivre tranquillement).

La nouvelle révélation belge est charmante, jeune, captivante, et, pour ne rien gâcher, j’apprends qu’elle écoute du métal pour écrire. Bref, c’est une personnalité atypique juste comme je les aime.

Je garde son nom et le titre du livre dans un coin de ma tête… et continue ma petite vie.

Jusqu’au jour où je passe devant mon libraire (allez zou ! un petit coup de pub ! La librairie «Le Livre et La Tortue », à Issy-les-Moulineaux, est une petite merveille, tenue par de jeunes passionnés). Vous noterez que je passe devant, hein, je n’entre pas, fait rarissime ! D’ailleurs, JE NE DOIS PAS RENTRER, j’ai suffisamment de livres en retard pour tenir tout l’hiver sans bouger de mon canapé !

Mais, sur la porte, une affiche est bien mise en valeur : dédicace de Adeline Dieudonné pour son premier livre La Vraie Vie.

Et puis, merde, je rentre 😤😤😤… et j’achète le bouquin !

Je viens de terminer ce livre et c’est une vraie surprise !

Nous ne connaîtrons jamais le prénom de l’héroïne. Elle a 11 ans, vit avec ses parents et son petit frère, Gilles, dans un lotissement triste d’une banlieue lugubre. Son père se drogue à la chasse au gros gibier. Traquer, ressentir la peur de la bête, ça l’excite, c’est sa façon d’évacuer toutes les frustrations de sa vie, d’affirmer sa virilité. Forcément, quand il est en manque, il traque la mère, totalement paralysée par la peur que lui inspire son mari. Heureusement, il y a Gilles, son petit frère qui la suit partout, dont les éclats de rire lui sont aussi vitaux que l’air ou l’eau.

Jusqu’au jour de l’accident. Son petit frère ne rit plus, il est comme rongé de l’intérieur. Alors, elle va tout faire pour retrouver son « vrai » petit frère, celui d’avant.

Et si on avait un brouillon de vie ? Une vie pour faire des essais, expérimenter, se tromper ; une vie pour les malheurs, les déceptions, la tristesse ; un brouillon de vie pour préparer la vraie vie, pour la faire la plus belle possible, pour retrouver son petit frère d’avant l’accident.

C’est l’histoire d’une confrontation. La confrontation entre, d’un côté,                                                                                                                                                                                               la candeur, la naïveté, la volonté butée de l’enfance et, de l’autre, la résignation, la cruauté, le désespoir des adultes.

Pour un premier livre c’est une jolie réussite. Je parie que cette Belge va encore nous surprendre à l’avenir !

PETIT PAYS de Gaël Faye

Quel est le rapport entre le rap, le slam et la littérature ?

À première vue, aucun !

Que nenni (oui, j’ai 125 ans 😂) !

Ce sont les mots ! Qu’ils soient déclamés, écrits, gueulés, chuchotés, je prends tout !

C’est l’amour du verbe, la force de la parole, l’envie de raconter, de partager des émotions, de se sentir vivant.

Je me souviens de la rage et de l’énergie que j’ai ressenties la première fois que j’ai écouté Paris sous les Bombes de NTM, de la mélancolie qui m’a envahie sur Midi Vingt de Grand Corps Malade ou encore du fracas éprouvé quand j’ai lu pour la première fois Voyage au bout de la nuit de Céline.

Quand je pense aux livres que j’ai lus, ce sont les émotions qui me reviennent en premier, avant même l’histoire dans son ensemble. Ma bibliothèque est pleine de pleurs, de joies, de colères, de dégoûts, de mélancolies, de fureurs… et parfois d’indifférences.

Et voilà qu’un slameur se met à écrire un roman alors que je ne savais même pas qu’il slamait !

Quand je vous dis que je suis en retard !

Ce livre date de 2016. L’auteur, Gaël Faye, a écumé tous les plateaux TV à sa sortie. Je découvrais totalement le personnage : slameur, poète, écrivain ; trois talents en un.

Lors des interviews, il semblait à la fois réservé et sûr de lui, une incarnation de la force tranquille, malgré sa jeunesse.

