IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME de Philipe Claudel

Les Césars, un rendez-vous immanquable !

À quatorze ans, j’ai décidé de devenir actrice. J’avais pris des cours de théâtre au collège. J’adorais ça ! Mon interprétation de Britannicus ayant laissé tout le monde sans voix 🤣, j’avais trouvé ma vocation ! Vocation totalement désapprouvée par ma mère, qui reconnaissait cependant mes talents de comédienne 😤, mais restait d’un terre à terre affligeant pour l’adolescente que j’étais. Chaque discussion sur le sujet se terminait invariablement par un « passe ton bac d’abord ». Des années plus tard, j’ai compris – et moi-même pratiqué – cette feinte qu’on pourrait appeler « gagner du temps sans braquer son mioche ».

Finalement, cette vocation disparut aussi vite qu’elle était venue, mais j’en ai gardé un amour inconditionnel pour le cinéma et tout ce qui s’y rapporte.

Chaque année, je regarde donc les Césars. La cérémonie est de plus en plus mauvaise au fil du temps, mais j’y crois toujours. 2019 n’a pas dérogé à la règle. Le pauvre Kad Merad a fait ce qu’il a pu, Jérôme Commandeur aussi, mais c’était chiant !

Seule consolation : la présidente de cérémonie, Kristin Scott Thomas. J’ai toujours aimé cette actrice qui apporte un zeste de fantaisie British dans ses rôles. Puis, j’ai vu Il y a longtemps que je t’aime.

Un film, un pitch !

Juliette sort de prison après 15 ans passés derrière les barreaux. 15 années passées seule, sans visite, ses parents et ses proches ayant totalement coupé les ponts. Dans le cadre de sa réinsertion, sa jeune sœur, Léa, mariée et mère de deux fillettes, accepte de l’accueillir chez elle. Léa souhaite enfin connaître cette grande sœur dont elle n’a que quelques souvenirs épars et flous et qu’il était interdit d’évoquer dans la famille. La cohabitation s’organise. Juliette réapprend à vivre entre la bienveillance maladroite et étouffante de sa petite sœur et la suspicion de son beau-frère. Elle retrouve des gestes, des sensations oubliés, participe à la vie de famille avec bonne volonté mais sans envie ni plaisir. Elle est là sans être là, toujours en retrait, ailleurs, avec une vérité qu’elle seule connaît.

On découvre peu à peu cette vérité, incompréhensible, innommable, inexpiable. Jusqu’au dénouement final qui vous achève.

Elle en pense quoi, la bibliothécaire ?

Elle a adoré ! Certains films, comme certains livres, ne vous quittent jamais. Ils restent près de vous. Vous pensez les avoir oubliés, ils sont juste enfouis, prêts à ressurgir à l’occasion d’un mot, d’une phrase, d’une sensation. Il y a longtemps que je t’aime fait partie de ces films.

C’est un premier film, écrit et réalisé par l’écrivain à succès, Philippe Claudel. Alors, oui, il y a des maladresses, mais il y a aussi des instants absolus de beauté douceâtre.

Ce film est d’une douceur et d’une mélancolie magnifiques. Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein sont d’une justesse incroyable. Le début du film est aride, sec, pas de grands effets, une économie de moyens au service de situations les plus réalistes possibles. Ça parle de la trace indélébile que laisse la prison sur un être humain, du jugement des autres qui constitue une double peine, de la difficulté de la réinsertion qui tient plus du chemin de croix que de la deuxième chance.

Puis, au fil des révélations, le film évolue, délaissant les thèmes de société pour tendre vers l’intime des personnages. C’est là qu’il y a certaines erreurs : on n’échappe pas aux clichés, aux bons sentiments, à la justification à tout prix. Ça ressemble à un virage mal négocié, mais ce n’est en aucun cas une sortie de route. Je me suis laissée happer par cette histoire.

Si vous ne l’avez jamais vu, n’hésitez pas ! C’est beau, c’est fort et Kristin est décidément la plus incroyable des actrices que l’Angleterre nous ait envoyé (avec Tilda Swinton 😉) !

ALLEGORIE de Charles Baudelaire


C’est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l’amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s’émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane ;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l’Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l’heure viendra d’entrer dans la Nuit noire,
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu’un nouveau-né, — sans haine et sans remord.

