AU TEMPS DES PAPILLONS de Julia Alvarez

Pénélope Bagieu et mes voisins…

Il y a quelques temps, j’ai fait une chronique (une CHRONIQUE… comment je me la pète 😜) sur Les Culottées de Pénélope Bagieu, deux albums BD sur plein de femmes exceptionnelles et souvent inconnues du grand public.

J’ai eu un tel coup de foudre pour ces ouvrages, intelligents, drôles et pédagogiques, que j’en ai parlé à tout le monde, les ai offerts ou les ai prêtés aux gens que j’appréciais.

Forcément, mes voisins y ont eu droit.

C’est d’autant plus remarquable de ma part, que j’ai une définition bien personnelle du terme « les voisins ». Cela désigne une entité inconnue… et qui doit le rester. Je suis totalement asociale en ce qui concerne le voisinage en général. Bon, je reste polie quand même ! Je dis bonjour, plus, éventuellement, une phrase d’une banalité affligeante « c’est un temps de neige hein ? Ah ah ah », mais l’important c’est que ça n’aille pas plus loin. C’est systématique. Sauf avec les très vieux, car j’ai pitié (oui, je sais, je suis horrible, mais je ne force même pas le trait). La fête des voisins est un cauchemar. Les rares fois où elle a eu lieu dans ma rue, je suis passée pour une pimbêche de première. Je débarque du boulot avec pour seule envie, retrouver népoux et les microbes et je tombe sur une dînette avec nappes en papier, gobelets en plastique et cakes faits maison. « Alors ? Vous venez ? On vous attend ! Vous avez préparé quoi ? » 😱😱😱 J’ai juste envie de répondre « RIEN !!!! J’arrive déjà pas à cuisiner pour mes mioches, alors !!! ». Au lieu de quoi, je sors un sourire crispé, mentalement, j’essaie de me souvenir s’il n’y a pas un Savane à la maison qui ferait l’affaire et finalement réponds que j’aurais adoré, que c’est ballot, on a déjà quelque chose de prévu, que l’année prochaine, promis, je fais une quiche.

Mais, il y a quelques années, un jeune couple avec 3 enfants est arrivé. Petit à petit, j’ai découvert qu’ils étaient cools, mais cools ! Ils ne sont pas prises de tête, ils ont toujours la banane, bref, j’ai commencé à revoir ma définition des « voisins ».

Les trouvant sympathiques, je leur ai parlé des Culottées et leur ai prêté. Ils ont aimé, et ma voisine me dit qu’un des portraits lui rappelle quelque chose, qu’elle a lu un roman dont c’était le sujet. Puis, elle revient vers moi et me prête Au temps des papillons.

Ce livre est une pépite

C’est l’histoire d’une famille. Les parents Mirabal sont aisés. Ils ont quatre filles. Patria, Adela, Minerva et Maria Teresa. Quatre caractères différents pour une même insouciance. On voit les filles grandir, se chamailler entre elles, tomber amoureuses. Rien que de très banal. Sauf qu’on est en République Dominicaine dans les années 50. Le pays est aux mains d’un dictateur mégalo doublé d’un gros porc, Rafael Trujillo. Il torture et tue ses opposants, met la main sur toutes les richesses du pays. Pour vous dire à quel point il est sympathique ce Rafael, non content de recevoir une partie des revenus de la prostitution, il utilise des rabatteurs, chargés de lui trouver les plus belles filles du pays pour son plaisir personnel !

Et, pour leur malheur, les 4 sœurs Mirabal sont belles.

Jusqu’à présent, les Mirabal n’ont pas été, directement, confrontés à la dureté du régime.

L’intérêt libidineux que va porter Rafael à l’une d’elles va changer leur destin et les faire basculer dans l’opposition et la clandestinité.

On peut tous être des héros

Ce livre est simple, juste et fort.

Il raconte une famille « normale », dans laquelle chacun peut se reconnaître ou se projeter. L’aînée, Patria, la plus sage, Adela, la plus résignée, Minerva, la révoltée et Maria Teresa, la petite dernière, choyée par ses sœurs. Des parents aimants mais qui ne s’entendent plus. Des parents qui, bon gré mal gré, laissent leurs filles s’émanciper à une époque où la femme ne fait pas d’études, mais un bon mariage et des enfants.

Une famille à qui il ne peut rien arriver. Et pourtant…

Lorsque Minerva, Maria Teresa et Patria décident d’entrer en résistance, ce n’est pas une marche héroïque, loin de là. Le livre ne raconte pas le mythe qu’elles sont devenues dans leur pays, en contribuant à la chute du dictateur. Il raconte des femmes ordinaires, presque banales, avec leurs doutes, leurs chagrins, leurs peurs. On les voit trembler de frayeur, éclater en sanglots, prises de doutes, prêtes à renoncer face aux dangers, accepter des concessions, prier pour ceux qu’elles aiment. Mais toujours, ce refus de l’injustice et ce besoin de liberté.

La plus émouvante des quatre sœurs est celle qui a survécu. Adela, qui est restée loin des événements pour obéïr à un mari qu’elle n’aime plus. On dit que le plus dur, c’est pour ceux qui restent. Et, dieu, que ça a du être dur pour elle ! Condamnée à vivre sans ses sœurs, rongée par les regrets, dépositaire du culte des Las Mariposas (les papillons, comme on les appelait). Éternelle survivante, qui doit raconter encore et encore, aux journalistes et curieux, ses sœurs héroïnes et martyres.

J’ai adoré ce roman !

Le 25 novembre, jour de leur assassinat, est désormais la Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

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