C’est peu de dire qu’on a beaucoup parlé de son livre. Il était partout ! Il a reçu plein de prix, a fait partie du dernier carré pour le Goncourt.

Ma pile à lire tenant plus du mur porteur que d’une pile à lire, je viens juste de le terminer (oui, deux ans après).

L’Afrique à hauteur d’enfant

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Ça commence par l’Afrique rêvée, fantasmée, même ; majestueuse, belle, lumineuse, simple, sauvage, enfantine. Ici, pas de surconsommation, de capitalisme effréné. On vit chichement, heureux, au contact des autres et de la nature. Tout ce que nous avons perdu en Occident : la part de nous, ancestrale, vitale.

Puis, viennent des noms magiques, qui ont le pouvoir de vous téléporter dès que vous les lisez : le lac Tanganyika, les montagnes du Zaïre, les plaines immenses, le quartier Kiriri. Vous êtes bientôt submergés par les évocations des marchés odorants, colorés, par les bruits, la musique (et c’est une sourde profonde qui le dit !). Vous y êtes ! Vous sentez les épices, la terre mouillée, les plantes, la brume. Vous êtes transportés dans l’Eden, ce paradis originel qui n’aurait été pollué ni par le péché, ni par le confort, ni par la corruption. Ce n’est pas la vérité vraie, bien sûr, mais c’est la vérité sacrée, celle d’un enfant.

Les mots sont sublimes : « Sa voix fondait comme un bout de sucre dans nos âmes », « Le Rwanda du lait et du miel ».

Enfin, vient l’Afrique cruelle, carnassière et sanglante.

On revient brutalement sur terre. L’assassinat des présidents du Burundi et du Rwanda sonne la fin de la récré. C’est l’étincelle qui met le feu à une situation déjà explosive. C’est le massacre, la violence brute des uns, la naïveté butée des autres qui continuent de croire et d’espérer. C’est la lâcheté et la peur des occidentaux, qui savaient le rouge de la terre et des rivières.

C’est l’histoire de l’enfance qui finit brusquement. C’est beau, fort et simple.

MY ABSOLUTE DARLING de Gabriel Tallent

 

Ça, pour être au taquet, j’étais au taquet !

Je me souviens exactement quand et comment ça a commencé.

C’était la semaine du 5 mars 2018. J’étais sur Twitter (vous ai-je déjà dit que j’ADOOORAIS Twitter ?), quand soudain, je vois un tweet de La Grande Librairie.

Jusque là, rien d’anormal.

Une vidéo montre François Busnel qui annonce le programme du jeudi 8 mars (oui, je vous parle d’un temps où La Grande Librairie, c’était le jeudi).

Jusque là, rien d’anormal.

Sauf que François parle d’un livre et d’un auteur avec une frénésie rarement vue.

Ça, c’est anormal.

OK,  il est toujours enthousiaste, un mélange de fougue et d’expérience, tout en harmonie et sagesse, genre vieux baroudeur qui en a lu du bouquin et qui maîtrise. D’habitude, il titille la curiosité du téléspectateur, certes, m’enfin, je l’ai rarement vu sauter au plafond !

Là, il trépigne et ose dire qu’il s’agit d’un des meilleurs livres qu’il ait lu depuis longtemps. Tellement bon qu’il s’est déplacé aux USA pour rencontrer l’écrivain responsable de cette pépite.

Ça, c’est carrément anormal !

Bon, je soupçonne France 5 de ne pas l’avoir envoyé là-bas que pour ça, économies d’échelle oblige, mais quand même !

Déjà, la bibliothécaire (avec son flair légendaire 😂) se dit qu’il se passe un truc.

Quelques jours plus tard, c’est au tour d’Olivia de Lamberterie de faire une critique dithyrambique du même roman. Puis, dans les semaines qui suivent, les magazines s’emparent du sujet, et vas-y que ce livre est dingue, qu’il va vous hanter longtemps, qu’il est dur mais bon sang qu’on frôle le chef d’œuvre.