SI JE MOURAIS LÀ-BAS de Guillaume Apollinaire

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée

Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée

Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt

Un obus éclatant sur le front de l’armée

Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace

Couvrirait de mon sang le monde tout entier

La mer les monts les vals et l’étoile qui passe

Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace

Comme font les fruits d’or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses

Je rougirais le bout de tes jolis seins roses

Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants

Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses

Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde

Donnerait au soleil plus de vive clarté

Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde

Un amour inouï descendrait sur le monde

L’amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie

— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie

De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —

Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur

Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

DEJEUNER EN PAIX de Stephan Eicher

J’ai toujours craqué pour son petit sourire timide… et sa musique !
Bon week-end à tous et RDV le 11 mars prochain !

J’abandonne sur une chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent
J’attends qu’elle se réveille et qu’elle se lève enfin
Je souffle sur les braises pour qu’elles prennent

Cette fois je ne lui annoncerai pas
La dernière hécatombe
Je garderai pour moi ce que m’inspire le monde
Elle m’a dit qu’elle voulait si je le permettais
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

Je vais à la fenêtre et le ciel ce matin
N’est ni rose ni honnête pour la peine
 » Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ?
L’homme est un animal  » me dit-elle

Elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C’est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

Je regarde sur la chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent
« Crois-tu qu’il va neiger ? » me demande-t-elle soudain
« Me feras-tu un bébé pour Noël ? »

TOUTE LA LUMIÈRE QUE NOUS NE POUVONS VOIR de Anthony Doerr

Autant attaquer direct : j’ai adoré ce livre… mais…

Ce livre est, ce que les anglais appellent, un page-turner.

Il est totalement addictif. Dès le début, vous êtes pris au piège. Si vous n’avez pas envie de dévorer 704 pages, ne commencez pas !

Pourquoi l’avoir choisi ? Vous allez voir… Je suis d’un prévisible 😫😫😫 !

Déjà, il a reçu le Prix Pulitzer, la récompense suprême et j’adoooore les récompenses (un vrai chien de chasse 🐶).

Ensuite, le titre. Je le trouve magnifique. La promesse d’un récit hors norme et exigeant, avec son lot de souffrances et d’espérances. La perspective d’un mystère plus grand que nous. Au fil du livre, vous saisissez ses multiples sens. Rarement bouquin aura eu un titre aussi juste.

Enfin, le genre. Il s’agit d’un roman historique (l’histoire, ma passion 🤩). Durant la seconde guerre mondiale, l’auteur nous entraîne en Allemagne, des régions minières dévastées à Berlin, et, en France, du Paris occupé à Saint Malo martyrisé.

Bref, au vu de mes penchants et de mes critères de sélection, je jouais la SÉ-CU-RI-TÉ !

Effectivement, je l’ai englouti. Je ne voulais rien faire d’autre. J’ai annulé un déjeuner, veillé jusqu’à deux heures du matin, fait semblant d’écouter Népoux et mes filles (ça aurait pu marcher si Népoux ne me connaissait aussi bien 😤). Je souhaitais que ce livre ne s’arrête jamais tout en étant impatiente d’arriver à la fin.

Tout est fait pour vous tenir en haleine. Une succession de chapitres courts (187) qui raconte deux destins parallèles. Werner, le jeune orphelin allemand, passionné de transmissions et de sciences en général, vite repéré par la Wehrmacht pour son génie. Marie-Paule, jeune française aveugle, dont la curiosité pour la nature est, à la fois, un échappatoire à son handicap et à la guerre qui gronde et emporte tout autour d’elle.

Vous vous projetez totalement dans cette fresque, vous êtes Werner, vous êtes Marie-Laure. Vous croisez toute une galerie de personnages attachants, émouvants, courageux, lâches, abjects ou cruels. Ceux qui se repaissent de violence, de cruauté et ceux qui la subissent. Les bourreaux, les victimes, quelques héros et beaucoup de salauds.

Werner et Marie-Laure sont les lueurs d’espoir dans l’obscurité qui engloutit le monde. Ils représentent la même chose : l’innocence, la bonté, l’humanité, la rareté…

Pendant tout le livre, m’est revenu en mémoire, une phrase de mon professeur de maths de seconde « Toutes droites parallèles finissent inévitablement par se rejoindre à plus l’infini ».

Alors, bordel, quand est-ce que deux destins parallèles finissent par entrer en collision ?