J’apprends que le livre a été un phénomène aux USA, que Stephen King n’a pas eu de mots assez élogieux à son égard.

STOP ! Ça suffit maintenant ! Je l’achète !

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Chef d’œuvre ou pas chef d’œuvre ?

La vie étant ce qu’elle est (surtout la mienne 😳), je n’ai attaqué ce livre qu’il y a 10 jours.

Effectivement, on a fait plus gai 😱.

Californie du nord. Turtle, une gamine de 14 ans, vit seule avec son père, un survivaliste, violent, manipulateur, toxique. Le high level de l’ordure ! L’unique vie sociale de Turtle se résume au collège, et encore, elle ne se laisse pas approcher de trop près. Elle est capable de monter et démonter toutes les armes possibles et inimaginables, de survivre seule une semaine en pleine nature sauvage en se nourrissant de baies et de chasse (une vraie chasseuse/cueilleuse), de soigner des blessures que même dans Grey’s Anatomy tu mourrais. En revanche, aligner plus de trois mots, retenir du vocabulaire nouveau, se concentrer au collège, cela semble au-dessus de ses forces. La rencontre d’un adolescent, Jacob, va la bouleverser, au point, pour la première fois, d’envisager de sauver son âme et sa peau.

Alors, oui, j’ai aimé ce livre, mais je n’ai pas adhéré à tout.

– L’auteur réussit à nous projeter dans un univers terrible et en même temps lumineux.

– Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc, j’ai même réussi à avoir de l’empathie pour une charogne, c’est vous dire !

– J’ai admiré le courage et la résilience de Turtle.

– C’est un livre très visuel, très « cinématographique » (je parie pour une adaptation prochaine). C’est surtout un premier roman, avec une maîtrise incroyable et une écriture quasi chirurgicale.

Mais (ben oui, il y a un mais, même plusieurs) :

– J’espère que vous aimez la nature, car vous allez vous manger des descriptions à n’en plus finir, de plantes, de bestioles, de paysages avec plein de termes inconnus au bataillon. Je comprends que la nature sauvage soit centrale dans ce livre, mais là c’est trop pour moi !

– Jacob et son poto sont hyyyyper sympas… mais je vous mets au défi de me trouver deux adolescents comme eux. J’ai la prétention d’avoir un chouïa d’expérience en la matière et j’ai trouvé ces deux portraits trop atypiques pour être réalistes.

– Insoutenable, dérangeant, un livre coup de poing… Je sais que beaucoup ne seront pas d’accord avec moi (personne d’ailleurs, tant ce livre est unanimement apprécié), mais, non, ce n’est pas insoutenable. Peut-être, justement, parce que les descriptions de la nature ont cassé mon rythme de lecture ; peut-être parce que tout est « trop » dans cette histoire ; peut-être parce que, dans un livre, il ne suffit pas que l’histoire soit dure pour que ça vous prenne aux tripes.

 

 

1984 de George Orwell

A ce niveau-là ce n’est plus une lacune, c’est la faille de San Andreas !

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Non seulement tout le monde a lu ce classique dans mon entourage mais en plus, depuis des années, j’utilise une référence du livre sans le savoir.

Et ça se prétend bibliothécaire 😱😱😱 !

Tout a commencé quand j’ai vu Fifille N°3 le lire pendant les vacances, être captivée et me dire « tu devrais le lire, c’est trop bien ». Maintenant ce sont mes mioches qui font les critiques littéraires 😤. Je râle mais leurs conseils valent de l’or 😍.

Ensuite, j’en ai parlé autour de moi. « Mais tu l’as lu, toi ? 1984 ? ». Et là, florilège de «bien sûr que je l’ai lu, mais houlala, je ne m’en souviens plus trop bien, c’était en français en classe de troisième ou de seconde». J’avais envie de hurler « mais que foutait ma prof de français, bordel ?!!! ». Moi, à cette époque, je me tapais Balzac, Maupassant and Co. Non pas que ce ne soit pas bien, mais s’il y a un écrivain auquel je suis totalement hermétique, c’est bien Balzac, quant à Maupassant, il me donne envie de me tirer une balle !