Et pourtant, il y a un « mais »…

OK, cette saga vous embarque, vous êtes immergé dans l’histoire, cueilli par l’émotion. Mais, bon sang, ce n’est pas un Pulitzer, loin s’en faut !

« Véritable phénomène d’édition aux Etats-Unis, salué par l’ensemble de la presse comme le meilleur roman de l’année, le livre d’Anthony Doerr possède la puissance et le souffle des chefs-d’œuvre » !

Du souffle, il en a, mais de là à le qualifier de meilleur roman de l’année et de chef-d’œuvre !!! Si c’est vraiment le cas, on peut dire que l’année 2015 aura été une année noire pour la littérature américaine ! Les critiques ont écrit leur article après un séminaire dans le Beaujolais, pas possible autrement !

C’est rythmé, avec une qualité narrative indéniable. On sent l’amour de l’auteur pour Saint-Malo, le travail de documentation est incroyable. Qu’un américain puisse écrire aussi bien, sur l’Europe en général et la France en particulier, force le respect.

Mais c’est aussi naïf, candide, un peu facile. Une belle histoire, un peu triste, qui répond exactement aux attentes du lecteur. C’est bien ça le problème ! Je n’attends pas d’un livre qu’il réponde uniquement à mes attentes ! Je veux qu’il m’emmène là où je suis incapable d’aller seule, qu’il me fasse grandir. Passer un moment, aussi agréable soit-il, n’est pas une promesse suffisante pour un Pulitzer.

Si je dois le comparer à mes lectures antérieures, je pense aux Piliers de la Terre de Ken Follett ou encore La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker. Des livres diablement efficaces, de très jolis moments mais pas des chefs-d’œuvre !


L’ALBATROS de Charles Baudelaire

La poésie, cet art si futile et si indispensable.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage 
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, 
Qui suivent, indolents compagnons de voyage, 
Le navire glissant sur les gouffres amers. 

À peine les ont-ils déposés sur les planches, 
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, 
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches 
Comme des avirons traîner à côté d’eux. 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! 
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! 
L’un agace son bec avec un brûle-gueule, 
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait ! 

Le Poète est semblable au prince des nuées 
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; 
Exilé sur le sol au milieu des huées, 
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. 

LA PENDULE De Raymond Queneau

Sous ce physique de banquier austère se cache l’un des poètes français les plus fous et les plus talentueux !

Je mbaladais sulles boulevards 
Lorsque jrencontre lami 
Bidard 
Il avait lair si estomaqué 
Que jlui ai dmandé dsesspliquer

Eh bien voilà me dit-il 
Jviens davaler ma pendule 
Alors jvais chez lchirurgien 
Car jai une peupeur de chien 
Que ça mtombe dans les vestibules

Un mois après jrevois mon copain 
Il avait lair tout skia dplus rupin 
Alors je suis été ltrouver 
Et jlavons sommé dsesspliquer

Eh bien voilà me dit-il

Jgagne ma vie avec ma pendule J’ai su lestomac un petit cadran Je vends lheure à tous les passants En attendant qujai Icadran sulles vestibules

A la fin ltype issuissuida Lossquil eut vu qupersonne lopéra Et comme jarrivais juste sul chantier Moi je lui ai demandé qui vienne sesspliquer

Eh bien voilà me dit-il

Jen avais assez davoir une pendule Ça mempèchait ddormir la nuit Pour la remonter fallait mfaire un trou dans ldos
Jpréfère être pendu qupendule

Lorsquil fut mort jvais à son enterrement Cétnit 
Imatin ça mennuyait bien Mais lorsqui fut dans 
Itrou ah skon rigola Quand au fond dla bière le septième coup dmidi tinta

Eh bien voilà voilà voilà Il avait avalé une pendule Ça narrive pas à tous les chrétiens Même à ceux quont un estomm de chien Et du cœur dans les vestibules


AVEC TOUTES MES SYMPATHIES de Olivia de Lamberterie

Olivia et moi, c’est une longue histoire…

Je regarde régulièrement ses chroniques littéraires. Elle a un don pour vous donner envie de lire. Un mélange de douceur, de conviction et d’exigence. Comme si la littérature lui semblait être un sujet trop vital pour être galvaudé.