Et invariablement de continuer « Quoi !!? Tu ne l’as JAMAIS lu ? Mais c’est une référence, faut ABSOLUMENT que tu le lises ! Tu sais de quoi ça parle quand même ??? ».

Evidemment ! J’en ai entendu parler 😤😤😤 !

D’ailleurs ce livre revient sur le devant de la scène régulièrement en fonction de l’actualité. Les américains se sont jetés dessus suite à l’affaire Snowden, puis il a été en rupture de stock après l’élection de Donald Trump, et l’adaptation de LA SERVANTE ÉCARLATE (autre dystopie prophétique) en série TV a été l’occasion d’en reparler.

Je savais que c’était un roman d‘anticipation, une dystopie (j’aime bien répéter ce mot car ça fait seulement un an que je le connais 😂), écrite fin des années 40 par un britannique qui a également écrit LA FERME DES ANIMAUX (que je n’ai pas lu non plus d’ailleurs).

Étant un chouïa vexée (c’est quand même moi la bibliothécaire, c ‘est moi qui ai un blog, merde !), j’embarque le livre de Fifille.

Big Brother is watching you !

Le choc ! Cette phrase, mondialement connue, que je répète à toutes les sauces, vient de là ! J’ai l’impression de rattraper des années de retard.

Passée la surprise, je dévore le livre.

Londres, 1984. Une jolie petite dictature surveille tout le monde. Plus de liberté d’expression, plus de liberté du tout. Tout le monde soupçonne tout le monde, les enfants sont encouragés à dénoncer leurs parents. Charmant, vous dis-je.

Il y a même un ministère de la Vérité chargé de modifier les archives au gré des versions officielles du Parti.

Forcément, il va y avoir un grain de sable dans la machine, ce grain de sable c’est le héros, Winston Smith. Travaillant au ministère de la Vérité, il est bien placé pour connaître toutes les manipulations du régime… de là à rentrer en dissidence, il n’y a qu’un pas.

Quel visionnaire ce George !

Que ce soit son analyse sur les sociétés, les classes sociales, la surveillance, la manipulation de l’information, TOUT est bluffant.

Alors, visionnaire ou pas ?

Bon, en même temps, niveau dictature, il avait largement de quoi s’inspirer. Le 20e siècle a quand même accouché du nazisme et du stalinisme.

On sait aussi que tous les régimes autoritaires obeïssent aux même règles pour asseoir leur pouvoir : rétention et manipulation de l’information, parti unique, propagande, désignation d’un ennemi, réduction de la liberté au profit de la sécurité etc.

Mais quand même, Georges est très fort.

Il rend le contexte de son histoire suffisamment intemporel pour être actuel.

Sa description des rouages, froide, mécanique, est tellement précise que vous vous projetez immédiatement.

Mais surtout, la vision qu’il donne du travail et du langage est saisissante.

Et comment ne pas faire le parallèle entre son récit sur la manipulation de l’information et les fake news ?
D’ailleurs pour terminer sur une note bien flippante, Courrier International a sorti récemment tout un dossier complet sur le sujet. Grâce aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, on pourra bientôt manipuler photos et informations de façon indétectable. Et tout ceci est confirmé par un rapport officiel d’une cellule du ministère des Affaires Etrangères. Vous imaginez les risques de déstabilisation et de chaos ?

Pour vous quitter sur quelque chose de plus positif, saviez-vous que David Bowie s’était inspiré de 1984 pour son album Diamond Dogs ?

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N’hésitez pas à vérifier ces informations… des fois que je vous manipule 😜

PORTNOY ET SON COMPLEXE de Philip Roth

Philip Roth est mort. Vive Philip Roth !

La première fois que j’ai entendu parler de lui, c’était il y a 4 ans. Je venais de terminer LA VÉRITÉ SUR L’AFFAIRE HARRY QUEBERT de Joël Dicker. Je cherchais des informations sur l’auteur, quand, par hasard, je tombe sur un article accusant Joël Dicker d’avoir plagié un livre de Philip Roth mais sans en approcher le talent.