Elle ne fait pas de bruit, pas d’effet de manche, pas d’entertainment. Elle ne se plie pas au jeu de l’époque. Comme tous ceux qui ont des choses importantes à dire, elle parle avec mesure.

Elle pense que les livres doivent vous toucher l’âme, vous bousculer, vous heurter.

Comme moi. Il faut que ce soit âpre, que ça vous questionne, vous bouleverse, vous hante, bien après avoir refermé le bouquin.

J’ai découvert des trésors grâce à elle. Des livres qui sont venus s’ajouter à mon Panthéon personnel. Je pense à En ce lieu enchanté, Le chant de la Tamassee ou encore Le Chardonneret.

Je pense à Joyce Carol Oates, à son livre Les Chutes qui m’a donné le vertige. Certains livres peuvent transformer la réalité. Désormais, les chutes du Niagara, ne sont plus, pour moi, un lieu touristique et spectaculaire, mais un espace envoûtant, maudit, un endroit doté d’une volonté propre, qui me perdra si je m’en approche. Je les imagine, toujours aux premières heures du jour, désertes, signalées uniquement par un brouillard d’eau et un bruit agressif, entêtant. Je n’irai jamais, je serai trop déçue de les voir domestiquées, sous un soleil de plomb, avec une horde de touristes.

Cette fois, ce n’est pas Olivia, critique littéraire, mais Olivia auteure. Elle sort son premier livre.

Son petit frère est mort. Pas d’une longue maladie, ni d’un accident. Il a choisi de mourir, il s’y est préparé, entraîné même ; il s’est suicidé.

Ce livre le raconte, sa vie, sa mort. Et la vie de ceux qui restent.

Parce que c’est ça, la mort, uniquement ça. Ceux qui restent et leurs souvenirs. La mort, c’est ce qu’en font les vivants. Comment on supporte. Comment on se raccroche à des histoires dignes du père Noël, comment on scrute le moindre signe.

Son frère pouvait être flamboyant, lumineux et l’instant d’après totalement absent, perdu dans sa mélancolie. Il fait partie de ces gens dont on dit qu’ils n’arrivent pas à vivre, qu’ils n’ont pas le mode d’emploi. Tout leur est effort, jusqu’au jour où, épuisés, vidés, la mort leur semble plus douce que la vie.

Olivia raconte leur histoire, leur enfance, leur famille, bourgeoise et taiseuse. Elle raconte son amour inconditionnel pour son frère. Elle raconte sa douleur, sa révolte, sa colère, ses efforts pour donner le change à ses enfants, pour se maintenir dans une illusion de quotidien.

Son récit est sans filtre, bouleversant, drôle parfois, digne et sincère, toujours. Il vous ramène à vos propres deuils. Se tenir droit, ne rien montrer alors qu’autour de vous tout vous semble dérisoire, que vous en voulez aux autres qui continuent leur petite vie, au monde qui continue de tourner. Car si chaque histoire est intime, les sentiments face à un décès sont universels. Le choc, l’incompréhension, la souffrance, la rage, puis enfin l’acceptation.

En refermant le livre, je chialais comme une gosse, je pleurais sur toutes les morts, celle de son frère et celle des miens.

IL Y A de Jean-Jacques Goldman

Il y a
Du thym, de la bruyère
Et des bois de pin
Rien de bien malin

Il y a 
Des ruisseaux, des clairières
Pas de quoi en faire
Un plat de ce coin

Il y a des odeurs de menthe
Et des cheminées
Et des feux dedans

Il y a
Des jours et des nuits lentes
Et l’histoire absente
Banalement

Et loin de tout, loin de moi
C’est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

Il y a
Des enfants, des grands-mères
Une petite église
Et un grand café

Il y a
Au fond du cimetière
Des joies, des misères
Et du temps passé

Il y a
Une petite école
Et des bancs de bois
Tout comme autrefois

Il y a
Des images qui collent
Au bout de tes doigts
Et ton cœur qui bat

Et loin de tout, loin de moi
C’est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

Et plus la terre est aride, et plus cet amour est grand
Comme un mineur à sa mine, un marin à son océan
Plus la nature est ingrate, avide de sueur et de boue
Parce que l’on a tant besoin que l’on ait besoin de nous
Elle porte les stigmates de leur peine et de leur sang
Comme une mère préfère un peu son plus fragile enfant

Et loin de tout, loin de moi
C’est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

ECSTASY AND ME de Hedy Lamarr

Je crois que tout le monde a compris que 2019 sera l’année de la teuf mais surtout celle des meufs !