Bon sang de bonsoir !

Je décidais de vérifier par moi-même et achetais le livre plagié en question, LA TACHE. Mais, un autre article (oui, me disperser, c’est ma passion 🤪), me prévient que ce livre est plus ardu à lire. Et comme je suis un peu allergique à la difficulté, je ne l’ai jamais ouvert.

Mais voilà qu’en mai dernier, Philip casse sa pipe ! Et, en veux-tu en voilà, des hommages, des émissions spéciales, des reportages, des éloges, des superlatifs (tiens, ça ferait un bon nom de salon de coiffure 😂). Bref, ne voulant pas mourir idiote (ni mourir du tout d’ailleurs), je vais chez mon libraire pour lui demander le livre le plus S.I.M.P.L.E de Philip.

Alors là, si même mon libraire sait que je suis une obsédée….

Et là, tranquillou, quasi sans réfléchir, il me tend PORTNOY ET SON COMPLEXE. « C’est facile à lire, c’est pas épais et je suis sûr que vous allez aimer ». Comme il est toujours de bon conseil, je n’hésite pas. « C’est un de ses premiers livres et c’est celui qui l’a fait connaître ».

Tu m’étonnes !!!

Je commence et ce livre est tout ce que je n’attendais pas. Je ne sais pas pourquoi mais j’imaginais un style ampoulé, un vocabulaire complexe, une histoire sophistiquée.

Je découvre un récit hilarant, tendre, cru, vulgaire, porno, nostalgique. Je n’ai jamais autant ri à la lecture d’un livre (ce qui a passablement énervé népoux car c’était incontrôlable et inexplicable).

Quel bonheur de découvrir que cet écrivain, porté aux nues, présenté comme L’AUTEUR AMÉRICAIN MAJEUR du 20ème siècle, au physique austère, à l’air sérieux, est un véritable obsédé du cul (oui, je sais, je sais, c’est un roman, pas une autobiographie… mon œil ouais).

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De quoi ça peut parler un livre drôle et porno ?

C’est très simple ! Portnoy, 33 ans, est chez son psy. Il lui raconte son enfance (étouffée d’amour par une mère juive et un père constipé) et la poussée d’hormones qui l’a envahi vers ses 10 ans et ne l’a plus jamais quitté.

Comment concilier une éducation religieuse stricte avec une obsession du sexe permanente ?

Il aborde tout, sans concession : ses fantasmes sexuels, sa culpabilité, sa honte, sa tendresse pour ses parents (aussi embarrassants qu’aimants), sa judéité (vécue à la fois comme un fardeau et comme une fierté), la communauté juive américaine des années 50. Il dit tout, il ose tout.

Et c’est jouissif ! Et c’est cynique ! Et c’est plein d’auto-dérision ! Et c’est drôle ! Et c’est tendre aussi !

Pourquoi un tel retentissement ?

Ce livre est sorti en 1969. Le scandale a été mondial, le livre jugé sulfureux et son auteur immédiatement déclaré subversif.

Portnoy a été interdit en Australie car jugé pornographique. Parler de soi ainsi, sans filtre, sans complaisance, avouer ou plutôt «dégueuler» ses envies sexuelles et les confronter à la fameuse culpabilité judéo-chrétienne, forcément ça choque.

Les autorités juives, aussi, ont été choquées, les plus radicaux allant jusqu’à traiter l’auteur de « juif antisémite » avec de violentes attaques , «Les juifs du moyen-âge auraient su quoi faire de lui » 😱😱😱 .

Moi, j’y ai vu tout le contraire. Un second degré assumé, une tendresse et une nostalgie pour ses origines, son milieu, son histoire. Même sa famille, étouffante d’amour et d’injonctions, fait envie. Ça rit, ça gueule, ça pleure, ça s’aime… ça vit.

C’est vrai, ce livre peut choquer, mais c’est avant tout un livre de tolérance… et qui vous fait hurler de rire.

Par les temps qui courent ce n’est pas négligeable.

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