C’est de l’une d’elles dont je vais vous parler. Vous la connaissez tous… sans la connaître 😏. C’est grâce à elle que l’on se sert tous les jours du WiFi ! Et oui, pas grâce à un obscur ingénieur à lunettes (je sais, bonjour le cliché 😱) mais grâce à la plus belle femme du monde !

J’ai découvert Hedy Lamarr grâce aux deux albums LES CULOTTÉES de Pénélope Bagieu. Je ne vais pas vous refaire l’article sur ces deux livres, ni vous dire à quel point je les ai adorés (le lien vers ma critique est ICI). L’un des portraits mettait en avant cette femme au destin exceptionnel. Ce portrait évoquait son métier d’actrice mais valorisait surtout ses talents d’inventrice.

Forcément, quand j’ai appris, il y a quelques mois, que ses mémoires, sorties en 66, étaient rééditées, je me suis ruée dessus (enfin, plutôt Népoux, puisqu’il me l’a offert) ! L’argument principal de vente était aguicheur juste comme il faut : « L’une des dix biographies les plus érotiques de tous les temps » selon le magazine PLAYBOY (j’avais oublié que la critique datait elle aussi de 66 😩) ! Zou ! C’est parti pour l’érotisme !

Ma première réaction a été la surprise. Aucun mot sur ses inventions. Rien ! Nada ! Walou ! Comme si ça n’avait jamais existé, comme si tout n’était qu’affabulation. Je cherche, je feuillète, j’ai dû zapper des passages, des pages sont collées, Pénélope a fumé avant d’écrire son portrait, si ça se trouve Hedy n’a jamais rien inventé… WHAT’S THE FUCK ??!!! Eh bien non ! Ses trouvailles datant de 1942 et n’ayant pas eu de suites au moment où elle écrit ses mémoires , elle a tout bonnement occulté cette partie de sa vie 😱 !

Ma deuxième réaction (oui, je réagis beaucoup 🤪), c’est la déception. N’exagérons pas, ce livre n’a rien d’érotique. C’est une plongée dans le Hollywood des années 40, où, derrière une façade bon teint de puritanisme, le sexe était omniprésent, mais ça, tout le monde le sait.

En revanche, quelle vie ! Une existence flamboyante comme on n’en fait plus !

Une vie augmentée 🤩

Elle naît en Autriche en 1914. Sa beauté, déjà hors normes, lui ouvre les portes du cinéma. Sa première apparition, entièrement nue et mimant un orgasme dans le film EXTASE (d’où le titre de ses mémoires, rien à voir avec la drogue 😉), en 1933, crée un scandale mondial. Présentée à la deuxième Mostra de Venise, l’œuvre choquera Mussolini qui, par la suite et avec l’aide du Pape (toujours là pour vous dire ce qu’il faut faire de votre cul alors qu’il est censé ne rien y connaître 😤😤😤), interviendra sur la ligne et les choix artistiques du Festival.

Mariée (ou plutôt emprisonnée) à l’un des plus grands industriels allemands, sa fuite vers les États-Unis est rocambolesque.

Six maris et autant de divorces plus tard, elle dira que ses périodes les plus heureuses étaient celles entre deux mariages. Proclamée « Plus belle femme du monde », elle séduit les deux sexes. Sa notoriété ayant débuté sur un scandale, elle n’a aucun mal à assumer sa bisexualité. Elle a un culot monstre, ce qui fera d’elle une négociatrice redoutable face aux grands pontes des studios hollywoodiens. À une époque où les actrices étaient façonnées, manipulées, abusées, exploitées, elle se battra pour son indépendance professionnelle, rompant ses contrats et se lançant dans la production, domaine réservé aux hommes.

Ses mémoires montrent une femme au fort caractère, à la répartie cinglante et à la modestie plutôt rare, bref, tout ce qu’on attend d’une star.

Soyons francs, ce livre ne brille pas (mais alors pas du tout !) par ses qualités littéraires, il est même franchement brouillon par endroit, mais il a le mérite d’être divertissant et de se lire facilement. Et puis, quelle femme !!!

Hedy Lamarr, ayez une pensée pour elle la prochaine fois que vous cherchez le WiFi 😉 !

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